‹ Influence du cerveau sur la forme du crâne, difficultés et moyens de déterminer les qualités et les facultés fondamentales, et de découvrir le siège de leurs organesChapitre 7 sur 17 · IIJ · texte numérisé non relu

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prédominance reconnue de tel organe interne j s’il y avait, .dis-]® > tel signe cérébral Æxe P our chaque passion , d^où pourraient venir ces variations continuelles que chacun de nous éprouve incessamment dans ses dispositions affectées? celui qui a dans la tête l’organe du courage, par exemple, ne devrai t-iL pas se sentir toujours à-peu-près également fort et courageux, comme celui qui a le nerf de la vvie et de l’ouïe bien constitué, voit et entend toujours à-peu-près également bien ? Pourquoi donc là protubérance affectée à tel sen tinrent ou telle passion particulière, restant la même, y a-t-il tant et de si continuelles vicjssitudes dans l’affection ou disposition sensitive correspondante? (i) » ,

Ce passage fourmille d’inexactitudes et de suppositions que la physiologie du cerveau désavoue. Les affections et dispositions de sensibilité, les modifications du tempérament n’ont jamais été dérivées d’un organe cérébral. L’auteur de cet article aurait mieux agi, et pour lui et pour l’honneur du Dictionnaire des Sciences mêdi-^ cales, s’il avait commencé par étudier, au moins par lire mes ouvrages avant de s’arroger le droit de censurer la physiologie du cer-

(i) Ibid., p. 266.

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veau. H y aurait trouvé son Tiomo duplex , et le moyen de baser sesraisonneraens plutôt sur dés faits que sur des rêves métapliysiques.

Autre obstacle également chimérique de songer à une physiologie du cerveau : j’entends encore professer dans les écoles de physiologie, que les facultés de l’ame ne sont nullement un objet de physiologie ; qu’étant d’une nature tout opposée aux autres fonctions^ elles sont au-dessùs de la sphère de l’observation ; qu’on n’en peut rien savoir f donc, qu’il serait absurde d’en chercher une liaison quelconque avec l’organisme. L’intelligence et la volonté sont des opérations libres de l’âmé, forces simples, spirituelles, nullement en contact avec la matière et sans aucune dépendance. Ainsi l’on renvoie avec une fière modestie, devant un autre tribunal, toute la partie morale et intellectuelle de l’homme.

Quant aux autres fonctions, les mêmes professeurs en entretiennent leurs élèves avec une admirable suffisance. Voyons donc si la différence de notre savoir , sur les phénomènes physiques et sur les phénomènes moraux et intellectuels , est telle qu’elle doive nous obliger à renoncer à ces derniers.

D’abord toutes nos connaissances des fonctions

DU CERVEAU. ÏÏQ

quelconques de l’organisme sont empiriques j car la structure de leurs organes n’en a jamais fait découvrir aucune , pas meme la circulation du sang, ni l’irritabilité ou la contractibilité des muscles. C’est par l’expérience que nous savons que le foie sécrète la bilej c’est par l’expérience que nous connaissons les fonctions multipliées des poumons -, toutes nos connaissances positives en histoire naturelle, en pliysiquë , en chimie, en médecine , ont leur source dans l’expérience ou dans Fempirisme. Qu’il est donc inconséquent de reprocher à la physioldgie du cerveau, que les qualités et les facultés, et la localisation de leurs organes , sont d’abord prouvées par l’empirisme et puis confirmées par des principes généraux, lesquels meme ne pourraient être établis que par l’expérimentation! I^os connaissances seraient bien plus sures et plus stables; elles n’auraient jamais reculé si d’on ne s’était jamais fourvoyé sur le terrain creux et stérile delà spéculation, je veux dire de l’idéologie et de la métaphysique.

Poursuivons l’examen delà nature de notre savoir : nous savons que l’estomac digère; que les alimenssont transformés en chyle et en sang; que le sang fournit les matériaux d’une infinité d’autres sécrétions; que la semence -contient le germe de toutes les dispositions physiques, morales , in-

StJR liES FONCTIONS

tellectuelles et héréditaires de l’individu. Nous savons que nous flairons par le nez, que nous entendons par les oreilles, que nous voyons par les yeux. Nous savons encore que toutes ces fonctions sont dérangées dès que leurs organes sont malades. Ainsi nous connaissons les faits et quelques conditions requises pour que ces faits puissent avoir lieu ; le comment et le pourquoi nous sont presque toujours inconnus.

Eh bien, c’est précisément autant que nous en savons à l’égard des facultés întellectuellès et des qualités morales. Nous savons qu’elles ne sont point le produit accidentel de la fantaisie de l’âme, des impressions sensoriaîes , de l’éducation ou d’autres circonstances extérieures 5 qu’elles sont innées et déterminées par la nature elle-même J que leur exercice est dépendant de l’orgamsalion j qu’elles naissent , croissent , dépérissent simultanément avec celle-ci j que l’intellect et la volonté, la perception, la mémoire, le jugement, rimagination, l’attention, etc. , sont intègres , altérés , affaiblis , exaltés ou nuis selon l’état du cerveau. Nous savons que les instincts , les penchans elles fàcûltés augmentent ou diminuent dans les diverses espèces d’animaux avec- le perfectionnement ou la dégradation de ce même organe. Nous savons par analogie^ par mille preuves physiologiques et

patliologiques, par une infinité de faits particuliers, par l’anatomie et la physiologie comparées, que le cerveau est une collection de plusieurs organes, et que chaque instinct, chaque penchant, chaque talent est affecté à un organe particulier : des observations multipliées à l’infini, ou l’empirisme le plus constant , m’ont fait connaître le siège de chacun de ces organes, etc. Toutes ces propositions sont péremptoirement prouvées à tous ceu:s qui se sont donné la peine d’étudier toutes les branches de la physiologie du cerveau. Je défie les physiologistes d’en savoir davantage de toute autre fonction de l’organisme. . -

Néanmoins toujours révoltés contre l’idée, que même la manifestation des facultés supérieures de l’âme, de la raison, de la volonté, etc., dépendent de l’organisation, et ne tenant aucun compte de l’idiotisme , de la démence, de la folie, du délire, etc., les métaphysiciens croient pouvoir nous combattre par un argument irrésistible. Le moi, disent-ils, reste toujours le même, toujours invariable, quoique, par une suite continuelle de composition et de décomposition, les organes du corps soient tellement changés dans l’espace de quelques années , qu’il ne s’en retrouve plus une seule molécule de celles qui les composaient autrefois. Donc le moi, la

conscience , l’âme avec tous ses attriLuts > n’est 4ans aucune liaison, dans aucun rapport avec la matière.

Les memes causes produisentles memes eiFets. Pries nouvelles compositions se font d’après le type des compositions antécédentes. Il en résulte une meme forme du nez, de la bouclie, des mains,* vous flairez, vous voyez , vous entendez, vous marchez à-peu-près cte la meme manière que vous avez flairé, vu, entendu, marché il y a dix ans. De meme les nouvelles compositions du cerveau se font d’après le type préexistant, et il en résulte lé meme caractère moral et intellectuel. Ceci, dans la supposition que votre argument est complètement fondé sur un fait.

Dans cette argumentation, vous n’avez raison qu’autant que vous conservez réellement toujours la conscience de votre personnalité. 3îais votre moi subit des modifications toujours en harmonie avec les modifications de l’organisme. Depuis le moment de votre naissance jusqu’à la puberté, de celle-ci jusqu’à la vieillesse, quelles modifications dans vos goûts, dans vos affections, vos penclians, vos passions, vos talensî II y a même des cas où, par une altération des organes, le moi est transformé dans un autre moi,* par exemple, quand un homme se croit trans-^ formé en femme, en loup, etc.; d’autres cas où

DU CERVeIu. 123

îe moi ancien est parfaitement oublié et remplacé par un nouveau : accident peu rare après des maladies très graves, surtout dans les maladies cérébrales. Ainsi cette objection si séduisante fait plutôt illusion qu’elle ne prouve l’indépendance de l’âme de l’organisation. Mais revenons.

Tant qu’on a pris le cerveau pour une masse spongieuse, inorganisée, pour un amas de vis^ cères impurs , pour un organe sécrétoire , pour une masse pulpeuse, pour une simple enveloppe des origines des nerfs dès sens, pour le réser-? voir des esprits vitaux, du fluide nerveux, com^ ment pouvaitrron avoir le pressentiment le plus obscur qu’il existât une connexion entre une semblable masSe et les facultés morales et intel-^ iectuelles?

Lorsqu’on commença à regarder le. cerveau comme faisant partie du système nerveux, il n’était pas difficile de lui soupçonner une fonction importante; on voyait que les nerfs de la colonne vertébrale effectuaient les mouvémens volontaires ; que les nerfs des cinq sens exerçaient les fonctions de Fodorat, de la vue, du goût, de l’ouïe et du toucber. Avec très peu de combinaison , Ton pouvait se convaincre que le cerveau préside ou sert d’organe à rintelligence. Mais l’homme moral, les affections, lés pencbans , les passions , les sentimens restaient ré-

serves pour les tempéramens , pour le cœur , pour les plexus et les ganglions des viscères de la poitrine et du bas -ventre.

11 n’y a que quelques années que tous ceux qui étaient à la tête d’iiospices d’aliénés, ou qui , écrivaient sur la folie , tenaient les aliénations mentales pour des maladies de l’âme et de l’esprit, auxquelles le corps n’avait pas la moindre part J ou ils plaçaient leur siège irpmédiat dans la poitrine et dans les entrailles du bas-ventre. Non-seulement cette croyance générale détournait l’attention du véritable siège de ces maladies , mais elle privait encore les médecins des maisons de foux d’un des plus précieux et plus féconds moyens de découvrir les véritables qualités et facultés fondamentales, le rapport de leurs altérations avec les altérations du cerveau , la correspondance des aliénations partielles ou des monomanies avec la pluralité des organes cérébraux, et leur souffrance partielle, etc., etc^ et de démasquer enfin les doctrines erronées de ces philosophies qui sont encore professées dans toutes les universités.

Je me réjouis d’avoir été le premier qui ait attaqué ces erreurs de nos plus respectables autorités, et d’avoir opéré la plus heurèuse révolution, non-seulement pour Fétude de la nature de^ maladies mentales, mais aussi pour leur traite-

DU; CUilVEAtT.

ment. Que l’on se rappelle avec quelle persévérance j’ai combattu , dans mes leçons publiques et dans mes ouvrages, ces funestes préjugés.Qu’on lise aussi les ouvrages de M. Spurzbeim sur la folie, etc., et que Ton compare les anciens articles : aliénation mentale, folie, manie , délire, monomanie, etc., etc., dans le Dictionnaire des Sciences médicales; l’ouvrage, sous tant de rapports, inestimable de M. Pinel 5 avec les nouvelles opinions de M. Esquirol , avec les excellons ouvrages de MM. Georget et Falret (i) , et leur frappante différence fera témoignage que les connaissances positives énoncées avec franchise finissent toujours par triompher.

