I. POMMIER
Dans une première expérience, j'ai opéré sur un cent de jeunes scions ou baliveaux, tels qu’on les vend sur le marché de Rennes.
De ce paquet, j'ai fait deux lots égaux : cinquante furent plantés à 50 centimètres de distance les uns des autres, en pleine lumière; les cinquante autres furent plantés à la même distance, mais à l'ombre d’une haie touffue qui leur cachait presque complètement le soleil de midi. Le terrain était de même nature dans les deux cas et préparé de la même manière.
J'ai constaté à la fin de l'expérience, que les scions du
premier lot s'étaient développés normalement avec quelques variantes individuelles de peu d’importance. Ceux du second lot étaient restés plus faibles et les différences individuelles étaient beaucoup plus accentuées; leurs pousses étaient plus faibles et d'autant moins développées qu’elles avaient reçu moins de lumière. Comme ce résultat est en opposition jusqu’à un certain point avec l’action de la lumière atténuée, 1l faut admettre qu’il est dû à la difficulté qu’éprouve la plante à fixer le carbone quand la lumière devient très faible et à la concurrence qui lui est faite par ies racines des plantes composant la haie.
En outre les résistances au blanc du Pommier et aux pucerons étaient différentes suivant les individus et beaucoup moins fortes que chez les exemplaires du premier lot. Cela est conforme à ce que l’on sait à cet égard, car toute diminution, tout affaiblissement de l'organisme chez les végétaux comme chez les animaux est une porte ouverte par où pénètrent les parasites qui les guettent.
La coupe transversale de la tige des Pommiers du premier lot, âgée de deux ans à la fin de l’expérience, présentait, un peu au-dessus du collet, deux couches ligneuses concentriques très nettes, formées chacune d’un bois de printemps auquel se superposait un bois d’automne bien distinct. La couche de bois de deuxième année était sensiblement égale à celle de première année, cela se comprend facilement car la reprise avait été parfaite, la transplantation ayant été faite dans les meilleures conditions, dans la première semaine de novembre.
En somme, ces baliveaux de Pommier, placés dans des conditions normales, s'étaient comportés à la façon des baliveaux de Poirier dont j'ai décrit le développement. Cela est naturel, puisqu'il s’agit de deux végétaux qui sont très proches parents.
Dans les jeunes arbres du second lot, le développement s'était fait avec moins de régularité et la coupe de la tige, faite au même niveau, offrait des différences parfois assez tranchées suivant les exemplaires.
Le bois de seconde année était partout d'épaisseur moindre que celui de première année, les conditions de vie ayant été
moins favorables. Dans les exemplaires les mieux venus, ayant reçu plus de lumière au travers des parties moins fournies de la haie feuillée, le bois de deuxième année formait un anneau complet dorsiventral. Le dos était situé du côté le plus éclairé, et le-ventre, du côté le plus ombré. Les pieds, faibles et à ramihcation unilatérale, avaient un bois de seconde année en forme d’arc d'épaisseur variable suivant les individus. Le bois de printemps et celui d'automne restaient cependant distincts.
De cette première série d’expériences on peut donc conclure que la mise à l’ombre a eu pour conséquences une réduction d'épaisseur des tissus secondaires ligneux, la formation d’une dorsiventralhté et la production de bois disposés en arc. Ce sont là des phénomènes comparables à ce qui se passe dans un Pommier où un Poirier au fur et à mesure du développement de leur charpente quand leurs organes se font concurrence par rapport à la lumière et à l’aliment.
J'ai, dans une seconde série d’expériences, combiné le facteur lumière et le facteur absorption dans le sol. Prenant 99 baliveaux, j'en ai fait trois lots égaux de 33 exemplaires chacun.
Les 33 premiers furent plantés en plein soleil dans un sol convenable et à la distance de 50 centimètres les uns des autres.
Les 33 scions du second lot furent eux-mêmes plantés en plein soleil, dans le même terrain que les précédents, mais je les laissai en paquet, réunis comme 1ls le sont pour la vente. Chacun d’eux était ainsi gêné à des degrés divers dans l’exercice de ses fonctions. Les pieds les plus externes étaient les plus favorisés.
