‹ Influence de l'air marin sur la tuberculose pulmonaireChapitre 8 sur 22 · OP APT M · texte numérisé non relu

OP APT M

HAUTE a

HART Ce Pa

rale pourcoxalgie suppurée droite chez une fillette de 40 ans.L'enfant traîna trois semaines avec de la fièvre ; poussées à 40 degrés et 41 degrés. Elle mourutde septicémie subaiguë. Le chefme pria de faire l’autopsie. Or, en dehors des lésions de tuberculose osseuse et de suppuration, il existait sur la séreuse pleuropulmonaire plusieurs granulations tuberculeuses, de la grosseur d’une tête d'épingle, visibles à leur couleur blanche opalescente. À la remarque que j'en fis à mon maître, il me répondit que semblables constatations étaient fréquentes aux autopsies, et

d’ailleurs connues.

Il faut en conclure que les poumons de l’enfant scrofuleux ne sont pas indemnes de bacilles. Seulement, à l'inverse de ses os et ses ganglions, leur terrain est défavorable à leur pullulation. Il ne devient favorable qu'après la puberté. Reste ce problème à résoudre : comment le climat littoral qui guérit les tuberculoses externes, osseuses, ganglionnaires... est-il mauvais pour les tuberculoses pulmonaires ?

Les médecins ont d’abord distingué le climat méditérranéen et celui océanique, le premier étant moins stable. Ils envoient bien les phtisiques dans le Midi, mais leur recommandent d'éviter le séjour au bord de la mer.lls leur conseillent une distance de 9 à 3 kilomètresoù les effluves marines ne se fassent plus sentir. Tel le Canet par rapport à Cannes.

En second lieu, pour les plages océaniques, beaucoup d'auteurs qui en sont partisans, n’en acceptent l'efficacité que pour certaines Îormes de tuber-

culose. Ainsi Cazin reconnait que les plages du

Nord sont utiles à certaines formes de tuberculisation pulmonaire et il a fréquemment observé à l'Hôpital de Berck-sur-Mer, que des enfants présentaient des lésions des organes respiratoires qui s'étaient probablement développées entre l’époque de l'inscription et le départ, et qui avaient passé inaperçues. Il se proposait de renvoyer ces enfants dans le prochain convoi, mais, au moment de les congédier, un nouvel examen démontrait que l’état des petits malades s'était amélioré ; bientôt les forces renaissaient, lappétit revenait, l’'embonpoint s’accusait, les chairs se coloraient pendant que la toux diminuait et que les lésions pulmonaires rétrocédaient manifestement.

La question de l'influence du climat littoral sur la tuberculose pulmonaire fut mise à l’ordre du jour des Congrès de thallassothérapie de Boulogne-sur- Mer en 1894 et d'Ostende en 1895.Kuborn, en 1890, considérait que les tuberculeux, même à la première période, ne pouvaient bénéficier qu'excep= tionnellement de la cure marine. Au Congrès d’Ostende,il déclare avoir constaté, que l'air pur marin est le meilleur moyen d’enrayer et de résoudre la tuberculose pulmonaire.

Leroux, adversaire irréductible du traitement marin de la phtisie en 1892, avoue plus tard « avoir vu des sujets scrofuleux, atteints de bronchite chronique et même de tuberculose pulmonaire, éprouver un réel soulagement d’un séjour au bord

de la mer. Chez eux, l’état général s'améliore sans

io

que l’état local s'aggrave, tout au contraire, les lésions s'arrêtent momentanément sous l'influence d’une nutrition et d'une oxygénation réparatrices. La phtisie scrofuleuse, les indurations, et même les excavations pulmonaires se trouvent quelquefois très bien du séjour à la mer, à la condition d’une bonne hygiène.

De 1887 à 1894, il est entré 455 enfants dont 11 atteints de tuberculose pulmonaire, au sanatorium de Giens. Vidal rapporte que sur ce nombre il s’est produit, en sept ans, 11 décès seulement, parmi lesquels aucun des phtisiques. Calot, s'appuyant sur un nombre déjà considérable de faits émet l'opinion que les malades trouvent à Berck une guérison complète et durable, « même s'ils sont porteurs de cavernes pulmonaires ».

Les Allemands professent la même opinion et affirment que l’île de Mordeney et les petites îles de la mer du Nord sont très propices au traitement et à la guérison de la tuberculose pulmonaire.

