‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 5 sur 17 · SECTION IL · texte numérisé non relu

SECTION IL

DISCOUPvS PKÉLIMINAIRE A L’ORGANOLOGTE.

Sur les difp-cultês et sur les moyens de déterminer les qualités ét les facultés fondamentales, :et de déçQmrirle siège de leurs organes dans le eerveaii.

Excepté les spiritualistes exclusifs, qui nient tout rapport du physique avec lé moral, l’on est assez généralement convaincu de la vérité des principes que j’ai exposés jusqu’à présent, et qui font la base de la physiologie du cerveau. Ces principes sont la conséquence irrésistible d’une multitude de faits qu’on ne peut plus s’empêcher de voir se passer tous les jours sous ses yeux. Il suffisait d’arrêter l’attention des lecteurs tantsoit peu judicieux sur ces faits , pour que chacun d’eux arrivât insensiblemejut aux mêmes inductions.

Il n’en est pas ainsi quant à la détermination des qualités et des facultés fondamentales , et d u siège de leurs organes. On se complaît encore à dire et à redire que cette partie de mes découvertes est la partie la plus faible et la moins démontrée. On accuse même encore Torganologie spéciale , d’absurdité , d’extravagance, de folie, de charlatanisme et d’imposture.

Cependant la détermination des forces prirrii-

lives ou fondamentales de l’ânie, et la fixation du siège de leurs organes ou de leurs conditions matérielles, constituent précisément la doctrine sur les fonctions des diverses parties du cerveau. Tant qu’on n’aura pas admis ces notions particulières, la physiologie du cerveau flottera toujours dans le vague des généralités. Sans cette connaissance détaillée, comment parviendraiton aux applications les plus importantes, soit à rintelligènce d’une infinité de phénomènes physiologiques, pathologiques et psychologiques, soit aux institutions sociales, à la législation criminelle, à l’éducation, aux caractères nationaux, aux arts, à l’étude de la philosophie? Le mystère du perfectionnement gradué des êtres vivahs ne se dévoile que par l’exposition successive de leurs aptitudes industrielles, de leurs instincts, de leurs penchans et de leurs talens spéciaux,* elle nous conduit d’échelon en échelon du ver à l’insecte, de l’insecte au poisson, du poisson à l’amphibie, de l’amphibie à l'oiseau, de l’oiseau au mammifère, et de celui-ci d’espèce en espèce jusqu’à l’homme ; de manière que ce chef-d^œuvre de la création terrestre se déploie , devant notre esprit , comme se démonte aux yeux de l’artiste la machine la plus compliquée, dans ses rouages et ses léviers les plus simples.

Ces raisons m’imposent envers mes lecteurs

Io8 SUR LES FONCTIONS

et envers moi l’obligation de de'montrer rigoureusement chaque qualité et chaque faculté primitive , et lé siège de son organe , et de donner ainsi à cette partie de ma doctrine le plus haut intérêt et une évidence incontestable.

Passons d’abord en revue quelques difficultés qui s’opposaient toujours à la découverte d’une physiologie du cerveau, et qui empêchent èncore lés métaphysiciens , les philosophes , les anatomistes et les physiologistes de l’adopter.

À quelle distance d’une doctrine sur les foncliohs du cerveau sont ceux qui considèrent l’homme comme un être isolé et soustrait à toutes les lois de la nature, comme l’image de la création, le microcosme , une partie de l’arne du monde , une portion de la divinité, une émanation de la lumière éternelle, et qui^ par conséquent, repoussent toute idée d’un rapprochement de l’homme avec un objet de trois règnes , comme absurde, comme incompatible avec son essence?

A quelle distance d’une physiologie du cerveau sont ceux quiattribuenttous les phénomènes dé l’homme à râmé, à un être spirituel, indépendant pour son essence et pour ses actions de toute condition matérielle , qui est la cause efficiente de l’organisation , et la cause première de toutes les opérations delà vie humaine?

Et ceux qui soutiennent que la partie princi-

DU CEK^EATT. lOQ

pale Je l’homme, laquelle constitue sâ supériorité sur tous les êtres créés, n’a ni siège, ni points locaux déterminés, puisqu’un être siihple existe sans être contenu , et ne répond à l’espace par aucun point J quelle ne peut avoir d’organe, puisqu’il ne peut y avoir un rapport de cause et d’effet entre la matière et l’esprit; qu’elle ne porte avec elle aucun signe accessible à nos sens ; que le mode de ses opérations se dérobe au scalpel , au tact, à la vue et à tout moyen de recherche; qu’on n’aperçoit que de la contradiction entre la matière et les opérations de l’intelligence/; que l’unité du moi, la simplicité du sentiment, la nature de Fidée , se soulèvent contre leur dépendance de la matière, et contre un siège quelconque ; que l’esprit, relativement au temps et à l’espace , n’est presque jamais avec le corps, et que notre âme est ailleurs lorsque la méditation nous soustrait aux impressions des sens , au sentiment de la faim et de là douleur, etc., etc.!î

Heureusement ces spiritualistes magnétiseurs, et absolus nous adressent ces dernières paroles : « Qu’est-ce donc que le cerveau , età quoi sertil ? » et ils répondent avec un fier dédain : « Nous, n’en savons absolument rien;; et nous n’en voulons rien savoir. » Quelle profonde philosophie dans cet aveu , et quelle noble résignation î