Le plus grand miracle que les métaphysiciens ou les raisonneurs aient opéré, c^est d’avoir réussi à persuader aux anatomistes et aux physiologistes que l’organisation et ses résultats sont tout le contraire de ce qu’ils sont réellement. L’on voit simple. Ton voit les objets droits, l’on voit en distance ^ mais le raisonnement a prouvé qu’on voit les objets doubles, renversés et immédiatement dans l’oeil, etc. C’est ainsi que l’anatomie démontre que les nerfs ne prennent pointleur origine dans la substance cérébrale^ que les diverses parties quiconstituentle cerveau, nais-

(i) De l’Hypocondrie èt du Suicide, 1822.

iaë suâ LÉS FONCTIONS

sent, se fortifient et finissent dans des endroits différons, ce qui aurait dû faire présumer que ces départitions différentes des filamens nerveux du cerveau sont destinées à des fonctions dijSerentes. Les iüétapliysiciens , au contraire, ont établi que l’âme étant simple, sdn siège dans le cerveau devait être simple également j et les physiologistes qui avaient entrevu que le cerveau ést l’organe de râme et de toute l’humànité, eurent la complaisance de réduire leur organe dé l’ame à un point unique, et ce point unique fut chargé d’être le rendez-vous de tous les nerfs, lé centre commun, l’organe du sens commun, le siège de toutes les opérations de l’âme. Mais au Dîoment où ils se flattèrent d’avoir sauvé la simplicité de Lâme, il ne leur vint pas dans l’idée qu’un point, pbür être unique, h’est pas encore un point immatérieL Toujours est-il résulté dé cet artifice des idéologistes, que leurs dupes, les physiologistes , ont eu et ont encore en horreur toute idée de pluralité des organes des diverses facultés de râme.

L’âme étant simple, les idéologistes éh cori* durent que tous ses actes, la pensée, l’entendement , la voldnté, lè jugement , la raison , Fimaglnatiôn, étaient nécessairement simples aussi , et ne pouvaient pas être soumis , dans leur exercice, à la matière; Je ne sais pas comment ils élu-

daient les exemples dë stupidité, de folie, dé délire, bref de dérangement de toutes ces fonctions par suite d’une organisation défectueuse j de maladies du cerveau, d’ivresse ^ etc. On leur opposa des fonctions analogues dans les brutes^ mais où l’on donna aussi aux animaux une âme j on ceux qui trouvaient les animaux trop bêtes pour leur accorder un si noble apanage, firent de la mémoire, de l’imagination , du jugement , de l’instinct, des pencbans , des passions , dé la volonté et dé l’intelligence, des fonctions matérielles, sans s’apercevoir qüé cette manière de raisonner est un piège dressé parles matérialistes; car de la matérialité des facultés des animaux il n’y aurait pas loin à la matérialité des facultés de l’homme. Quoi qu’il en soit , la théorie de la simplicité des qualités et des facultés de l’âme, ne permettait par de chercher, pour leur manifestation, plusieurs organes.

^Geux qui ne croyaient pas que le cerveau fut un système particulier indépendant des autres systèmes nerveux , qui prenaient toute la masse des hémisphères pour un résultat du coneours de tous les nerfs du corps , comment auraient-ils pu attribuer d’autres fonctions au cervëau que celles propres aux nerfs ? Cette erreur était en harmonié avec l’ignorance complète d’une source intérieure de sensations,. d’idées', de penchans

128 STJR RES FONCTIONS

et de tâlens, et confirmait à merveille Taxiome dominant qui a toujours paralyse les reclierclies pliysiologiques sur le cerveau : que rien n’est dans rintellect qui n’ait été auparavant dans les sens.

L’on avait observé des hydrocéphales qui jouissaient de la presque totalité de leurs fonctions morales et intellectuelles j cependant on était persuadé que , dans ce cas, le cerveau était désorganisé, dissous, etc. Dèsdors comment ne pas croire que le cerveau ne contribuait én rien à l’exercice des fonctions de l’âme? Les fausses interprétations de certaines lésions du cerveau, des cerveaux soi-disant ossifiés, avec intégrité de l’intelligenée, des enfans doués de plusieurs facultés intellectuelles , et dont les crânes avaient été trouvés vides de perveau , etc. , confirmaient pleinement l’opinion déjà si accréditée par les philosophes.

En général, rhistoire nous montre que les connaissances anatomiques et physiologiques ont presque toujours été au niveau des connaissances philosophiques. Comme on ne connaissait que l’intelligence et la volonté , on ne cherchait dans l’homme et dans les animaux qu’une mesure pour l’idée abstraite intelligence , sans porter ses vues sur aucun instinct , aucun penchant, aucune faculté en particulier. L’on cher-

bu CERVEÂUi Iâ()

fcliait celte mesure dans îe volume absolu du cerveau; dans ses diverses proportions avec lé corps, avec les tierfs, avec îës autres parties cérébrales , avec la face 3 etc. 3 on la clierchait dans la ligne facial^ de Camper; et on négligea l’étude dès diverses parliés dü fcèrveau, comparées avec lès diversèS facultés de l’animal.

On décoüvrit,il est vrai, de bonne lieure plusieurs parties cérébraîés dé formes; dé Couleurs, de consistance et d’orgànisation différentes 3 tels que le pont de Ÿarolé, les grands pédoncuies, les soi - disant éoüclies optiques et corps striés , les corps quadrijunàeaüx , etc. , etG.3 et Ton était tenté de proclamer ces parties pour des organés différens; mais on découvrît en même temps queles mêmesparties se relroüvaién t dans tous les cerveaux des mammifères, ce qui fit soùlenir que les cerveaux des mammifères étaient composés de mêmes parties que le cerveau de Fespèee bumaine; par Conséquent, disait-on , il n’est pis permis de reconnaître ces diverses parties pour les Organes dès diverses qualités et facultés bumainèSi

D’un autre côté 3 on crût que lé cerveau de Certaines espèces d^ânimaux était privé de quelques parties des hémispbères, quoique ces mêmes animaux fussent doués des mêpaes qualités

in. 9

jSo sur les fonctions

qu’on attribuait à ces parties dans le cerveau de

riiomme.

Gomment se tirer de cet embarras? Les anatomistes et les physiologistes ne connaissaient pas encore les lois de l’organisme du système nerveux -, iis ne connaissaient pas la^destination de la substance grisâtre 3 rougeâtre, gélatineuse. On ne pouvait donc pas deviner que toutes ces diverses parties , que l’on trouve aussi bien dans le cerveau des mammifères que dans celui de Fliomme, ne sont que des appareils d’origine et de renforcement des filamens nerveux, dont les liémisphéres së composent, et dont les divers faisceaux ou départitions sont les véritables organes. Or, si les anatomistes avaient comparé les cerveaux des autres mammifères avec celui de riiomme , et les cèrveaux des mammifères entre eux, ils auraient trouvé qu’il s’en faut de beaucoup que tous ces cerveaux contiennent toutes les me mes parties , ou tous les mêmes organes. Ils auraient trouvé également, que le' manque des lobes postérieurs des hémisphères chez quelques èspèces de mammifères n’est qu’apparent , comme je le démontre en traitant de l’organe de ramour de la progéniture.

J’arrive enfin à l’obstacle qùi a le plus retardé la physiologie du cerveau, et que nos philoso»

'-Dtr CEl'VEAir. Ï^l

phes et nos physiologistes ne surmonteront pas encore de sitôt.

'^Au commencemëht du l^ratté sur la pluralité des organes cérébraux J t. lî, p. 35p^ etc., j’ai cité plusieurs' auteurs anciens et modernes qui avaient entrevu que les différentes forces morales et intellectuelles de l’ame devaient avoir chacune leur organe pârticuliér dans le cerveau .

J’ai derhandé comment, d’après cela, on pouvait concevoir qu’aucun anatomiste et aucun physiologiste n’eussent découvert ün seül de ces of ganés, ét que tous eussén t fini par désespérer de la possibilité de ce genre de découvertes. J’en âccûsais en meme temps les fausses philosophies, qui, depuis des inilliers d’années , se sont niaintenües et se maintiennent encore, dans nos écoles et dans les Ouvragées philosophiques.

Déjà , dans le premier tome , page 36 et suivantes , j’ai cité les diverses opinions des phiio« sophes sur les facultés de Fâme- Énfendemént, volonté, sensibilité, appétit, mouvement volontaire, intellect patient, întel!ecl ageiit, inteh iect spéculatif , intellect pratique j raison , raison- « nemept , imagination , liberté , pensée , sentiment , action , attention , comparaison , mémoire^ jugement , réflexion , souvenir , désir , préférence, voilà â-pèu-près les qualités et les facuh

lés que Ton supposait être les seules facultés de l’âme de riiomme. Les uns n’en adoptaient qu’une seule J par exemple, la sensibilité ou l’attention, comme faculté fondamentale et origine de toutes les autres. D’auti'es en admellaient deux, trois , sept, comme source ge'nérale des autres.

Quand il était question de supposer ou même de cberclier un organe, c’était pour une de ces seules facultés de ihomme qu’on le cherchait. On cherchait donc un organe pour la perception , la mémoire , le jugement, l’imagination, rentendement, la volonté, l’attention, et ainsi de suite.

Mais dans ces recherches , personne ne consultait rexpérienccf perj^^onne n’observait la différence des cerveaux en comparaison avec la différence du caractère moral ou intellectuel de rindividuj personne ne tirait partie de l’analomie et de là physiologie comparées j personne n’eut l’idée de faire une collection instructive de crânes d’hommes et d’animaux l’emarquables par l’énergie d’une qualité ou d’une faculté quelconque. Chacun laissait un libre essor à son imagination. C’étaient la glande pinéale, le corps calleux, les cavités des hémisphères, etc., qui présidaient tour-à-tourà telle ou telle faculté. Ce que l’un bâtissait, l’autre le démolissait, puisque ni l’un ni l’autre ne pouvaientappujerleursuppo-

DU CERVEAU., l33

sitioil sur des faits constans et suffisamment multipliés.

En effet, il fut, et il sera toujours impossible dé découvrir un organe pour aucune des facultés que je viens de nommér. Au lieu d’étre des facultés radicales, fondamentales, primitives, elles ne sont que des abstractions, des généralités , des attributs généraux des véritables forces fondamentales. Je m’explique : la faculté des rapports de l’espace et la faculté des rapports des tons sont deux talens particuliers, deux facultés primitives , fondamentales. Or , dans la faculté des rapports de l’espace, il y a perception, puisqu’il faut d’abord percevoir ces rapports ; il y a attention , sans quoi ces rapports ne fixeraient aucunement l’individu^ îl J a souvenir et mémoire, autrement aucun animal ne retrouverait l’endroit de son séjour^ il y n comparaison et jugement, autrement l’individu confondrait un lieu avec l’autre; et le paysagiste, qui combine ou qui invente des sites, doit en avoir lïmagination. De même le musicien, ne serait pas musicien, Surtout pas musicien compositeur , s’il ne percevait pas les rapports de tons , s’il n’en avait ni le souvenir ni la mémoire, s’il n’en jugeait pas les rapports ou ta mélodie et l’harmonie; s’il n’avait pas l’imagination pour en inventer de nouvelles combinaisons.

