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Cinquième moyen : Collection de crânes d'hommes.
Comme dans mes recherclies je n’avais pas pour but la cranioscopie, mais la découverte des fonctions des parties intégrantes du cerveau, je devais m’atlaclièr à connaître exactement aussi bien la forme que le siège de chaque organe : or, dans les têtes des sujets vïvans, les muscles, la peau et les cheveux sont quelquefois tellement épais , qu’il devient très difficile de juger avec précision des protubérances du crâne. Quelques régions teilesiîqueja base , par exemple, ne sont pas susceptibles d’être ni vues , ni tâtées.
Gela me mit dans la nécessité de faire une collection d.e crânes J mais comment m’en procurer ? C’est une entreprise par laquelle on révolte tout le monde. Supposé-même que l’on puisse sem procurer quelques-uns dans les hôpitaux , dans les hospices pour les aliénés , dans les maisons de correction , il sera bien rare, au moins , que l’on puisse avoir des renseignemens exacts sur la biographie des sujets j et combien rarement ne trouve- t-on pas des médecins assez complaisans pour favoriser activement un genre de recherches auquel la plupart d’entre eux n’attaehent aucun prix ? Avec de la persévérance ,
et grâces aux facilités que me procura un ministre éclairé , je parvins cependant à former une collection de crânes d’hommes très remarquables. Plusieurs personnes dont j’avais moulé la tête , moururent , je comparai leur crâne avec le plâtre moulé sur la tête vivante , et je rectifiai mes idées sur la place et la forme des organes , tant dans le cerveau qué dans le crâne. En meme temps , j’observai quelle diffe'rence a lieu dans la forme des organes du sujet vivant au sujet mort. Gette collection enfin fut l’occasion des recherches nombreuses que je fis sur les cerveaux des idiots , des personnes en démence et des maniaques , enfin de sujets attaques de maladies mentales de toute espèce , rechercbes qui me conduisirent à faire des découvertes inapprécia-blés sur ce genre de maladies. G’est ainsi que ma collection de erânes, qui n’est qu’un épouvantail aux yeux du Vulgaire ^ devint la source des’ découvertes les plus utiles et les plus importantes.
Probablemènt que , de long^ temps , g^jieun naturaliste ne rassemblera une collèctioii aussi riche que la mienne; car il y a peu d’espoir que les hommes parviennent jafnais à vainci’e les difficultés que rencontre une semblahle entreprise. Mais ceci ne doit décourager personne ; une colieetion de plâtres , faite.avec cliscernementj peut
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suffire. Que l’on rase les cheveux du cadavre , et que l’on verse du plâtre sur toute la tête , de maniéré à former un creux perdu de deux ou trois pièces , et l’on obtiendra le moule le plus exact. Beaucoup de familles sé prêtent volontiers à cette opération, et cela d’autant plus, que c’est le moyen le plus infaillible de transmettre à là postérité un buste parfaitement ressemblant du défunt. Si nos ancêtres avaient moulé ainsi la tête de tant de grands hommes, quel trésor pour l’observateur philosophé ils nous eussent transmis I Malheureusement jusqu’ici nous ne possédons que très peu dé bustes fidèles. Lorsque l’artiste compose, il lui est permis d’obéir exclusivement aux règles de l’art; mais lorsqu’il est chargé de transmettre à la postérité le portrait d’hommes qui ont vécu, il a l’obligation de Copier servilement la nature : dans ce cas , vouloir idéaliser son modèle, c’est défigurer la nature. Mais malheureusement les artistes , au lieu de rendre hommage à la vérité , se laissent subjuguer encore par les règles imaginaires de l’art et par les prétendues lois du beau. Ils sont trop fiers pour mouler les têtes , et pour exécuter simplement ce masque ;'et cependant il est certain que tant qu’ils ne voudront pas se résoudre à ce parti , nous n’aurons que des imitations imparfaites ou fausses ; et deux bustes du mêm4
homme , sortis des mains de deux artistes différens , difîereront toujours. Je vois meme que les plus grands artistes , peintres , dessinateurs et sculpteurs, lorsqu’ils rencontrent des formes peu ordinaires , et qui leur paraissent choquantes, les regardent comme des défauts, comme des erreurs de la nature , et croient devoir alors modifier les proportions. Et cependant, d^ordinaire, ces formes insolites , et qui offensent l’œil , sont précisément l’expression du caractère moral et intellectuel.
Observations sur les moyens ci-dessus de découvrir les facultés et les qualités fondamentales, et le siège de leurs organes.
Tous les moyens indiqués ci-dessus, süpposent que le développement favorable d’un organe emporte toujours la possibilité de la manifestation favorable d’une qualité ou d^une faculté. Comme j’ai prouvé très au long, dans plusieurs endroits de cet ouvrage, qu’il en est réellement ainsi, je crois superflu de revenir encore sur çe sujet.
Quoique les moyens en question aient constamment frayé le chemin à la découverte des qualités ou des facultés fondamentales , ils ne
igo SUR UES EOSCUIONS
sont cependant pas toujours ^uffisan.s pour distinguer la force rÉidjealg de ses, simples produits, L’arcliitecture , la sGuîpture , la peinture , le dessin , lu dextérité Pîéfianique ^ à quede foreedÎQJiT dameiitale faut-ril les runiener ? ou les pygo,. mènes que nous regardons epm.me de simples modes difle'rens d^’une même foree radicale, soptils elEectuès ppr autant d'organes particuliers ? J’ai 5 comme je l’ai déjà dit ^ été ojbligé de feire mes premières recherclies sur des homines doues -de qualités ou de facultés très éminentes , par conséquent sur des sujets cliez lesquels les organes avaient le maximum de la manifestation de leur activité ; mais cette activité est souvent tel^ leinent éloignée d’étre la force, essentiellement fondamentale , qu’il faut , beaucoup dé sagacité pour reconnaître l’une dans l’autre. Et cependant je me trouvais dans la nécessité de donner à ce genre de manifestation qui accompagne d’ordinaire le développement peu commun d’un organe, un nom qui la désignât avec précision. Ainsi ,jpar exemple, il est hors de doute que la trop grande activité d’un certain organe emporte un penebant à voler , et celle d’un certain autre organe, un penebant à tuer. J’étais donc obligé de nommer ces organes d’après ce genre d’activitéi 'Dans le fond , je nb vais pas tort , puisque cespeBchans résultent de ce degré donné du dé-
DU CERTEAU. ^9^
veloppement de ces organes; mais, à cette époque, je n’avais pas encore pousse mes observations assez loin pour être dans le point de vue necessaire , pour ne regarder cette action excessive des organes que comme une gradation de la manifestation d’une qualité fondamentale^ Gé n’est que long-temps après que j’ai pu résoudre ces difficultés ; et si j’j ai réussi , c’est autant par le raisonnement que par l’observation : aussi les opinions resteront-elles toujours partagées, dans certains cas, sur la question de savoir, quelle doit être la dénomination de la qualité ou feculté fondamentale que nous n’apercé vous que dans un mode très énergique de son action, suite d’un développement ou d’une açliyité extraordinaire de son oi’gane.
