INFLUENCE UES SCIENCES
II faudrait maintenant suivre ce progrès dans l’esprit social des nations. Rendre aux lettres, secondant les sciences et la philosophie, la justice la'plus entière et la plus éclatante. Montrer comment Fart de bien dire et l’art» de bien penser , unissant le charme de l’un à la sagesse de l’autre, ont triomphé de tous les obstacles de l’ignorance, des préjugés et des faux intérêts. Le temps nous manque pour tracer ce vaste tableau, et nous ne pouvons que jeter un dernier regard sur l’influence des sciences dans les relations de peuple à peuple, en ces temps modernes.
Depuis trois siècles, on a vu tour à tour chez tous les peuples instruits, des académies réunir par un lien de confraternité, non-seulement les doctes d’un meme empire, mais les savants les plus illustres des autres peuples. De toutes parts on a fait un appel à tous les talents. Des prix ont été proposés pour la recherche de vérités profondes et d’applications utiles au genre humain. On a vu les couronnes du savoir offertes et décernées par les amphictions de la science, aux hommes les plus habiles de toutes les contrées, sans faire une injuste différence entre les droits des nationaux et les droits des étrangers.
La guerre n’a pu resserrer les bornes de ces
sur l’humanité des peuples.
paisibles concours, ni fausser leur équité. Ain.i, dans la société savante que présida le plus giam des géomètres, un prix était fondé pour celui qui ferait la plus belle découverte dans les lois de la chaleur ou de la lumière. C’est Malus qui, par sa théorie de la polarisation, a mérité ce prix. Cependant on est au fort de la guerre. Les juges sont anglais, et le concurrent est français. La haine est exaspérée entre les deux nations, et par les victoires et par les défaites; par les chants des Tyrtées, les harangues des orateurs, et les pamphlets de mille écrivains faméliques, vil rebut de la littérature. Mais Thémis tient d’une main ses balances, et de l’autre le prisme de Newton, pour lequel il n’est point d’illusions mensongères. El e va rendre ses arrêts dans le silence et le secret, pour se soustraire à l’influence des passions. L Angleterre ne lui présente aucun écrit qu, puisse en-
ronne sur un front ennemi, sur un ton 1 des cicatrices, honorables vestiges des sanglan
combats livrés par nos guerriers a « ™
i c mnrs du Caire et d’Alexandrie, royaumes, sous les mur
L’académie des sciences, en accordan meme époque, au célèbre Davy, le prix
cherches galvaniques, ne s’est pas montrée moins impartiale et moins supérieure aux préjugés des haines populaires*
Mais la science ne s’est pas contentée d’étre juste; elle n’a voulu paraître impassible que quand il fallait l’ètre pour rester équitable. En tout autre moment elle s’est montrée humaine, bienveillante et secourable ; dans les querelles acharnées, qui depuis trente ans ont ensanglanté l’Europe, la civilisation, fille des sciences, n’a pas perdu tous ses droits. Maintefois elle en a fait le plus noble usage. L’Institut de France et la société royale de Londres ont rivalisé de générosité et de philantropie. Par leurs intercessions auprès des gouvernements , les prisons militaires se sont ouvertes en faveur du savoir. Dès qu’un captif a pu prouver que sa liberté serait utile aux progrès des connaissances humaines, l’autorité s’est rendue aux sollicitations des académies ; et la science, reconnaissante envers les gouvernements, a payé de ses présents les rançons de la guerre.
Il n’est pas jusqu’aux guerriers meme, qui, participant à l’estime des souverains et des peuples, pour les travaux intellectuels dirigés vers la recherche des vérités utiles, n’aient appris à révérer les hommes illustrés par ces travaux.
sur l’humaivité des peuples. a5 Afin de faire voir combien est grand ce respect f la force pour le savoir et ses bienfaits, je ne Puis choisir d’exemple plus frappant et de témoignage moins récusable., que celui présenté par ces tei Ups si voisins encore, où la capitale fut occupa par les forces de l’étranger. Alors les sentiments les plus hostiles ne purent être adoucis les cœurs de l’ennemi^et momentanément Süs pendus, que par la marche impassible des Pences; que par le spectacle de leur sénat, déférant avec le calme de la paix, au milieu du fnulte des armes, et des violences de l’envahissaient. Les militaires étrangers, dépouillant 1 arrogance enfantée par les succès inaccoutumés, envient avec respect dans le sanctuaire des sciences, Pour y contempler ces hommes fameux, dont la Nommée européenne avait, depuis maintes années, occupé leur esprit et frappé leur imagination. Ils voulaient voir les conservateurs du feu Sa cré de la science, au milieu des tourmentes rev °lutionnaires. Ces hommes, d’une activité plus ^humaine, qui, dans le fort du danger, se défaut pour la patrie, avaient triomphé du débernent de toutes choses, et créé tout-à-coup , Pour tant d’armées, le matériel de la victoire. Les dangers vaincus si long-temps et tant de fois .
a6 INFLUENCE DES SCIENCES
étaient plus que nous frappés de la grandeur ces travaux! Ils voulaient voir ces hommes q ul ’ transportant la science au milieu des armées, la civilisation jusqu’aux Oasis du désert, arneu^ rent en Égypte le savoir et les arts des modernes» puis rendirent à l’Occident les arts et le savoir l’antique Orient. Ils voulaient voir les géomètres» les astronomes et ^physiciens, qui avec tant ^ génie, de courage et de persévérance, ont calcU les formes et les attractions du sphéroïde de h terre; l’ont toisé du nord au midi pour en déduit avec un art infini, un système de poids et de m sures, fondé sur des éléments impérissables com^ la nature; et, par son uniformité, fait pour & truire,à jamais, maint artifice de la fraude et de ^ mauvaise foi. Ils auraient voulu pouvoir contetf' pler à-la-fois, et distinguer d’un même regard I e * compagnons des travaux de Dalembert, de Buff° n et de Lavoisier; les derniers collaborateurs de l’ eIJ cyclopédie ; les courageux bienfaiteurs de l’hui*»^ nité, non moins héroïques que les soldats bless e qu’ils ont tant de fois secourus sur le champ de taille ; les rénovateurs et les promoteurs de la ch 1 mie, de la physique et de l’histoire naturelle; leS inventeurs de mille nouveaux genres d’industrie » qui rendent la vie de l’homme plus douce et p lllS