î34 sur UES FONCTIONS

Ainsi, l’attention , la perception , le souvenir , la mémoire, le jugement, rimagination , ne sont autre chose que les divers modes d’exercice d’une faculté fondamentale quelconque. Ils sont essentiels à cliacuné de ces facullæ quand elles' sont graduées jusqu’à la puissance dé créer, jusqu’à ce que l’on appelle gérem. Quand elles sont faibles, il y a un faible degré d attention, de perception , de mémoire ' un jugement défectueux, et point d’imagination.

Ceci explique comment l’on peut avoir une forte attention, une perception Ires facile, une mémoire tenace, un jugement extrêmement juste, une imagination inventive et brillante dans un certain la|ent, et être presque imbécile dans un autre.

Il en est ainsi de tous les talens, de toutes les facultés. La perception, l’attention , le souvenir, la mémoire, le jugement, l’imagination, l’in-, teîlect , l’intelligence , la pensée , la compa-^ raison, lajéflexion, la préférence, l’entendement, ne sont donc pas des forces existantes par eljes-mêmes. Elles sont nécessairement attachées à un objet, à un talent déterminé, et n’en sont que des attributs. Mais les, philosophes ont toujours négligé le talent ou l’objet particulier déterminé, ou, en d’autres mots, ils ont fait abstraction de la faculté fondamentale, et se sont arrê-

DU CERVEAU. î35

tés Sur les attributs généraux, sur les généralités, sur. leurs abstractions. .

Cette manière de procéder est la plus commode et là plus naturelle à Vesprit humain. Lès enfans commencent toujours , avant de saisir la différence des objet? particuliers ^ par en saisir les propriétés générales. Ils connaissent l’enfânt avant qu’ils ne connaissent le veau, le poulain , . le cànneton, le poussin , etc. Ils connaissent le chien avant de connaître le levrier, le, carlin , le buldog, le basset. Tout le monde connaît l’oiseau, sans penser à la différence de la fauvette d’avec le rossignol, du pinçon d’avec le verdier. .

Mais , dans la nature, ces abstractions, ces généralités, ces attributs généraux n’ont point de réalité, point d’existence propre. L’étendue et la pesanteur sont des attributs généraux j mais ces deux attributs généraux n’existent que dans l’abstraction , dans la pensée. Dans la nature , l’étendue et la pesanteur sont inséparables d’un corps déterminé. Ce sdnt ces corps que le véritable naturaliste cîierche à connaître , sachant très bien que nulle part il ne pourra trouver l’étendue. et la pesanteur dans une existence isolée.

Maintenant toutlecteur comprendra pourquoi les philosophes et leurs imitateurs, les anatomistes et les physiologistes , n’ont jamais pu décoti-

l36 SUR UES FQISCTIONS

vrir aucun organe, ni aucun signe extérieur pour les facultés de l’ame telles qu^elles étaient adop-tées et qu’elles le sonf encore dans toutes les écoles de philosapliie.

Lf’on a commis la meme faute, lorsqu’on a considéré cèmme desclioses positives, l'instinct , les affections, les passions; ce sont encore autant de notions abstraites, générales ..L’instinct n’est pas un\ üy a un instinct de propagation , un instinct de l’amour de la progéniture , un instinct de construire , un instinct de voyager , etc- Ce sont çes instincts particuliers qui déterniineut la na-s tare particulière de l’individu, qui ont une existence propre; ce sont donc aussi seulement ces Instincts qui ont leurs organes propres et qu’il est possible de découvrir.

Les passions encore ne. sont rien j çonsidérées abstractiyement elles sont ractivité très éuergique des penebaus et des talens. Il y a passion dans le peucliant à la propagation , comme il y a passion dens le. talent, de la musique. Comment alors trouver uuqrgane qui serait aidecté à toù'r tes les, passions } eux passions ?

Les affections sont tout simplement des mor dificatious des. divers organes, La douleur et le plaisir, la joie, la frayeur, le chagrin , la pudeur, la peur, la colère, je désespoir , rattendrissen^ent^ çiç.j ont lieu quand certains organes

DU CERVEA.U.

août affectés d’une manière paFticulière. Par conséquent il ne peut pas y avoir un organe, un siège propre des affections. Il n’existe des organes que pour les pendians et pour les talens qui peuvent être affectés de mille manières, ou dont l’açliyité peut s’acerp|tre jusqu’à la passion»

Quand j’aurai exposé les qualités et les facultés fondaineptales que je suis parvenu à connaître jusqu!à présent, je pourrai présenter la véritable pliilosopbie de Tbomnie dans toute son évidence» Çe que je yiens de dire suffira en attendant pour conyaincre le lecteur des défectuosités de la pbilosQpliie de nos métapbysiçieDs , et il cou-’ clura avec pioi que ce sont leurs chimériques doctrines qui ont le plus entravé les progrès de la haute physiologie, ou l’étude de l’honime mo-s rai et intellectuel.

Que l’on se figure, d’après toutes ces difficub lés, jusqu’à quel point l’on doit s’attendre, de la part des anatomistes , des physiologistes et des métaphysiciens de profession, à un jugement exact sur mes découverles. Dans le nombre de ceux qui sont dans une position convenable, pour vérifier et pour multiplier suffisamment les expériences, combien peu s’en trouve-t-il qui soient doués tput-àda*feis dégoût pour l’élude de la nature et d’un esprit physiologique! Qu’ils sont rares aussi les hommes d’un certain âge.

l38 SÜK LES FONCTIONS

qui par la culture non interrompue de la science , ont conservé assez de flexibilité pour abandonner de vieilles erreurs et accueillir des vérités nouvelles l . ^

Comptons encore, parmi ces obstacles, la considération dont jouissent les professeurs, qui dédaignant les soi-disant nouvelles découvertes, plongent leurs disciples, avec un ton tranchant et décisif, dans une sécurité et dans une indolence pernicieuses; les prétentions et les dé^ cisions plus despotiques encore des sociétés savantes et des académies qui, tout en se moquant, avec Boileau , des arrêts pour le maintien des doctrines d’Aristote , préparent à leurs successeurs le même spectacle.

L’on voit combien il fallait, aplanir, de difficultés, avant que je n’eusse pu déterminer une seule qualité ou faculté fondamentale. Heureusement que ces obstacles se sont présentés un à un. Tant qu’une qualité ou une faculté, ou bien son organe, n’était pas découvert, je n’avais janaais d’avance la moindre présomption ni de ce que je finirais par trouver, ni du lieu où je découvrirais l’organe. Abandonné tout entier à la nature, il me fallait un nombre considérable de feits frappans, pour me faire naître un léger pressentiment , et encore un bien plus grapd nombre pour me mettre sur la voie. Combien

DU CERVEAU. iSq

de fois ai-je été obligé de rejeter, après des années, ce qui m’avait paru bien établi! Combien de fois ai-je été tenté de renoncer à toutes mes Tecbercbes , et de consentir à ce que soutenaient mes devanciers , qi|.’il est impossible de découvrir les traces des opérations de l’ame !

Cependant les observations sans nombre que j’avais faites depuis mon enfance sur l’homme dans le commerce de mes frères et sœurs, de mes camarades et de mes condisciples , et celles que j’avais faites sur les animaux de toute espèce , me réveillèrent de mon découragement» Enfin la force des faits devint assez pressante pour me convaincre de la réalité dp rtion but et de la possibilité dè Falleindre.

C’est ainsi qu’à force d’accumuler des faits la lumière vint m’éclairer peu à peu. Je découvris tantôt une qualité ou une faculté fondamentale , tantôt une autre, tantôt un organe, et tantôt un autre ; et à mesure que ces découvertes se multiplièrent et se confirmèrent, les préjugés , les erreurs scolastiques et les eraintes se dissipèrent.

Comme un si grand nombre de naturalistes et de physiologistes doutent encore de la possi-r bilité de découvrir les fonctions de diverses parties du cerveau, nous allons discuter les moyens qu’on a cru pouvoir employ er jusqu'’4

SUR IxES FOKCTIONS

^présent , et ceux que J’ai employés avec le plus grand succès.

Des moyens pour découvrir des îonctioss des

DIVERSES PARTIES DU CERVEAU, OU DE DÉTER¬ MINER LES QUALITÉS ET LES FACULTÉS FONDA-^ mentales ET LE SIÈGE DÉ LEURS ORGANES.

I)e t Anatomie considérée comme moyen de découvrir les Jonctions des diverses parties du eei'veau.

Je traiterai ici de l’anatomie du cerveau sous quatre points de vue différons ; de ranafomie du cerveau comme simple dissection ou examen de la conformation du cerveau j de l’anatomie physiologique et pathologique du cerveau; et de Tanatomie comparée du cerveau. La première a dû nécessairement être aussi stérile sous le rapport de la découverte des fonctions cérébrales , que les trois autres auraient pu devenir fécondes. Mais jusqu’à présent la physiologie du cerveau n’a reçu aucun avantage de l’anatomie , sous quelque rapport que ce soit, par la seule raison qu’on n’avait pas encore la moindre idée de la nature des fonctions du cerveau, c’est-àdire , pas la moindre idée des qualités et des

bÜ CEÏIVEAÜ. 141

facultés fondamentales auxquelles les diverses parties du cerveau sont alfectées.

De la simple dissection du cerveau comme moyen de déterminer les forces fondamen-^ taies y morales et intellectuelles , et de décou^ çrir le siège de leurs organes.

Il n^est que peu de cas où là structure des parties, par exemple celle des os, des ligaméns, fasse entrevoir à l’anâtomîste les fonctions qui ‘en dépendent J et quand cela arrive, ses idées ne sont jamais que conjecturales. Avant d’avoir vu le mouvement produit par les muscles, leur forme ne vous faisait point deviner leur irritabilité, ni leur contractibilité j la dissection de festomac, du foie, des reins, n’a pas appris les fonctions de ces viscères. A quoi vous conduirait la connaissance de la structure de l’œil et de i’oreille, si l’expérience ne nous avait pas fait connaître leur usage? La perspicacité la plus profonde eût elle jamais attribué l’odorat à la méknbrane pituitaire des narines, et le goût aux papilles nerveuses de la langue , puis qu’au jour d’iiui même les anatomistes se disputent encore sur le nerf auquel il faut rattaclier la faculté gustative? L’on a, pendant des siècles, confondu les tendons et les ligaméns avec les nerfsf et l’or-

l42 SUR LES FONCTIONS

ganisation du coeur a si peu conduit les anatomistes à la connaissance de ses fonctions, que jusqu’à Harvey j les artères ont été considérées comme des tubes conducteurs de Tair.

