CHAPITRE II
Influence de l’ingestion de peptone de muscle et de quelques huiles sur le quotient respiratoire et le métabolisme basal chez l’homme
Les résultats obtenus dans le chapitre précédent montrent que l'augmentation constante du métabolisme de base observée après ingestion d’hexoses varie assez sensiblement, dans son amplitude, avec la nature chimique du sucre ingéré. Les modifications du quotient respiratoire, observées parallèlement, diffèrent également beaucoup d’un sucre à l’autre : en aucun cas cependant ce quotient n’a paru tendre vers l’unité, chiffre théorique. Il semble donc que nous nous trouvions en présence d’un phénomène plus complexe que celui de la combustion simple du glucide mis en cause. Il était intéressant de chercher à préciser le mécanisme de l'opération ; c’est ce que nous avons tenté de faire.
Les expériences connexes que nous rapportons ci-après y aideront ; elles ont été poursuivies en collaboration avec notre maître R. LECOR et portent, non plus sur des hexoses, maïs sur quelques matières grasses et sur une source rapidement utilisable de substances azotées. ,
Dans une série de recherches antérieures, LECOQ a montré que les glucides, les lipides et les protides se comportent, en définitive, dans l’organisme, de façon très voisine. Tous ces constituants de la fraction organique des aliments ont, en effet, un besoin impérieux de vitamines B pour pouvoir être utilisés. En l’absence de celles-ci, des accidents de polynévrite apparaissent dans tous les cas. Plus que le groupe auquel il appartient, ce qui importe par-dessus tout, c’est la rapidité d’assimilation intestinale de laliment et ses possibilités d'utilisation par l’organisme. C’est ainsi que le glucose, l’huile d’olive et la peptone de fibrine ou de muscle, méritent plus justement d’être rapprochés l’un de l’autre que le glucose et l’amidon, l’huile d’olive et l’huile de foie de morue, les diverses peptones et les protides correspondants.
$. — Mode d'utilisation des différentes fractions organiques de la ration par l'organisme
L'utilisation énergétique des glucides, des lipides et des protides apparaît très inégale à RUBNER, lorsque ces aliments sont fournis en quantité équivalente (en calories) et que les dépenses
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énergétiques sont, par ailleurs, réduites au minimum (ainsi qu’il est pratiqué dans les déterminations du métaboïisme de base). C’est à l’action dynamique spécifique propre à chacun des aliments que cet auteur attribue les différences observées.
Lorsqu'on place un chien, par exemple, au repos et à l’état de jeûne, dans une atmosphère de 33° (réalisant la neutralité thermique), on constate qu’en 24 heures la quantité de protides et de lipides prélevés par l'animal sur ses tissus équivaut à 739,9 calories, soit 30,8 calories par kg. Cependant, si on alimente ce chien en lui donnant en 24 heures 910 grammes de viande, qui apportent 38,5 calories par kg., on constate que la dépense, loin d’être couverte, s'élève à 41 calories. L'animal, quoique ayant reçu une quantité d’aliments légèrement supérieure à ses besoins calculés à jeun, consomme, en définitive, plus qu’il n’a reçu, la ration administrée devenant de ce fait insuffisante.
L'augmentation de la consommation constitue l’action dynamique spécifique de l'aliment mis en œuvre. Elle est, selon RUBNER, de 28 à 31 % pour les protides, de 12 à 15 % pour les lipides et de 4 à 6 % pour les glucides.
L'augmentation des échanges respiratoires à la suite d’ingestion d’aliments, spécialement de protides, a été retrouvée par BENE- DICT et CARPENTER, mais calculée d’une façon un peu différente. Ces auteurs désignent sous le nom de «coût de l’ingestion» le rapport de la chaleur produite par l’ingestion des aliments et des calories que ceux-ci sont susceptibles de fournir. Il suffit pour obtenir ce coefficient de diviser les calories supplémentaires produites avant le repas par la valeur calorique des aliments ingérés.
Il convient d’insister sur le point que l'expérience de RUBNER n’est valable qu’au degré de neutralité thermique. A une température inférieure, une partie de la chaleur supplémentaire pourra être utilisée, en effet, pour couvrir les besoins normaux de la thermogénèse et se confondra dans la lutte de l'organisme contre le refroidissement. Ce fait s’expliquerait par la nécessité où se trouverait l’organisme de transformer tous ces aliments préalablement en glucose, celui-ci étant le seul combustible utilisable par les cellules, en vue de satisfaire ses besoins énergétiques.
Le phénomène de l’action dynamique spécifique se trouverait régi, si l’on en croit TERROINE, BONNET, JACQUOT et VINCENT, par la loi générale suivante : « Chez tout être vivant, toute transformation d’un glucide entraîne une perte d'énergie extrêmement faible si elle se fait aux dépens d'un autre glucide, plus élevée si elle a lieu aux dépens des lipides, considérable si elle s'opère aux dépens des protides ».
Le rôle primordial du glucose dans les combustions de notre organisme a sans doute été très justement mis en évidence par CHAUVEAU. Rappelons notamment que les différences ci-après ont
été trouvées au cours de l’étude des glycémies effectuées sur le sang de l’artère carotide et de la jugulaire de chevaux soumis à une diète hydrique de plus en plus prolongée :
Glycémie en Glycémie en gr. %o gr. oo (carotide) (jugulaire) Après 12 heures de diète hydrique... 0,80 0,66 >» 48 > » sr 0,73 0,68 » 3 jours » ce 0,93 0,80 > 6 » >» me 0,90 0,69
La destruction incessante du glucose sanguin s’effectue, non dans les poumons comme le supposaient LAVOISIER et Claude BERNARD, mais, comme l’ont établi CHAUVEAU et KAUFMANN, dans les capillaires de la circulation générale.