Moyens de dé coiwrir les qualités et les facultés fondamentales y ou les forces fondamentales de Vâme , ainsi que leur siégé. Continuation.
lies moyens qui suivent m’ont servi moins à découvrir les qualités et les facultés fondamentales , qu’à en Constater la découverte.
Sixième moyen. ' -
Depuis long-temps j’avais marque sur des crânes la forme et la situation des organes , à mesure que je les découvrais j lorsque je commençai à examiner jusqu’à quel point ces endroits du crâne correspondent avec les parties cérébrales sous-jacentes. Que l’on imagine ma joie et mon étonnement quand je vis que la forme de cbacune des marques extérieures que j’avàis découvertes, devait être nécessairement telle qu’elle est , à raison des parties cérébrales placées sous elle , ces dernières formant les premières. Dans le cas où la protubérance est un segment de sphère , elle recouvre des circonvolutions roulées en spirale , comme l’organe de la construction j lorsque la marque extérieure est conique ou pyramidale , ce sont des circonvolutions serpentant en cône ou en pyramide, comme l’organe des rapports de tons , qui lui donnent naissance. Tantôt la marque extérieure est simple , et tantôt elle est double, encore suivant que les organes congénères des deux hémisphères sont rapprochés ou distans , comme l’organe de l’amour de la progéniture. La même chose a lieu relativement à la direction des organes , en tant qu’elle est perpendiculaire, horizontale, oblique , d’avant en arrière , ou de haut en bas.
DU CERVEAU. I9S
Dans toutes les occasions > nous examinâmes attentivement si les endroits élevés , proéminens et larges du Crâne, correspondaient à des parties cérébrales amples, larges et bombées. Jamais nous n^avons trouvé d’exception dans des cer- A’eaux sains, et de sujets d’un âge moyen. Toutes les fois que le front est bas et rétréci, les circonvolutions qu’il recouvre sont petites ; ce q^ui emporte des facultés intellectuelles médiocres. Le contraire a lieu lorsque le front est haut, large et bpmbé. Partout où les sentimens , les penclians., les instincts , l’emportent sur les facultés intellectuelles supérieures , la partie postérieure de la tête, est la plus grosse , comme chez lés animaux et chez les personnes très sensuelles , mais bornées , et les circonvolutions qui y sont placées ont acquis le plus de développement. Yoyez la différence des dimensions et du développement des circonvolutions , dans les cerveaux PL VIII et PL IX.
Même pour chaque qualité ou pour chaque faculté se manifestant avec beaucoup d’énergie , nous trouvons les parties cérébrales sises sOus sa marque beaucoup plus développées et plus proéminentes que les parties voisines.
On se rappellera les changemens que le cerveau subit dans les différens âges, j’ai prouvé que le crâne change de forme au fur et à mesure que db III. i3
ig4 SUR LES FONCTlOîïS
verses parties cérébrales se développent ou dépé^ rissent successivement. Les deux sexes , ayant tantôt les parties frontales , tantôt les parties occipitales supérieures du crâne plus bombées , offrent évidemment dans les mêmes régions des parties cérébrales plus développéesjplus bombées ou plus allongées ; mais je m’étendrai davantage sur ce sujet dans le traité sur les forces fondamentales particulières. Il demèure toujours certain que }es endroits les plus larges, les plus bombés du crâne indiquent les circonvolutions les plus développées , les parties cérébrales les plus actives de cet individu.
Septième moyen : anatomie et physiologie com‘ parées ; mutilations naturelles des cerveaux des animaux.
Plusbàul,‘p. 1603 j’ai démontréque l’anatomie " comparée du cerveau de l’homme et des diverses espèces d’animaux , ne pouvait avoir aucun résultat heureux pour la découverte des forces fondamentales de l’ârae et du siège de leurs organes, tant que les anatomistes n’étaient point dirigés dans leurs recherches parla détermination préalable des instincts, des peiïclians, des sentimens . et des talens de l’homme. Mais cette connaissant
ce une fois acquise el appliquée aux animaux , devient une source inépuisable d’instruction et l’épreuve la plus irrésistible si les qualités et les facultés fondamentales etles marques extérieures de leurs organes ont été déterminées en harmonie avec les lois de tout le règne animal.
L’origine des aptitudes industrielles, des instincts , des penchans et des facultés des animaux^ et la différence essentielle de ces forces ne sont pas sujettes, à beaucoup près , à autant de doutes que l’origine et la différence essentielle des qualités morales et des facultés de l’homme. L’on admet, presque généralement , que chez les animaux tout est inné. Connaître leurs divers instincts, leurs divers penchans et leurs diverses facultés, serait donc connaître leurs forces fondamentales J et les mémès forces analogues dans l’homme seraient également censées être des forces fondamentales chez l’homme.