Il était encore infiniment plus difficile de découvrir les fonctions ’àés parties cérébrales leur simple dissection. Il n’y a dans le cerveau ni muscles, ni leviers à mouvoir j il n’ÿ a point de canaux excréteurs, point d’appareils extérieurs , point d’extension, point de relacbement, point d’ébranlement ou d’oscillation de fibres, point de réfraction de rayons lumineux, point devi- , bration d’air, point de liquide en mouvement. Les fonctions des nerfs et du cerveau diffèrent essentiellement de toute autre fonction de parties organisées 5 elles sont d’unémature propre, soustraite à jamais et à nos sens et à notre imagination» Quoique très variées et très différentes entre elles, à peine pou rrait-on concevoir la possibilité de quelque différence dans la structure intime de ces fibres innombrables, ét par conséquent celle d’r^e différence dans leurs fonctions, si l’on ne réfléclîissait pas que des milliards de fibres, entre iesqueïles On ne remarque aucune différence, dans les animaux et dans les végétaux, ont néanmoins entre elles une différence évidemment prouvée par la diversité de leurs effets. Dans quelque région que l’on examine les deux

DIT CERVEAU. , l43

substances qui constituent le cerveau , à peine peut-on apercevoir une différence entre elles, soit pour leur structure , soit pourla composition cliimique. Les fibrilles nerveuses sont , il est vrai , tantôt plus ou moins fermes j tantôt plus pu moins blanches, tantôt plus ou moins longues; elles se dirigent tantôt dans un sens, et tantôt dans un autre; les circonvolutions des hémisphères sont plus étroites, plus larges, conloUïnées, serpentées, etc. Quelle induction l’anatomiste tirerait-il de tout cela?

Il est donc démontré que la connaissance des parties et de leur forme , de leur direction, de leur consistance , dé leur couleur ,'^etc. , ne conduit jamais à la connaissance de leurs fonctions. Presque toujours la connaissance des fonctions a précédé celle des parties. Il n’a pas fallu connaître la structure de l’œil, ni toute la manière d’étre du nerf optique, -pour savoir que c’était là l’organe de la vue. On a meme été long-temps sans croire les nerfs nécessaires aux fonctions des sens, parce que l’on croyait que lés vaisseaux sanguins portaient les impressions jusqu’au cœur, siège présumé de l’âme.

C’est aussi sans le secours d’aucune direction anatomique que j’ai fait toutes mes découvertes physiologiques ; et ces découvertes auraient pu subsister pendant des siècles, sans qu’on en sai-

î44 suft xis lôNC-XIdNS

sît la coneôrdancé avec rbrganisatioii du cerveau.

Tonies lés fois qu’oii a fait marcîier là prétendue connaissance de l’organisa tiôn a vant celle des fonctions , celles-ci n’ônt été que conjecturales , et portaient toujours remprêinté des préjugés du siècle. G’est ainsi qu’on avait fait du ccêur lé siège du courage j dé l’ainour, de la sympatliie^ de la cruauté^ le foie était le Siège de la colère et de ramôür physique j c’est ainsi qu’encOré aujourd’hui on fait naître îfô facultés ïntèllectuelles et morales du mélange des hitttièurs OU des tèmpéramensj qu’on fait naître léS pettchans et les passions dans le bas-ventré ou dans le plexus solaire. Si l’anatomie était uU guidé sûr pour fixer l’usagé des diverses parties j, Willis aüraitil fait sécréter les esprits vitaux > pour le inouve-r ment, dans le cervelet? Oalien aürait-il attaché f organe de rodorat au^ cavités anlérieùrès du cerveau? L’âme, alternativement délogée de la glandé pinéâlè, du corps calleux, de la protuhéÿ'ance annulaire^ etc*, a ürait-ellé été replacée par Sôemmerring dans là vapeur des cavités des hémisphères, et par Ackermann dans la substance médullaire qui enduit l’intérieur des memes cavité^? Aurait-on placé la fnénioire tantôt dans la substance grise, tantôt dans les lobes postérieurs des hémisphères j le jugement tan-

Dü CERVEAU. 14^

îôt dans la substance fibreuse des bémisplïères j tantôt dans leurs cavités? Voilà une des sources des erreurs deDescartês, d’Albert-le-Grahd, dé Servetto, d’Auranti, de Van-Helmont, de Lancisi, etc.

L’on devait au rnoins s'attendre , Comiiae je l’ai déjà dit ailleurs, (jue les anatomistes , en voyant ia grande diversité des parties cérébrales, aU' raient été les premiers à en déduire la diversité > et par. conséquent la pluralité dès Organes des forces de Tâme. Mais encore de nos jours on ne peut, pas plus que Vicq^d’Azyr> se persuader de la pluralité des organes cérébraüx, preuve bien frappante combien peu la simple connaissance d’une structure mécanique est capable d’éclairer lé physiologiste.

G’est plutôt en s’attachant àüX pîiénômènes pliysiologiqués qu’on parvient à se faire Une idée plus juste sur lé cerveau. Aussi m’â-t-il fallu recueillir un grand nombre de faits physiologiques et pathologiques ^ avant de parvenir à quelque induction raisonnable sur les lois dé son organisation. Âe dois presque toùlés mes découvertes anatomiqufe à mes conceptions physiologiques et pathologiques ; et cen’eistque d’après celles-ci que j’ai pu me convaincre dé la concor-^ dance parfaite des pliénomènes moraux et intéL lectuels avec les conditions matérielles de leur

IIÎ^ ÏO

manifestation. L’on, voit donc de plus en plus que ce sont des suggestions mensongères de ceux de mes adversaires qui, sous prétexte que j’aurais arbitrairement interprété mes découvertes anatomiques, voudraient rendre suspectes mes découvertes physiologiques sur les fonctions des parties cérébrales.

De V anatomie du cerveau^ dans ses applications physiologiques^ comme moyen de découvrir les forces fondamentales deVâme et le siège de leurs organes.

Sans doute Tahatomie du cerveau aurait dû donner aux anatomistes et aux physiologistes la première impulsion pour méditer sur la signification de son organisation^ de sa concordance avec les formes de la tête, et des modifications du développement de ses diverses parties , si jamais on n’y avait apporté d’autres vues que des vues purement mécaniques.

L’organisation du cerveau, quoiqu’analogue à celle des autres systèmes nerveux, est graduée cependant à un degré si merveilleux, si perfectionnée, qu’elle aurait dû faire deviner sa haute destination. Mais quelles sont ordinairement les connaissances préparatoires de ceux qui se vouent à

ranatomie? Pour être grand anatomiste, on n’exige que beaucoup de patience, de bous instrumens, de bons yeux, de l’adresse des mains. ‘ Jamais on n’a songé que des études philosophiques, physiques, d’histoire naturelle, pussent étreregardées comme indispensables, au moins comme utiles à un anatomiste. Et quand même les découpeurs du cerveau auraient été imbus de la philosophie de Gondillac,de Locke, etc., ils auraient eu une raison de plus de rester toujoursétrangers à toute idée de son usage. L’âme, toujours considérée par les philosophes comme n’ayant aucun rapport avec le corps j toutes les forces morales et intellectaelles ayant été dérivées des impressions sur les cinq sens, un organe pour toutes ces fonctions devenait superflu.

La division du cerveau en deux hémisphères, en plusieurs lobes, en plusieurs autres parties très distinctes par leur forme; leur direction , leur consistance , leur couleur , et la distribution si variée, quoique constante, de ses deux substances , auraient du faire naître aux anatomistes le soupçon que toutes ces variations pourraient bien être destinées à des fonctions difiEerentes ; d’autant plus que la division des autres systèmes nerveux, en deux moitiés égales, leurs sousdivisions en nerfs particuliers , et leurs usages varies et différens , leur offraient une analogie

stJR LES FOiSCtlONS

frappante. Mais très peu de physiologistes en ont manifeste un pressentimenti Chez la plupart, cette lumière si claire a encore été étouffée par les idées ténébreuses des métaphysiciens. La spiritualité de l’âme , qui nécessitait, d’après leurs conceptions, un siège simple-, un point unique , ùn centre du sens commun, etc., ont fait perdre tout le fruit qu’on aurait pu recueillir de ces antécédens si riches en application.

On aurait pu observer qüe les fibrilles du cerveau sè montrent plus tard aussi distinctement que les fibrilles des autres systèmes nerveux dont les fonctions s’exercent plus tôt j que de même que les diverses sous-divisions des nerfs, des viscères, de la moelle épinière et des sens ne se dévéloppent passimultanément,demêDie les diverses parties du cerveau ne se développent pas non plus simultanément j quOj par conséquent, de même que les fonctions des autres systèmes nerveux et deleurs sousdivisions sont destinées à des fonctions différentes qui se succèdent les unes aux autres, de même lé Cerveau él ses sous-divisions doivent être destinés également à des fonctions différentes qui se succèdent aussi les unes aux autres j on aurait pu observer que dans les enfens nouveautés les parties from taies du cerveausont beaucoup moins développées que les lobes moyens latéraux , et qu’à l’agè de quatre mois jusqu’à dix et douze ans j que le cer*

BU CERVEAU. ï49

velet ne s© développe ordinairement que très lentement, vers Vâge dé la puberté ; que toute la masse cérébrale diminue vers la vieillesse, mais que celte diminution ne frappe pas toutes les parties du cerveau dans le ménie temps; on aurait pu observer que, dans Fliômme , certaines parties sont ordinairement plus développées que dans la femme; que dVutres parties, au comtraire, sont plus développées dans la femme que dans l^omme; que le volume est très dif£'é-^î rent dans les différons individus; que les bémi-» sphères offrent dans les divers individus , tantôt des GirconvoluliOns petites , rétrécies , tantôt larges et bombées ; tantôt larges et bombées dans telle partie du cerveau, et petites et ré-s trécîes dans une autre partie. On aurait pu remarquer que les tétés des individus différens ont des formes très variées , et que ces variations correspondeutavec les variations de la forme du cerveau ; que les tètes, et par conséquent les cer-veaux des diverses nations, présentent des formes très différentes , etc. , etc.

Toutes ces circonstances n’âurâient-relles pas du réveiller l’attention des anatomisles? n’auraient-elles pas dû. piquer leur curiosité sur la signification de toutes ces. diverses parties, du cerveau? n’auraient-ils pas dû mettre en regard de çes fiiits anatomiques les pbénomènes pliy-

l5o SUR LES FONCTIONS

siologiques ? l’inactivité de rintelligence de l’enfant nouveau-né , et son grand besoin de nourriture et de sommeil j l’activité naissante des facultés des enfans , surtout l’esprit d’observation et d’abstraction j l’apparition successive de l’instinct de lamour physique vers l’âge de puberté ; la vigueur successivement décroissante et non simultanée de nos facultés morales et intellectuèlles J la différence dessentimens, des pencbans et de l’intelligence de l’homme et de la femme ; la différence du ea^^ râctère moral et intellectuel de divers individus J la différente énergie de certains penchans et de certaines facultés dans le même individu j la différence du caractère national, etc?

Mais rien de tout cela n’a eu lieu. A présent seulement que les forces fondamentales et leurs localisations ont été déterminées par l'empirisme, toutes ces circonstanees ont été relevées dans le cerveau, et servent admirablement à confirmer les découvertes physiologiques, et à démontrer leur lîarmonie avec l’organisation cérébrale. ■

DU CERVEàü.

De V anatomie et de la physiologie pathologiques du cerveau, comme moyens de décou^ vrir les forces fondamentales de V âme et le siège de leurs organes.