Un certain nombre d’objections peuvent être faites à l’obligation pour tous les aliments de passer par le stade glucose. L’action dynamique spécifique des différents sucres est, en particulier, loin d’être nulle. D’autre part, si cette théorie était exacte, les acides aminés les plus proches du glucose (glycocolle par exemple) devraient avoir une action dynamique spécifique sensiblement nulle, et les plus éloignés (acide glutamique, entre autres) une action dynamique plus élevée. Or, l’expérience montre une action dynamique spécifique considérable pour le glycocolle et une action dynamique spécifique nulle pour l’acide glutamique. Ajoutons, enfin, que les résultats numériques sur lesquels s’appuie RUBNER n’ont pas été constamment confirmés.
La transformation des lipides de réserve en glucose s’effectuerait lentement, selon CHAUVEAU, au cours de l’hivernage chez la marmotte et expliquerait la faiblesse de son quotient respiratoire. Il n’en serait pas de même, par contre, chez les sujets normaux ; LAFON a montré, en effet, que la teneur en lipides du sang artériel tombe dans le sang veineux :
Lipides en Lipides en gr. Lo gr. %o (sang artériel) (sang veineux) THChevA lee 2,00 1,91 Br Hotel Lace 0 2,23 1,90 AMAR Te Meme den dre 2,35 1,89 AMC EE me TRE aim 1,96 1,32
La combustion directe des lipides, sans qu’il soit nécessaire de transformer au préalable ces aliments en glucides, a été, par aileurs, confirmée par STEWART, GADDIE et DUNLOP.
Il serait difficile d'admettre, dans ces conditions, que les protides fassent exception. CAHN et HOUGET ont constaté précisément, après un travail prolongé, une augmentation de la teneur en urée du muscle et celle-ci s’est montrée plus élevée que dans le sang et dans le foie. Ces résultats sont en faveur d’une utilisation
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directe des protides par le muscle au cours de la contraction. Des réserves de protides également peuvent être constituées, semblet-il, au même titre que des réserves de glycogène ou de lipides dans le foie et se trouver rapidement mobilisées au cours du jeûne, comme l’ont établi ADDIS, POO et LEW.
Si l’on se rapporte aux travaux originaux de CHAUVEAU, tout porte à croire que le glucose n’est pas nécessairement l’élément initialement utilisé par l’organisme pendant la période de repos, car le quotient respiratoire reste souvent assez bas. Dès que survient l'effort, ce quotient s’élève, par contre, rapidement ; parti de 0,74, par exemple, il peut atteindre 0,95 en 40 à 45 minutes. Après une heure de repos, il revient ensuite au chiffre du départ. ZUNTZ, HAGEMANN et KATZENSTEIN ont confirmé et précisé la prédominance de la combustion des glucides sanguins au cours du travail. La quantité de glycogène utilisée est alors quatre fois plus importante que celle des lipides. Cependant, si le travail se prolonge, la combustion des glucides diminue et arrive à ne plus guère représenter qu’un dix-septième de l’énergie totale mise en jeu. :
Les expériences que nous avons relatées dans le chapitre précédent fournissant des quotients respiratoires éloignés du chiffre théorique (qui est l’unité) correspondent mal à une combustion directe des glucides. Il est vraisemblable que chez le sujet au repos, un équilibre sanguin s'établit rapidement, entraînant une combustion répartie à la fois sur les glucides, les lipides et les protides.
Voyons ce qui se passe quand le sujet ingère des matières azotées ou grasses.
S IT. — Modifications des échanges respiratoires observées chez l’homme après ingestion de peptone de muscle et de quelques huiles
Dans une nouvelle série d'expériences, nous avons administré, dans les mêmes conditions que précédemment, à des sujets sains et en bonne santé, à jeun depuis la veille, 45 gr. de peptone de muscle dissous dans 150 gr. d'eau ou une quantité énergiquement équivalente de différentes sources de lipides, soit 20 gr. d'huile d'olive, d'huile de ricin ou de graisse de beurre. On sait que, sous le nom de graisse de beurre, on désigne la matière grasse du beurre fondu, soigneusement filtrée.
Concurremment à l'huile d'olive et à la graisse de beurre, produits comestibles couramment employés, nous nous sommes adressés à l'huile de ricin que LECOQ considère comme un aliment de déséquilibre au même titre que le galactose. Nous reviendrons d’ailleurs, dans la troisième partie, sur cette notion particulière.
Les résultats obtenus sont groupés dans les tableaux et graphiques ci-après (Tableaux X à XIII et Graphiques X à XVII).
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TABLEAU X. — Variations des échanges respiratoires, chez l’homme, après ingestion de 45 gr. de peptone de muscle dissous dans 150 gr. d’eau.
S'ILS sat Poids : 54,950 Taille : 1m.62 Surface : 1 mgq 58 UOTE TRE > : 60,100 > : 1 m. 645 » : 1 mq66 S. QUES > : 60,500 » : 1 m. 64 >» : 1mq66 » SNL >». ":.64 kg. > : 1 m.64 » : 1 mq73
" go © © ” ee ne ñ 2e Sem °5 2e Pr EX 5 su BE 24 3 SN ESS GE
Avant.... 14° 775 290 3,78 16,65 4,25 0,88 0,851 4,86 37,87 + 2%
1/2 heure après 14° 775 330 3,90 16,23 4,67 0,83 0,794 4,79 46,93 + 26 %
1 h.après 14° 775 319 3,89 15,94 4,96 0,78 0,734 4,71 48,14 + 30 %