I. PLANTES NE DONNANT PAS DE ROSETTE APRÈS DÉCAPITATION
Deux cas sont encore à considérer
1° La décapitation provoque la formation de couches concentriques supplémentaires dans les parties restantes;
2° Elle ne produit pas de couches supplémentaires concentriques.
a) La décapitation provoque la formation de couches concentriques supplémentaires
Les végétaux chez lesquels la dérivation sympodique artificielle, avec production de rameaux réparateurs vigoureux, détermine la formation de couches concentriques ligneuses sup-
plémentaires, sont très nombreux, qu’il s'agisse de plantes cultivées ou de plantes sauvages.
Ceux sur lesquels j'ai opéré sont la Laitue cultivée, le Lampsana communis, le Chrysanthemum segetum, le Trifolium incarnalum et les Wipérines.
Fig. 415. — Laitue pommée au moment où la phase de rosette est achevée.
A la suite du repiquage, la racine pivotante ayant été recourbée, les racines latérales ont pris un plus grand développement.
A B, niveau de la coupe de la racine,
Fig. 116. — Laitue, ayant, après décapitation, donné trois pousses de remplacement ou rameaux réparateurs, de taille inégale.
La Laitue ici représentée était une Laitue d'hiver à grosse pomme qui, semée à l'automne, fut décapitee vers la fin d'avril.
Cette plante s'étant librement développée dans le terrain où elle avait été semée, a conservé pour cette raison sa racine nettement pivotante.
A B, niveau de la coupe.
La Laitue présente une grosse pomme à sa phase de rosette (Ag. 115). Si l’on coupe cette pomme au moment où la tige
florale est déjà à moitié développée, à une petite distance du collet, 1l arrive que quelques-uns des bourgeons situés à l’ais: selle des feuilles de la base se développent pour remplacer la tige supprimée. Il se forme ainsi un sympode tigellaire et une dérivation variable comme direction et intensité suivant le nombre et la vigueur relative des rameaux réparateurs.
Dans l’exemplaire que je vais étudier, il y avait trois rameaux réparateurs de valeur inégale et disposés en triangle irrégulier par rapport à la section (fig. 116).
La coupe transversale de la racine, faite au voisinage du collet, présentait au centre un bois mou, à vaisseaux disséminés dans un parenchyme de dilatation irrégulièrement disposé en tous sens, et auquel faisait suite un bois à vaisseaux rayonnants, à rayons médullaires larges, où prédominant du parenchyme de dilatation régulier.
Ces deux formations distinctes correspondaient, la première, à la phase de rosette proprement dite; la seconde, à la formation de la pomme et à la mise en réserves des substances destinées à permettre la fructification future.
Autour de ces formations se trouvait une couche de bois dur et compact, qui s'était développé pendant la montée à fleurs et dont la croissance avait brusquement cessé lors de la décapitation. Ce bois était relativement tendre, parce que la floraison était à peine commencée.
Enfin, au-dessus du bois de floraison en anneau, on voyait trois arcs de bois plus dur, très inégaux et disposés en triangle irrégulier (fig. 1, pl XLVII). L’arc le plus épais correspondait au rameau réparateur le plus fort; le plus petit, au rameau réparateur le plus faible; enfin le moyen, au rameau réparateur de vigueur intermédiaire aux deux précédents.
Ainsi la production artiñcielle d’un sympode à rameaux réparateurs multiples, avec dérivation inégale, a provoqué dans la tige restante des bois fractionnés en arcs inégaux, à la façon de ce qui existe naturellement dans une bourse fruitière de Poirier portant plusieurs pousses et formant un sympode tigellaire, Chaque arc ligneux était de même proportionnel à la
valeur de l’appel exercé par chaque rameau réparateur, autrement dit à la capacité fonctionnelle de chacun d’eux.
Considérons maintenant des plantes ou des parties de plantes qui ne présentent pas, comme la Laitue, des tissus de réserve très développés. Les bois secondaires peuvent encore enregistrer, de la façon la plus nette, par la formation de couches concentriques complètes ou d’arcs, les effets physiologiques de la décapitation et de la transformation de la pousse indéfinie en pousse sympodique.
Chaque plante ainsi opérée donne des bois particuliers à son espèce, mais la zone de séparation produite au moment du passage brusque à l’état de vie ralentie et de la reprise progressive de la vie active est toujours bien nette.