Enfin le reste fut aussi laissé en paquet, mais après leur plantation dans le même sol que les précédents, je les entourai d’une caisse prismatique en bois, à base carrée de 50 centimètres de côté, et d’une hauteur de 1 mètre 20. Cette caisse, ouverte à la base, au sommet et sur le côté tourné vers le nord, supprimait tout éclairement dans les directions est, sud et ouest. La lumière ne pouvait arriver aux Jeunes Pommuiers que par le nord et par le sommet de la caisse (fig. 101). On comprend qu’une telle disposition réduisait considérablement l’éclairement, particulièrement pour les scions situés à l’intérieur du paquet.
A la fin de la végétation, je coupai, comme précédemment, au dessus du collet, un certain nombre de Pommiers.
Les exemplaires du premier lot donnèrent des résultats en tous points compasables à ceux qui, dans la première expérience,
Fig. 101. — Jeunes scions de Pommier cultivés en paquet dans une caisse ouverte à la base, au sommet et latéralement du côté du nord.
Beaucoup de ces scions ont péri, desséchés complètement.
D’autres se sont desséchés par l'extrémité supérieure et n’ont donné aucune pousse. Seules la racine et la portion inférieure de la tige sont restées vivantes, entretenues par la chlorophylle de la tige.
Un certain nombre de ces scions desséchés par l'extrémité supérieure ont donné des dards plus ou moins longs, munis d'une rosette de feuilles étalées,
Enfin quelques-uns des plus forts scions situés à l'extérieur du paquet ont fourni des pousses à bois feuillées.
Celles-ci étaient peu nombreuses en général et les plus fortes étaient celles qui avaient reçu le maximum de lumière, c'est-à-dire celles qui étaient venues sur les jeunes scions situés au nord, du côté où la caisse était ouverte.
Une de ces pousses était verticale et avait pu dépasser le sommet de la caisse.
Les autres pousses étaient restées trop courtes pour arriver à la lumière libre.
avaient été placés en conditions normales. Leur coupe présentait deux couches ligneuses, distinctes et sensiblement égales.
Ceux du second lot présentaient des différences très tranchées ; seuls les scions de la périphérie du paquet avaient poussé en donnant une flèche et des rameaux latéraux du côté externe ; ceux du centre, mal éclairés et mal nourris, poussèrent à peine
à leur sommet; quelques-uns même ne poussèrent pas et se desséchèrent vers le sommet sur une étendue plus ou moins considérable. Quelques ramiñcations latérales s'était développées là où des interstices leur étaient laissés par leurs voisins, mais ces pousses souffreteuses étaient courtes et presque en rosette.
En coupe transversale, au-dessus du collet, on trouvait, dans les exemplaires de la périphérie, deux couches concentriques hgneuses inégales dont la plus externe, à disposition dorsiventrale, était la plus faible. Dans ceux de l’intérieur du paquet, la coupe présentait des bois en arc d'autant plus réduits que la ranmfcation avait été plus faible, et que la position des rameaux par rapport à la lunuère était plus défectueuse. Les scions, desséchés à leur sommet, mais restés vivants par la base de la tige, ne présentaient qu'une seule couche ligneuse, celle de première année. Ils s'étaient purement et simplement entretenus à l’état léthargique, ou s’ils avaient donné du bois secondaire, celui-ci ne se distinguait pas du bois d’automne formé la première année.
Ces phénomènes, qui montrent l’étroits dépendance qui existe entre les facilités de l’exercice des fonctions nutritives des organes du Pommier et leur structure ligneuse, étaient plus accentués encore dans les exemplaires du troisième lot, et cela se conçoit facilement.
Beaucoup de scions ne portaient que des rameaux courts, avec des feuilles rapprochées, comme dans les dards normaux; d’autres avaient de courtes brindilles.
J'ai examiné la structure de ces productions ; elle était celle des pousses analogues chez les arbres normaux.
Les résultats de ces deux séries d’expériences suffsent à montrer l’exactitude de l’explication que j'ai donnée au sujet de la différenciation des branches au cours du développement du Poirier et des arbres en général.
