DUCHÀRTRE. — INFLUENCE DE LA SÉCHERESSE SUR LA VÉGÉTATION
loppement. Quand le tubercule a eu cédé à la pousse toute l’eau qu’il renfermait au moment où il est entré en végétation, tout développement a cessé ; cependant la réserve d’aliment n’était pas encore épuisée à beaucoup près, et l’amidon en particulier abondait encore dans les cellules de ce tubercule, qui était alors fortement ridé ; cette réserve ne pouvait plus dès cet instant être transportée dans les organes pour leur permettre de continuer leur croissance.
II. Développement des mêmes Ignames de Chine dans un sol humide. — La conclusion que j’ai déduite des observations précédentes me semble légitime ; j’ai cru cependant qu’il pouvait être utile de l’appuyer sur des faits recueillis dans une autre voie, et, dans ce but, après avoir fait l’épreuve, j’ai essayé de faire la contre-épreuve. Pour cela, le 17 août 1884, j’ai rempli deux pots égaux, ayant environ 0 m ,15 d’ouverture et 0 m ,30 de profondeur, l’un avec du sable de rivière, l’autre avec un compost de bonne terre de jardin additionnée d’environ un quart de terreau. Dans le pot rempli de sable j’ai planté deux tubercules qui avaient développé chacun une tige haute, pour l’un de 0 m ,49, pour l’autre de 0 ,n ,18 seulement. La tige de chacun d’eux a été fixée à un long tuteur. Comparativement, dans le pot rempli de compost j’ai planté deux autres tubercules ayant aussi produit chacun une tige longue de 0 m ,50 pour l’un, de 0 m ,18 pour l’autre, et ces tiges ont été aussi fixées chacune à un long tuteur. Les deux pots ont été arrosés copieusement après la plantation, et ils ont été ensuite maintenus constamment humides. Ils ont été mis à la place qu’avaient occupée les tubercules laissés à sec, par conséquent dans les mêmes conditions d’éclairage et d’aération que ceux-ci. Plusieurs pieds venus'à sec ont été laissés comme témoins à la place et dans l’état où ils se trouvaient; mais ils avaient évidemment consommé à ce moment l’eau du tubercule qui leur avait donné naissance, car la croissance en hauteur de leur tige était arrêtée, et dès lors elle n’a plus fait le moindre progrès. J’avais aussi disposé deux pieds de sorte que leur tubercule seul plongeât dans l’eau ; mais les précautions que j’ai prises n’ont pu empêcher celui-ci de pourrir, sans que la plante qui en était parvenue auparavant continuât de se développer.
Les quatre pieds plantés dans les deux pots se sont comportés comme il n’était pas difficile de prévoir qu’ils le feraient. Après quelques jours, pendant lesquels ils sont tous restés absolument stationnaires quant à leurs parties extérieures, mais pendant lesquels ils devaient produire des racines dans le sol humide, ils ont commencé à croître. Presque subitement la portion nouvellement produite de leur tige s’est montrée notablement plus épaisse que celle qu’elle surmontait, non colorée comme celle-ci en brun rouge, mais bien verte et presque translucide dans ses couches superficielles. J’ai constaté que celle augmentation de diamètre
était due essentiellement à un développement considérable du tissu cellulaire central ou médullaire. Il est à peine besoin de dire que l’allongement de la portion de tige produite après la plantation des tubercules a été fort inégal pour les deux pieds plantés dans une bonne terre et pour les deux qui avaient été mis dans du sable. Ceux-ci, ne pouvant guère emprunter que de l’eau au sol dans lequel ils étaient plantés, se sont nourris presque exclusivement avec les matières nutritives qui restaient encore dans le tubercule; aussi se sont-ils faiblement allongés. Après deux mois presque entiers de végétation, le 14 octobre, leur hauteur totale ne s’était augmentée que de 0 m ,8Q à 0 ra ,90. Au contraire, les deux pieds qui trouvaient dans une terre riche les éléments d’une bonne nutrition ont pris rapidement une grande croissance. Dès le 18 septembre celui dont la tige était longue de 0 m ,50 un mois auparavant, au moment de la plantation, s’était élevé à 2 mètres 50 centimètres de hauteur, tandis que l’autre qui avait été planté en même temps, n’ayant qu’une tige de 0™,18, était arrivé à 2 mètres de hauteur environ.
Toutes les feuilles produites par les quatre pieds mis en pots étaient bien vertes et constituées, quelles que fussent leurs dimensions, comme le sont celles du Dioscorea Batatas normal, par conséquent avec des nervures arquées longitudinales, largement séparées par du parenchyme. La grande prédominance de ce parenchyme développé sous l’influence des arrosements était frappante, même dans celles de ces feuilles qui étaient restées réduites à de faibles proportions. Il y avait donc bien loin de cet état à celui que j’ai décrit pour les feuilles produites par les pieds laissés à sec. Quant à la grandeur de ces organes sur les quatre pieds plantés, elle a différé fortement séton la nature du sol. Les feuilles des deux pieds plantés dans une bonne terre n’ont pas tardé à acquérir à peu près la moyenne des dimensions qu’on leur voit dans l’état normal; leurlimbe avait en effet de 0 m ,06à0' n ,08 de longueur, sur0 m ,04à0 n, ,05de largeur; mais celles des deux pieds plantés dans du sable étaient incomparablement moins développées, à ce point que leur limbe u’atteiguait, en moyenne, guère plus de O" 1 ,01 de longueur avec une largeur proportionnée; toutefois, ces deux dernières plantes ayant développé chacune à sa base une branche vigoureuse, celle-ci a produit un petit nombre de feuilles notablement plus grandes.
Quant à la structure des feuilles développées par les quatre pieds, elle a marché graduellement de l’homogénéité du parenchyme qui distinguait ces organes sur les tiges venues à sec vers l’hétérogénéité qui caractérise les feuilles normales de la même plante. Seulement les caractères du tissu en palissade et du tissu lacuneux n’y ont jamais été aussi prononcés que dans les feuilles normales et de fortes dimensions qui s’étaient développées à l’extérieur sur des pieds plantés en pleine terre. C’est là une