‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 4 sur 17 · III · texte numérisé non relu

III

34 SUR liES FONCTIONS

OU moins aplatie. 4». Les parois crâniennes peu-vent être plus ou moins épaisses. Les Egyptiens, au rapport d’Hérodote, avaient le crâne beaucoup plus épais que les Perses j Haller a vu une femme dont le crâne était tel, qu’il fallut huit minutes pour l’ouvrir dans l’opération du trépan. M. Gall croit avoir remarqué que les suicides , et les autres maniaques, présentent souvent cette circonstance d’organisation. Le même observateur a vu que, dans la vieillesse , la lame externe gardant son ancienne configuration, l’interne seule suit la diminùtion du cerveau. 5®. Le crâne n’est pas uniforme dans son épaisseur , ses parois sont renflées dans certains points , et se lèvent en éminences ; ces éminences peuvent varier selon les espèces et les individus , selon l’exercice même des muscles qui s’y attachent , quoiqu’il ne faille pas donner à cette dernière circonstance une trop grande extension , et ne pas l’entendre d’une manière aussi mécanique que l’ont fait certains physiologistes.... (i) »

La circonstance que les deux lames crâniennes ne sont pas parallèles dans tout leur contour et dans tous les temps, serait, sans contredit, d’une importance majeure, si jamais j’avais pré-

(i) Dictionnaire des Sciences médicales , art. Craniqs- ^vpie, T. VII , p. Soi.

iendu juger toutes les nuances les plus minutieuses qui peuvent exister dans les circonvolutions, ainsi que les différences de détail qui peuvent en résulter dans l’exercice des fonctions cérébrales. Mais je me suis tout au contraire empressé de rendre mes auditeurs et mes lecteurs attentifs à toutes les circonstances en question. Qui est-cé qui a parlé des sinus du front , tant cliéz Tbomme que ebez les animaux, par exemple chez Télé-» phant et le cochon 5 de Fécartement des deux lames crâniennes chez les hiboux, ou plutôt chez les oiseaux de nuit j en général , des causes des différentes formes des" orbites , si ce n’est moi? J’ai insisté sur tous ces points dans mes le= çons publiques ; mes élèves y ont insisté dans les écrits qu^ils ont publiés sur ma doctrine,* j’y ai'insisté dans mon.article Crâne (i) j j’ai été le premier à soutenir qu’il nous est impossible de déterminer avec exactitude le développement de certaines circonvolutions par Finspection de la surface externe du Crâne. J’ai, le premier , traité en détail des variations de l’épaisseur du crâne qui surviennent dans la vieillesse, la manie, ètc. Le premier, j’ai fait remarquer avec un soin extrême que , dans certains cas , la lame externe

(î) Dictionnaire des Sciences médicales, T. VII, p. 260 — 266.

du crâne i/est point parallèle à sa lame interne. C’est nioi qui ai appelé l’attention des anatomistes sur toutes ces circonstances. Qu’est-ce donc qui pousse MM. Bérard et de Montègre à s’en forger des armes contre la craniologîe? Pourquoi n’ont-ils pas la francHse d’instruire leurs lecteurs de la manière dont j’écarte plusieurs de ces difficultés, et dont je tire parti de quelques autres?- Ne devraient-ils pas me savoir gré de ce que je poursuis mes recherclies avec autant de candeur que de sang-froid; de ce que j’envisage mon objet avec impartialité, sous toutes ses faces ?

MM. Bérard et devient ègre continuent ainsi : K 6°. Les artères, les veines, et surtout les sinus forment, entre le crâne et le cerveau , une sorte de couche assez considérable pour les séparer l’un de l’autre, et empêcher qu’ils ne se moulent réciproquement, du moins dans les derniers détails d’organisation. Ce sont ces vaisseaux qui déterminent les sillons et toutes les impressions qui marquent la face interne du crâne, et qu’on avait eu tort de rapporter aux circonvolutions cérébrales , puisqu’un examen plus attentif a montré que les unes ne répondaient pas aux aiftres. Ainsi ,1a face externe du crâne ne représente pas l’interne dans ses détails , et celle-ci ne représente pas le cerveau , en prenant toujours la chose dans un sens rigoureux.

DU CERVEAU. Sj

La couche vasculaire, interposée entre le cerveau et le crâne, tendrait au contraire à agir sur les deux parties en sens inverse ; de telle sorte qu’une élévation du crâne répondrait à un sillon dans le cerveau, si la face externe de l’enveloppe osseuse suivait l’interne avec plus de précision (i)i »

Jusqu’iei je ne coninais pas un seul anatomiste qui ait confondu les impressions des vaisseaux sanguins sur la face interne du crâne, avec l’empreinte des eireonvolutîons mémea. Les impressions des grands sinus, par exemple derrière le rocher, â la partie supérieure du procès falciforme, etc., n’ont jamais été données par personne pour des empreintes de circonvolutions.

Mais , d’un autre côté, il n’a jamais existé d’anatomiste ou de physiologiste qui n ait reconnu ^ les impressions appelées impressions digitales dans la face supérieure du plancher orbitaire, ainsi que celles dans la partie inférieure-antérieure du frontal , celles dans les temporaux, etc., pour de véritables empreintes des cîfconvolutions. Plusieurs fois déjà j’ai été tenté de

(i) Dictionnaire des Sciences médicales, art. Craniosr T. Vil , p. Soi et âox

croire que MM%.Bérard et de Montégre n’ont jamais eu un crâne ou un cerveau entre les mains.

« 70. Quand ^ disent-ils encore, après avoir enlevé le crâne, on examine le cerveau revêtu de ses membranes, on voit que la surface en est lisse et unie, la dure-mère ne suivant pas les sinuosités des circonvolutions cérébrales j autre preuve que le crâne ne reçoit pas l’impression du ceryeau dans toutes ses parties j il est en effet incontestable que le crâne ne suit pas le cerveau dans cês sinuosités si profondes, qü’oji ne découvre que quand on détaclie la méninge : le crâne ne reçoit donc que rimpression des gran-? des éminences du cerveau, qu’il exprime très bien par ses bosses frontales, occipitales* etc. Mais quant aux détails ,, et surtout à des détails aussi minutieux que ceux que l’on suppose dans la cranioscopie, il nous parait que le crâne ne peut pas les exprimer (i). »

Il est vrai qu’après renlèvement du crâne, les , proeminepces de certaines parties cérébrales ne paraissent pas telles qu’elles sont imprimées dans le crâne. Faut-il s’étonner de ce que ren-^ cépbale qui, tant que sa boite osseuse le revêt.

(ï) lUdem , p, 3o?,

Bü CERYEÂU. ' 3g

est soutenu et maintenu de tous côtés, s’affaisse et s’épate en quelque façon lorsqu’on enlève cette dernière? Mais il n’est nullement vrai de dire que dans ce cas les grandes protubérances s’a^ platissent entièrement. MM. Bérard et dé Montègre, en faisant l’observation suivante : « liest en effet incontestable que le crâne ne suit pas le cerveau dans ces sinuosités si profondes, qu’on ne découvre que quand on détacbe la méninge , M semblent faire entendre au lecteur que j’ai soutenu qu’il le suitj mais jamais je n’ai rien soutenu de semblable , et cet accolement de dé-^ tail du crâne au cerveau est entièrement indifférent pour la craniologie. Ne me suis-je pas tout au contraire déclaré en tout temps l’adversaire de ceux qui admettent un nombre indéfini d’organes , et qui craignent de trouver le crâne trop petit pour les contenir ?

Quant aux « détails minutieux que le crâne ne peut pas exprimer , » je fais observer que ces. messieurs se sont trouvés présens à plusieurs de mes démonstrations publiques , où j’ai fixé ce que l’on peut reconnaître par le crâne j mais je reviendrai plus bas sur ce su jet, ün critique qui,^ pour combattre son adversaire, est réduit âlu^ prêter des opinions contraires à celles qu’il professe , trahit la faiblesse de ses argumens.

« Les. cranioscopes , ajoutent ces Messieurs ,,,

4q sur les fonctions

auraient dû suivre, dans le cerveau, l’organe qu’ils croyaient voir sur le crâne (i). »

La sagesse elle-même ne donnerait pas un meilleur conseil! niais aussi nous l’avons suivi long-temps avant que MM. Bérard et de Montègre nous l’eussent donné j eux , qui ont assisté à nos démonstrations , pourraient se rappeler que nous avons , et plus d’une fois , fait suivre à nos auditeurs, dans le cerveau, un organe an-r; noncé par le crâne; iis pourraient ne pas igno-: rêr qu’à Paris même nous avons fait, en présen-. ce de plusieurs témoins, des recherches sur le cerveau de quelques hommes d'’un .talent éminent; mais jé veux qu’ils l’ignorent : de quel droit süggèrent-ils à leurs lecteurs l’idée que des. hommes qui pendant une longue suite d’aûnées se sont voués à Pétude des fonctions du cerveau , avec un zèle infatigable et un amour de la vérité à l’épreuve de tous les obstacles , ont négligé de remplir Une condition aussi essentielle? Gom^. “bien de fois ne leur ai-je pas répété, qu’après avoir reconnu sur le crâne la place de l’organe, nous avons suivi cet organe dans le cerveau, et que nous avons trouvé les formes des circonvolutions cérébrales correspondantes à la protu-? bérancedela surface du crâne?

(i) Ibidem i p. 3o2,

DU CERVEAtf.

« Nous remarquerons enfin , concluent MM. Bérar'd et de.Montègre, que la Cranioscopie , eût-elle beaucoup plus d’extension que l’on ne croit devoir lui en donner, exigerait un tact très délicat et très exercé j qu’il y aurait peu de juges compétens en cette matière , et qu’en même temps l’erreur se glisserait aisément dans les c6m sidérations de ce genre.... (i) »

Jnsuis convaincu que, pour parler pertinemment de l’organologie et de la cranioscopie, il faut en avoir acquis la connaissance par une longue étude pratique. Mais il n’est pas moins certain que ceux-là seuls qui ont satisfait à cette condition, ont le droit de s’en établir juges de-* vaut le public. Je vais répondre maintenant à l’objection du défaut de parallélisme des deux lames crâniennes.

Jamais je n’ai prétendu distinguer des modifications peu prononcées des formes du crâne ou de légères nuances du caractère. *

Mes premières observations même n’ont été faites que sur des personnes qui se distinguaient des autres hommes par quelque qualité ou par quelque faculté éminente. Je sentais bien que ce n’est que chez de pareils individus que je pourrais trouver des différences frappantes de la

(ï) Ibidemy p. 3o2.

tete, et que je pourrais distinguer des prolube'rances Êien marquées. Je n’avais donc, dans l’examen des têtes et des crânes , d’autre but que de découvrir les marques extérieures qui indiquent des qualités ou des facultés éminemment distinguées.

Qr, il est certain que le défaut de parallélisme des deux lames osseuses du crâne , n’est point, dans l’état de santé, et avant la vieillesse, un obstacle qui empêche d’observer le développement ma'rqué de certaines parties cérébtales. Pour en convaincre mes auditeurs, je leur mon-? tre des crânes assez épais j par exemple ceux représentés PI. yill, PLX, PL XI, PI. XII; puis j’appelle leur attention sur le cervelet, et je leur fais observer son développement très faible, commue PI. X, 47, 48; son développement médiocre, comme PL XI, 47, 48; et son très grand développement, comme PL "VIII, 47, 48. Je démontre de même le développement plus ou moins considérable des lobes postérieurs du cerveau, immédiatement au-dessus du cervelet. Ces lobes postérieurs sont par exemple beaucoup moins développés PL XI, 4^, 49? et PI, VIII, 48, 49, que dans PL X, 48, 49, et PL IV, u, 28. Qui osera soutenir qu’avec de pareils organes le défaut de parallélisme des lames puisse induire en erreur?