« Il me serait aisé, dit le D' Pierre, de développer une longue liste de poitrinaires qui ont dû à Berck, soit la guérison, soit une étonnante prolongation de leur maladie. J’en connais qui se portent à merveille depuis cinq, dix et douze ans. »

Le D' Casse avance qu’à la mer on guérit de la tuberculose pulmonaire, même dans des conditions mauvaises et presque désespérées. Si la mer ne donne pas tous les résultats que l’on en attend, dit-

il au Congrès de Boulogne, c’est que des impru

dences ont été commises, les soins élémentaires de l'hygiène négligés, la cure mal dirigée. En 1895, à Ostende, le même auteur insistait en ces termes : « Les soins à donner aux malades doivent être faits avec autant de minutie à la mer que partout ailleurs. Il ne suffit pas d’yenvoyer un malade en le confiant sans soins à des personnes inintelligentes ou inexpérimentées. »

Au Congrès de Biarritz en 1903, le D' Legrand est encore très réservé. En principe, dit-il, les tuberculeux pulmonaires seront écartés du littoral puisque la majeure partie d’entre eux ont des échanges suractifs. Mais cette formule laisse en dehors d'elle les phtisiques qui ont des échanges normaux ou ralentis.

Quelques phtisiques à échanges modèérément accrus bénéficieront de certains climats marins,leurs lésions pulmonaires, même avancées, évoluant déjà vers la cicatrisation. On les dirigera sur les stations à climat doux et uniforme, on leur interdira la zone la plus rapprochée de la mer (1).

Les médecins en viennent à distinguer deux types de tuberculoses pulmonaires comme l’avait d’ailleurs fait il y a longtemps Noël Gueneau de Mussy : l’un nerveux, excitable, le séjourlittoral ne lui vaut rien, il augmente sa nervosité et le dispose aux congestions ; l’autre, mou, atone, lymphatique, le séjour littoral lui est favorable, il est tonique et excitant.

1. D' Legrand, Biarritz, La cure marine à Biarritz de la tuberculose pulmonaire (Conférence III° Cong. int. thallapothérapie. Biarritz. 1903, p. 94).

PRE: à. PAS

Gaston Sardou de Nice a bien opposé en ces derniers temps ces deux types dans les indications et contre-indications de la Côte d'Azur (1).

« Quand le type est nettement caractérisé par l’insuffisance, le ralentissement, la dépression ou la passivité, quelle que soit la maladie surajoutée, la Côte d’Azur lui sera généralement favorable. Dans cette catégorie il faut toutefois reconnaître que certaines inerties sont assez accentuées pour résister, en totalité ou en partie, à la sollicitation du milieu accélérateur. Il faut aussi mettre à part les autochtones que l’accoutumance au milieu, transmise et accrue par l’hérédité, rend indifférents à ses actions, et que seuls, des états pathologiques très accentués et graves ramènent, à divers degrés, sous son influence.

« Au contraire, le type opposé,porté vers l’excitation, l’hyperesthésie, l’hyperréactivité, l’'hyperthermie, ou bien leurs conséquences, c’est-à-dire la consomption et l’épuisement, sera presque fatalement conduit ou même précipité vers l’aggravation. Entre ces deux extrêmes se rangent tous les intermédiaires qui les relient entre eux et parmi lesquels certains sont d’une ambiguïté ou d’une versatilité embarrassantes et qui peuvent prêter à des interprétations douteuses. »

Un autre son de cloche est donné par certains phtisiologues. Le climat littoral est favorable aux

1. Gaston Sardou, /ndication et contre-indication de la Côte d'Azur. Paris, 1924.

ES CN ee

tuberculeux torpides en tant que cure d’aération, ni plus, ni moins que toute autre cure du même genre. D’après les travaux allemands, pour le professeur Letulle, seule la cure d’air importe, quel que soit le climat où elle se fait (1). Le tuberculeux peut, partout, être soigné très efficacement, dans son propre pays, par l'application convenable de la cure d’air sur la chaise-longue (Detweiller).

Résumons les principales étapes parcourues. Hippocrate et Laënnec recommandent au phtisique le voyage en mer.En 1854,sous l'impulsion deRochard, celui-ci est proscrit. Avec l’école de Berck, on reconnait que le climat littoral guérit les scrofules qui, après la découverte de Koch en 1881, sont reconnues de nature tuberculeuse. Mais il aggrave la tùberculose pulmonaire.

On distingue plusieurs climats littoraux, celui de l'Océan est préférable à celui de la Méditerranée, mais on ne lui confie que les tuberculoses pulmonaires torpides.

Jusqu’alors les climats littoral et marin ne sont différenciés ni comme nature, ni comme thérapeutique.

Un des premiers en 1894, le D' Lalesque qui observait à Arcachon, eut l’idée de mettre en pratique la cure marine sur le bassin de cette localité. Pendant trois ans il utilisa timidement ce procédé de cure: la grosse part de traitement revenait encore à la

1. Letulle, La tuberculose pulmonaire (Nouveau traité de Médecine, Gilbert et Widal, p. XI).

Dee.

forêt, et c'était par les journées calmes et ensoleillées qu’il envoyait ses malades pendant quelques heures sur le bassin d'Arcachon.