Cependant, excepté deux organes, je n’ai pas fait de découverte de ce genre sur les animaux, quoique dès ma plus tendre jeunesse j’en aie eu constamment un grand nombre sous mes veux. J’ai vu des chiens bons , médians , doux , hargneux, courageux et poltrons > doués d’une mémoire locale étonnante, et d’autres s’égarant partout j j’ai vu des lapins, des truies, des vaches, des chattes bonnes et mauvaises mères j des oiseaux
dociles et indociles ; des oiseaux qui chantaient et d’autres qui ne chantaient pas 5 des eperviers ou de petits faucons passionnés pour la chasse j et d’autres de la même espèce qu’il était impossible de dresser , etc. , etc. ; mais tout cela a l’air si naturel, qu’à peine on y arrête sa réflexion. Ce ne furent que les différentes qualités et facultés de l’homme , surtout leur extrême faiblesse ou leur énergie extraordinaire qui me frappèrent assez vivement pour fixer mon attention. Fixer l’attention sur ces différences , et en être convaincu, c’est presque simultané. A peine étais- je un peu avancé dans rna manière de discerner et de rectifier les qualités elles facultés de l’homme, que les qualités elles facultés des animaux m’ouvrirent tout-à-fait les yeux, et les notions que j’avais accumulées sur leurs mœurs me devinrent d’une utilité aussi étendue que rapide.
Rien de plus naturel alors que de comparer les instincts , les penchans et les actes d’intelligence dés animaux avec les penchans et les facultés intellectuelles de l’homme. Tout ce qui est commun à l’homme et aux animaux , me disais-je, doit se rapporter à la même loi, sauf les modifications qui proviennent en partie des appareils organiques modifiés , en partie de l’influence d’autres qualités ou facultés. Mêmes viscères , et destinés aux mêmes fonctions orga-
mques j memes sens , et placés aux mêmes en-^ droits, du la tête et même destination : donc mêmes penclians et mêmes facultés chez l’homme et chez telle ou telle espèce d’animal; par conséquent mêmes organes et mêmes sièges de ces organes chez l’animal et chez l’homme.
Voilà donc le premier jet d’une anatomie et d’une physiologie comparées î Les rapproche mens raisonnés m’ouvrirent un vaste champ pour rectifier et pour confirmer les observations que j’avais faites sur l’homme. Plus une qualité ou faculté est générale chez les animauX;, plus j’acquérais de moyens de multiplier mes preuves, parce que je pouvais constater, dans un plus grand nombre d’espèces , le penchant ou la faculté fondamentale et le siège de son organe.
Très souvent le rapprochement du cerveau , et surtout des penchans ou des facultés des anh maux avec le cerveau et avec les qualités et les facultés de l’homme, contribua beaucoup à dissiper mes doutes et rompre mon hésitation. Les cerveaux des animaux sont mpins compliqués , leurs instincts , leurs penchans et leurs facultés très prononcés, francs et tranchés; leurs crânes, par conséquent, sont plus distincts d’une espèce, souvent même d’un individu à l’autre ; les marques extérieures de leurs organes plus isolés, plus faciles à saisir. On conçoit donc combien
igS SUR LES FONCTIONS
l’étude de ranatomie et de la physiologie comparées doit prêter de secours et d’assurance à la physiologie du cerveau.
Je n’oublierai jamais que j’ai à combattre et les préjugés des philosophes , et les plus grandes autorités des naturalistes j et cela sera Un motif de plus pour moi d’accumuler , dans l’exposition de l’organologie^ preuves sur preuves , que les qualités et les facultés des animaux ont des marques très visibles et très palpables dans la , conformation de leurs têtes. Ni les préjugés, ni ■ les autorités ne réussiront plus long- temps à \ sounaettre les instincts , les penehans et les intelligences si variés et si différens des animaux à une seule force occulte , imaginaire , ni à les soustraire aux lois universelles de l’organisation.
Comme des animaux qui diffèrent trop de riiomine , ont des organes de la vie végétale tout-à-fait différens des viscères de l’homme > on peut présumer, avec probabilité, qu’ils ont aussi des organes de la vie animale différens de ceux de l’homme. C’est ce qui nous expliquerait pourquoi nous observons des phénomènes dans ces animaux qui passent toute notre intelligence, sans parler des choses qui s’opèrent dans leur intérieur , et que notre imagination ne peut jamais atteindre. Il va sans dire que, dans ces cas , l’anatomie et la physiologie comparées
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n’admetlent plus aucune application à l’iiomme. Cependant ces mêmes animaux peuvent encore avoir quelques points de contact avec des animaux plus analogues à l’espèce humaine et avec riiomme lui-même, sous le rapport des qualités les plus essentielles et les plus indispensablesjtels que l’instinct de la propagation , de l’amour de la progéniture, de rinstinet carnassier , de Tinstinct de la construction , de l’instinct de la socia= bilité, de l’instinct de la propre défense, etc. Les insectes, les poissons et les amphibies nous en offrent des exemples. Les mêmes qualités se retrouvent chezles oiseaux, dont plusieurs espèces fournissent les plus belles preuves pour l’organe du chant, pour l’organe de l’instinct carnassier , pour l’organe du sens des rapports de l’espace , pour l’instinct de l’amour de la progéniture, etc. , etc.