Chez le Chou, chez le Chrysanthème, les rameaux réparateurs sont vigoureux; ils sont un peu plus faibles chez la Lampsane et peu développés chez le Trèfle incarnat, qui survit rarement à la décapitation s1 elle est faite près du collet et sur des pieds un peu âgés.
À ces différences dans la valeur des rameaux régénérant les parties enlevées correspondent des variations dans la nature et l’épaisseur des bois secondaires formés après la décapitation.
Dans le Chou, la séparation de la couche concentrique surnuméraire est moins nette à cause de la dureté du bois et de la résistance assez élevée de la plante aux changements de milieu. Chez le Chrysanthemum segelum, qui devient trapu et très ramiñé, on voit, dans la coupe de sa tige au voisinage du collet, un bois de régénération très étendu (fig. 3, pl XLVI,. La Lampsane donne aussi une couche de bois de régénération bien distincte, mais de faible épaisseur par rapport au bois ancien g. 4, pl XLVT); enfin celle du Zrifolium incarnatum (fig. 2, pl. XLVI) est faible et en forme d’arc.
Chez la Vipérine, j'ai décapité des pieds de vigueur très inégale, et J'ai opéré au moment où la première floraison était déjà assez avancée.
Avec les pieds vigoureux, j'ai obtenu un anneau complet ct assez épais de bois de régénération, tant dans la tige que
dans la racine. Avec les pieds faibles, j'ai au contraire obtenu du bois en arc.
b) Il ne se forme pas de couches concentriques surnuméraires après la décapitation
Si les plantes précédentes enregistrent très nettement dans leurs tissus secondaires les variations de la répartition des produits plastiques à la suite de la décapitation et se conforment ainsi à la formule #7+7 quand les tailles sont suffisamment espacées, 1l y a des plantes herbacées chez lesquelles pareil enregistrement n’a pas lieu.
C’est le cas de beaucoup de plantes à bois peu différenciés et peu développés, des plantes à adaptations tranchées comme ies Pelargontum zonale, les Achyranthes, etc.
Je pourrais répéter ce que j’ai déjà dit pour la façon dont se sont comportées ces plantes sous l’influence des variations du régime de l’eau et des à-coups de végétation.
Je me bornerai à faire remarquer que, même chez les plantes qui, après décapitation, donnent une couche concentrique de régénération bien distincte, 1l est nécessaire, pour que ce phénomène se produise, que les bois soient sectionnés complètement.
Une simple entajlle, plus ou moins profonde, amène bien des cicatrisations ligneuses spéciales, mais non la formation d’une zone circulaire. C’est ce que montre la coupe d’une racine de Radis Rave attaquée par des larves d’Insectes (fig. 3, pl. XLVIT) montant prématurément à fleurs et dont le tubercule était très réduit. Décapitée, une racine d’une Rave de même âge donnait deux couches concentriques comme la plante remontante (&g. 3, pl. XLIT).
C’est également ce qui se passe pour les plantes gelées partiellement.
La Laitue d’hiver peut perdre ses feuilles à la suite d’un abaissement de température sans que pour cela le bourgeon terminal soit atteint. Elle n’en continuera pas moins à fournir,
’époque habitueile, sa tige florale et à donner fleurs et fruits,
à à l’aide des réserves contenues dans sa racine.
En coupe transversale, la racine ne présente pas de bois de régénération distincts des bois de fructiñcation. Elle ne saurait en avoir puisque la décapitation n’a pas eu lieu (fig. 3, pl. EMI)
Si, au contraire, le bourgeon terminal a été détruit ou très affaibli après le début de la montée à fleurs, des rameaux réparateurs l’ont remplacé ou suppléé; cela suffit pour que les bois secondaires enregistrent l’accident.
Les mêmes faits s’observent chez diverses Composées bisannuelles à rosette comme les Barkhausia, par exemple. Le bois de fructification, chez ceux-ci, est beaucoup plus développé que chez la Laitue et, s’il n’a pas de bois de régénération, 1l n’est cependant pas uniforme.
Au voisinage du bois de rosette, 1l est plus ligniñé; ce bois dur devient plus tendre progressivement; puis 1l redevient de plus en plus dur au fur et à mesure qu’il se rapproche du liber. Les vaisseaux ont une tendance à se grouper en anneaux circulaires.