Dü CERVEAl?. 4^

D’ordinaire je démontre la même cliose pour deux organes situés à la partie supériem-e de la tête : celui de la bonté et celui de la fermeté. Je démontre la même chose encore, pour les organes de l’architecture et des nombres , lorsqu'ils ont acquis un développement marqué; or, ces deux derniers sont au nombre des plus petits.

Ces démonstrations convainquent tous mes auditeurs que le défaut de parallélisme des deux tables , lorqu’il a lieu , n’infirme nullement l’exploration cranioscopique. En traitant des puissances fondamentales et de leurs organes, j’appliquerai ces considérations à chaque organe en particulier.

Faute de faits assez nombreux, je ne saurais décider la question , de savoir si chez certains peuples les crânes sont généralement plus épais que chez d’autres. Des crânes des Nègres sont souvent épais et lourds ; cependant j^en possède dans ma collection qui sont minces et légers. Les crânes de Groenlandais et d’Esquimaux, qui se trouvent dans la collection de M. Blumenbach, sont minces et légers, Selon Hérodote, les crânes des Egyptiens étaient plus épais que ceux des Perses. Quelquefois les crânes d’hommes très bornés sont très épais, sans que cet état soit dû à l’age avancé ou à une maladie mentale. De semblables crânes sont des pièces utiles pour la

pliYsiologie en général, mais ils ne peuvent pas servir pour la craniologie.

M. Hufeland craint que par la suite on ne découvre un si grand nombre d’organes , que le crâne ne puisse plus les contenir j je renvoie celte question à la section sur les puissances primitives;

Ce savant se trompe en affirmant que je regarde chaque circonvolution comme un organe particulier.-^ Je n’ai jamais enseigné celaf cependant meme dans ce cas il ne serait pas impossible de reconnaître, sur la face externe du crâne, le développement extraordinaire de certaines circonvolutions. Il est vrai que l’investigation serait plus difficile lorsque plusieurs organes voisins auraient acquis à-la-fois un grand développement. Mais, en tout état de cause, tout individu ne peut pas devenir l’objet d’observations craniologiques utiles.

Je fais observer enfin, que toutes les objections et tous les doutes de mes adversaires ont un vice radical : la craniologie et l’organologie sont des sciences expérimentales. Pourquoi mes adversaires ne commencent-ils pas par répéter les observations qiie nous avons faites, M. Spurzlieim et moi? Pourquoi ne recueillent-ils pas des faits , plutôt que de me combattre par des subtilités déduites de leur propre manière d©

DU CERVEA-TJ.

considérer les puissances de l’âme el l’organisme animal? Moi aussi, je tenais autrefois aux idées reçues, mais la force des faits m’a contraint de sacrifier à la vérité cette sagesse dont je m’étais imbu sur les bancs de l’école, et cette fureur de tout expliquer dont j’y avais contracté riiabitude. Le naturaliste, avant tout, est Tesclave delà nature; il doit savoir ce qui est; après il pourra se livrer à son vain désir de savoir pourquoi ce qui est, est, comme il est!

Observations sur V examen des têtes et des crânes des animaux.

Pour étendre aux animaux les observations qui, chez l’homme-, nous permettent d’interpréter les formes du crâne , il faut faire une étude particulière de la structure des têtes des différentes espèces. L’on ne peut donner de règle générale, ni pour les mammifères, ni pour les oiseaux , ni pour les amphibies , ni pour les frugivores , ni pour les carnassiers. Chez certaines espèces, l’âge apporte un changement essentiel. Chez les poissons , les tortues, etc. ,pn ne peut absolument pas déterminer la forme du cerveau par la configuration extérieure du crâne.

Chez certains animaux , la tête n’est guère plus reYelue de muscles que dans l’homme j d’autres, à certaines régions près, ont toute la tête garnie de musclés très forts. Quelques espèces manquent de sinus frontaux; chez d’autres, les cellules , entre les deux lames osseuses , se continuent non-seulement dans les sinus frontaux, mais.se répartissent même dans tout le crâne, et jusque dans les cornes; dans d’âutres espèces encore, il n’y a de cellules que dans une partie, à la vérité considérable du crâne. Chez les oiseaux, le cervelet n’occupe que la ligne médiane de l’occipital ; ses parties latérales sont entièrement occupées par bappareil de l’ouïe. Dans certains animaux, le cervelet est recouvert par les lobes postérieurs du cerveau; chez d’autres, il est placé à découvert derrière ces lobes. Chez les oiseaux de nuit, les deux lames du crâne se trouvent à une assez grande distance l’une de l’autre, et l’intervalle est rempli par une matière celluleuse très légère. Dans certaines espèces, les laines osseuses sont parallèles, quoique assez distantes ; chez d'autres encore, leur direction est foute différente. Chez les chiens, on observe, quant à la masse musculaire, les sinus frontaux elles crêtes, une grande différence non-seulement d’une variété à l’autre, mais même d’un individu à l’autre. Quelques chiens

DU CERVEAU. ÈfJ

n’ont pas de sinus frontaux du tout , d’autres en ont d’aussi grands que le loup et l’iiyène. Le cLat, la martre^ l’écureuil, le clieval, le singe, manquent de sinus frontaux; le bœuf , le cochon. Fours , l’éléphant, etc. , en sont pourvus.

En un mot, les crânes des animaux exigent une étude toute particulière , dans laquelle il ne faut jamais perdre de vue le principe : qu’il n’y a que cette partie du crâne de l’animal dont la forme est déterminée par le cerveau , qui ait un sens pour l’organologie. Une collection de crânes provenant d’animaux que l’on a connus pendant leur vie, et que l’on a étudiés depuis leur jeunesse, est d’autant plus instructive qu^’elle met l’observateur à même de juger que la grande différence qui se trouve d’un individu à l’autre, pour ses qualités et pour ses facultés , n’est due qu’à l’innéité, et nullement à des causes accidentelles.

De Vîrifluence du cerveau sur la forme du crâne dans le déclin de Vâge.

A l’approche de la vieillesse, tout le système nerveux commence à perdre de sa plénitude , et par conséquent de son activité. Dans toutes lés

48 SUR tÈS FONCTIONS

parties du corps , les nerfs se rapetissent ^ les cii*^ convoiutions cérébrales se rétrécissent et s’affaissent ; il se forme sur leurs proéminences des plans et des fossettes j elles s’écartent l’une de l’autre,* les intervalles (anfractuosités) qu’elles laissent entre elles s’agrandissent, en un mot tout le cerveau diminue.

Se forme-t-il, par cette diminution, de fencé^ pliale , un vide entre le cerveau et la table interne du crâne? l’ouverture des têtes de sujets très âgés ne nous le fait nullement apercevoir. Voyons ce que nous enseigne l’expérience.

^ La plupart du temps, les crânes des vieillards sont plus épais et plus légers que ceux des sujets d’un âge mûr ou des jeunes gens. Lorsque j’émis publiquement cette proposition, il fallait entendre ces physiologistes habitués à devancer toujours l’expérience par le raisonnement : ils disaient que j’étais bien liardi d’oser soutenir de semblables absurdités devant des médecins et des anatomistes éclairés. Tous les os du corps ne diminuent-ils pas dans un âge très avancé? Tous les os ne s’amincissent-ils pas ? Pourquoi le crâne ferait-il exception?

Moi-même je l’avais cru tout comme un autre ^ et j e ne fus pas peu étonné d’abord de trouver que le contraire avait lieu dans la plupart des cas. J e multipliai mes observations , je ramassai dans

Dü CERVEAU. 49

les cimetières J dans les collections, dans les charniers , un grand nombre de crânes, dont les mâchoires usées attestaient un âge très avancé. J’examinai la tête de beaucoup de personnes âgées , et mes premières observations se trouvèrent presque toujours confirmées. Enfin, je vis que Voigtel disait dans son Manuel anatomie pratique (i), « que les os du crâne de personnes très âgées, sont souvent épais ^légers et spongieux.» Walter lui-même, qui s’est prononcé avec tant de chaleur contre mon assertion , décrit dans son Musœum anatomicum (2) , la tête d’un homme soixante et quelques années, dont tous les os étaient devenus épais, légers et peu cofisistans; et la tête d’une femme de quatre-vingts et quelques années (3), dont les os sont épais, spongieux et si légers, que toute la tête ne pèse. que quatorze onces et demie ; toutes Jes sutures sont ossifiées. La surface externe de Tune et de l’autre de ces têtes est dans un état naturel. Bichàt rend compte aussi de ce phénomène, comme étant ordinaire. « La voûte du crâne acquiert, dit-il , une épaisseur considérable. On remarque que cette épaisseur tou-

(1) Handbucb der practischen Anatomie, p. 274..

(2) Vol. II , p. 36, n“. 375.

(3) Ibidem , n°. 376.

5o SUR LES FONCTIOKS

jours croissanle offre une différence avec les autres ps qui deviennent plus petits (i). »)

Il est donc certain qu’il se dépose entre les deu? laines une certaine quantité de masse osseuse spongieuse, et que ces lames s’écartent davantage. La lame externe s’écarte-t-elie en dehors , et la cavité du crâne conserve-t-elle la même capacité? ou bien la lame interne rentre-t-elle de manière que la cavité crânienne se rapetisse?

Si la lame externe s’écartait en dehors, la tête, dans râge avancé, devrait devenir considérablement plus volumineuse, et nous ne voyons point que cela arrive. Mais , confOTmément aux lois de rorganisation , la lame interne doit suivre Je cerveau dans son affaissement j la substance osseuse, à mesure qu’elle continue r se déposer, doit se mouler sur le cerveau, tout comme dans sa formation primitive, lors de l’ossification du crâne dans le fœtus. De cette manière , la capacité de la boite osseuse se rapetisse à mesure que le cerveau qu’elle renferme oecnpe moins de place.

L’examen de semblables crânes fait voir distinctement que la lame interne s’est écartée vers l’intérieur, et il n’y a rien qui annonce que la lame externe se soit écartée de sa direction primitive. Dans les endroits où le cerveau s’est le plus

{OT,I,p.58.

sensiblement affaissé , on remarque souvent des dépôts très épais de matière osseuse. Les fosses occipitales deviennent moins profondes, et leurs parois moins transparentes j la spiiia eruciata devient plus proéminente en dedans, et plus prononcée; les rochers s’épaississent, les fosses des lobes moyens du cerveau se rétrécissent, et perdent de leur profondeur; les proéminences delà selle turcique deviennent, par l’apposition de nouvelle matière osseuse, plus épaisses et plus obtuses, ele. , etc.

Ce que dit M. Ricberand : « Si les os du crâne font exception k la règle générale, et deviennent sensiblement plus légers, c’esl que les mouvemens continuels du cerveau les Usent et les détruisent en quelque sorte , par leur surface intérieure (i); » et ailleurs : « Les os du. crâne se trouvent tellement amincis par une usure intérieure, que les pulsations du cerveau de* viennent sensibles à travers le cuir chevelu (2), » n’est donc pas exact.