L’anatomie et la physiologie pathologiques dii cerveau, bien loin de mettre les anatomistes ou les physiologistes sur la voie d’une qualité ou d’une faculté fondamentale et du siège de leur organe , n’ont pas même suffi pour les convaincre que le cerveau est exclusivement l’organe général des qualités morales et des facultés mteïlectuelles. L’on s’était même emparé des lésions et des maladies du cerveau pour soutenir qu’avec des alte^ rations très considérables du cerveau toutes les facultés de l’âme peuvent subsister et s’exercer dans leur intégrité. Il m’a fallu entrer dans une longue discussion, t. II, p. 182 et suiv., pour réfuter les prétendues observations qu’on cite à l’appui de cette erreur.

J’ai dû montrer que jusqu’à mes découvertes anatomiques et physiologiques on n’avait pas les connaissances nécessaires pour déterminer avec exactitude les vices, les lésions et les maladies du cerveau, ni pour bien juger l’influence que les lésions et les maladies dû cerveau exercent sur les qualités morales et les facultés intellectuelles^

arSa sur les fonctions

Quant aux aliénations mentales, à la démence,, à ridiotismeji aux folies soit universelles, soit partielles , j’étais encore obligé de combattre les premières autorités , MM. Pinel , Esquirol , Fédéré, etc., pour établir que toutes les maladies mentales ont toujours leur siège immédiat dans le cerveau.

Qn élait si peu éclairé par les faits pathologiques observés dans le cerveau, quMn osait encore soutenir qu’il existait des cas où un hémisphère du cerveau, même le cerveau tout entier, avaient été anéantis; où l’on n’avait pas trouvé de cerveau du tout; où le cerveau avait été dissous ou désorganisé par de l’eau amassée dans lecrâne ; où le cerveau avait été ossifié sans que l’exercice des facultés mentales cessât d’avoir lieu.

Ne se serait?on pas attendu que les: médecins qui sont le. plus â niême d’observer et d’étudier les aliéuations mentales et de faire les autopsies cadavériques dés aliénés, eussent les premiers, non-seulement trouvé le siège immédiat de ces maladies; et les preuves les plus çonvaincantés de la pluralité, des organes , mais aussi les qualités et les .facultés fondamenlales. Ils vous présentent des cas nombreux où des personnes qui décelaient une exaltation involontaire sous quelque rapport, c’esNà-dire qui étaient sur le bord de la folie, en ont été préservées en se livrant à des occupa-

DU CERVEAtr.

tions étrangères à l’objet qui avait pris trop d’ascendant sur elles ^ N’auraient-ils pas dû inférer de-là , avec Bonnet , qu’en agissant ainsi ils font reposer certaines parties cérébrales , tandis qu’en même temps ils mettent d’autres parties en activité? Ils voient tous les jours des cas où certaines qualités, certaines facultés sont lésées, tandis que d’autres qualités, d’autres facultés sont intactes ; des cas où les malades sont raisonnables QU déraisonnables sur un seul point. Ils vous offrent des exemples d’une aliénation rair sonnante , puisque ceux qui en sont atteints sentent et Combinent, sous tout autre rapport,' Gomme des personnes raisonnables. Ils vous parlent de cas où les qualités affectives sont singulièrement troublées , tandis que les facultés intellectaelles sont dans un calrue parfait , et vice-~ versa. Ils ont même tous les jours sous leurs yeux des imbéciles , qui ne le sont que sous quelques rapports, et qui sous d’autres rapports montrent une intelligence quelquefois étonnante. Tous les jours ils soignent des fous cbez qui tantôt l’amour physique , tantôt une rage meurtrière , tantôt la passion de dérober, tantôt la fierté, tantôt le fanatisme religieux, etc., étouffent toute autre idée , tout autre sentiment.

N auraient-ils pas dû mettre à profit de sem-

l54 SUR XES FONCTIONS

blables faits si prononcés , et saisir avec avidité ce que la nature leur présentait si souvent? Mais non J les/erreurs philosophiques les tenaient captifs malgré les démonstrations de la nature les plus opposées 4 leur prévention.

L’esprit observateur de M. Pinel avait été forcé d’entrevoir la fausseté des doctrines de Locke et de Gondillac. Non content de trouver insuffisante la division des facultés de l’âme en qualités affectives et en facultés intellectuelles, il dit expressément que les différentes altérations que subissent tantôt les facultés morales , tantôt les facultés intellectuelles, revêtent des formes téllement variées que les subdivisions de deux divisions principales sont aussi disparates , aussi tranchées entre elles que les divisions principales elles-mêmes. Le voilà donc prêt à secouer les chaînes de la métaphysique ! et an même moment, lui et son digne et respectable élève M. Esquifol , plient sous son joug , et prétendent avoir observé, avec intégrité des autres fonctions de l’âme, des lésions partielles de la sensibihlé physique , de la perception , de l’attention, de la mémoire, ou du principe de l’association des idées, du jugement, de rimaginatipn. Le lecteur se rappellera que j’ai prouvé, t. II, p. 474 et suiv., r[ue dans aucun des cas cités par MM. Pinel ét

Dt! CERVEAU.

Esquirol, il n’y a eu qu’un seul de ces attributs communs de lésé , tandis queles autres auraient subsisté sans altération.

Nous voyons donc avec un triste étonnement que ni l’anatomie pathologique, ni la pathologie du cerveau , n’ont en rien contribué à découvrir les véritables forces fondamentales de l’âme , et dès-lors comment concevoir l’idée d’organes particuliers et de leurs sièges particuliers dans le cerveau ?

Des mutilations du cerveau y comme moyen, de déterminer lés qualités et les facultés fondamentales et le siège de leurs organes.

C’est une observation constante, que pour découvrir les fonctions des diverses parties du corps, les anatomistes et les physiologistes ont toujours été plutôt disposés à employer dés moyens manuels que. d’accumuler un grand nombre de faits physiologiques et pathologiques j de^ combiner ces faits , de les réitérer ou d’en attendre la répétition en cas de besoin, d’en tirer lentement et successivement des conséquences, et de n’annoncer qu’avec unesage réserve leurs découvertes. Cette méthode , à présent favorite de nos investigateurs physiologistes, frappe par sa matérialité.

l56 SUR LES FONCTIONS

et elle gagne l’approbation de la plupart des. bommes par sa promptitude et par ses résultats apparens.

Mais on a aussi constamment observé que ce qui paraît avoir été prouvé comme incontestable par le mutilateur A , ou ne réussit pas au mutilateur B , ou que celui-ci a justement trouvé, dans les mêmes expériences , toutes les preuves pour réfuter les conclusions de son prédécesseur. Il n’est même que trop notoire que dépareilles expérimentations violentes sont devenues le scan-. dale des académiciens qui, déduits par l’attrait d’opérations ingénieuses , on t applaudi avec autant d’entbousiasme que dé légèreté aux préten-! dues glorieuses découvertes de leurs candidats.

Aü surplus, ces expériences cruelles , quand ellessont faîtes sur des animaux d’un ordre assez inférieur, ne sont presque jamais concluantes pour l^omme. Dans les poules, les pigeons les lapins , les eocbons d’Inde > et: même dans les. animaux nouveau -nés d’un ordre supérieur, toute la vie animale rfest pas encore, à beaucoup près, sous la domination du cerveau. Je veux bien accorder que l’on puisse obtenir quelques résultats, le plus souvent cependant extrêmement douteux, pour les pliénomènes de l’irritabilité , de la sensibililé , pour les fonctions des viscères, pour celles du mouvement volontaire,,.

DU CERVÈA-tJ.

de la respiration , etc.; mais jamais je n’accorderai aux physiologistes que les lésions et les mutilations du cerveau , opérées à dessein, ou accidentelles, soient un moyen, le seul moyen dé nous faire connaître les fonctions de ses parties intégrantes.

Pour que des expériences de ce genre pussent répandre de la lumière sur les fonctions de chacune des parties cérébrales , il faudrait le concours de plusieurs conditions impossibles à remplir. Il faudrait d’abord quePon pût restreindre tout l’effet de la lésion à la seule partie sur ia-^ quelle porte l’expérience 5 car si la commotion, l’hémorragie , l’inflammation , etc., affectent d’autres parties encore, que pourra-t-on conclure? et comment empêcher ces inconvéniens dans une mutilation soit artificielle , soit accidentelle?

Pour être sûr qu’on a entièrement détruit uû organe, il fondrait qu’on connût d’avance, avec exactitude, toute son étendue et toutes ses origines. Mais qui, jusqu’à nos découvertes , a eu la plus légère connaissance de la direction des divers faisceaux nerveux qui forment les circonvO'» lutions ? Qui a eu la moindre idée de différentes origines de ces faisceaux et des points multipliés de leur renforcement? On est habitué ;à faire des coupes horizontales; mais jamais par ces

l58 SUR LES FONCTIONS

coupes on ne pourra enlever un organe tout entier; car, excepté dans les Iiydrocéphaîes complètes, les fibrilles nerveuses des circonvolutions ne sont pas épanouies dans un plan horizontal; elles plongent au contraire ou diagonalement, ou perpendiculairement, ou en biaisant, vers leurs appareils de renfort et vers leurs premières origines. Ainsi comment détruire un organe quelconque sans léser aussi ceux qui l’avoisinent, sans pénétrer jusqu’au fond du cerveau , et sans causer la mort de l’ànimal?

Il faudrait pouvoir faire qu’un animal dont on a blessé et mutilé le cerveau; qudn animal qui est dans les craintes et dans les souffrances, fût encore disposé à manifester les instincts, lés penchans , les facultés dont les organes n’auraient pas été lésés ou détruits. Or, la captivité seule suffit pour réduire au silence tous les instincts de la plupart des animaux. L’éléphant ne songe plus à s’accoupler ; le rossignol , au milieu même de ses amours , interrompt ses chants.

Il faudrait qu’on fût le maître, en lésant ou en détruisant une partie cérébrale, de troubler uniquement les fonctions de cette par¬

tie, c’est-à-dire, l’instinct, le penchant, la faculté qui en dépend i et de n’entraver nullement les fonctions du cerveau; car lors-

qu’après une commotion , un coup de taille ou de pointe, une incision, etc., il survient une inflammation, un étourdissement, une paralysie , du vertige, du délire, de la manie, de la démence, des corivulsions , comment, avec ce dérangement des fonctions du cerveau,

\&s îondû.oxis animales d’une de ces parties pourront-elles encore se manifester?

Dans de semblables expériences violentes, il faudrait détruire le même organe aussi complètement dans l’un des hémisphères que dans l’autre. Mais jusqu’ici aucun des physiologistes qui ont entrepris ces mutilations, n^'a eu égard à la circonstance que tous- les organes du cerveau sont pairs J que chaque hémisphère en contient un congénère à celui de l’autre hémisphère.

Enfin, et avant tout , il aurait fallu savoir ce que l’on peut trouver et ce que l’on doit chercher dans le cerveau. Il aurait donc fallu que les mulilateufs fussent dépouillés de tout préjugé métaphysique J qu’ils eussent üne connaissance détaillée des forces foùdamentales ; où est lé physiologiste , l’anatomiste qui ait pu suivre cette direction, et qui n’ait voulu trouver des généralités et des abstractions ?