Voyons maintenant si l’anatomie et la physiologie comparées ne sont pas un moyen infiniment plus fécond et plus concluant , pour découvrir les fonctions des parties cérébrales , que ces mutilations artificielles violentes , si prônées et si stériles en résultat. Les animaux les plus rapprochés de l’homme , ne sont, quant à la vie animale , quant aux qualités morales et aux facultés intellectuelles , que des fragmens de 1 homme. Leurs cerveaux sont privés de plu-
sieurs parties dont le cerveau de l’homme est doué. Tous ces cerveaux sont donc àes mutila^ lions naturelles y en comparaison du cerveau humain. Iis sont encore tous des mutilations naturelles , en comparant ceux d’une espèce avec ceux d’une autre- Ainsi , si l’envie vous prend de savoir quel est le siège des fadultés intellectuelles de l’homme , comparez les cerveaux du chien , du cheval , du taureau , du singe, etc. , avec celui de l’homme J comparez, si les cerveaux vous manquent , la conformation de leur tête, et vous verrez que les têtes des animaux s’élèvent très peu ; qu^elles reculent pour la plupart immédiatement au-dessus des orbites, et qu’elles sont aplaties j que jamais elles ne forment une voûte avancée au-delà des yeux. Voyez l’homme, au contraire , son front s’élève jusqu’à trois pouces au-dessus des orbites , çt se voûte encore très souvent en avant. Vous verrez encore que plus le front d’un chien , d’un singe , d’un cheval est élevé au-rdessus des yeux, plus ces individus partageront quelque simulacre de l’intelligence humaine. Qu’avez- vous besoin à présent d’extirper à un homme les parties cérébrales situées contre le front , ou d’attendre qu’un malheureux accident les lui détruise, pour apprendre que ce sont ces parties du cerveau qu’on doit nécessairement qualifier d’organes des facultés intellectuelles les plus élevées de l’homme.
dtj cerveau.
Vous voulez connaître l’organe <jui inspire a l’homme le goût et le. talent pour la musique ? Comparez la tête, ou plutôt les angles extérieursinférieurs du front d’un grand musicien, avec les têtes du chien,, du singe, du bœuf, et vous verrez que, dans celles-ci, ces parties du crâne j et par conséquent les parties cérébrales placées contre «lies, n’existent point- Comparez encore un oiseau chantant, le merle, la grive, le rossignol, etc., avec le gros-bec, le moineau , le hibou, etc» j comparez le mâle rossignol, le mâle moqueur , avec leurs femelles, et vous aurez bientôt la-Conviction que les têtes des mâles sont plus carrées, plus anguleuses, plus saillantes .au-dessus des yeux , et que celles des femelles se rétrécissent en cône. Observez les fronts étroits du chien, du singe , du blaireau , du cheval , en comparaison du front carré de l’homme , et vous aurez la solution du problème pourquoi ces animaux ne sont ni musiciens , ni peintres, ni mathématiciens, etc. Comparez les oiseaux et les mammifères carnassiers avec les oiseaux et les mammifères frugivores, et si, dans une douzaine de comparaisons , vous n’êtes pas frappé d’une différence constante de leurs têtes et de leurs cerveaux ; si vous ne devinez pas encore quelle est la partie cérébrale qui inspire cette différence d’instincts aux animaux, vous n’êtes pas appelé à pénétrer les énigmes de la nature.
Pour comparer avec fruit les cérveaux et les crânes des animaux avec ceux de l’homme, il faut être déjà très familiarisé avec les systèmes nerveux de plusieurs espèces d’animaux , en comparaison avec celui de l’homme. Quoique tous les organes cérébraux, chez l’homme et chez les animaux , se trouvent précisément à la même place, cette règle paraît, chez les diverses espèces d^’animaux, subir de grandes exceptions, comme je l’ai dit un peu plus haut. Les exceptions ont deux circonstances pour causes : la première est la direction horizontale où perpendiculaire. Chez les animaux , dont la position est tout-à-fait horizontale, comme chez le bœuf, le cervelet est situé presqu’à nu derrière les lobes postérieurs des hémisphères. N’ayant pas fait attention à cette circonstance , les naturalistes ont prétendu que les lobes postérieurs manquaient à ces animaux^ et Ton aurait pu trouver en défaut Tanatomie comparée, àFégardde l’organe de l’amour de la progéniture. Chez beaucoup d’espèces d’oiseaux", comme chez les poules, les coqs-d’Inde , etc. , le cervelet est tout-à-fait isolé derrière le cerveau. Les parties latérales de la tête contiennent rorgane de l’ouïe , etc.
La seconde circonstance qui pourrait faire croire que les organes cérébraux sont autrement placés chez les animaux que chez l’homme , est
DU CERVEAU, que les cerveaux des animaux manquent de plusieurs organes propres a l’homme. La sérié entière des organes humains est souvent interrompue. Il en re'suite, comme je l’ai aussi déjà indiqué plus haut, des formes totales de cerveaux et de crânes extrêmement variées.
Cette circonstance amène , même chez quelques espèces d’animaux , une différence appa“ rente dans la situation des nerfs des sens. Chez l’homme, les nombreuses petites cireônvolutions inférieures du cerveau dépassent le bulbe du nerf olfactif, PL IX. Chez beaucoup d’animaux, au contraire , tels que les poissons , les amphibies , les oiseaux , le bœuf, PI. III^ la brebis. Pi. XÎV, la taupe , etc. , le bulbe du nerf olfactif se trouve placé en avant des circonvolutions inférieuresantérieures , parce que ces animaux ou ffont pas du tout ces circonvolutions, ou les ont beaucoup plus courtes.
Mais puisque , à raison des organes qui manquent chez les animaux , tantôt dans telle région , tantôt dans telle autre, la place de ces organes varie à ce point, comment le naturaliste s’assurera-t-il que,^par exemple ,ia protubérance placée au bord extérieur du front, est chez tel animal l’organe du sens des localités, chez tel autre celui du sens des tons , et dans l’homme enfin, celui du sens des nombres? Gomment est-il possible, dans ces cas, d’établir l’analogie qui existe entre
204 ï^es fonctions
l’homme et les animaux , et de trouver, chez ces derniers, une confirmation des organes découverts dans l’homme ?
C’est là, sans contredit, une grande difficulté pour le commençant, mais elle se réduit à rien pour l’observateur consommé ; car , d’abord , il y a moyen aussi de faire nombre de comparaisons entre différentes espèces d’animaux , et entre difîerens individus de la même espèce. En second lieu, la forme déjà connue de l’organe offre surtout de grandes ressources. Ces formes restent toujours les mêmes, quant à l’essentiel , et l’observateur exercé ne sera guère exposé à les confondre, Si l’on compare un homme chez lequel l’organe du sens des localités est très développéj à un chien qui a aussi cet organe très apparent , et à un lemming, on trouvera la même forme de l’organe ^ si l’on était encore dans le doute , l’on n’aurait qu’à faire la comparaison avec d’autres espèces de souris , et avec des chiens qui^ontrorgane des localités faiblement prononcé. Cette méthode est applicable à tous les organes, en tant qu’il s’agit de trouver, chez les animaux, des confirmations pour les organes découverts dans l’homme.
