PREMIERE PARTIE
À. — Action du formol
a) Historique des propriétés antiseptiques des vapeurs de formol.
Avant d’exposer nos essais, nous avons cru utile de rappeler en quelques pages les principaux travaux qui ont été faits sur les propriétés antiseptiques des vapeurs de formol, notamment ceux qui semblent se rapprocher de l’objet de notre étude.
Les propriétés antiseptiques du formol ont été remarquablement mises en lumière, voici une quarantaine d’années, surtout par les travaux de M. TRILLAT qui en a tiré de nombreuses applications, et ont fait depuis cette époque l’objet de nombreuses études.
Déjà, en 1888, Low (2) avait signalé son intérêt physiologique par son action sur les albumines, les enzymes et le protoplasme vivant. Il constata qu’une solution de formaldéhyde à 0,1 0/00 tue des Algues (Spirogyra) en douze heures, que des Schizomycètes ne peuvent se développer dans une solution nutritive renfermant 0,1 0/00 de cette aldéhyde. Il nota enfin son action toxique sur de petits animaux : des cloportes, des vers et des mollusques meurent entre une et deux heures, quand l’eau est additionnée de 0,5 0/00 de formol ; à cette concentration, seules certaines larves d’insectes peuvent résister durant quelques jours.
L’année suivante BücHNER et LEGALL (3), après avoir rappelé qu’il était un poison cellulaire général, étudient l’action du formol sur le staphylocoque, le bacillus prodigiosus, le colibacille, le pyocyanique, le vibrion cholérique et montrent qu’elle est surtout sensible
sur le pneumobacille de Friedländer, le bacille typhique et le Protéus. Ils notent déjà que l’action antiseptique des vapeurs de formol doit retenir l’attention.
En 1892, M. TricraAT (4) étudia l’action antiseptique de la solution de formaldéhyde sur la conservation du bouillon (une dose de 1 pour 12.000 suffit à empêcher l’altération pendant plusieurs semaines), sur les bacilles de la salive, les eaux d’égouts, et signala son action antifermentescible sur le lait, et à des doses très faibles.
En 1891, dans un procédé d’application des propriétés antiseptiques des vapeurs de formol, M. TRILLAT avait spécifié que la désinfection pouvait être obtenue par l’emploi de ce corps, soit à l’état solide, soit à l’état liquide, soit à l’état gazeux.
Il établit ensuite, en collaboration avec le docteur BERLIOZ (5), l’action antiseptique et microbicide des vapeurs de formol sur les bacilles salivaires, les bacilles de la décomposition, le bacillus anthracis, le bacille d’Eberth, le colibacille. Enfin il démontra (Moniteur scientifique, 1892) que le voisinage d’un linge imbibé d’une faible solution de formol est capable d’arrêter la putréfaction de la viande et décrivit plus tard un procédé de désinfection basé sur cette propriété.
a) Pour étudier l’action antiseptique des vapeurs de formol (6), l’on plaçait sous une cloche de 10 Litres divers milieux de culture stérilisés, ensemencés par les microorganismes du jus de viande en décomposition, et l’on disposait un récipient renfermant 5 centimètres cubes de formol à 10 %. Cela suffit pour empêcher le développement des bactéries.
L’action est la même avec l’Aspergillus niger et le Penicillium.
b) Pour examiner l’action bactéricide des vapeurs, des morceaux de toile de un centimètre carré, imbibés d’une culture de bacilles, étaient suspendus dans un flacon dans lequel on faisait passer un courant d’air ayant préalablement traversé une solution de formol à 5 VAE Toutes les cinq minutes, on retirait un morceau de toile et on le transportait dans du bouillon placé à l’étuve.
Deux ans plus tard VAN ERMENGEN et SUGG (7) re-
Net ASS
prennent ces expériences ; ils utilisent un liquide vendu sous le nom de formaline, qui serait une solution aqueuse à 40 % de formol, et font des expériences sous cloche, des essais en grand et des expériences en présence de la chaleur. ;
Pour les expériences sous cloche, ils se servaient de fils imprégnés de microorganismes, ou de bandelettes de papier sur lesquelles on avait laissé dessécher des cultures sur agar. Chaque fil était lavé dans plusieurs vases contenant de l’eau stérilisée, pour les débarrasser de la substance désinfectante dont ils étaient imbibés.
Ces deux auteurs opéraient sur des espèces de microorganismes pathogènes intéressant surtout l’hygiène ; ils étaient exposés au contact d’une atmosphère à peu près saturée de vapeurs d’aldéhyde formique se dégageant de sa solution aqueuse. Ils en conclurent qu’elle exerce uné action très énergique sur la vitalité des microorganismes.
Vers la même époque, M. TRiILLAT (8), donne les résultats d'expériences comparatives entre le pouvoir antiseptique du formol en solution et celui de ses vapeurs.
& À l’état de vapeurs, le formol agit incomparablement d’une manière plus sûre et plus rapide, tuant sans rémission les bactéries et les germes soumis à son action. J’ajouterai que les doses en poids de formol, nécessaires pour obtenir ce résultat, deviennent très faibles par rapport aux doses microbicides. J’ai établi pa un grand nombre d’expériences ce pouvoir microbicide des vapeurs de formol, et toutes ont donné des résultats positifs. D’une manière générale on peut affirmer qu'aucune bactérie et aucun germe ne résiste dans une atmosphère qui ne contient pour ainsi dire que des traces impondérables de vapeurs de formol. »
En ce qui concerne le Penicillium et l’Aspergillus niger, tandis que le formol en solution infertilise le liquide de RAULIN à la concentration de 1 pour 10.000, les liquides ensemencés par ces germes resteraient clairs lorsque l'air ambiant renferme 1 pour 20.000 de formol.
Près de quinze ans plus tard, un auteur italien, G. Ti- RABOSCHI (9), étudiant de nouveau l’action des vapeurs