Ces remarques suffisent pour prouver que les mutilations , qu’en dernier lieu Sir E. Home a proposée^ d’uii ton à faire croire qu’elles étaient

iGo SUR LES FONCTIONS

de son invention , et que Ton prône toujours de nouveau, nepourront jamais conduire àia découverte de la fonction spéciale d’une partie du cerveau quelconque. Que penser alors de ces prétendus savans , qui protestent avec mépris contre les preuves de tout genre que je donne de telle bu telle qualité Ou faculté fondamentale et du siège de son organe , par la raison , selon eux extrêmement plausible, que ces preuves ne sont pas fondées sur de semblables mutilations et sur les dérangemens qui en seraient résultés ?

Je ne tarderai pas à démontrer qu’il existe dans les différentes espèces d’animaux des mutilations naturelles du cerveau , selon que ces animaux s’éloignent plus ou moins de l’iiomme, et nous verrons quels précieux avantages le naturaliste peut retirer de la comparaison de ces fragmens du cerveau humain*

L* anatomie ét la physiologie eomparées pou^ vaient-elles jusqu à présent servir de moyen pour découvrir les forces màrales et intellectuelles fondamentales et le siège de leurs organes ?

Quand on a soutenu que, l’homme avait le cerveau le plus volumineux , et que c’était là la

uause de sa supériorité sur les autres animaux | quand on a soutenu que les angles de la ligne faciale de Camper indiquaient le degré deTintelligunce des hommes et des animaux, on a fait usage de l’anatomie et de la physiologie comparées du cerveau. J’ai prouvé la nullité de ces deux moyens T. II , p. 281 , 284^ Soi . Il y avait bien quelques auteurs, tels que Hërder , Bonnet, George-le-Roi , etc. , qui avaient entrevu l’utilité de pareils rapprochemeiis ; mais ces rapprochemens n’ont pas été mis en pratique , et ils ne pourraient pas encore l’être avec le plus médiocre succès.

D’après les principes des philosophes, l’on opposait à rentendement et à la volonté d^ riiomme l’instinct des animaux. L’instinct comme une force personnifiée, était regardé comme le vicaire de l’âme, de rentendement et de la volonté personnifiés égalèment. Comme tous les penchans , tous les sentimens , tous les talens étaient réputés être des modifications de l’activité de l’âme, de même toutes les aptitudes industrielles des animaux, tous leurs penchans, toutes leurs impulsions intérieures étaient des opérations modifiées de l’instinct. Chez l’homme et chez les animaux on s’arrêtait à ces généralités î on niait tous les rapports réciproques ; on établissait, une ligne de démarcation complète

. in. Il

i631 sur les fonctions

entre riiomme et ranimai, et Fon ne pouvait plus tolérer aucun rapproeliement de l’un à l’autre. Croire que les animaux partageaient certains penchans et certaines Acuités avec nous , était une hérésie. Leurs .divers instincts n’étaient pas plus spécifiés, discernés les uns des autres que ne l’étaient les qualités et lès facultés^ de l’homme. C’était du matérialisme que de trouver quelque analogie entre le pencliant à la propagation de l’homme, entre l’amour pour ses enfans, entre la mémoire locale, etc., et l’instinct de la propagation, de l’amour des petits et de la mémoire locale des animaux. C’est parce que l’homme v&vt y qn’il tue , qu’il défend sa propriété , qu’il construit, qu’il chante,* c’est par instinct que l’animal tue, qu’il défend sa propriété, qu’il construit, qu’il chante, qu’il voyage, etc. ; il s’ensuit qa’il n’y a point de physiologie comparée des forces morales et intellectuelles , donc point d’anatomie comparée du cerveau.

Que dire à ce raisonnement , quand il est appuyé sur l’autorité de ceux qui ont le plus cultivé l’anatomie comparée? M. le B. Cuvier dit expressément, que l’instinct n’a aucune marque visible dans la conformation de l’animal (i). Par la sui-

(i) Le règne animal distribué d’après son organisation. Paris, 18 «7, t. 1 , p, 54*

te j’aurai occasion de faire justice de cette décision démentie dans tout animal , depuis le colibri jusqu’au casoar, et depuis la musaraigne jusqu’aFélépliant: encore Une preuve que la physiologie doit précéder l’anatomie.

Tant que cette physiologie comparée manquera GU sera défectueuse, l’anatomie comparée sera sujette à des difficultés insurmontables. Supposons qu’un animal, le chien par exemple, ait plusieurs facultés , et par conséquent plusieurs organes de comniuns avec nous , tels que l’instinct de la propagation , de l’amour de la progéniture , de l’attachement, du sens local , etc. , il est d’abord évident que ces organes seront autrement modifiés dans le chien que dans l’homme'; en second lieu, comme le chien manque de plusieurs organes dont rhomme est doué, il doit en résulter une forme totale du cerveau toute' différente de la forine totale du cerveau humain. L’emplacemeut des organes doit subir des variations très difficiles à saisir : des organes qui dans rhomme sont placés près du milieu du front , le sont bien aussi dans le chien ; mais comme les organes qui, dans l’homme, occupent les parties latérales extérieures du front, Ini manquent , ils se trouvent placés les derniers sur le côté tout près des tempes, comme je le démon..

trerai pour l’organe du sens des rapports des espaces.

<^ette difficulté ne serait pas si grande, si la nature n’avait crée' que très peu d’espèces d’animaux, de manière que dans chaque espèce le perfèctionnement graduel serait effectué par l’addition d’un nouvel organe aux autres; dans ce cas^ l’organologie une fois connue dans riiomme,rinterprétatièn des cerveaux moins composés deviendrait très facile. Mais dans cette multitude d^espèces la nature a fait des distributions et des mélanges d’organes àl’infini : ici un animal où l’organe de l’amoûr delà progéniture e^t contigu à l’organe de l’instinct de la propagation ; là l’organe de la progéniture manque , et celui de la propagation est immédiatement en contact avec un autre , ce qui change encore la forme du cerveau et de la tête ; ici l’organe des sens de localité est contigu à l’organe delà construction; la l’organe du chant est intercallé entre ces deux, et ainsi de suite.

Plus un animal est éloigné de l’homme à l’égard de ses qualités et facultés , plus aussi l’interprétation de son cerveau sera difficile. Un tel cerveau sera en partie composé d’organes tout-à-fait différens de ceux de l’homme : et comment vous faire une idée d’un penchant ou d’une faculté que nous sommes dans l’impossi-

bilité d’éprouver ? Néanmoins les memes cerveaux présenteront de ranaiogle dans les parties dont les fonctions sont analogues à celles de riiomme.

En général, plus l’espèce d’animalse rapprocîae de l’homme , sous le rapport des qualités et des facultés , plus aussi rinterprétation de son cerveau sera facile au physiologiste qui a appris, par un long exercice , à interpréter le cerveau de l’homme.

Tous mes lecteurs sentiront maintenant que pour tirer tout l’avantage possible de l’anatomie et delà physiologie comparées, d’étude d’un grand nombre de cerveaux est indispensable ; mais cette étude ne pourra jamais se faire en disséquant et examinant tel cerveau aujourd’hui et tel autre demain. La mémoire et la plus scrupuleuse attention ne suffisent pas pour retenir toutes les parties et toutes leurs formes , afin de pouvoir Tes comparer avec lès parties et les formes d’un autre cerveau j c’est pourquoi j’ai commencé une collection de cerveaux en partie moulés en plâtre , en partie faits en cire ^ mais les frais d’une pareille collection , tant soit peu complète , passent ordinairement la fortune d’un particulier. Les cerveaux conservés dans l’eau-de-vie ou dans une solution.de sublime, perdent beaucoup de leurs formes et sont très difficiles à manier .Ainsi

î66 SUR LES FONCTIONS

attendons du temps ce que l’indifférence et les préjugés nous refusent encore. Puisque nos contemporains ne veulent pas recohnaître riniportance de cette espèce de recîierclies , il faut bien nous résigner à abandonner les imperfections de la physiologie du eerveàu à ceux qui, après nous^ auront le goût et le courage de continuer ce qu’il était sans contredit infinirnérit plus difficile de commencer.

A présent je vais montrer comment j^ai vaincu «ne grande partie des difficultés dont je viens de parler^ et j’exp oserai lés moyens qui m’ont le mieux favorisé dans mCs recbercbes sur les qualités et les facultés fondamentaleis et le siège de leUrs organes. ^

Exposition des mojèns les plus propres pour déterminer les qualités et les facultés fondamentales et le siège de leurs organes.

A peine avais-je oblénu quelques indices d’autres forces morales et intellectuelles fondarmentales que eelles prëfes^sées par iespliilosoplies, que j’ai senti le Besoin de diriger d’abord toutes mes recbercbes vers la découverte et la détermination des instincts , des péncbans , des taléns déterminés^ étant convaincu que ce n’est

que pour ceux-là qu’il existe des organes , et qu’on en peut déterminer le siège.

Je ne cessais pas de dire âmes amis : indiqitezmoi les forces fondamentales de l’âme, et je trouverai l’organe et le siège de cliacune. J’ai trouvé bien plus de difficultés à résoudre le premier problème que le second , quoique pourtant pour celui-ci , j’aie rencontré , à l’égard de certaines qualités et facultés , assurément fondamentales, des obstacles que, jusqu’à ce momentci, je ne suis pas encore parvenu à écarter. Mais quant aux forces primitives , fondamentales , radicales, je connais encore l’organe de plusieurs modes de manifestations de l’ame, sans qu’il me soit possible de les ramener à leur force fondamentale. Il existe aussi des qualités et des facultés dont je ne suis pas encore en état de dire, si ce sont des forces fondamentales propres {sut generis) , ou bien s’il faut les considérer comme de simples modifications de certaines qualités ou facultés primitives, ou bien comme un résultat mixte de l’influence simultanée de plusieurs forces fondamentales.

L’essentiel est toujours d’être à la recbercîie de ces forces indépendantes, car ce n’est que pour elles qu^’il existe un organe dans le cerveau: Mais où puiser ces connaissances ? Partout où je m'adressai, je reçus la réponse -banale : « Qu’a-

l68 SES FONCTIONS

vez-vous besoin de obercher d’aütres facuîîes: de râme que l’intelKgence et la volonté? L’hom^ nie est arcliitecte, mathémàticienj poète , uuiquement parce qu’il a appliqué son entende-^ ment à rarebitecture, aux mathématiques, u la poésie^ il se livire à ràmour, il prend soin de ses enfans, il vole , il est ambitieux, parce que telle est sa volonté. « J’avais beau demander pourquisd un tel s’était appliqué de préférence à rarcliitecture qu’à toute autre chose j pourquoi un autre trouvait la satisfaction de ses vœux dans le vol, dans les places d’honneur?