La comparaison de l’encéphalê humain avec celui des animaux, nous fait connaître enfin de quelles parties intégrantes, ou de quels organes individuels est composé le cerveau de Fhomme ,
eù l’animal cesse dans l’homme, où commence le noble caractère qui distingue l’homme deda brute, et de combien il est ëleve' au-dessus d’elle; recherche bien plus utile et plus positive que les ■yaines rêveries des métaphysiciens.
Huitième moyen : Mutilations accidentelles.
J’ai rejeté, il est vrai , les^ mutilations violentes,- comme moyen de découvrir les fonctions d’une partie cérébrale, ou d’un organe quelconque. Les raisons que j’ai alléguées subsistent aussi pour les cas où une mutilation accidentelle a troublé les fonctions d’une qualité ou d’une faculté quelconques. Cependant, lorsque après que le siège d’un organe a été découvert par d’autres moyens , que cette découverte est suffisamment constatée, et que cet organe ayant été lésé, il s’ensuit lésion de la faculté qu’on lui attribue ; l’on peut , en toute assurance , regarder ce phénomène comme une preuve nouvelle. Lorsque, par exemple, Torgane a l’aide duquel nous avons la faculté de retenir les noms , a été ié^ par une balle, et qu’il en résulte une impuissance de se rappeler les noms ; lorsque la région où est placé l’organe des nombres devient doulouréuse chaque fois que l’on a fait des calculs difficiles ; lors-
2oG sur UES FONCTIONS
qu’après «ne lésion de Forgaiie , déjà bien constaté, de rinstinct de la pxopagatiop, il s’ensuit V impuissance et le dégoût pour la coliabitation ^ personne ne trouvera que c’est mal raisonner que de regarder ces faits comme autant de confirmations nouvelles.
Neuvième moyen ,pris de la suite et de V arrangement des organes.
La physiologie du cerveau, arrivée au point où elle est à présent, est une preuve irrécusable que l’emploi des moyens indiqués ci-dessus a été infiniment plus utile à la science, que tous les efforts des métaphysiciens et des anatomistes qui n’étaient pas dirigés par l’esprit d’une saine philosophie. Maintenant que nous connaissons un assez grand nombre de forces primitives, radicales , et d’organes , il devient de plus en plus possible d’entrevoir les lois d’après lesquelles la nature les a disposés dans le cerveau. Ce sont ces lois qui deviennent pour moi un moyen nouveau et extrêmement philosophique de présumer d’abord , et puis de découvrir le siège des forces fondamentales.
J§ m’explique :
Jusqu a ce moment , je ne me suis jamais
laissé conduire par le raisonnement , avant ap^ pris de bonne heure combien il est perfide, et de combien d’erreurs plausibles il est la source. J’aimais mieux m’abandonner tout entier à l’observation. Il s’ensuivit que je découvris tantôt une qualité ou une faculté fondamentale, tantôt une autre , tantôt un organe , tantôt un autre. Toutes les fois que je croyais avoir déterminé une force primitive ou fondamentale, à quelque degré d’activité que ce fut, et que je pensais avoir trouvé le siège de son organe, je marquais la place de cet organe, et j’en dessinais la forme sur le crâne. Dans ce procédé, je ne pus donc suivre d’autre ordre que celui dans lequel je faisais mes découvertes : je dessinais tantôt dans telle région, tantôt dans telle autre, la forme de l’organe que je venais de découvrir. Quelquefois j’ai eu le bonheur de saisir , du premier jet, exactement et l’endroit et la forme d’un organe. Quelquefois aussi il y avait du vague dans mes premiers dessins , ét il me fallait un plus grand nombre d’observations, mieux comparées, pour déterminer le siège ou la forme d’un organe avec plus de précision. C’est ainsi que naquit cette carte craniologique saisie avec tant d’avidité du public; et puisque c’était la seule chose qui tombait bien matériellement sous les yeux, on crut que toute la tendance et tout le mérite de
ao8 SUR LES FONCTIONS
la physiologie du cerveau se renfermaient dans cette carte. Les artistes s’en sont bientôt emparés, l’ont exécutée tant bien que mal , sans jamais me consulter, et en ont répandu un grand nombre dans le public sous toutes sortes de masques., C’est ce qui nous a déterminés à en faire de plus exactes, ou sur des crânes, ou sur des têtes moulées en plâtre.