Lorsqu’enfin, dans Page le plus avancé, le cerveau s’atrophie au point que le vieillard tombe en démence, tous les changemens en question

(i) Physiologie, 7®. édition, T. II, p. 55 1 et 552, S 236.

I2) Ibidem, p. i56, § 169.

de la boîte osseuse deviennent plus sensibles. Quelquefois la lame interne offre un aspect tel^ que l’on dirait qu’on y a collé des couches entières d’une substance osseuse confusément disposée. Les endroits où, dans l’âge adulte, se trouvent ordinairement les sinus frontaux , rentrent en dedans j les sinus frontaux s‘’élargissent j et enfin la lame supérieure interne du plancher orbitaire s’écarte même de la lame inférieure, PL XXXVI, fig. 4» Au commencement, le plancher orbitaire paraît seulement s’épaissir; mais bientôt il se forme, entre les deux lames , un vide qui a quelquefois près d’un pouce de haut; l’on peut donc démontrer mécaniquement, que la masse cérébrale s’est retirée de près d’un pouce delà seule partie frontale antérieure et ’inférieu-, re , PL XLV. Et en dépit de tous ces phénomènes, personne ne voulait convenir que, dans un âge avancé, le cerveau diminuât! Il se trouve dans les anciens , quelques passages qui prouvent que cette diminution de l’encéphale dans la vieillesse ne leur était point inconnue (i ).

Comme, et je l’ai déjà dit plus haut, dans cet état de choses les circonvolutions s’écartent les unes des autres, cet écartement peut avoir fait croire àM- Portai « que les circonvolutions sont

(î) Libautü Coinm. in Hippocralis Aph.

plus profondes dans les vieillards que dans les adultes (i). »

Dans quelques cas ^ mais moins nombreux que les précédens, lé crâne s’amincit chez les vieillards. La lame interne ne s’en écarte pas moins en dedans; mais comme il se dépose moins de masse spongieuse entre elle et la lame externe, l’externe suit l’interne; dans ces cas, la circonférence extérieure de la tête doit nécessairement diminuer. De pareils crânes sont également beaucoup plus légers que des crânes d’égales dimensions et d’égale épaisseur de sujets plus jeunes.

Quelquefois , dans une vieillesse très prolon» gée, le crâne s’épaissit d’abord beaucoup, et devient très spongieux ; plus tard , la lame externe l

est absorbée ainsi que la masse spongieuse placée au-dessous d’elle, mais elle n’est point renouvelée, Cette absorption commence , d’ordinaire, dans les bosses pariétales, de façon qu^il y naît des enfoncemens ovales, profonds. En retournant le crâne, on trouve sa surface interne unie, et là où les parois crâniennes sont les plus minces, elles paraissent transparentes. Enfin,

, d’autres parties sont également absorbées , et le crâne offre, en certains endroits, l’apparence

54 STJR LES FONCTIONS

d’impressions faites avec les doigts dans une masse de cire; dans d’autres , celle d’un parcliemin froncé par un dessèchement brusque. En certains endroits , les ôs n’ont tout au plus que l’épaisseur d’une feuille de papier ; en d’autres , ils sont encore épais'de quatre à huit lignes, PL XLVI , PL XLVIIi On remarque, à la surface interne delà base du crâne, tous les épaississe • mens décrits ci-dessus.

Je fais observer ici, que dans cet état du crâne, une légère pression est suffisante pour le déprimer dans ses parties les plus minces. Cette circonstance est importante pour la médecine légale.

D’après ce que jé viens de dire , l’on conçoit facilement que, dans lé déclin de l’âge, la cranioscopie peut déterminer, tout au plus, quel était jadis l’état du cerveau, et que^ vu l’épaisseur inégale du crâne, elle ne peut rien prononcer de décisif sur l’état actuel de l’encéphale.

Hepoftses à quêl^uês ùhjéùtiotis contré Vin- Jluenôe du cerveau sur lajbrme du crâne y dans f état dé santé.

Ackermann prétendait que les variations , dans la forme du crâne, provenaient^de l’air qui pé-

DU CERTEAU- S3

nétrait dans les cellules osseuses. Ackermann est, ïuort, et je doute que quelqu’un se prononce encore en faveur d’une opinion aussi erronée. Du reste ^ j’ai détruit celte objection dans ma réponse à la réfutation du la craniologie par Ackermann. M. Spurzheim Ta réfutée également àam&sovL^hjsiagnomicaisjstem (i).

Si j’en excepte quelques naturalistes du préjuier rang, par ûXèmple MM. Scemmêrring^ Cuvier, etc., les physiologistes et les naturalistes pensent, en général, avec le respèctable M. Hufeîand (qui cependant n’exclut pas l’action du cei’veati ), que les' muscles , par les tiraiHemena et les pressions qu’ils exercent sut le crâtié , contribuent beaucoup à déterminer la forme dé la tête, et qu’en Conséquence ott peUt se tromper très fort en Gonsidérarit les proéminences de la lete ou du crane^ comme produites par un développement considérable de certaines parties cérébrales (2).

Quelque spécieùse que puisse paraître au premier Coup-d’eefil cette objection , elle tombé tout-à-fait dès qu’on la soumet à uu examen approfondi.

(1) Secondé édition, p. aSo.

(2) MM- itùiHéfîl éf dé Blainv'fHe émetient laiaéme opinion dans leurs leçons publiques.

lo. Les physiologistes qui donnent tant d’importance à l’action des muscles, se divisent en deux partis J et les opinions de l’un sont en con-^ tradiction avec celles de l’autre. Les uns prétendent que le tiraillement des muscles produit des saillies et des proéminences. Les autres soutiennent que les muscles doivent , par leur action, aplatir ou enfoncer les endroits sur lesquels ils l’exercent. Lequel des deux partis a raison? Ils ont torttous les deux.

2». Avant que l’animal du l’homme aient quitté le sein de leur mère, la forme de la tête d’un fœtus diffère de celle .de l’autre , et la forme de chaque tête indique déjà certaines formes dominantes de telle partie cérébrale. Dans le foetus, les muscles n’ont point agi encore. Il j a plus , tant chez les animaux que dans notre espèce, la face et les muscles delà tête sont, longtemps après la naissance , et jusqu à l’époque du développement des dents, très petits, en coniparaison de la boite osseuse qui renferme le cerveau, lequel, comme nous l’avons vu plus haut, à mesure que ses différentes parties se développent, agit constamment sur le crâne pour en modifier la forme.

3°. La plupart des proéminences qui indiquent des organes , sont placées dans les régions de la tête, sur lesquelles aucun muscle n’agit , ou

qui ne sont soumises qu’à l’action de muscles très faibles. Les petites proéminences des organes à la partie inférieure du front, les saillies plus considérables dans la partie antérieure supérieure, et dans la partie supérieure du frontal, celles depuis le sommet delà tête jusqu’à la partie inférieure de l’occipital, celles enfin des pa-çiétaux ne peuvent pas être dues à l’action des. muscles j car toutes ces régions ne sont soumises que tout au plus au souscutané, lequel, si l’on veut absolument lui prêter une action sur le crâne, tendrait manifestement à l’aplanir et à l’arrondir uniformément dans tous les sens. Où est le physiologiste qui veuille attribuer à l’action des muscles les. grandes proéminences à la partie supérieure du frontal, où il y a quelques organes considérables? les proéminences, au sommet de la tête, celles des pariétaux, celles des lobes postérieurs du cerveau ou de la partie supérieure de l’occipital , les crêtes droites qui se trouvent aux têtes de plusieurs animaux ? S’il y avait des muscles attachés à ces proéminences, comme par exemple aux crêtes osseuses chez certains animaux, ces muscles jamais ne pourraient exercer une action de bas en liaut^ ils devraient tout au contraire tirailler la proéminence osseuse du haut en bas, et plus encore èn arrière. Le même , la grande proéminence à la partie supérieure de roccipital, laquelle corres-

pond à l’organe de Famoür de la progéniture, chez la femmè^ né devrait point être tirée eu arrière, mais du haut en bas,

4®« Dans la région où sont attachés lés muscles mastiGateurs, se présëntent plusieurs organes^ très saillans et fortement bOrnbés. M. Hufeland pense que dans beaucoup dé éas ces proéiïtinen» ces pourraient bien prouver uniquement, que celui, à la tété duquel elles sé montrent, est doué d’une grande faculté de mâélier. Argümentera-t-on toujours là où il faudrait observer ! M. Hüfëiand n’ignore pas, je pense , que généralement on accorde aux Nègres dès muscles masticateurs plus forts qu’aux Éuropéens j eh î bien , les Nègres ont cette région-là aplatie j aussi , d’autres physiologistes n’ont - ils pas manqué de dire que cet aplatissement provenait dé l’action des muscles masticateurs , si énergiques dâüs les Nègres. Plusieurs animaux: doués de muséles masticateurs extraordinairement forts, tels par exemple qné l’hyène , le bttl-dog, le lion ^ le tigre, le blaireau , n’ont pas, à beaucoup près , cette région du crâne aussi bombée que certains liommes , que plusieurs espèces de sïUgeS, que le petit phoque, la loütre, l’aiglé, et même le roitelet j cependant cés derniers animaux n’onf, daUs la région ën question du crâne, que dès muscles extrêmement faibles, Èt comment expliquer que ces proéminences

DU CERVÈÀti^ 59

ont un degré de développement si dififérent cirez deux hommes d’une force mugculaire à-peu-près égale? Gomment se fait-il que dans plusieurs tètes qui sé trouvent dans ma collection , et qui proviennent d’hommes fortement musclés, ces organes sont bêaucoup moins prononcés que dans quelques autres tètes qui ont appartenu à dés femmes d’une constitution délicate?

5®. Si lés proéminences^ du crâne étaient dues à l’action des Muscles, elles devraient adopter lés contours de rattache dé ces muscles | mais aucune des proéminences que je regarde comme l’indicé d’üft organe, ne se trouve dans ce cas : toutes GOrrespondent à la formé des circonvolutions cérébrales qui constitaênt l’organe dont ces proéminences sont l’indice ^ c’est ce que je prouverai plus bas, en traitant de Chaque organe en. particulier.

6®. Si lés muscles tiraient lés os dU crâîîê en dehors, ils devraient iiécesiairétoèüt agir avec plus dé forcé sur la lame ëxterfré, et l’arracher de l’interne. Mais é’est justement là Ou agissent les muscles les plus forts ( par exemple dans la région tcmporaîe et dans celle des fosses occipitales), que les lames Osseuses sont plus rapprochées, que le crâne soit dans cette partie saillant Ou rentrant. Là, àu contraire, où agissent les muscles lès plus faibles > les lamés sont plus

6(5 SÜR iES FONCTIONS

çcarlées , et ce n^est jamais l’externe qui s’écarte en dehors 5 c’est au contraire toujours l’interne qui s’écarte en dedans. Ceci est visible, par exemple , dans la partie antérieure inférieure du frontal , au milieu de la spina eruciata de l’occipital;, et, comme nous l’avons vu, cet écartement est d’autant plus considérable, que le sujet est plus vieux , cas où cependant les muscles ont agi pendant un plus grand nombre d’années. Nous voyons donc, dans la nature , toujours le contraire de ce qui devrait , en conséquence de l’objection, résulter de l’action des muscles.