Afin d’infirmer cet appel si peu satisfaisant à la volonté et à l’entendement, je leur citais la taupe, le lapin de garenne^ la fourmi, qui établissent avec une prévoyance étonnante leurs galeries souterraines^ je leur citais le castor, Fabeille, lapenduline, qui construisent leurs cabanes, leurs rayons,^ leurs nids, avec un art inimitable pje leur citais la caille , le coucou, ta cigogne et l’hirondelle , qui, après une longue absence, reviennent chacun à leur ancienne habitation j jeleür citais la meurtrière belette, le rusé renard, le téméraire sanglier, le chant du rossignol et dumoqueiir imitateur. Mais encore mes oreilles ne retentissaient que du refrain des philosophes, de l’msZnzci; et l’on croyait avoir épuisé tous les moyeîis^ pour expliquer ces p hénomènes»

Quel parti prendre dans cette incertitude? Je regardai donc comme très précaire tout ce (jue l’on croyait savoir jusq^ue-la., concernant la partie morale et intellectuelle de l’iiomme^ parce que les idées reçues me mettaient de toutes parts en contradiction avec la nature. Je fis ce que j’engâge mes adversaires à faire, je me livrai tout entier à l’observation, attendant avec patience et avec résignation les résultats qu^elle me fournirait. Je me suis borné à recueillir des faits, et à noter les circonstances dans lesquelles je les ai observés. Je me suis bien gardé de vouloir expliquer les observations, de crainte de laisser surprendre mon jugement plutôt par la sagacité de mon esprit, que de m’instruire par Fimage fidèle de la nature.

Les faits sur lesquels je fonde mes assertions sont la plupart de nature à pouvoir être répétés et multipliés à volonté par cbacun de mes lécteurs. Je n’ai pas voulu chercber dans un autre bémisplière ce que nous trouvons dans nos propres foyers. Le canard et le taureau sont organisés d’après les mêmes lois que le flammant et la giraffe. Si l’on examinait avec la même attention les crânes des Allemands, des Français , des Russes^ des Italiens , etc., avec laquelle on scrute les plus minutieuses circonstances dans les crânes des Caraïbes, des Bêcherais, des Ho t-

î^o SUR LES FONCTIONS '

tentots, des Tongouses, etc, , on aurait moins de peiné à multiplier les observations , et outre qu’elles acquerraient une valeur plus durable , elles conduiraient aussi à des résultats plus utiles.

Les faits nombreux que je cite à l’appui de chaque force fondamentale et du siège de son organe, prouvent combien je suis pénétré de la nécessité dé multiplier les expériences. Mais ces faits ne serviraient tout au plus quu satisfaire la curiosité J si je me bornais à les considérer chacun isolément , au lieu de les comparer entré eux en cherchant à séparer ce qui ejst accidentel et particulier de ce qui est essentiel et général , afin d’en déduire des lois et des vérités constantes; celui qui se contente de faits isolés, comme on l’a trop établi en principe, en accroîtrait le nombre à l’infini sans qu’il lui en revînt aucun fruit ; il ne pourra pas en tirer parti pour prévoir ou pour produire des faits analogues. Ne distinguant point l’essentiel de raccidentel, il restera aussi étranger a tout ce qu’il n’a pas encore vu, que celui qui entre pour la première fois sur la scène de la nature; sa science ne sera jamais qu’un tâtonnement; il ne verra jamais l’ensémble qu’il n’est possible de saisir que dans l’enchaînement des faits parliGuliers ; jamais il ne parviendra à se faire une idée philosophique de

BU CERVEAU. I7I

son objet, pour arriver à de nouveaux aperçus ou à une véritable découverte.

Il existe une secte de pbilosopnes qui prétendent que les faits particuliers, quelque nonibrëux qu’ils soient, ne peuvent jamais conduire à des lois générales , parce qu’on ne peut observer tous les faits possibles. C’est pourquoi ces philosophes se flattent d’étre , avec léurs idées abstraites et généfalès , infiniment au-dessus de robservateür. Ils supposent donc que la nature n’agit pas avec suite , et par des lois constamment lés mêmes J ils assignent donc à chaque fait une cause à part. Si l’on voulait révoquer en doute la justesse des principes , parce qu’ils n’ont été déduits que d’un grand nombre de faits particuliers , que deviendraient toutes les connaissances humainés? Où le physicien, en général ,1e chimiste, le médecin, etc., ont-ils donc puisé leurs principes?

llfàut, il est vrai, beaucoup de sagacité, beaucoup de circonspection et une profonde connaissance de la nature , pour discerner les phénomènes qui permettent d’en déduire les lois en vertu desquelles iis existent. Presque toujours cela exige beaücoup dé faits observés dans des circonslancés variées j c’est poürquoi, lorsque je n aurai à alléguer que peu de faits enfaveur d’une proposition , je me garderai de dire : fai souvénÈ

172^ SUR liES FONCTIOiNS

VU celujfai toujours vu celayje nui jamais, vu cela autrement', des expressions semblables surprennent au lecteur des jugemens souvent très précipités.

Mais un principe mérite toute, notre conBance, lorsqu’il nous met en étal de pronostiqiïer avec justesse les phénomènes , ou même de les faire naître , et de prévoir avec exactitude les résultats nécessaires par les circonstances ^ ainsi que de déterminer les circonstancés par les résultats. Lorsqu'on, poursuit des recherches avec persévérance j lorsqu’on est assez heureux pour continuer ses observations pendant vingt, trente, quarante ans , sous les rapports les plus variés , sur des personnes instruites comme sur des individus sans éducation sur les riches comme sur les pauvres , de les répéter de mille manières chez les nations les plus différentes , et qu’on les trouve toujours confirmées j lorsqu'on reporte ses regards vers les temps les plus reculés , et que l’on étudie les bustes les portraits , les gravures des hommes qui se sont immortalisésqiar des qualités ou des facultés éminentes j lorsqu’on a étudié la biographie de ces hommes , qu’on les a suivis depuis leur jeunesse jusqu’à leur mort J que l’on s’est instruit des moyens qui ont servi à leur développement, et qu’on ne trouve jamais d’exceptions ; qu’on ne rencon-

BÜ CERVEAtr. 173

tee jamais de contradiction^ on peut certainement s’attendre avec confiance <ju’on est sur la voie de la vérité. Les pHlosoplies transcendans ou spéculateurs m’ont toujours fait rire , lorsque je les ai entendus dire^ pour montrer leur dédain contre la physiologie du cerveau , que les expériences, les faits n’ont qu’une valeur subjective; que l’observateur mérite tout au plus le nom d’un curieux; que j’ai toujours raison sous le point de vue de l’expérience, mais que sous le point de vue de la philosophie j’ai toujours tort; cela ne signifie-t-il pas que leur philosophie, soi-disant naturelle , est en opposition directe avec la nature ?

P rentier moyen, pris dans le langage ordinaire , pour arriver a la connaissance des qualités et des facultés fondamentales , et pour découvrir le siège de leurs or gagnes.

Conformément aux idées dont j’ai donné k mes lecteurs un avant-goût au commencement du premier volume , p. 4.3 et suiv., je me tins d’abord uniquement à la manière habituelle de saisir et de nommer les divers penchans, sentimens et talens des hommes et des animaiix. J’ai toujours pensé que ce langage est une création

SUR LES FONCTIOÎÎS

des facultés de Fhomme^ et qu’il ne fait ^ue rendre par des sons ce qui se passe dans notre intérieur. Jamais je n’ai entendu parler autre-ment d’un homme à grand talent, d’un homme d’un earactère prononcé, qu’à-peu-près dans ces termes : c’est un musicien né, un poète né j il a un talent inné pour les mathématiques,; il a la passion de bâtir , de voyager ; il est très porté pour les femmes ; il a une apibition insatiable; il est d’une fierté révoltante ; c’est un entêté, etc., etc. : ces façons de parler ne supposeut-elles pas que ces qualifications désignent, avec précision, le point saillant du earactère ?

C’étaient des sujets doués de l’une ou de l’autre de ces qualités ou facultés, que je m’attachais à observer. Lorsque je m’étais convaincu qu’un talent éminent, ou un penchant impérieux était réellement l’ouvrage de la nature , j’examinais la forme delà tête de l’individu, et je l’imprimais dans ma mémoire,

J’ai dit, dans l’introduction du premier, volume, conament je suis parvenn à reconnaître ceux de mes condisciples qui avaient une grande facilité à apprendre pay cœur. J’aurais donc pu savoir que les qualités et les faeultés particulières ne sont pas un résultat de la forme entière du cerveau , que par conséquent eUes ne se prononcent pas par une forme générale de la tête; mais

DU CEK^VEAU.

le nombre d’observations que j’avais faites jusque-là, n’était pas encore assez considérable pour fixer mes idées. H m’a fallu commettre des erreurs, des erreurs assez palpables, des erreurs dont il n’était pas trop difficile de me désabuser , pour me remettre dans la bonne route 5 par exemple : j’avais remarqué, accidentellement, que chez quelques musiciens compositeurs d^une grande réputation , la partie supérieure du front était comprimée par les côtés, tandis que la partie inférieure , immédiatement au-dessus du bord extérieur des yeux , était très îarge. Peut-être > me disais-je, cette forme triangulaire du front est le signe d’un grand talent pour la musique.

Mais je ne tardai pas à rencontrer de grands musiciens tout aussi renommés qui avaient le baut du front également très large. Cette remarque me fit voir que je n’avais pas encore trouvé le caractère extérieur du talent pour la musique. Mes amis étaient bien disposés à me consoler de ce démenti: les exceptions, disaient-ils, confirment la règle. Je ne fus jamais de cet avis : élève de la nature dès ma première jeunesse , je ne pus supposer qu’il y eût rien d’indéterminé et de vague J ses lois doivent être immuables et fixes j et toute exception portant sur ce qu’il y a d’essentiel, mie, prouva que le siège d’un organe n’était pas encore découvert. Cette sévérité

envers moi-méme m’engagea à continueF mes recherches, à multiplier ces observations jusqu’à ce que j’eusse trouvé un signe constant et commun, par exemple, à tous les grands musiciens que j’eus occasion de voir successivement. J’eusse été dans l’impossibilité défaire de semblables découvertes dans une sphère moins étendue, et dans une ville moins populeuse et moins fréquentée par un grand nombre d’étrangers à talens dis-tingués. Plus les observations se multipliaient, plus il était probable que j’étais sur le point de réussir à déterminer une qualité ou un talent fondamental , et à indiquer avec exactitude le siège de son organe. Par bonheur, je dirigeai mes premières recherches sur des talens et sur des qualités qui se rencontrent assez souvent pour avoir appelé sur eux mon attention. J’ai donc suivi le même procédé pour le talent des mathématiques, de construction , du coloris , etc. , etc.

Des personnes qui n’étaient nullement familiarisées avec runiformité des lois de la nature, m’ont quelquefois , objecté que ce qui est vrai à Vienne , pourrait^tre faux, ou souffrir de grandes modifications à Paris, à Londres, etc.,- une telle supposition n’aurait jamais pu m’arrêter.

Mais il y a une autre observation à faire aux jeunes naturalistes. L’on ne doit pas s’attendre à trouyer chez tous les individus qui se croyent

doués de telle qualité ou de telle faculté, l’organe qui y correspond , développé à un degré remarquable. Peu de personnes connaissent les différens degrés et la plus grande énergie possible des qualités et des facultés j celles qui ont été élevées, isolées dans la maison paternelle, les connaissent le moins. Il faut avoir eu des occasions fréquentes de se comparera d’autres, pour bien juger le point de l’écbelle où l’on se trouve placé à cet égard soi-méme. L’homme médiocre place la borne dans un point que l’homme de génie dépasse dès son entrée dans la carrière. Ce que le génie, dans sa force innée, aperçoit à peine en lui-même, paraît à la médiocrité, exagéré , fantastique , hors de nature , inconcevable, fou. On doit donc se tenir sur ses gardes, et ne choisir pour sujet de ses observations , que dés hommes dont la qualité ou la faculté éminente soit bien reconnue et bien constatée par leurs faits ou par leurs productions.