Après que j’eus considéré mille fois cet arrangement des organes, je fus frappé des grandes vérités suivantes. Si le lecteur a une pareille tête dessinée entre les mains, je le prie de la mettre devant ses yèux, ét de me suivre dans mes méditations ; - ' ’
i®. Les qualités et les facultés qui sont communes à riiomrae et aux autres animaux , ont leur siège dans les parties cérébrales également communes à l’iiomme et aux brutes.-Toutes les fois donc qu’il s’agit d^une luulité ou d’une fa-^ culté commune aux bêtes et à l’homme, -il faut en chercher l’organe dans les parties inférieurespostérieures, postérieures - inférieures, ou inférieures-antérieures du cerveau. De ce nombre sont, par exemple, l’instinct de là propagation, l’amour de la progéniture, rinstinct de la propre défense, des approvisionnemens , de la ruse, etc, 2®. Les qualités OU les facultés dont l’homme jouit exclusivement, et qui forment la barrière
DU cerveau. 209
par laquelle il est séparé de la brute > ont ^eur siège dans des parties cérébrales dont les bêtes sont privées J , et il faut les clierclier en consé-^ quence contre les parties anterieures-superieures, et supérieures-anterieures du frontal. De ce nom-* bre sont^ par exemple y la sagacité comparative ^ la tendance métaphysique ou la causalité , l’espritj le talent poétique, la disposition aux idées et aux sentimens religieux. ^
3o. Plus les qualités êt les facultés sont indis^ pensables, plus leurs organes sont placés vers la base du cerveau, ou vers la ligne ihédiane. Le premier et le plus indispensable de tous les or.^ ganes, celui de l’instinct de la propagation, est placé le plus près de la base^ suit celui de ramour de la progéniture, etc. L’organe du sens des localités est plus indispensable que celui du sens des tons et que celui des nombres j aussi les deux derniers Sont-ils situés plus loin de la ligne médiane que le premier. Donc , plus une qualité ou une faculté est essentielle, plus il faut cbercber son organe près de la base ou près de la ligne médiane. Les organes moins indispensables sont placés plus vers le haut et les côtés. Si j’avais encore a découvrir l’organe du talent poétique , ce n est, conformément à ce principe, ni à la base, ni vers la ligne médiane que je le chercherais.,
2iO SUR li&S FONCTIONS
40. Que les organes des qualités et des facultés fondamentales qui sê prêtent secours mutuellement ^ sont placés aussi les uns près des autres,* par exemple i l’organe de la propagation et de l’amour dé la progéniture , de la propre défense et de l’instinct carnassier, des tons èt des nombres. S’il existe dés organes pour les sens de l’ordre et de la mesure dii temps , il est très probable qu’on les trouvera dans le voisinage de celui du sens de localité, dès tons, et de celui du sens des nombres.
Les organes des qualités et des facultés fondamentales analogues, sont également placés les uns près des autres. Par exemple , les organes des rapports des lieux, des rapports des couleurs , dés rapports des tons et des rapports des nombres, sont placés sur la même ligne, de même que les organes des facultés supérieures , fit ceux des pencbans animaux inférieurs.
'ï'out le monde doit être frappé de la proÊjnde sagesse qui éclate dans l’arrangement et dans l’ordre successif des organes. Cet encbainement ^st devenu à mes yeux une des preuves les plus importantes de la vérité demes découvertes. Je défie tous ceut qui voudraient attribuer mes déterminations des forces radicales et du siège de leurs organes, à un caprice, à 'une destination conçue arbitrairement, d’être doués de la dixième
BU CEE.VEAIÏ. 21 ï
partie de perspicacité nécessaire pour avoir seulement le plus obscur pressentiment de cet ordre si admirablement combiné! Mais une fois trouve, l’on y découvre la main de Dieu , qu’on ne peut cesser d’adorer avec d’autant plus d etonnerncnt que ses œuvres se dévoilent davantage a nos yeux. L’on conçoit facilement combien ces lois qui président à l’arrangement des organes , doivent faciliter de nouvelles découvertes dans la partie organologique de la pbysio|pgie du cerveau.
Après l’exposition des forces fondamentales et de leurs organes , je ferai un traité sur les gestes ,1a mimique et sur les formes des têtes nationales. Nous verrons que le langage des gestes , et la forme des têtes de diverses nations , comparée au caractère national , sont également un moyen non-seulement pour confirmer les découvertes déjà faites , mais aussi pour en faire de nouvelles. .
Avant de traiter spécialement des qualités et des facultés fondamentales, et d’indiquer le siège de leurs organes , il sera utile de dire au lecteur ce que j’entends par les expressions : qualités , facultés fondjarnenmles y -primitives , radicales, de donner quelques notions sur le cerveau et sur le crâne, et sur la manière dont il faut s’y prendre pour explorer le siège et la forme des organes.
sUR XES FOKCTIONg
Détermination de Vidée -. facultés , quatitéa
fondamentales , primitives , radicales.
Quoique je ne puisse présenter dans tout son développement ma philosophie sur les qualités morales et les facultés intellectuelles, sur les instincts , les penchans et les sentimens , qu’après l’exposition de toutes les forces radicales connues jusqu’à présenj, je crois ^ avoir assez dit pour que le lecteur se souviehne de la différence qui existe entre les attributs généraux des philosophes , entre la perception , raltention , le souvenir, la mémoire, la comparaison, le jugement, rimagiaation , etc. , et les instincts, les penchans , les sentimens , les talens déterminés. Ceux-ci sont chacun affectés à un organe particûlier, tandis que les autres ne sont que des attributs , des modes d’activité des véritables forces fondamentales. Les attributs sont inséparables de toutes facultés ou qualités radicales , tandis que celles-ci existent par elles 'mêmes, et constituent une fonction propre , spécifique. '
Il serait à désirer que nous pussions déterminer toutes les forces fondamentales, comme, par exemple, le penchant à la propagation , l’amour de la progéniture.Maishaction ordinaire des qualités et des facultés ne’réveille guère l’attention ^
DU CE E.VEATT. . 2l3
elle nous écliappe dans sa destination, primitive; nous Tojons les diverses ramifications de i’arbre, mais sa racine est cachée. De même nous sommes souvent frappés par les modifications., parles divers degrés demanifestation des forcesradicales ; mais nous n’avons pas pénétré jusqu’à leur source, à leur racine. Nous voyons le poète , et la marque extérieur^ de son talgnt ,* mais ce degré d’activité est évidemment le résultat d’un (développement extraordinaire d’une partie cérébrale. Quelle est la fonction de cette partie dans sa priuiitive destination ? Quelle est sa fonction radicale , fondameotaîe ? Le .peppiiant au vol, au meurtre J le pencbaat à la bienveillance^ à la dévotion , sont également chacun le résultat du développement et de Taction extraordinaire d’un orgaifib. Mais à quelle fonction radicale, primitive, fondamentale, faut-il les ramener ? Voilà donc de grandes difficuî|és à vaincre. Pour plusieurs organes, nous avons réussi à déterminer leur action primitive, radicale; pour d’autres, j’entrerai, partout où Focciasion se présentera., en discussion avec mes lecteurs.
