OBSERVATION XXX
Cancer squirrheux et colloide du rectum et du vugin,. flstule reclo-vaginale consécutive. Tumeurs secondaires «dans le foie, (par Maygrier). (1)
Cuisonnier, Marie, 41 ans. saus profession, entre à Ja Maternité le 20 décembre 1879, service de M. Tarnier, suppléé par M. Lucas-Championnière. Réglée à 16 ans, règles abondantes, ordinaires ensuite. Mariée à 20 ans, dix accouchements, le dernier en 1878. Bonne santé antérieure. A eu de la constipation dans ses grossesses précédentes.
Les dernières règles ont apparu du 22 au 25 août 1878.
Commença à être malade vers la fin de septembre, constipation opiniâtre avec vomissements. Du jour, où la constipation apparut l'appétit s’est troublé et les forées ont diminué, Cet état, persistant, fit vite maigrir la malade; le 14 octobre elle prit un purgaüif, puis expulsa, par le vagin des matières fécales très-fétides.
Le 80 décembre, elle se présente à la consultation. Femme de haute taille, bien constitnée, pâle. Douleurs lancinantes dans le fondement, enceinte de quatre mois. La vulve et le vagin :sonit enflammés ; la vulve est salie par les matières fécales qui remplissent le vagin. Le col est gros et mou. Dans le cul de sac pos-
(1) Maygrier. In Archives de Tocologie, 1880.
térieur, est une tumeur volumineuse, et immédiatement en arrière du col une large fente transversale, à bords calleux et irréguliers, par laquelle rectum et le vagin communiquent. Le toucher rectal permet d'apprécier plus facilement la tumeur, qu’on sent au niveau de la paroi antérieure du rectum. Elle remplit tout le cul-de-sac postérieur, molle en avant et à droite, d’une dureté ligneuse dans les autres points ; au diagnostique : Rétrécissement cancéreux du rectum.
Jusqu'au {cr janvier, alternatives de constipation et de débâcle par le vagin. Appétit nul. douleurs rectales vives.
Â1 janvier. Vomissements verdâtres répétés. Ecoulement de matières fécales par le vagin.
13 janvier. Vomissements toute la nuit. La malade souffre beaucoup, face grippée, soif vive, malgré l’écoulement fécal qui se fait par le vagin, il existe des symptômes d’obstruction intestinale. M. Lucas-Championnière dilate l’orifice avec le doigt.
14 janvier.! Expulsion de l’enfant entier à 5 heures du matin. Dans la nuit, vomissements fécaloïdes, et la malade succombe à 40 h. 1/2 du matin.
Autopsie : Tumeur à gauche, tumeur à droite. La gauche volumineuse recouvre en partie l’intestin, elle a la forme d’un rein kystique. Cette tumeur libre d’adhérences à un pédicule constitué par le ligament de l’évaire. Surface irrégulière, bosselée, avec parties molles et dures.
Tumeur droite, même aspect et même consistance, mais plus lobulée. Pédicule analogue.
En arrière du rectum, le long de là colonne lombaire, est une chaine de ganglions, gros comme des noix et indurés.
Le rectum présente un rétrécissement à 9 centimètres audessus de l’annus, il a 3 centimètres de hauteur, tout autour, les parois sont dures, épaisses, ulcérées par places, elles ont un aspect squirrheux, et, on reconnait un cancer du rectum qui oCcupe sur cet organe une auteur de 5 à 6 centimètres.
Les couches profondes de la face postérieure du vagin sont envahies par la tumeur et font corps avec le rectum.
Immédiatement au dessus du rétrécissement de l'intestin, on voit une ouverture de 2 centimètres de largeur qui communique avec le vagin. Le foie est assez volumineux, sa face inférieure offre une saillie marronnée, à sa face convexee existent quelques saillies beaucoup plus petites.
Des coupes montrent le tout farci de noyaux cancéreux blanchâtres, d'aspect encéphaloïde.
L'examen microscopique fait par M. le D' Malassey au collège de France, montre que les tumeurs dufoie présentent les caractères de l’épithélium cylindrique à cils vibratils avec dégénérescence colloïde; en certains points de lésions out détruit et en partie perforé la couche musculeuse, et se sont étendus sous le péritoine. Dans l'ovaire, les lésions sont plus avancées. Il y a des travées fibreuses, limitant des espaces, dans lesquels est une substance transparente parsemée de granulations et d'éléments plus ou moins dégénérés. Quant aux tumeurs de l’ovaire, la dégénérescence y est plus considérable; il est probable que les ovaires ont été les premiers organes envahis; le rectum se serait pris ensuite, et finalement des tumeurs semblables auraient envahi le parenchyme hépatique.