En second lieu, et cette remarque est tout aussi juste que la première , l’on ne sera heureux dans ses recherches que lorsque l’on choisira pour sujets de ses observations , des individus qui ne jouissent, à un très haut degré , que d’une seule qualité ou d’une seule faculté , et qui, pour tout le reste , sont des hommes médiocres , ou .même au-dessous du médiocre. Chez ces indivi- IIL is

SUR LRS TONCTIONS

dus , l’organé marquant s’pfFre plus isolé, plus prononcé; et pour peu que l’on ait vu déjà une vingtaine de personnes semblables, il faudrait avoir acquis bien peu d’babitude , pour ne pas distinguer.dàns quelque endroit de la léte Une proéminènee, qui sera la même chez tous. Si au eontraire ron eboisit des indmdus doués de plusieurs qualités/ou facultés marquantes, f on aéra embavrassé par la circonstance, que leur ti^e offré plusieurs protubérances marquées ; il y à plus , lorsque les organes des facuités ou des qualités marquantes se trouvent placés les uns près des autres , les formes prononcées de chacun en particulier , 's’effâcent, et il naît une proéminence coHéCtive , arrondie et bombée. De-là il arrive, qu’à l’inspection de la tête d’ün bonime d’un talent très distingué, le commençant n’aperCevra rien de remarquable , pàrcequ’il ne distingue pas de proéminencé unique bien prononcée J tandis que robservâteür exercé ne sera pas induit en erreur. Il est beaucoup plus facile de distinguer l’organe delà musique, du sens des rapports de respace, de la poésie j chez des hommes bornés du reste, que ébez ceux qui possèdent irae certaine réunion de ^ tafèns.

Deuxième moi^'en, contre-épreui^e.

Rien ne m’a été plus facile que de trouver une cpptre-épreuve pour coniçôler uné force fonda-mentale et le siège de son organe. J’examipai des individus qui possédaient à un degré très luédior cre, la qualité ou la faculté qui m’occupait j des perspnnes,parexemplej,qui avaient non-seulement un très faible talent pour la musique, ruais meme de rantipatbie pour, cet art. Lorsque daps la meme r égion,où,cliez ceux qui éxcellent dans la musique, il existe un développement considérable du cerveau , jé ne trouvais pas cbez les autres de proéminence, mais au contraire un plan, ou même un enfoncement ; lorsque je trouvais constamment celte conformation, cela servait à confirmer l’idée que j’avais adoptée. L’on trouve bien plusfréquemment des sujets qui prêtent à la contre-épreuve qu’à la preuve positive, sinon par le développement presque nul des organes , du moins par leur développement peu eonsidérabie j car les têtes médiocres sont aussi fréquentes que le génie est rare; d’ailleurs, de quelque nombreux talens qu’un liomme soit doué, il est toujours faible sous plusieurs rapports; et' un tel sujet peut être utile tantôt pour la preuve positive, tantôt pour la contre- épreuve.

l6o SUR LÊS FONCTldNS

"Troisième moyen pris dans une confortnütion particulière de la tête d^un individu.

Lorsque je découvrais à la tête d^une personne, une protubérance produite par le développement d’une partie du cerveau, je tâchais d’apprendre sous quel rapport cet individu était doué de quelque qualité ou de quelque faculté éminente. Mais , pour faire une pareille enquête avec succès , il faut beaucoup de prudence et d’habitude J car nos amis et nos ennemis jugent tout différemment de nos qualités et de nos talens. Il y a dés cas aussi où un talent ou une disposition dont nous sommes doués à un très haut degré , n’a trouvé aucune occasion de se manifester. Plus souvent encore , et cela arrive surtout chez les gens du peuple, un individu a donné les preuves les moins équivoques de telle faculté ou de tel penchant, sans qu’il ait remar^ qué le moins du monde qu’il existe une différence entre lui et les autres individus de sa classe, jusqu’à ce qu’enfin le hasard l’y rende attentif.

Je me sers dans la société de plusieurs expédiens, pour apprendre à connaître les talens et les inclinations des personnes. J’engage, par exemple , la conversation sur des sujets divers. I^ous laissons tomber d’ordinaire dans la con-

Bü CERVEA-ir.

versatîon , tout ce qui n’a que peu ou point de rapport avec nos facultés ou nos penclians. Mais lorsque l’interlocuteur touche l’un de nos sujets favoris , nous y prenons de suite un vif interet t où est celui qui n’aime à déployer toute l’activité de son esprit, lorsqu’il se trouve placé dans sa sphère ?

Les occupations dont nous faisons notre état, ne prouvent rien d’ordinaire , ni pour nos Acuités, ni pour nos penchans dominans. Les sou-^ verains, les pères font des généraux, des magistrats, des avocats, des médecins, des architectes , des peintres, etc. Mais les occupations auxquelles nous nous livrons pour nous récréer, sont presque toujours conformes à nos talens et à nos goûts.

Lorsqu’^un individu s’ést livre à une partie en dépit de tous les obstacles , et y a acquis une certaine force, il est certain qu’il a suivi sa vocation, c’est-à-dire qu’il a obéi à l’impulsion de ses fàeultés et de ses penchans innés.

Voulez-vous épier le caractère d’une personne , sans courir aucun risque de vous tromper , fût-elle même prévenue et sur ses gardes? Faitesîà causer sur son enfance et sapremière jeunesse faites-lui raconter ses tours d’écolier, sa conduite envers, ses parens, ses frères et sœurs, ses cama— rades ^ ses délations, l’émulation dont elle étais

î82 sür lès fonctions

aniiaëe ; faites-lui fâiré rhistoiré de ses liaisofts d’airiitié avec certains enfanis^ et de rmi'üiiiié f|irelle ressentait pour d’autres j qüëstionhez-la sûr ses jeux) etc. Rarement on croit qü’il vaille la peine de dissimuler à cet egard ^ 1 ori hé se doute pas qüe ron â à feire à un homme qufsâit parfaitement que le fond du caractère reste lë meme 5 que les objets seuls qui nous intéressent changent avec Tâge et avec les relations sociales. Lorsqu^en outre je vois encore ce qu’une personne apprécie OU méprise, blâmé, lOuëoU excuse J quels événemens f intéressent,* quelle société elle recherche; si je la vois agir, surtout dans des cas où il ÿ a conflit d’intérêt; si elle est auteur , et que je lise son livre, etc., etc. , l’homme tout entier ést dévoilé à mes jeux. '

Lorsqu^'une fois j’ai découvert la faculté ou le penchant dominant, je fais usage encore des deux premiers moyens.

Je parcours aussi les familles, les écoles , les hospices pour les orphelins, les enfans trouvés, es aliénés, les maisons de correetion; et je m’attache partout aux sujets qui se distinguent par quelque penchant inné ou par une conformation particulière de la tête ; je les compare tous entre eux, toujours dans le but de recueillir des faits nouveaux et des preuves à l’appui de

15 U e ER V E ATT. ï §3

la réalité d’une qualité ou d’une faculté fondar mentale et du siège de son organe.

Quatrième moj en: Collection des têtes moulées en plâtre.

On n’est pas dans tous les raomens , également bien disposé pour découvrir ce qu’une tête a de caractéristique j l’on n’a pas non plus à sa disposition des personnes vivantes toutes les fois que l’on voudrait renouveler ses recherches, ou éclaircir ses doutes. Souvent il est impossible de rassembler plusieurs individus doués à un haut degré de la même faculté , afin de les comparer entre eux. Ces difficultés me déterminèrent à faire une collection considérable de plâtres. Toutes les fois que je faisais la connaissance d’une personne qui possédait à un degré éminent une qualité ou une faculté quelconque , je moulais sa tête. Pour en avoir la forme tout entière , je rasais les cheveux, à quoi plusieurs individus se prêtèrent de très bonne grâce, ou bien je rendais les contours extérieurs de la tête , en les mesurant et en les palpant. En peu d’années ^ je formai ainsi une collection de quatre cents' plâtres d’hommes de tous les états et de toutes les classes , depuis le mendiant jusqu’au prince

l84 SUR UES FOiîCTIONS

de sourds-muets , d’idiots,d’enfans de toutâgey de garçons , de filles , de femmes , etc. demis a contribution pour cet objet , les écoles , les maisons de correction , les bospiees pour les aliénés, etc. Je possédais donc des plâtres de sujets dont j’avais été à meme d’observer les qualités et les facultés ; dans le nombre , il s’en trouvait de personnes sans la moindre éducation , et de personnes élevées avec le plus grand soin.

Je plaçais les uns à côté des autres , tous les plâtres d’individus dans lesquels j’avais observé une qualité ou une faculté marquante. Si le signe extérieur m’ en était déjà connu , j’observais avec soin s’il existait dans toutes ces têtes. Lorsque j’avais encore à clierclier l’orgaue , le problème était , sans contredit , bien plus difficile ; dans ce cas , je ms dirigeais d’après les principes suivans : Des têtes qui coïncident sous le rapport d’une qualité ou d’une faculté marquante, doi-* vent coïncider aussi par la forme du crâne, dans, un certain endroit 5 en conséquence , je parcou4 rais toutes les" régions de mes têtes , je les comparais toutes ; et dès que j’apercevais une différence marquée de la forme dans la même région , j’abandonnais cette région. Il faut avoir observé soi-même , pour savoir combien de fois il est nécessaire de reprendre ces recherches 3

BU CERVEAU

afin de parvenir à trouver ce qu’il y a de commun dans toutes ces têtes. Souvent je laissais sur ma table , pendant des mois entiers , dix et jusqu’à vingt de mes plâtres j je les examinais journellement dans différens momens , et dans les dispositions d’esprit les plus différentes, jusqu’à ce qu’enfin je fusse frappé , et quelquefois au moment où je m’y attendais le moins, delà protubérance commune à tous. Il est très naturel qu’il en soit ainsi ; aujourd’hui, on élimine tel prétendu caractère que l’on vient de reconnaître pour faux, et demain tel autre. Ainsi , l’on se dit de jour en jour : ce n’est point ceci, ce n’est point cela, ce n’est pas ceci encore | et lorsqu’enfin tous les caractères reconnus faux ont, été mis de côté , le véritable se présente de lui-même.

Lorsque de cette manière l’on a découvert dans dix ou vingt têtes , un caractère commun, on recourt avec une nouvelle ardeur aux moyens indiqués ci-dessus. Ces plâtres de personnes vivantes sont d’un très grand secours. Par leur moyen , on se familiarise avec toutes les formes de tête ; il m’est souvent arrivé d’y découvrir des proéminences qui certainement étaient formées par le cerveau, mais que jusque-là je n’avais jamais aperçues, et dans le moment même je commençais à les étudier pour découvrir leur siguification.v

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