Quelques physiologistes prétendent que l’action des muscles opère la dépression de leurs points d’attache J d’autres leur attribuent des proéminences et des apophyses, par exemple, dans les différens procès osseux, etc. Bans le fait, les muscles sont attachés tantôt dans des creux QU des sillons , tantôt à des proéminences et des crêtes; et voilà précisément ce qui prouve que ni les proéminences , ni les enfoncemens ne sont formés par les muscles; que les unes elles autres tiennent à la forme primitive des os. En effet, qui pourrait attribuer la crête osseuse placée à la partie la plus saillante du crâne de certains animaux, la crête occipitale du crâne du cheval, du bœuf, du cerf, etc., aux muscles qui agissent dans une direction tout opposée ?

Bü CEP..VEAU.

Attribuera-t^on à raction des muscles le procès mastoïdien placé derrière l’oreille ? Mais alors ^ comment expliquera-t-on les autres procès dont la direction est diamétralement opposée au sens dans lequel tirent les muscles^ par exemple j les proéminences de l’occipital, qui s’élèvent absolument d’avant en arrière j la caisse osseuse fortement bombée qu’ont la plupart des mammifères près de la cavité du tympan? Et pourquoi donc les procès mastoïdiens sont-ils souvent fortement saillans cbez les hommes les plus faibles, très peu prononcés chez des hommesd’une constitutipn d’athlète?

8®. Chez les tortues, les forts muscles masticateurs sont placés dans les cavités internes de la tête; de même, chez tous les animaux, certains muscles sont placés dans l’intérieur des orbites ; mais a-t-on jamais vu ces cavités être rétrécies^ élargies, ou modifiées d’une manière quelconque par les muscles ?

90. Dans certaines maladies l’action dès muscles courbe l’épine du dos : dans la plupart dé ces cas, l’épaule droite s’élève davantage à raison d.e cette même action; voilà bien, dit-on , une modification des os produite par les muscles* Le phénomène cité prouve, à la vérité, que lorsque l’action de certains muscles devient prédominante, leurs antagonistes plus faibles cèdent ,

SZ SUR I.ES FQSfCTIOSS

mais nullemeiit que la forme meme des os soit iBodifiée par uoe telle action, et qu’en particulier elle puisse produire les enfoncemens , les surfaces planes, elles proéminences du crâne.

M. Biumenl)acli cite le crâne d’un homme âgé, dont le côté gauche de la face avait été tellement contracté, par suite du tic douloureux dont cet individu fut affligé pendant plusieurs années , qu’il fait un contraste singulier avec le côté droit. La crampe violente , dit M. Blumenhach, a abaissé le zygomatique du côté souffrant, autant qu’elle a fait remonter la partie voisine de la mâchoire inférieure, et qu’elle a écarté en dehors les apophyses zygomatiques.

Mais, i». cet exemple est pris d’un cas pathologique, Il avait existé içi, pendant des années , un état violent. 2^. M. Blumenhach ne fait nulle mention des changemens qu’a éprouvés la boîte osseuse. 3°. Il est bien plus probable que dans cette longue maladie les nerfs de la face s’étânt atrophiés, ont entraîné l’atrophie des parties dans lesquelles iis s’épanouissent, ce qui a produit l’atrophie générale de ces dernières , lesquelles par-lâ se sont rapprochées ^ et enfin , comment les muscles auraient-ils pu écarter en dehors les apophyses zygomatiques?

Ce que je viens de dire suffira, je pense, pour faire adopter aux anatomistes et aux physiolo-

DÜ CERVEAir.

pistes des idées plus saines sur l’action des musclés fit SUE les proéminences du crâne , et pour les faire, renoncer à l’objection qu’ils tirent de l’actipn musculaire , centre Tutililé de l’inspection des formes de la tête, pour juger le plus ou moins grjand développement de certaines parties cérébrales.

M. Hufeland croit que les proéminences qui peuvent naître au crâne par des causes accidentelles , par exemple par des percussions, par des matières arthritiques et syphilitiques, etc,, fournissent encore une objection contre la craniologie, et que le cranioscope peut facilement prendre une e;xpstose accidentelle pour Findice d’un organe Jbrlement développé.

Pans un pareil cas, le cranioscope aurait çemmis une erreur ; mais cela ne prouverait nullement que dans l’état de santé les organes qui ont acquis un développement marqué, ne se prononcent pas sur le crâne par des proéminences déjterminées. Du reste, les exostoses accidentelles dont parle M. Hufeland, disparaissent an bout d’un certain temps j elles ne sont point congénères des deux côtés > et n’ont point la forme des circonvolutions du cerveau.

Si après tout M. Hufeland veut prouver seulement que l’on peut se tromper en cranioseopie, et si d’ailleurs il admet la craniologie, je suis

loin de le contredire j les erreurs sont très possi^ blés, surtout dans les cas où des personnes qui n’ont pas les connaissances et l’habitude requises se mêleraient de tâter les crânes. Mais, où est l’art ou la science dans lesquels l’erreur soit impossible? Les mathématiciens mêmes ne se trompent-ils pas ?

M. Platner de Leipzig rejette tous les organes que j’ai découverte sur la ligne médiane; car , dit-il, le sinus longitudinal règne le long de cette région, et elle ne correspond à aucune partie cérébrale, PL IX, 48, 69.

Il est vrai qu immédiatement sous le crâne la duplicature falciforme de la dure-mère s’écarte en ses deux lames , pour s’attacher aux bords supérieurs des pariétaux j et qu’il se forme une gouttière ou un sinus ; mais cette gouttière ou ce sinus n’a que la largeur , à-peu-près, d’un gros , tuyau de plume. Cet espace est beaucoup trop étroit pour empêcher la ligne médiane du crâne de former des saillies en dehors dans les endroits où il existe des circonvolutions très développées, et de décéler par conséquent le développement considérable de ces parties. Dans la région occipitale, et souvent dans la région frontale, les hémisphères s’écartent plus ou moins , PL IV, 25, 28. Dans ce cas, la partie moyenne de la spina cruciatàf et de la partie inférieure du

bJJ CÉE.VËAtf* 65

frontal, descendent davantage dans l’ecartement des deux hémisphères j aussi la proéminence du crâne, formée dans la partie occipitale par les deux lohes postérieurs, est-elle double dans ce cas, tandis qu’elle est simple lorsque les hémisphères n’ont qu’un faible écartement, PL VIII, 48; PL IX, 48, 695.PL XIII, 48> 6q.

Oiî pourrait enfin demander s’il est possible de découvrir lès fonctions de tous les organes» J’examinerai en détail cette question, lorsque je traiterai des moyens de déterminer le siégé deà organes. Peut-être que la surface du crâne ne suffit pas pour cette déterniinatiôn , ëar il est dés circonvolutions qui ne touchent pas sa surface interne* Les plus cachées de toutes , et qui" ont échappé jusqu’ici à l’œil dès anatomistes, sont celles qui recouvrent les corps striés à leur surface externe, PL Y, 4^ 5 PL XIII, 68<.

Toutes les circonvolutions situées aux deux faces internes des hémisphères, qui reçoivent entre elles la duplicature falciforme , et se touchent au moyen de cette duplicature, présentent moins de difficultés. (Voy . la PL XI, qui repré» sente la coupe verticale du cerveau, entre les deux hémisphères. } -

Èu examinant attentivement ces circonvoîu» tiens, l’on remarque que toutes se prolongent, lïL 5

^ SCiR LES FONCTIONS

plus OU moinss verticalement^ jusqu’à la surface, et qu’ainsi ellfiis se trouvent en contact avec la surface interne du crâne, par l’intermédiaire des méninges. Nous avons constamment remarqué que ces cifeorivolutions internes ont le même volume qiie ce-lles placées à la surface^ les premières ne son t donc qu’une continuation des dernières , et font probablement partie des mêoaes organeî». Dans toutes les circonvolutions, en général, nous ne pouvons juger que celles de leurs parties qui paraissent à la surface : le reste est cacbé dans les anfractuosités. Le cervelet ne touche p»âs non plus le crâne dans toute sa surface^^ et mal-^gré cela nous jugeons du degré de son développement , et sans nous tromper jamais, par le plus ou le moins de protubérance que présenter d à l’extérieur les fosses occipitales.

La partie du- cerv eau située à la base, tout pres de lai ligne média ne, PL IIÏ, 26, 70 j PL IV, 70vest la seule qui; ét 'happe absolument à l’observateur, dans rexamem qu’il fait du crâne. Le degré de développemeiut de toutes les autres circonvolutions; se- manii 'este, ou dans la région temporale, ou par la fori ne des orbites, ou par la posilion.des yeux. r

j’ajoiite encore quélqi ïes ûbservatioHS sur

Pinfluenee du cerveau sur U foruie du crâne , par M» Demangeon (i).-

« Ceux qui n’ont pas assez réfléclii sur les procédés économiques de la nature, qui subordonne toujours les parties les moins essentielles pour son but àFinfluénce des plus essentielles^ la font agir d-après les idées que leur a suggérées 4e mécanisme le plus ‘grossier , où remploi des agens extérieurs les ‘ plus durs fait céder les moins résistans. Oubliant qu’une goutte d’eau creuse à la longue une pierre très dure, moins par sa consistance que par la continuité d’une •cbute répétée, ils ne peuvent concevoir que l’action continuelle de la nature dans la nutrition , change et modifié aussi facilement les parties les plus dures que leaplus molles, par 1 apposition suceessive de nouveaux éiémens nutritifs, et la résorption des plus anciennement constitués. Voilà pourquoi ils v^Culent que le cerveau, obéisse à l’inerte résistance du crâne , parce que cêlùi-ci est le plus dur , malgré l’évidenee du contraire- dans les bydrocépbales. C’est donc par une inconséquence qui les; met en contradic^ tion avec eüx-niëmes, qu’ils reconnaissent la dir • lata tion du ' crâne- pat l’action de Feau dans les

(i) Tableau àûaïÿtiqùe et 'critique 4e Fouvrage^dù docteur Gall, Paris ,.1822.- - •

SUR LES EONCTÎOSS

hydrocéphales, et les sinuosités des vaisseaux sanguins dans les surfaces osseuses. C’est aussi par la même contradiction qu’ils soumettent le crâne ,, pour la production de ses renflemens,à l’action des muscles, quoiqu’ils soient moins durs que lui, outre que l’observation démontre que les renflemens sont hors de leur sphère d’activité ou de toute proportion avec eux. Cependant ils voient non-seulement le cerveau et les parties molles , mais aussi le crâne et tous les os, prendre un accroissement proportionnel avec l’âge, nonobstant les dimensions et la consistaoce antérieurement acquises de ces derniers. Ils voient également la coquille du limaçon, la carapace de la tortue, etc., croître progressivement comme l’animal qu’elles renferment, et pTendre des renflemens sans le secours d’aucune traction musculaire exercée sur leur texture à rextérieuT. Il en est ainsi, et non autrement, parce que la coquille et le, test sont plutôt faits pour l’animal , que celui-ci pour eux, et il est aussi permis de penser que le cerveau étant un objet plus essentiel au but de la nature que son enveloppe osseuse, celle-ci doit céder au développement de celui-là, comme tout le démontre. La nature est donc moins embarrassée de la consistance des parties dures, pour opérer le développement des plusmolles, qu’on voudrait nous

I>TÏ CERVEAU. 6q

le faire croire. C’est par des rêves faits à plaisir que l’on encombre le domaine des sciences^ qu’il faut d’abord déblayer pour y pénétrer et l’agrandir. Un axiome général de physique et de physiologie, c’est que ce n’est pas du plus ou du moins de consistance des parties, mais de leur action plus ou moins énergique et continue, que dépendent les changemens opérés dans la nature. Or, comme de toutes les parties animales , les os et les écailles, sont les plus inertes., ce sont aussi les moins sujettes à modifier et à influencer les autres dans leurs formes et leurs dèveloppemens., >x

2?e V influence du cerveau sur ta ferme et suit la contexture du crâne, dans, Vétat de maladie.