En 1897 il publie un traité sur la cure marine de la phitisie pulmonaire, mais cette cure est celle du bassin d'Arcachon, il ne s’agit pas de voyager en mer, le malade va chercher sur des barques l'air marin qui paraît à Lalesque plus efficace qu’à terre. Il n’y voit pas de différenciation entre le climat littoral et le climat marin.

En 1908 le D' Ach. Edom publie un livre sur la Tuberculose et Sanatoriums flottants. Le professeur E. Von Leyden de Berlin lui écrit une préface où il note : « L'idée du traitement de la tuberculose par les voyages sur mer n’est pas nouvelle. Au commencement du xix* siècle les médecins anglais ont soigné les maladies du poumon par des voyages sur mer en des climats doux et appropriés à la saison. Depuis cette époque, cette méthode thérapeutique était tombée dans l'oubli. C'est le mérite du D' Achille Edom d’avoir fait revivre l’idée de mettre à profit, pour les tuberculeux, les grands avantages de la cure marine. » Depuis 1896, en effet, le D' Achille Edom affirme que le traitement le meilleur de la tuberculose serait le séjour en pleine mer, dans des régions déterminées et sur des « bateaux de santé ». Il a recommandé les voyages sur mer à tous les tuberculeux qui avaient le temps et les moyensde s’ysoumettre, et il n’en a pas connu

un seul qui n’ait été guéri ou considérablement amé-

lioré. Les progrès se manifestent déjà après deux ou trois semaines. Un grand nombre de médecins auxquels il avait demandé avis, ont trouvé l’idée excellente. La cure en pleine mer, sur un bateau-hôpital, dans les régions de l'Océan où les conditions météorologiques sont les plus favorables, constituerait actuellement, pourle D'Edom, le traitement le meilleur et le plus rationnel de la tuberculose. Quelquesuns s’étonnaient qu’elle n’ait pas encore été réalisée ; la plupart étaient des exemples de guérisons par la cure marine, plusieurs lui devaient leur guérison personnelle, |

Les sanatoriums flottants ont fonctionné en Allemagne, en Angleterre et en Amérique, sous forme de navires bien aménagés qui, chaque matin;emportent les malades vers la pleine mer et le soir les ramènent à terre. [ls auraient rendu de grands services.

Les médecins anglais ne se contentent pas de cette solution ils ordonnent les voyages au long cours aux tuberculeux.

H. Weber a trouvé sur un total de 70 malades une grande amélioration dans 48 cas. Sur les malades améliorés, 10 l’étaient dans leur état général, dans leur nutrition, sans changement dans les signes cliniques ; vingt-quatre fois ils présentaient l’amélioration pulmonaire et de l'état général. Parmi les 18 malades stationnaires, 2 virent disparaître leur fièvre pendant le voyage, 7 eurent des hémoptysies

(une ou plusieurs) surtout dans les régions chaudes.

sr

Parmi les 34 malades améliorés, 27 étaient à lapremière période de la tuberculose pulmonaire, 6 à la deuxième et la troisième.

Walshe a grande confiance dans l'efficacité des

voyages en mer, surtout chez les hommes jeunes. « C'est, dit-il, leur meilleur mode de traitement. Les sanatoriums sur l'Océan rendront probablement de grands services lorsqu'ils seront bien organisés (1). »

En France, il faut arriver au Dr Ad. Loir (2), directeur de l’Institut océanographique du Havre, pour avoir une idée scientifique de la question. Il différencie les climats littoral et marin et conseille au phtisique les voyages au long cours. « Il ny a pas, dit-il, de meilleur traitement qu’un voyage en mer pour celui qui, étant de bonne constitution générale, est devenu tuberculeux par contagion, par surmenage, par dépression morale,. par mauvaise hygiène ou à la suite de maladie aiguë. Même chez le tuberculeux avancé, le voyage en mer améliore souvent l’état général et amène la guérison de larges cavernes.

La fièvre des tuberculeux disparaît fréquemment à la mer. Enfin au début, lorsqu'il y a de petites

1. Voir pour la littérature anglaise, J. Burney Geo, Climate and health ressorts, 1885 ; A. Grosbec Dixey, Sea voyages for healththe Lancet, August, t. II, 1888; H. Weber, F. Parkes, Climatotherapy and Balneotherapy, 1907.

2. D" Ad. Loir, Thérapeutique et voyages au long cours. Paris, 1924, préface du professeur Gariel, p. 20 ; et Bulletin Académie de Médecine. Paris, 1924, p. 613

one

hémorragies, le séjour sur l'Océan peut rendre des services. Et son affirmation est appuyée par la haute autorité du professeur Léon Bernard, le phtisiologue si connu.

Page 1