Nous pensons donc qu'il s’agit là d’un cas très intéressant de tumeur kystique de l’ovaire à marche rapide, avec généralisation.
L'auteur, et nous nous rangeons à son avis, trouve cette observation remarquable à divers points de vue, surtout par la marche rapide d'accidents graves survenant dans les premiers mois de la grossesse, chez une femme jusque-là bien portante, et par des lésions trouvées à l'autopsie qu'on ne pouvait soupçonner pendant la vie.
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OBSERVAIION XXXI (personnelle)
Cancer du rectum, marche rapide donnée par la grossesse
Augusta Pestel, femme Teinturier, âgée de 34 ans et 9 mois, demeurant rue de la Colonie, n° 41. Vint le 19 juillet 1884 à la consultation de l'hôpital de la Pitié se plaignant de diarrhée et de pensanteur dans le fondement. M. Lancereaux l’admit alors dans son service, salle Lorain. Après quelques jours la diarrhée continuant, et M. Lancereaux soupçonnant quelque lésion grave du rectum la fit évacuer dans le service de M. Polaillon, où elle est depuis le 31 juillet, salle Gerdy, n° 18.
Cette femme, de taille ordinaire, brune, a le visage maigre, les yeux caves et le teint jaune-paille caractéristique.
Son père est mort de cancer de l'estomac à l’âge de 45 ans. Sa mère vit encore et est en bonne santé.
Cette femme a joui d’une bonne santé antérieure, et n’a eu dans son enfance, que quelques bronchites sans import ince ; elle n’a jamais fait de maladie grave.
Elle fut réglée à 14 ans, la menstruation fut toujours régulière et facile. Mariée à 26 ans, fit une fausse couche à 27 ans et demi, puis eut quatre accouchements à terme, qui, dit-elle, se firent sans aucune difficulté, sauf le quatrième qui fut, peut-être, un peu plus pénible, elle a allaité ses enfants qui sont morts tous les quatre cette année. Son dernier né est mort à 6 semaines.
Depuis deux ans et demi, elle était affectée de diarrhée, qui alternait avec de la constipation, en même temps, elle éprouvait une pesantenr, une gêne dans le rectum, quand elle devint enceinte pour la cinquième fois, au mois de juillet de l’année dernière. Vers les premiers mois de sa grossesse elle remarqua que
la diarrhée devenait plus abondante, et en même temps, elle était affligée d’un écoulement sanieux, sanguinolent et fétide. Cet écoulement augmenta à mesure que la grossesse avancait de son terme. C’est à partir de ce moment qu'elle commenca à ressentir des douleurs dans le rectum.
Elle nous dit qu’elle a perdu de ses forces et beaucoup maigri pendant cette grossesse. Elle fit ses couches à la maternité de Cochin, au mois de mars dernier.
L'accouchement et la délivrance n’offrirent rien de particulier, elle se rétablit et sortit au bout de neuf jours.
Depuis ce temps la diarrhée, l'écoulement sanguinolent et fétide du rectum ne l’ont jamais quittée, mais sont au coutraire plus abondants. Elle va maintenant jusqu’à dix fois par jour à la selle, pour ne faire que des matières glaireuses striées de sang et quelquefois du sang.
Le 11 août dernier, après l’avoir endormie avec le chloroforme M. Quénu qui suppléait, M. Polaillon, procède à l'examen de cette femme : L’anus est rouge et enflammé, tout le voisinage est le siége d’une éruption érythémateuse due à lirritation développée et entretenue par l’écoulement continu du rectum.
Cette éruption se propage quelque peu sur les fesses. Par le toucher rectal on constate des parties molles en certains points ayant une certaine dureté ; en d’autres le rectum parait un peu rétréci jusqu’au point où le doigt peut pénétrer, les parois sont épaisses, ulcérées par places, présentant des granulations, des saillies fongueuses. Le doigt ne peut atteindre les limites du mal. Le plan musculaire de la face postérieure du vagin semble envahi dans sa partie profonde.
M. Quénu pose le diagnostic : Epithelioma du rectum, et vu l'étendue de l'affection, juge le mal inopérable : et la femme quitte le service Le 23 août dernier.
J'ai revu dernièrement cette femme à son domicile, pour qnelques renseignements qui manquaient à cette observation. Elle ressent maintenant des douleurs non seulement dans le rectum, mais dans les lombes, jusque dans les cuisses ; elle a perdu du
ot
sang, ce qui l’a beaucoup affaiblie, le teint cachectique est heau- Coup plus prononcé.
19 novembre. Cette malade est entrée de nouveau à lPhôpital de la Pitié, dans le service de M. Polaillon. Le chef du service, après examen, la considérant comme incurable, lui signe un certificat pour la faire admettre à l'hôpital de la Salpétrière.
Em. Blesson, 10