înfuence àu cerveau sur fè crâne j dans Tes cas de eonfôrmation orîgînaîrement défectueuse du eer— veam

©’autres os, dît-on , naissent indépendamment du cerveau , et reçoivent leur forme déterminée suivant les lois de l’organisation ; pourquoi le crâne de même ne naîteait-il pas- et ne reeevraitil pas ses diverses formes indépendamment de ïencéphale? Cette supposition se foniie noifc-

SUR LES Fonctions

rjo

seulement sur l’analogie, mais elle est encore confirmée par l’existence de crânes absolument vides de cerveau.

Des crânes vides de cerceau? J’ai prouvé plus haut qu il TÜ en existe point. Voilà ce que i’âi encore soutenu dans mon grand ouvrage (i).

J’ai cité PuVernëy et Tauffer, qui ne trouvèrent dans deux tétés d’enfàns nouveau -nés que de i’eau et point de substance cérébrale. J’ai pensé qtie ces têtes appartenaient à la classe de celles observées par Morgagni , Bonnet , V ésalius , Tulpius , etCi , où le cerveau dilaté ou déplissé en une membrane mince , aurait fait illusion à Duverney et Taufier.

Mais depuis l’impression de ma grande édition, j’ai èu moî-mêmé occasion d’examiner la tété liydroCéplialiqUe d’un enfant mort-né. Ayant été plus volumineuse que ne sont ordinairement les têtes des enfans nouveau-nés, elle a été retirée avec peine, cependant sans la perforation, par M. Delpech, moyennant le forceps. Les fontanelles supérieures, postérieures et latéralés étaient très grandes , et l’on apercevait très distinctement la fluctuation d’une masse considérablê d’un liquide. M. Hervez en fît rouverture avec la plus grande précaution, en

(i) In-40. p. 39, t. lîL

DU CERVEATT.

presenee de MM. Delpech , Bousquet et de moi» Après l’incision de la membrane cartilagineuse et de la dure-mère, il s’écoula une aussi grande quantité d’eau liquide que la cavité du crâne pouvait en contenir. Il nous fut impossible de découvrir dans toute la surface interne du crâne la moindre trace d’une arachnoïde, d’une pie-mère ou membrane vasculaire ou de substaùGe cérébrale, pas même la moindre mucosité sur hi paroi interne de la dure-mère.

Tous les os de la tête, qüp je conserve dans ma collection , étaient parfaitement développés, et présentaient leurs formes naturelles j seulement les planchers orbitaires étaient déprimés comme ©ela arrive dans tous les hydrocéphales un peu considérables.

Ge fait réfute donc ina première assertion ^ et il prouvé que les os du crâne peuvent prendre leurs formes naturelles indépendamment de l’action du cerveau contre leur surfiice intérieure.

Voici encore deux faits analogues , rapportés par M. Breschet j chef des travaujL anatomiques de la faculté de médecine, etc.

Première observation.

« On a déposé dans l’hospice des Enfans-Trouvés, il y a quelques jours, un enfant du sexe

SUR I.ES EQKCTIONS

raasculin qui paraissait être âgé de dix à douze jours^carle cordon ombilical était tombé, et l’ombilic complètement cicatrisé.

» Cet enfant a vécu près de deux jours dans rbospice, et pendant son séjour il a présenté un état d’affaiblissement, une respiration laborieuse çt quelques mouvemens convulsifs. La forme et le volume dè la tête n’avaient rien d’extraordinaire, et qui put faire soupçonner la disposition existante dans les organes renfermés dans le crâne J seulement les os du crâne étaient mobUes «dans leurs sutures,

» La cavité crânienne et les membranes de i’encépbale ouvertes , il s’écoula beaucoup de sérosité claire , limpide, semblable à de l’eau distillée, et dont la quantité peut être évaluée â douze ou quinze onces. Cette sérosité était contenue dans la cavité de l’aracbnoïde. La dure« mère s’est présentée dans son état naturel, mais l’arachnoïde et la pie-mère étaient plus épaisses, plus consistantes que de coutume, et d’une ap-parençe très vasculaim.

>> Le cerveau et les pédoncules cérébraux ( prolongemens antérieurs) n’existaient point j envoyait seulement au- devant de la protubé-: rançe annulaire ou mésoeépbale, un peu de substance grisâtre, molle, mamelonnée , inégal© sur sa partie antérieure^ cette substance avail.

DU CERTEAU.

tout au plus une étendue de huit à dix lignes , soit de droite à gauche, soit d’arrière en avant.

» Le cervelet était recouvert par le repli delà dure-mère qui forme la tente. Son lobe droit était de moitié plus petit que le lobe gauche. La protubérance annulaire, le bulbe et le cordon rachidien se présentaient dans l’état normal.

« Les nerfs mis à nu avec soin, nous avons vu distinctement (i) la première paire ou nerfs olfactifs, dont le renflement antérieur était très marqué; nous avons aperçu deux filets blanchâtres qui se dirigeaient en arrière vers la moelle épinière I cependant nous n’avons pu suivre ces cordons jusqu’à leur insertion ou origine.

» Les nerfs optiques mis à découvert, du globe oculaire vers la cavité crânienne, avaient dans l’orbite leur volume ordinaire ; mais au-delà des trous optiques , leur calibre diminuait. Leur point de jonction semblait se faire moins par le mélange de leur substance ou par leur entrecroisement que par une commissure transversale de deux ou trois lignes d’étendue. Ces deux cordons allaient ensuite en divergeant pour se ter-

(i) Je éîs nous avons vu , parce que cet examen a été fait par mon confrère Baron et par moi, en présence de MM. Véron eiLélut, élève de l’hospice des Enfans- ’î'rpuvçs.

miner à la partie antérieure de la protubérance vers les deux éminences antérieures àesnates et testes. -

» La troisième paire a été suivie dans toutes ses brancbes , ainsi que la quatrième et la sixième ; quant à la cinquième > sï)n origine était facile à voir. Formant d’abord un cordon unique, elle venait sur la face antérieure du rocher, se diviser, comme de coutume, en trois branches. Nous avons poursuivi la première, ou l’ophthalmique de Willis , jusque dans l’orbite et sur la région frontale.

» Enfin les nerfs acoustiques, les pneumo-gastriques , les glosso-pharyngiens et le grand hypoglosse , n’ont rien offert de particulier; nous pouvons en dire autant du nerf spinal et des cordons rachidiens.

» Un autre fait du même genre m’a été fourni par M. Béclard ; en voici l’histoire abrégée.

Deuxieme observation.

» Un fœtus naquit à terme, à l’hospice de l’École de médecine^ ayant la tête un peu plus volumineuse qu’elle coutume d^’être. L’accoucliement avait été naturel , mais un peu long. L’enfant vécut cinq jours.

» La tête ayant été ouverte, on trouva le

crâne rempli d’eau de couleur citrine et un peu visqueuse J la moelle épinière, le cervelet, le pont de Varole existaient. La moelle allongée était divisée en avant, et présentait les pédoncules du cerveau terminés par des éminènces qui paraissaient être les couches optiques et les corps striés. En outre la moelle se prolongeait entre les pédoncules en deux petits cordons blancs qui se terminaient dans les gouttières ethmoïdales par les renflemens olfactifs.

» Cette observation curieuse diffère delà précédente, en ce que, dans ce second cas, les pédoncules cérébraux existaient et paraissaient Se terminer en avant par des éminences que M. Béclard croit être les corps striés et les prétendues couches des nerfs optiques. Rien de semblable ne s’est offert dans notre observation.

« Si l’on pouvait, d’un petit nombre de faits, s’élever à des considérations générales , je dirais que ces observations tendent à démontrer que l’hydrocéphalie Congéniale dépend plutôt d’un défaut dans le développement de quelques parties de l’encéphale que de l’altération ou de la destruction de cet organe par le liquide^

» Que dans ces observations il est à présumer que révolution du cerveau ne s’est pas effectuée, c’est-à-dire que le développement de l’encéphale a été arrêté.

)) Que l’existence OU la vie dans l’air atmospLérique est possible pendant quèlques jours , sans que Tenfant nouveau-në soit pourvu de cerveau ;

» Que le cerveau ne donne naissance à aucun nerf, et qu’on peut , sous le rapport du système nerveux, le considérer comme étant plutôt un ganglion de renforcement , que comme la source de quelques cordons nerveux j

M Que les nerfs olfactifs , existant dans ces enfans privés de cerveau, ne tirent pas leur origine de cette partie de l’encépliale, à moins qu’on n’admette que toutes les parties naissent en place, indépendamment les unes des autres. Le volume, toujours considérable, des nerfs olfactifs dans lés enfans nouveau-nés, leur figure en massue, la nature de leur substance, les filets sortant de la face inférieure de leur renflement , enfin leur présence dans les enfans dont je donne la description, portent à penser que les parties nommées nerfs olfactifs, sont moins des nerfs proprement dits que de petits lobes ou des prolongemens du cordon racliidien, analogues au cerveau lui-méme.

» En continuant à les considérer comme des nerfs, il faut admettre que les lobes cérébraux ou les corps striés ne leur donnent pas naissance, et qu’ils tirent leur origine d’un point plus éloigné.

DU CERVEAUv

» Ne tronve-l-on pas dans beaucoup de poissons une disposition qui vient à l’appui de ce que je dis, et n’y a-t-il pas entre la conformation des nerfs ethmoïdaux de ces animaux et celle de ces fœtus privés de cerveau, une analogie assez frappante ?

)) Sous le rapport du développement de ces prolongemens, on peut encore dire que l’analogie de conformation organique est d’autant plus marquée entre rbomme et les animaux, qu’on examine le premier à des époques plus voisines de sa formation, c’est-à-dire pendant sa vie em^bryonique ou fœtale.

« Enfin , par l’observation de M. Béclard et par la mienne, on est autorisé à croire que le développement normal des parties contenantes n’est pas sous la dépendance de l’existence et de l’accroissement régulier des parties contenues. Le crâne peut offrir une forme régulière, quoique le cerveau manque, ou qu’il ait éprouvé dans son évolution une déviation plus ou moins grande. »

Je suis parfaitement d’accord avec M. Brescbet, quand ilprésume que dans ces observations le cerveau a été arrêté dans son développement, et non pas détruit ou dissous par le liquide. Nous avons déjà prouvé cette vérité dans

SÜR LES FONCTiaNS

notre Mémoire présenté à Tins litut de France, le i4 mars 1808 , suivi d’observations sur le rapport qui en a été fait k cette compagnie par ses commissaires.

Nous avons également prouvé dans plusieurs endroits, que le cerveau proprement dit ne donne naissance à aucun nerf. Mais pn aurait tort de considérer le cerveau comme étant plutôt un ganglion de renforcement , que comme la source de quelques cordons merveux. Le cerveau renr ferme plusieurs masses de substance grise ougér latineuse, par exemplè, dans la moelle allongée, dans la protubérance annulaire, dans les soidisant coucbes optiques, dans les soi - disant corps striés , et sur toute la surface deséireonvolutions qui fournissent de . nouveaux, filamens nerveux à ceux qui étaient déjà fournis par cette même substance antérieurement, et ce sont cps masses qui sontles ganglionsde renforcement dé la substance blanche fibreuse du cervelet et du cerveau. .