Ilo SUR LÈS FONCTIONâ

Comment l’ide'e de forces morales et inleîlectuelles fondamentales et d’organes cérébraux aurait-elle pu venir à ceux qui ramènent tous les phénomènes de la vie animale à un seul principe, à la sèiisibililé ou à la sensation , dont toutes les autres fonctions, depuis nnstinct le plus obscur jusqu’à la faculté la plus élevée , ne sont que des modifications? ou à ceux qui, parla même teiidance à l’abstraction , réduisent tout l’homme moral et intellectuel à deux, trois, six, ou sept facultés de l’ame, indépendantes de toute organisation et absolument libres dans leur exercice? ou à ceux qui font de l’intelligence et de la volonté;, des êtres personnifiés , se manifestant aussi sans aueuii concours de l’organisme, tantôt Gomnie instinct , tantôt comme penchant , tantôt comme talent quelconques.

Gomment pouvaient-ils Songer à des qualités morales et à des facultés intellectuelles déterminées, ceux qui font naître les hommes et les animaux, table rase, et qui font pulluler un nombre indéfini d’instincts, de pencbans et de lalens purement acGidenlels, des impressions extérieures sur les cinq sens, de l’éducation, du hasard^ etc.?

Gomment auraient-ils dirigé leur pensée vers l’observation des forcés fondamentales et de^ leurs organes, ceux qui s’égarent dans la spécu-

lalion; qui veulent qu’on sache comment les âmes elles corps sont unisj comment l’esprit et la matière agissent et réagissent l’un sur l’autre; quel est le mode d’action des facultés de l’âme; ce que c’est que la vie elle-même, l’essenco de la pensée; comment a lieu l’influence mutuelle de la matière divisible et du moi indivisible ; comment toutes les facultés communiquent entre elles de manière â ce que plusieurs soient simultanément en action; comment elles s’empruntent réciproquement les connaissances qui sont propres à chacune; comment elles reçoivent leslmpressions sensoriales; de quelle manière le cerveau les sensations et en forme des idées;

si les acquisitions de la mémoire se composent de caractères d’imprimerie gravés sur un cer-^ veau comme sur un livre, ou d’images réellement peintes sur ce Oerveau ; par quel artifice le cerveau perçoit des idées , des rapports d’idées et une longue suite de raisonnemens , alors que , dans une lecture, les yeux ne devraient transmettre à un cerveau que des figures droites ou courbes; comment cette sensation directe est précisément celle qui nous échappe ; comment enfin, dans cette même lecture, dont notre œil est Tunique agent, notre oreille écoute Tharmonie d’une phrase et juge des sons qu’elle îi’entend pas; quelle proportion il y a entre l’ébran-

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lement d’un nerf, Tébranlement d’une portion du cerveau, d’une portion de matière, par un son artieulé, par un geste, el le sentiment d’une offense et l’idée de l’Jaonneur attaqué j ét lorsque les passions s’expriment par le silence meme , où est alors l’ébranlement , et quel est l’organe qui se charge dé cette nouvelle perception? etc*

Tous ces comment et tous ces pourquoi ne réfutent pas une seule des preuves que j’ai alléguées dans le traité sur l’organe de l’âme. Voici la différence entre le langage des métaphysiciens et celui des naturalistes : le physicien pose comme un fait que la chaleur allonge une barre de fer, et que le froid la raccourcit ^ que quelqués gouttes d’eau absorbées par un morceau de bois, font éclater des masses énormes dé pierre^ que lé fluide électrique brise dans un clin-d’œil les monumens qui ont résisté à l’action de plusieurs milliers de siècles. Viennent à présent les raisonneurs qui errent à l’absurdité de penser , que des fluides aussi mobiles puissent exercer une pareille réaction sur les masses les plus roides et les plus solides, et ils vous démontrent par des sophismes aussi cohcluans que ceux contre l’action du cerveau, que tout ce que vous prenez pour des faits est absolument impossible.

Comment pouvaient-ils trouver ou adopter une physiologie du cerveau, ces médecins méta-

^ IStr GERVEA-tf. Il3

piiysiciens qui lui opposent encore îe raisonnement suivant : « L’observateur des fonctions physiologiques n’étudie les effets et ne cherche à les rapporter à leurs causes naturelles , qu’autant qu’il considère ces effets et ces causes commo étant d’une même nature j c’est toujours un mouvement réel et apparent qui est censé profduit par un autre mouvement intérieur, que Ton suppose caché dans les profondeurs de l’organi-^ sation : ainsi c’est le mouvement du cœur qui produit celui de la circulation, c’est la compression lente des parois du tissu de l’estomac qui contribue à transformer les alimens en chyle, et ainsi de toutes les fonctions sécrétoires où les effets organiques produits sont toujours homogènes avec leur cause réelle ou hypothétique, et sont pris dans le même point de vue objectif, quoique, sans sortir de cet ordre uniforme de phénomènes, on ignore le plus souvent le comment de leur liaison ou production réciproque; mais quelle espèce de liaison, de- rapport, de causalité , de ressemblance ou d’analogie peuton concevoir entre des phénomènes d’une nature aussi différente, et pris dans deux points de vue aussi essentiellement opposés que le sont d’une part les fonctions physiologiques attribuées à diverses parties de l’organe cérébral , le mouvement, par exemple, et l’ébranlement réel

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