Eu attendant, nous croyons pouvoir indiquer de la manière suivante les conditions caractéristiques, pour q^u’un iostinct , un penchant, un sentiment,, un talent, méritent la dénomination de fondarnental , de primitif, de radicab
2i4 sur RE s fonctions
JO. Lorsqu’une qualité ou une faculté, ou bien son organe , ne se manifeste ni ne se développe, ni ne diminue à la même époque que d’autres. C’est ainsi que l’organe du pencbant à la propagation et le pencbant lui-même se développent et se manifestent ordinairement plus tard que d’autres penchans. C’est ainsi que la mémoire des noms faibfit ordinairement plutof que les autres facultés.
2fi. Lorsque, dans le même individu, une qüa- * lité ou une faculté est plus ou moins active , sa partie cérébrale correspondante plus ou moins développée que les autres. C’est ainsi que les plus grands sculpteurs , peintres , dessinateurs n’ont quelquefois pas la moindre disposition pour la musique , les plus grands poètes peu de talent pour les mathématiques .
3®. Lorsqu’une seule qualité ou une seule biculté est active, tandis que les autres sont paralysées, et qu’égaleraént il n’y a de développé que le seul organe qui lui correspond. C’est ainsi que dés imbéciles, sous tous lés autres rapports, sont quelquefois impérieusement portés à Tamour physique ou ont un grand talent d’irnitation , etc.
, 40. Lorsque toutes les autres qualités et toutes les autres facultés subsistent dans leur intégrité, et tous les autres organes étant sufSsamment développés , une seule qualité ou une seule fa«^
DU CERVEAU. 2l5
culte se trouve dans rinaction, et un seul organe non développé. C’est ainsi que certains individus ne sauraient comprendre que deux fois deux font quatre j que d’autres ont la musique, les femmes en horreur.
5®. Lorsque dans les maladies mentales il n’j a qu’une seule qualité ou une seule faculté qui souffre, ou qu’il n’y en a qu’une seule qui subsiste dans son intégrité. C’est ainsi que tel aliéné n’est égaré, ou exalté que sous le rapport des idées religieuses , de la fierté, etc.; que tel autre , quoique fou sous tous les rapports , donne encore des leçons de musique avec une .grande intelligence.
6®. Lorsque la même qualité ou la même faculté se manifeste d’une manière toute différente dans les deux sexes de la méme^spèce d’animaux, et que l’organe dans l’un des sexes est différemment développé que dans l’autre. C’est ainsi que l’amour de la progéniture et son organe sont plus prononcés dans les femelles de la plupart des animaux; c’est encore ainsique chez les oiseaux de chant, le mâle seul chante et a seul cet organe bien développé.
Lorsqu’enfin la meme qualité ou la même faculté et le même organe se -trouvent toujours dans telle espèce, et manquent toujours dans telle autre. C’est encore ainsi que plusieurs
âï6 SUR lES FONCTIONS
espèces d’oiseaux, qiie le chieD, le cheval, etc.,, n’ont ni le penchant, ni l’organe de la construction, qui se manifestent si merveilleusement dans d’autres espèces d’oiseaux, dans l’écureuil, dans le castor. C’est encore ainsi que certaines espèces d’animaux sont carnassiers , émigrent , chantent, soignent leurs petits, tandis que d’autres espèces sont frugivores, restent toute leur vie sédentaires, ne chantent point, et abandonnent leur progéniture.
X)ans tous ces cas l’on pourra admettre que la qualité ou la faculté en question est une qualité ou une faculté fondamentale, une force primitive , radicale. Il n’est nullement nécessaire que toutes ces conditions soient réunies j mais plus il y en a, mieux l’indépendance, la spécialité de la quilité ou de la faculté et de l’organe seront prouvées.
Description du cerveau, de la tête et du crâne , en tant que la connaissance en est nécessaire pour la parfaite intelligence du siège des. organes.
Ceux qui possèdent mon grand ouvrage avec l’atlas , auront infiniment plus de facilité à comprendre les descriptions suivantes et les indications du siège des organes , que ceux qui sont
DU CEE.YEAÜ.
privés de ce moyen. Mais aussi ceux qui sont à même de consulter les planches, ne pourront pas se flatter d’avoir une idée exacte du cerveau et du crâne sans les avoir vus. Quelque exactitude que je mette dans la détermination du siège des organes, je sais, par expérience, que personne n’a pu s’instruire dans cette partie sans avoir un crâne, ou, ce qui vaut mieux, une tête dessinée sous les yeux.
La PL IV représente la surface inférieure du cerveau, telle qu’elle est appliquée sur la hase du crâne. La PL IX représente la surface supérieure du cerveau place dans le crâne , dans sa situation naturelle. La PL VIII offre le cerveau , vu de profil, également dans Sa situation naturelle dans le c|:âne. La PL XI offre une coupe verticale faite entre les deux hémisphères, de façon que l’on voit, de l’hémisphère gauche, la surface interne par laquelle elle touche l’hémisphère droit. On fait la coupe perpendiculairement en partant, PI. IV, de 28, 91, c, 22, 25, jusqu’à Pi. IX, 69, 48.
Dans tous ces cerveaux, les organes (ou plutôt l’épanouissement des organes parvenus à la surface du cerveau ) sont ruarqués d,e chiffres romains.
PLXetPrxiI,38.38.38. , est le rayonne-îpent des fibres médullaires , S. S, qui partent
2i8 sur les fonctions
des appareils de renfort, f. p. p. p., pour aller former la membrane nerveuse du cerveau qui forme elle-même ces plis que l’on appelle les circonvolutions.
Maintenant , le lecteur pourra se faire une idée nette de la position du cerveau dans le crâne, du crâne lui-même, et de la manière dont les organes se prononcent sur sa surface. L’on voit distinctement, PL VIII, que tout le crâne est rempli par la masse cérébrale j qu’entre la surface interne du crâne et le cerveau, il ne se trouve que les méninges , c’est-à-dire la membrane vasculaire (^pie-mhre^ , V arachnoïde, très mince, et la membrane plus consistante, dite dure-mère.