Quant au nerf olfactif, nous en avons exposé les diverses opinions des savans dans notre vol.I, p. 1 1 7 , in -4®- , P . 84 , in folio , et nous avons prouvé qu’il n’a aucune liaison avec les corps striéa qui servent de ganglions de renfort uniquement au cerveau. : -

Revenons aux cas qui ont lieu le plus fréquemment. '

Lorsqu’il n’y a pas 4e cerveau, quelquefois toutes les parties placées au-dessus du cou , de la poitrine, du nombril, etc., manquent également.

Lorsqu’il n’y a d’existant que les nerfs des sens, il n’y a que quelques-unes des parties cérébrales placées à la base du crâne, qui soient développées, c’est-à-dire celles dans lesquelles naissent çes nerfs j dans ce cas , la base du crâne est développée, mais icuparfaitement, et à fur et mesure qu’il existe quelques parties encéphaliques de plus , il y a aussi développement de quelques parties inférieures et latérales du crâne dé plus. Voilà les monstres, dits acéphales (i), parce que, au-dessus des yeux, on n’y distingue ni cerveau , ni crâne. La PL XVIII représente un pareil acéphale, 6g. 3; on y trouve les nerfs optiques , les nerfs olfactifs, et les perfs acoustiques. La partie antérieure-inférieüre du frontal, qui concourt à former les orbites, a, h, les temporaux, une petite portion de pariétaux et de l’occipital, etc., ne sont qu^ébauehés; dans les parties non achevées , il reste une grande ouverture B. J’ai prouvé, T. I, page 52^, édit. in-4°., que de semblables monstruosités ne sont pas nées après coup par une hydropisie cérébrale.

(i) En allemand , Katzen-Kœpfe (têtes de chat).

mais que cette défectuosité du fœtus est absolument originaire.

La Pl. XIX représente , fîg. II > une conformation vicieuse du cerveau. Dans cette tête , toute la partie postérieure-inférieure de l’occipital manque entièrement, c^’est pour cela qu’il est resté une grande ouverture e. e. dans la partie postérieure. Pendant quèlque temps, il y avait existé une ébauche du cerveau. C’est pourquoi la partie moyenné des pariétaux X^ est un peu bombée j mais plus tard, le cerveau s’est échappé par l’ouverture postérieure, et les os du crâne n’ont pas continué de se voûter, mais ils sent demeurés aplatis sur les restes du cerveau, 53, 5o. Le sujet en question est du nombre des monstres qui portent dans la nuque un sac membraneux, contenant le cerveau très imparfaitement développé (i). De semblables conformations vicieuses prouvent jusqu’à l’évidencè, combien la forme du crâne dépend de la forme de l’encéphale , et que les os du crâne ne se forment que très rarement d’après des lois indépendantes du cerveau (2),

(1) Vol. II, p. 77.

(2) M. Geoffroi Saint*Hilaîre a fâit. dessiner ces trois acéphales dans son excellent Mémoire sur plusieurs déformations du crâne de Thomme , etc. , lu à l’Académie des Sciences^ 1820,

DU GERVEAU.

Dans les cas nù Fencépliale n’a acquis qu’un développement très imparfait, le crâne reste petit dans la même proportion. La PL XVIII offre, fig. II, le contour du cerveau d’un imbécile de naissance, tel que Willis l’a fait graver; et fig. I, le crâne d’une fille de sept ans, imbécile de naissance. La PL XIX, fig. I, la tête d’un bomme de, vingt-six ans, imbécile de nais* sance, dont M. Bonn, professeur à Amsterdam, possède le crâne et le cerveau. La PL XX > fig. I, la tête d’une fille de vingt-deux ans , imbécile de naissance ; fig. II, le crâne de la même.

J’ai déjà parlé plus haut (i) de ces têtes, et de plusieurs autres semblables que je conserve dans ma collection.

Lorsque les parties cérébrales augmentent de volume, rimbécillité originaire est moins complète dans la même proportion, et le crâne, quoique toujours encore imparfait, acquiert aussi plus de développement. La PL XXVI offre le crâne d’un garçon de quinze ans qui, à raison du grand développement de l’organe de la pro-* priété, et de, la conformation défectueuse des parties frontales , XXI, 53, 54,55, 56, avait lin penchant irrésistible à voler. La PL XXIX

(i) Vol. Il, p. Saa.

représente le crâne d’une vieille femme incomplètement imbécile de naissance. Que l’on compare maintenant ces crânes défectueux de personnes qui ne jouissaient que de qualités et de facultés aussi défectueuses que l’était leur encéphale , avec lé beau crâné qui renfermait le cerveau bien développé d’un homme à talens , PI. XXX , et avec PL XXXIX et PL LVI.

Influence du cerveau sur la forme du crâne dans Vhjrdroeéphale.

Lorsque par un amas d’eau qui se forme dans les cavités dés hémisphères , les circonvolutions cérébrales se trouvent déplissées et distendues ^ le crâne contracte un vice de confornaation^ qui est préciséjQàent ririverse dé celui des Crânes trop petits. Dans ce cas, Fehcéphale déplissé distend iés Os dü crâne, qu’ils soient déjà réunis par leur dentelure j ou qu’ils né le soient point encore. Dans les premières périodes de cette distension, on aperçoit à nu, entre les bords dé tous les ôs crâniens, ou entré Ceux de qUêlquesuns seulement, la mémbrane cartilàginéüse qui^ à la place dés fontanélles , est visible sur un assez grand espace.

Chez les enfans qui naissent hydrocéphales.

la tête est compressible, c’est-à-dire, qu’à Taide d’une compression, l’on peut rapprocher les os ^istans l’un de 1 autre. Cette circonstance est très importante pour la médecine légale, puisi- <ju’en un cas semblable on ne doit point, lorsque l’enfant vient à périr pendant l’accouchement , attribuer sa mort à la mère.

Depuis l’age de quelques mois, jusqu’à dix ou douze ans, il se forme souvent des épanchemens dans les cavités du cerveau, à l’occasion dln^ flammations cérébrales négligées, d’un développement trop brusque dé l’encéphale, de chutes ou de coups sur la tête, et à la suite de masturbations trop fréquentes. Lorsque de semblables malades avaient perdu peu à peu la vue, que leur pupille immobile et insensible à la lumière fes>tait constamment dilatéej qu’ils avaient des vomissemens fréquens, etc. , j’ai trouvé quelquefois les os deleur crâne déjà plus ou moins écartés, même quelquefois déjà distans de trois à six lignes. H existé des exemples oü> même chez des personnes âgées de plus de trente ans, il y a éü , à la suite d’on coup sur la tête, des épanchemens dans les cavités cérébrales et où les os du crâne se sont écartés considérablement en fort peu de temps.

Si ces épanchemens sont de nature à né pas entraîner la mort da malade, il.se forme dans

84 SUR UES PONGtiOTîS

la membrane cartilagineuse un grand nombre de points osseux, d’où naissent les osselets vormiens , lesquels réunissent de nouveau les ps du orâne , PI. XXI , d. di

La plupart du temps , lorsquè le fluide ne s’amasse que lentement dans les cavités cérébrales, les rayons osseux se solidifient, tendent à s’allonger dans la même proportion que la distension s’opère , et à maintenir le crâne clos de tous -côtés^ sans qull se forme des points d’ossification particuliers. Le crâne d’une fille de sept ans, complètement imbécile, et presque entièrement sans connaissance, représenté PI. XXIII, est de cette espèce. On n’y voit plus qu’en peu d’endroits la membrane cartilagineuse, c,* les lames orbitaires supérieures sont tellement déprimées d.e liaut en bas et en avant, que les yeux de cet enfant se trouvaient placés très bas, et étaient tçès saillans. La PL XXIV représente le même hydrocépbale vu en face.

Le passage suivant, emprunté de M. Blumenbacli, prouve encore mieux avec quelle^ force les parties internes delà tête agissent survies os du crâne. « Dans l’hydrocépbale interne Ldit cet auteur, les parties dont le temporal est originairement composé. Conservent à la vérité leurs dimensions primitives , mais elles sont quelquefois ecartees par la distension des membranes

DU CE R VE A U

cérébrales, de manière que les osselets de l’oreille perdent leur situation naturelle, et sont désunis. J’ai vu le plus souvent dans les liydroeépbales ou le temporal avait souffert celte déformation, le marteau, l’enclume et la partie squameuse, portés de bas en haut avec les temporaux, et l’enclume absolument séparée de l’étrier; une fois meme j’ai vu l’étrier arracbé delà fenêtre ovale. Ceci expliquerait pourquoi quelques hydrocéphales- adultes sont sourds et stupides à-la-fois, tandis que d’autres conservent complètement l’ouïè (i).

La PI. XLIX. représente la partie supérieure ^e l’hydrocéphale d’un enfant de quatre mois. Gomme ici l’épanchement avait fait des progrès très rapides toute la tête ressemble presque à une poche de parchemin. Çà et là on voit quelques parties assez larges qui sont iftsifîées en général, on distingue alternativement des points et des rayons d’ossification ,, et la membrane cartilagineuse;, tout le crâne a la flexibilité du parchemin : généralement les crânes des’ hydrocéphales, même à l’âge de cinquante et de soixante

(ji) Geschichte und Beschr. der Knochen des menr-^ sohl. Kœrpersvon J. I. Bluiuenbach; ate Aug. Gœfe-< 4ijigen, 1817,, 5* 54-

ans, sont constamment très minces ^ quoique complètement ossifies. \

Açkermann et M. Fodèrè, dans ce qu’ils ont écrit sur les tètes des crétins, donnent comme généralement existantes et comme caractéristiques, certaines particularités qu’ils n’ont probablement observées que dans un petit nombre de sujets. Nous avons vu un grand nombre de cré^ lins. Je ne m’arrêterai point ici à leur constitution tout entière, je me contenterai de parler de leurs têtes. Leur tête est ou incomplètement développée, ou hydrocéphale. La PI. XXI reqtrésenfe en profil un semblable hydrocéphale de l’espèce commune. La Pî. XXII représente le même, vu d’en haut. L’eaù y avait agi dans toutes les directions, mais principalement dans celle de l’occiput. Le plancher orbitaire est aussi déjà forterront déprimé ^ à sa surface interne il n’existe aucune impression digitale : ce qui prouve que les circonvolutions originairement peu saillantes qui reposent sur lui, étaient déjà tout-àfait déplissées. Je fais observer en passant que chez la plupart de ces hydrocéphales, on trouve la partie chevelue de la tête couverte d’un exanthème furfuracé.

Il existe une grande variété dans ces déformations de la tête, qui probablement sont dues.

Dtr CERVEAU. 8’7

la plupart du temps , à des épancîiemens. La PI. XXXI représente une semblable tel e en face: la suture frontale n’est point soudée j les régions IX, IX^ d. c. sont bien loin d’être symétriques; les orbites très peu profonds. La PI. XXXIl offre le même crâne de profil; on voit que le diamètre de XXI en 1 1 est beaucoup plus petit que celui d’un temporal à l’autre. La tête extraordinairement longue^ la PI. LIV, fig. 2, offre un caractère tout opposé. Je ne connais aucune particularité delà vie d.es sujets dont proviennent ces deux crânes.