La formation des petites branches à bois de courte durée, celle des pousses fruitières (dard, lambourde, branche fruitière âgée, etc.), sont dues à la diminution de la radiation pour les organes cachés par le feuillage environnant d’une part, à la réduction de l'aliment causée par l’augmentation du chemin à
parcourir par les liquides nourriciers et par sa répartition entre les rameaux de plus en plus nombreux et par conséquent de moins en moins nourris, d’autre part.
De même, on,peut se rendre compte par ces expériences du rôle joué par la radiation et son incidence dans la formation des couches ligneuses, leurs dimensions, leur symétrie et leur disposition en anneaux réguliers ou irréguliers, en arcs épais ou minces; et aussi dans la distinction plus eu moins tranchée entre le bois de printemps et le bois d'automne, dans la formation de couches concentriques ligneuses nettement séparées ou au contraire confuses, etc. Il en est ainsi si la lumière agit seule ou concurremment avec d’autres facteurs comme le régime de l’eau et des substances solubles par exemple, qui peuvent accentuer ou diminuer l’amplitude de la variation.
DR IERS
J'ai fait des expériences de même ordre sur le Lilas dont le développement diffère de celui du Pomnuer par son drageonnage prononcé.
Les drageons, abondants et en général pressés sur un même point, se font rapidement concurrence par rapport à la radiation et à l’aliment. Pour la radiation, cette concurrence est rendue plus àâpre non seulement par les branches de chaque drageon, au fur et à mesure qu’elles se développent, mais encore parce que le Lilas, en sa qualité d’arbrisseau, est mis à l’ombre par les arbres voisins ou doit lutter avec d’autres arbrisseaux pour conserver sa place au soleil.
J'ai constaté, par des coupes effectuées à la fois dans les tiges souterraines et dans les drageons coupés à la base, que les organes souterrains et les organes aériens de même âge diffèrent comme structure, ainsi que les racines, un peu à la façon de ce qui se passe pour les racines horizontales et les racines verticales.
La tige souterraine âgée de cinq ans est à bois plus tendre que la tige aérienne correspondante. Elle ne possède qu’une seule couche ligneuse secondaire bien nette, au-dessus de la-
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quelle se voit une autre couche comprenant des vaisseaux en cercles avec fibres ligneuses réduites. Cette dernière couche, sensiblement uniferme, correspond cependant à la croissance de quatre années successives. Son épaisseur ne dépasse guère celle de la couche de première année qui a seule du bois de printemps et du bois d'automne distincts.
Le drageon de même âge possède, non plus une seule couche à bois de printemps et à bois d'automne, mais deux couches nettes qui se sont formées successivement pendant les deux premières années du développement. Les trois dernières années, le bois formé est sensiblement uniforme et donne l’apparence d’une couche unique. Ainsi l’on remarque un curieux phénomène : l’emboîtement des cônes cesse plus tôt dans la tige souterraine que dans la tige aérienne chez le même Lilas.
La différence de dureté entre la partie souterraine et la partie aérienne de la même tige provient du géotropisme négatif de la tige aérienne et de l’absence de géoctropisme chez la portion souterraine. L’appareil de soutien est ainsi développé proportionnellement au travail qu’il est appelé à fournir.
Ayant constaté ces structures, je me suis proposé de les reproduire expérimentalement. Pour cela, j'ai, artificiellement, obligé les drageons du Lilas à se transformer en petites branches de courte durée. Pour cela, j’ai cultivé comparativement, en des bacs de grande taille, deux lots de cinq drageons égaux et racinés de la même façon. Etant donné l’abondance des drageons sur un même pied de Lilas, 1l est facile de trouver des exemplaires semblables.
J'ai placé les cinq drageons du premier lot, chacun dans sa caisse, en pleine lumière; les cinq drageons du second lot, préparés et traités de la même manière, ont été chacun mis au centre d’une caisse ouverte au sommet, à la base et du côté nord, analogue à celle qui m'avait servi pour les scions de Pommier (fig. 101).
Les Lilas venus en pleine lumière ont donné de bonne heure des drageons; les autres en ont donné un peu plus tard. Les drageons venus à la lumière ont poussé vigoureusement et se sont ramiñés assez fortement; ceux du second lot, venus à l’ombre,