Des os qui forment la hotte osseuse dhe teméphale.
Du Basileùre. .
La partie inférieure de cet os ne peut point entrer en considération. Il est à la vérité en contact avec une petite portion des lobes moyens^ mais on ne peut reconnaître sa forme qu’après ïa mort. Une. petite portion de cet os est placée contre la partie postérieure externe des orbites ^ et contribue pour quelque cbose à déterminei
leur forme. Une portion de ses ailes touche le bord postérieur du frontal ainsi que le bord antérieur du temporal y et l’angle antérieur-infé’ rieur du pariétal.
Des Temporaux.
Lés temporaux, PL XXVIII, vi, s’étendent depuis le bord postérieur des ailes du basilaire, jusqu’au bord inférieur des parfétaux, et jusqu’à une partie du bord antérieur et latéral de l’occipital. Les temporaux renferment l’appareil auditif. Derrière le méat auditif se trouve le procès mastoïdien qui est rempli de cellules.
De T Occipital. ^
L’occipital commence derrière le basilaire à la base du cerveau? il forme le trou occipital qui donne passage à la moelle épinière, et s’étend vers le bas en descendant en arrière, et vers le haut en remontant , là il touche les bords posté'* rieurs des pariétaux , PI, XXVIII, i, u.
Des Pariétaux,
Les pariétaux, PI. XXVIÏI, IX, xin,setouchent dans la partie supérieure de la ligue mé*» diane? ils s’étendent latéralement en descendante
SUR UES FONCTIONS jusqu’aux temporaux, eu arrière jusqu’àl’occipital, et en avant jusqu’au frouÿl.
Vu Frontal.
Le frontal s’étend, en remontant, depuis la racine du nez et la partie supérieure des orbites, jusqu’au bord supérieur-antérieur des pariétaux, PL XXVIII, a, 56, 55, 54, 53, XXVII,
. et latéralement jusqu’ au basilaire (
Dans les ouvrages d’anatomie, l’pn décrit, à la vérité, ces os comme ayant toujours la même forme; mais le fait est que leur forme diffère d’un individu à l’autre , suivant que les parties cérébrales placées contre eux , ont , entre elles , des proportions différentes. C’est là précisément ce qui donne lieu aux formes si variées des têtes ; variétés de formes qui indiquent les différentes modifications du caractère moral et intellectuel des individus.
Les crânes des animaux, et je l’ai dit déjà ailleurs, demandent une étude particulière, non-seulement selon la diversité des espèces, mais encore selon l’âge des individus. Chez
(l't Je ne fais point ici mention de l’os criblé , parce qu’étant recouvert en entier par le bulbe du nerf olfactif, il ne se trouve pas en contact avec le cerv’^eau»
Dû CERVEAU.
quelques espèces on peut déterminer la forme du cerveau, d’après la surface extérieure du crâne , à-peu-près de la même manière que chez l’homme 5 chez d’autres j au contraire, la table externe du crâne est dans tout son contour, ou bien seulement dans quelques régions, si éloignée d’être parallèle avec la table interne, que la forme extérieure de la tête et du crâne ne ressemble en rien à la forme du cerveau. Chez ces animaux-là, l’organologiste ne peut donc tirer partie que de la surface interne du crâne, ©u de la forme extérieure du cerveau.
Méthode pour explorer tes orgatleÿ.
Il faut, avant tout, se familiariser avec le de-^ gré, ordinaire ou médiocre , ou moyen, du déve'^ loppèment des organes. L’inspection attentive d’un grand nombre de têtes, et l’étude de leurs formes ordinaires, continuée pendant longtemps, procureront successivement cette con-^ naissante. Puis on profitera de toutes lés occasions pour acquérir une idée exacte du développement extraordinaire des diverses parties cérébrales et de leurs proéminences sur la surface extérieure de la tête. On examinera les têtes des premiers poètes, des preniiers mathématiciens.
SÜK ÎÉS FOÎÎCTidSS mécaniciens, musiciens, des voyageurs passion** nés , etc,, etc. En usant de ces deux précautions indispensaHes, ron remarquera bientôt que les organes les mieux prononcés ne forment ni les hûsse$ des bouffons anti-organologistes , ni des proémineneés saiUaates comme un œuf, ou comme un poing,
Les parties anierienres du front , les têtes ebauves et les eranes nont pas besoin d’être palpés J une vue exercée snffitpoul* j uger le degré de déyeloppement du cerveau en général, de certaines de ses régions ou de certaines parties en particulier. On fera très bien d’étudier d’abord lés divers volumes des têtes en général | puis on s’appliquera à connaître les différens développemens de la région frontale, de la région ocGipitale, de la région latérale, du liant de la ^tête , et l’on finira par étudier les sous-divisions de toutes ces régions.
Lorsqu’il s’agit de toucber ou de palper, il est nécessaire d’employer un expédient dont j’ai toujours de la peine à faire convenir mes auditeurs. Groÿant que l’exploration des organes exige un tact bien fin, ils les cliercli eut avec lés bouts des doigts et les doigts écartés. De cette maniéré on sentira certaines aspérités, des fissures, ide petites gouttières, des exostoses, des loupes^ etc, ^ sur la tête J mais jamais on ne s’a-
percevra des douces proéminences, larges, rondes, ovales, etc. , que les diflférens développemens des parties cérébrales produisent sur la surface des têtes ou des crânes. Il faut au con-^ traire joindre les doigts et passer et repasser avec leur surface intérieure sur la sur&ce de l’endroit où l’on clierche le signe extérieur dfun organe. On augmente ainsi les points de contact, et en promenant tout doucement la main sur la tête , on découvre facilement , meme les proéminences qui ,échappentâ Foeil.
La plupart de mes auditeurs , instruits de cette métliode, saisissent au premier coup-d’œil ou au premier attoucliement les organès. Mais il y a aussi des yeux et des mains si malireureusement servis par le cerveau, qu’il leur est impossible de se convaincre de la réalité des formes les plus distinctes. iVow omnes omnia possumus.
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