Tout comme certaines personnes conservent assez souvent leurs facultés mentales , malgré une liydrocéphale très considérable, de même on trouve quelquefois aussi les formes de tête les plus bizarres chez des individus qui jouissent également de toute ^intégrité de ces facultés. Il ne faut cependant pas oublier ici ce que j’ai dit plus baut, Vol.II, des dispositions particulières aux maladies mentales. Les têtes qui, à raison d’un développement extraordinaire, mais non maladif, de certains organes, ont pris une forme peu commune, font absolument exception à ce qui est applicable auçc dispositions n de& maladies mentales.

SUR tES FONCTIONS

Jnjluench du cerveau sur le crâne dans les maladies mentales.

Les aliénations sont des maladies du cerveau. Heureusement, d.e nos jours, Démocrite ne retrouverait ses Abdérites que parmi certains métaplijsiciens. Si Ton veut combattre des opinions xlangérèuses dans leurs conséquences , que Ton combatte celles qui condamnent àjin cruel abandon, et relèguent dans des loges infectes des victimes malheureuses, qui méritent toujours îiotre compassion, et souvent notre estime. Ou n’ose arrêter ses regards sur les établissemens pour les aliénés, encore tellèment défectueux dans la plupart des pays, qu’ils ne sont que les monumens honteux de la plus profonde ignorance.

Je ne tardai pas à m’apercevoir que mes recherches répandraient du jour sur plus d’un point relatif aux aliénations. Gomment des médecins qui n’avaient nulle idée des fonctions du cerveau dans l’état de santé, auraient-ils pu avoir des idées justes sur les maladies mentales ? Je m’appliquai donc à ouvrir autant de crânes d’aliénés que je pus m’en procurer- A^ol. Il, p. 206 et suiv., j’ai déjà prouvé qu’on trouve dans le cerveau etses membranes, et même dans le crâne^

Dtr CEÏlVEAtri 89

les altérations les plus multipliées elles plus sensibles. Maintenant je vais communiquer à mes lecteurs ce que j’ai reconnu relativement au crâne seul, et ce que M. Spurzheim et moi avons constamment trouvé confirmé.

Lorsque raliénation a été de courte durée, le crâne n’offre souvent pas encore la moindre trace d’altération maladive, à moins que la manie ne se soit développée insensiblement, et de manière à ne se prononcer ostensiblement qu’après un long espace de temps. Très souvent l’on méconnaît les premiers phénomènes de la folie 5 on prend pour caprice, pour inconséquence, pour vice, pour cbangement de caractère moral, ce qui, dans le fait, n’est que la première manifestation d’une maladie cérébrale.

Mais lorsque la maladie cérébrale est chronique, il se manifeste dans le cerveau les mêmes phénomènes que l’on observe dans les nerfs longtemps affectés de maladie. Après une sciatique nerveuse d’une longue durée, le nerf finit par s’atrophier, et toutes les parties qu’il vivifiait participent à cette atrophie. La même chose arrive au cerveau, lorsque ses, forces vitales sont lésées depuis long-temps. Il s’amaigrit, ses circonvolutions deviennent plus étroites, et per dent de leur turgescence j tout l’encéphale se rapetisse j et ici , comme dans l’âge avancé, k lam^

SUR liES FONCTIONS

interne du crâne suit raffaissement du cerveau; les os du crâne s’épaississent, mais ils tie deviennent point, comme dans la vieillesse, plus spongieux et plus légers, mais tout au contraire plus denses, plus compactes, plus pesans, et se rapproçlient de la nature de l’i voire. Planche XXXVI, %. 2 et 3.

Plusieii|*s médecins avaient remarqué celte circonstance; mais loin de la regarder comme une suite de la maladie cérébrale, ils la considéraient comme sa cause. Ils pensaient que le crâne , à raison de son épaississement, comprimait le cerveau, et entravait ainsi l’exercice des fonctions de l’âme. Encore de nos jours , Dumas (i), MM. Baillie, Ewerard Home (2), et d’autres, sont de cette opinion- S’il en était ainsi, les maladies mentales ne pourraient naître que très lentement, et l’on Pe concevrait guère comment, à l’aide d’un traitement raisonnable, on guérit tant de maniaques, et souvent en si peu de temps.

Je ne suis pas le premier qpi ait observé cet épaississement et celte dureté éburnée du crâne ; cependant les physiologistes et les médecins y faisaient généralement si peu d’attention, que

(r) Phj'siôlogie, l. IV, p.84. ; (3) Morljîd anatomy.

lorsque j’en parlai , je ne trouvai que des contradicteurs. J’eus beau citer à l’nppui de mes observations, celles de Greding , dont les écrits me sont restés inconnus encore long-temps après que j ’eus eommençé à enseigner publiquement mes découvertes. Ce médecin, dans deux cent seize.cadavres de maniaques qu’il ouvrit, trouva cent soixante-sept crânes très épais, sans parler de ceux qui à la vérité n’étaient pas épais, mais très denses. Sur cent furieux , il trouva soixahtedix-buit crâues très épais; sur trente crânes d’imbéciles, il en trouva vingt-deux de très épais.

Ces observations si exactes ne suffisaient pas pour réveiller les incrédules de leur léthargie. Walter de Berlin dit à ce sujet : « Ma vie tout entière a été consacrée à l’étude du corps animal et du corps humain en particulier. J’ai examiné le cerveau d’aliénés de toute espèce, mais jamais je n’ai trouvé les os de leur crâne plus épais que de coutume, comme le soutient M. le docteur Gall (i). » M. Rudolphi, occupé tout entier â soutenir son opinion , passe sous silence le grand nombre de crânes épais de maniaques que Greding a trouvés, et insiste sur le petit nombre de

(i) Etwas über die Scliædellehre ( c’est-à-dire un mot sur la cranioscopie) , p. 12.

ï)2 SUR LES FONCTIONS

crânes minces dont ce médecin parle également. Quant à mes observations, il dit q^ne mon opinion ne se fonde que sur un seul crâne que je possède. Cependant, lorsque feus l’bonneur de recevoir la visite de M. Rudolpbi à Tienne, je lui montrai un assez grand nombre de crânes épais de maniaques.

En France, on a reprocbé â Greding de n’avoir rien entendu à l’anatomie du cerveau, et l’on s’es^ppuyé de M. Pinel, qui ne fait mention que d’un seul crâne très épais.

M. Esquirol prétend avoir fait aussi des observations qui prouvent le contraire dé ce que j’avance. Cependant nous trouvâmes , dans la très majeure partie des têtes qui nous furent envoyées de Bicétre et de la Salpêtrière, des crânes épais ou denses au point que M. Spurzbeim, à la seule difficulté qu’une tête qu’il s’occupait à ouvrir opposait à la scie ou au marteau , devinait si la tête venait de l’un de ces deux hospices ou d’un autre hôpital. Enfin, M. Esquirol lui-même cite un grand nombre de crânes d’aliénés qui étaient devenus très denses et très épais, ou, ce qui est encore plus général, seulement très denses. Probablement on eût moins contredit en France cette observation , si l’on s’était souvenu que,^ comme je l’ai appris plus

DU CERVEAU. g3

tard , Bichat a fait la meme observation sur les têtes de maniaques.

M. Curt Sprengel (i) dit également que dans l’autop^e des cadavres de mélancoliques, on trouve souvent le crâne d’une épaisseur plus qu’ordinaire. Il est impossible que les médecins qui s’occupent de l’ouverture de cadavres , contestent plus long-temps cette vérité , à moins que, par un procédé indigne de savans , on ne veuille sacrifier un fait manifeste à des considérations personnelles.

Lorsque des aliénés parviennent à un âge très avancé, ils éprouvent l’influence des années, et leur crâne peut s’amincir, comme celui de tout autre vieillard.

Je n’exclus pas non plus ici le cas où, par une maladie générale du système osseux, par le racliitisme, par une disposition berpétique, par la teigne, etc. , tous les os peuvent se trouver dans un état différent de Létal naturel , par exemple devenir plus épais 5 changement auquel peut-être le cerveau n’a point de part. Nous avons vu , dans la collection de l’électeur Maximilien , un crâne dont les os pouvaient bien avoir un pouce d’épaisseur j mais les os de la mâchoire, tant

(i) Handbuch der Pathologie (Manuel de. Pathologie), t, ï,p. 93.

supérieure qu’inférieure, étaient épais à proportion ; ce qui n’a point lieu dans les têtes de maniaques. Ï1 reste à examiner si une semblable maladie des os existe in dépendamment d’un dérangement total du système nerveux.

Les cbangemens des os du crâne , qui ne sont qu’une suite dé la nialadie cérébrale, nous donnent la certitude que le cerveau est le siège immédiat du mal J qu’il ne faut cberclier la cause de ces maladies ni dans l’âme ni dans une prétendue perversion de l’imagination, mais dans les instrumens matériels.

Ces memes cbangemens nous apprennent aussi pourquoi Ces maladies cérébrales résistent d’autant plus aux méthodes curatives, qu’elles sont plus invétérées. La guérison doit être bien plus facile tant qu’il n’existe point encore dé déran^ gèmentorganique ; elle doit être rendue plus difficilè, et souvent impossible, lorsqu’enfin il y a èu déjà amaigrissement et atrophie des deux substances cérébrales, épaississement des méningés , ossification des vaisseaux, épaississement du crâue.

Enfin ces cîiangemens successifs nous font côncévoir comment les maladies mentales dégénèrent enfin en une démence incurable. Les cas ■où la démence, suite d^’une longue maladie, a cédé au traitement, sont extrêmement rares; et

Dtr CERVEAU.

cette amélioration de l’état mental se réduit presque toujours à un accès orageux, durant lequel une irritation aussi passagère qu^excessive , produit un intervalle lucide plutôt que la guérison. Un état semblable s’observe chez les idiots après des blèssurés à la tête : les inomens d’exaltation qu’ôüt quelquefois lés âgonisans, tiennent encore à la tnême causé.

Iivflüencè du cerveau sur le crâne dans les cas

oîb certaines parties cérébrales sont plus ma-

Tades que d’ auirés. ,

Souvent la tête est plus proéminente d’un côté du front ou de l’occiput que de l’autre. Lorsque Cè défaut dè symétrie ne provient pas de la situation dans laquelle on couchait constamment ces personnes dans leur première enfance , cés stijéls ont été d’ordinaire, dans les premières années de leur vie , d’une santé Laible, ou sujets à des Convulsions nerveuses. Dans ces cas, on peut supposér toujoui^ qu’il existe un épan- -ehement" aqueux dans le côté le plus saillant. Souvent , dans un âge plus mur, la santé se raffermit j TTiais la distension partielle du crâne continue de subsister j et lés malades sentent , parles changemens de temps, le mouvement de

g6 SUR LES FONCTIONS

l’eau, ils disent qu’ils ont la sensation d’uné boulé froide (i) qui se meut dans leur tête, tantôt en avant, tantôt en arrière^ ils sont sujets à des céphalalgies, surtout à l’approche d’un ouragan ou d’un orage.

J’ai déjà parlé plus haut de deux crânes, dont l’un était devenu très épais et très dense à la partie antérieure du frontal, parce que la partie cérébrale sise contre cette région de l’os, avait souffert par une inflammation négligée, dont les suites ont causé la mort du sujet ^2). Le second de ces crânes était devenu très dense et très épais vers l’occiput, parce qu’une grande excroissance, dans la tente du cervelet, avait comprimé les . lobes postérieurs des hémisphères.

Dans le crâne de l’aéronaute Blanchard, tout le côté droit était plus épais que le côté gauche; le plancher de l’orbite était plus renflé de ce même côté, la cavité interne était plus petite, toute la partie antérieure était plus bombée , et tout cela parce qu’il y avait un. amas d’eau plus considérable de ce côté que de l’autre.

(1) La plupart des personnes oiit la sensation d’une boule froide ; quelques-unes croyent au contraire sentir une boule chaude.

(2) Yol. II, p. 2G2,

Dans une vieille femme décrépite j nous trouvâmes le cervelet à peine aussi grand que dans un enfant nouv’eau-né. Le cerveau lui-même n’était pas amaigri dans la même proportion; aussi le crâné n’est-il très épais qu’à la partie occipitale inférieure*. Les fosses occipitates sont extrêmement petites, et à peine transparentes dans un espace de deux à trois lignes. Les rochers sont , dans la partie postérieure , de moitié plus épais que dans re'tat nalurel* ; / ■

Dans le crâne d’un homme qui avait reçu dans l’une des fosses occipitales un coup de sa-^ hre j à là suite duquel le cervelet avait été en suppuration pendant plusieurs semaîoes^-la fossé occipitale est de ce côté beaucoup plus petite ^ et l’os y est beaucoup plus épais que de Tautre.

Dans la tête d’une jeune femme qui nous fut envoyée de la Salpêtrière^ et dont j’ai déjà parlé plus haut. Vol. II > P* 25a, nous trouvâmes l’hémisphère gauche beaucoup plus petit que le droit : cela provenait d’un grand ulcère au mi-^ lieu de la soi-disant couche optique du côté gauche. Cette couche optique , ou plutôt ce ganglion cérébral, était diminué de plus de moitié ; le corps strié, du même côté, et tout l’hémisplïère gauche avaient subi la meme diminution»

La Pi. LI , fig. l y représente l’hémisphère sain, tout entier; fig. 2, la couche optique saine;

iii. 1

SUR XES FONCTIONS

fig. 3, le corps stiié sain j fig. 4^ deux lobes anterieurs vus d’en bas , avec les deux nerfs optiques. La PI. LII représente les deux hémisphères, mais l’hémisphère gauche seul est entièrement visible; l’hémisphère droit le dépasse j l’on voit combien toutes ses circonvolutions sont plus petites. La fig. 2 est la couche optique amaigrie par la suppuration et par l’atrophie; la fîg. 3,1e corps strié également atrophié. Quant au crâne, Pl. LUI, tout son côté gauche est plus épais que le côté droit, surtout depuis le temporal jusqu’au basilaire; le plancher orbitaire gauche est bombé en sphère et uni , tandis que l’on remarque encore distinctement dans le plancher orbitaire droit, beaucoup moins convexe, les impressions ^ies circonvolutions. La fossé entre les orbites el les rochers est beaucoup moins large que dePautre côté; dépôts épais de matière osseuse sur la partie interne inférieure et interne latérale du temporal, le rocher plus épais , la fosse occipitale plus petite. Ainsi, dans le crâne, même rapelissemènt qUè dans l’hémisphère gauche du cerveau ( 1 ).

(t) Si la soi-disant couche optique appartenait au nerf optique , il faudrait que l’un des côtés de ce nerf eût été considérablement amaigri; mais cela n’a point eu lieu. L’amaigrissement simultané de la couche opti-

DU CERYEAtr. gg

Plus tard j je reçus une tête dans laquelle riie'misplière droit était encore bien plus considérablement amaigri que dans le ‘cas précédent ‘ j’en conserve le plâtre. Dans le crâne on remarque dn coté droit les mêmes épaississemens etles mêmes rétrécissemens proportionnels que Fon observe dans le cas précédent du côté gauche. Dans l’un et l’autre de ces crânes , les temporaux, si Iranspafens dans l’état naturel, ont trois lignes d’épaisseur du cote malade. Dans l’un et l’autre, tous les autres os sont considérablement plus épais du côté malade que du côté sain.

M. Esquirol possède un crâne semblable, et Greding en cite plusieurs qui étaient plus épais d’un côté que de l’autre. Quaprès cela, on nie encore l’influence du cerveau sur la forme du crâne! .

que , du corps strié et de rhémisphère , prouve que les couches optiques et les corps striés ne sont que des appareils de renfort pour les hémisphères, comme nous l’avons démontré, dans notre anatomie du cerveau, par de nombreuses preuves d’un autre genre.

Influence du cerveau sur le crâne dans les sujets ' ^ tjùi ont un penchant aU suicide»

Il n’j à pas de maladie mentale qui surprenne sa proie plus sourdement que le malheureux pericliant au suicide. Je regrette de ne pouvoir ici traiter cette matière à fond. Je me bornerai, ppur le moment, à la considération du crâne.

Hous avons examiné beaucoup de cerveaux et de crânes de suicidés j chez tous nous trouvâmes le ci’âne très dense, très pesant et très épais; ou s’il n’était pas épais, toujours éburné, comme dans toute autre manie de longue durée. Le plus pesant, le plus dense et le plus épais de tous les crânes que renferme ma collection, est celui d’ùn homme que non-seulement un malheureux penchant poussa à se détruire, mais qui, avant de porter la main sur luî-méme, crut devoir immoler une épouse qu’il chérissait, A la fin du premier volume , j’ai consacré quelques pages à cette épouvantable maladie , et j’en ai rapporté plusieurs exemples (i).

‘Trois crânes de suicidés, que je dois â la complaisance de M. le baron Larrey, sont également épais et denses. Or,' comme ce phénomène se pré-

(i ) Page 457 et suiv.

DU CERVEAU. lOr

sente si souvent ctez les suicidés, il est certain que, dans le plus grand nombre des cas, le penchant à se détruire est une véritable maladie du cerveau, quoique cependant sa cause éloignée réside très souvent dans le bas -ventre.

Nous avons trouvé souvent chez de grands criminelsy<>dont les forfaits ne paraissaient pas suffisamment motivés par les circonstances extérieures, le crâne dans le meme état que chez les maniaques. Puissent les observateurs et les^ juges donner quelque attention à cet aperçu !

Influence du ceri^eau sur le crâne y dans les

lésions du crâne, et dans certaines maladies . des méninges.

Il existe plusieurs exemples que , non-seulement dans fenfance, mais aussi dans l’âge mûr, des parties du crâne , enfoncées par une violence extérieure , ont repris leur première situation , ou tout de suite, ou après quelque temps. Je possède un crâne dans lequel un morceau d’un pouce, delà partie supérieure du frontal, avait été enfoncé. La lame externe s’ést exfoliée , la lame interne se trouve dans le meme plan que ,1e reste de la surface interné du crâne, quoiqu’en plusieurs endroits de son pourtour on dis-

lingue les traces de la fracture. D’après les lois énoncées ci-dessus, toute la partie antérieure du crâne est plus épaisse que la partie postérieure.

De même, dans un autre crâne, la surface interne est comme aplanie, quoique l’on distingue à la surface externe des creux profonds , traces des violences dont le soldat de qui provient ce crâne a été la victime à la prise d’Otscliakoff,Pl.LV,fig.2.

Dans un troisième crâne, on distingue plusieurs fentes et plusieurs fractures considérables. Le sujet avait survécu long-temps à son accident; car, à quelques fentes et à quelques creux près , tout s’est bien rétabli. L’on remarque une pointe qui pénétre dans la cavité de la boîte osseuse, à plusieurs lignes de profondeur. Mais il s’est déposélant de matière osseuse dans cet endroit, que la pointe ne déborde plus qu’à peine; tout le crâne est épais et lourd.

M. Blumenbach rapporte aussi des exemples d’os du crâne enfoncés , qui se sont relevés spontanément et tout d’un coup quelques jours après Taccident. Il cite, à cette occasion, une dissèrtation d’Obertauffer (i). Un exemple semblable est rapporté dans /es Archives de M. Horn.

(i) De Enklasi cranii sponte reslitula , Argentor, Ï771.

DÜ CERVEAU. lo3^

Lorsqu’il se forme des excroissances dans les «lénioges , elles creusent rarement dans la substance molle du cerveau, mais elles poussent au contraire en dehors. La lame interne du crâne est absorbée et usée 5 la lame externe s^élès'e eu dehors , et devient mince et transparente. C’est [)ar des proéminences de ce genre que l’on reconnaît l’existence, soit des excroissances, soit des hjdatides, chez les animaux toùt comme dans notre espèce. Je conserve dans nia collec- Uon plusieurs crânes de ce genre.

Chez un homme adonné à la boisson, le frontal s’éleva dans la région située amdessus de l’orbite gauche j pendant quelques aunées cette protubérance augmenta de plus en plus, sans qu’il en résultât d’autre inconvénient qu’un gon» flement et une paralysie de la paupière supérieure. A la fin, le malade sentit sa mémoire et ses autres facultés intellectuelles s’ajffaiblir j le (frontal continua de s^élever de plus en plus, il survint des céphalalgies, la cécité, une paralysie des exlrémilés inférieures, une incontinence des excrétions naturelles : une apoplexie mit fin a ses souffrances. On découvrit , sous la proéminenee du frontal , une excroissance considéj able de là dure-mère ; l’orbite meme était tellement rétréci , que l’œil avait été poussé en avant avec violence.

Petit vit une excroissance semblable à la sur-* face inférieure des lobes antérieurs 3 elle se porta sur les orbites , et déplaça l’œil. - - .

Lorsque de pareilles excroissances vont tQUr;^ jours en augmentant, elles finissent par percer le crâne, et quelquefois par- acquérir sur la paiv tie supérieure ou latérale delà boîte osseuse, des dimension^ qui égalent celles de là tête, PI. LY,

fig. 4.' ;

Nous vo^fons journellement, dans l’état de pialadie, des exemples de la manière énergique dont les parties molles sont capables d’agir sur les os. Des .anévrismes finissent par perforer les os les plus solides j des excroissances amincissent les cotes; Je connais une personne qui, ajant eu le sternum déprimé par le coude de la, nourrice, est restée asthmatique, pendant plusieurs années ; mais à la fin , l’effbrt continuel des pou^ mons a fait céder les côtes latéralement, elles se sont arquées davantage en dehors, et les poumôns ayant acquis l’espace nécessaire, la respiration s’est rétablie. Lorsque le bulbe de l’œil a été détruit , l’orbite se trouve déjà sensiblement rétré-r ci après deux ou trois semaines j lorsque le bulbe de l’œil dégénère au contraire, en une excroissance dont le volume, surpasse se/ dimensions naturelles, l’orbite se trouve dilaté au point de déplacer même les osselets du nez.

DIT CERVEAU-

io5

Ce que j’ai dit dans cette section, montre dans quelles circonstances l’on peut inférer de la forme extérieure du crâne, un développement plus ou moins grand des parties cérébrales^ et fait voir qu’il n’est plus permis de juger la forme du cerveau ou le degré de développement des diverses parties cérébrales d’après la forme de la surface extérieure du crâne, dans les aliénations mentales, dans les maladies chroniques , soit dujcerveau, soit des os de la tête , dans l’âge de la vieillesse, et encore moins dans celui de la décrépitude.

Je dois exposer maintenant comment Je suis parvenu à découvrir le siège des organes cérébrau?:.

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