‹ Influence du mode de vie sur la structure secondaire des dicotylédonesChapitre 8 sur 141 · I. — Plantes aquatiques ou palustres · texte numérisé non relu

I. — Plantes aquatiques ou palustres

Ces végétaux peuvent être submergés en totalité ou en partie seulement.

Chez les premiers, la transpiration ne s'effectue pas, et, toute la plante étant au contact de l’eau, il n’y a pas besoin d’un tissu conducteur très développé pour assurer un courant d’eau prononcé.

Aussi, comme cela est connu depuis longtemps, en particulier par les travaux de Costantin et autres botanistes, le tissu hgneux est-1l fort réduit. Ainsi tout le cylindre central est, dans l’Ælodea, représenté par une lacune centrale; par une lacune

dans chaque faisceau chez les Ceratophyllum; ou il ne contient que du bois primaire, comme chez les Ufricularia.

Lorsque la plante est en partie submergée et en partie aérienne, il peut arriver que les feuilles s’étalent à la surface de l’eau ou que des tiges feuillées se dressent dans l’air. La fonction de transpiration s'exerce aussitôt d’une façon plus cu moins intense, suivant le nombre et l’étendue de la surface des feuilles, comme aussi suivant la capacité fonctionnelle propre de leur chlorophylle. Ainsi la fonction détermine la formation d’un courant d’eau dans la plante et cette circulation est sous la dépendance du milieu aérien (lumière, température, état hygrométrique), essentiellement variable par sa nature, mais auquel répond le milieu d’absorption invariable où est placée la racine.

À ces conditions nouvelles correspondent des structures particulières, où les bois peuvent aller en augmentant de valeur et de diversité ou bien rester plus ou moins stationnaires. Tantôt, en effet, les organes restent à la structure primaire (Nymphœæacées); tantôt apparaissent des bois secondaires plus ou moins développés.

Or, dans les travaux concernant ces plantes, on ne s’est pas préoccupé de déterminer ce qui se passait avec l’âge dans leurs bois secondaires, de rechercher l’influence des divers facteurs écologiques dont les structures sont la résultante et en particulier s’il se formait des couches concentriques ligneuses en relation ou non avec le nombre des années vécues par chaque espèce.

C’est cette étude de la répercussion des facteurs écologiques sur la structure que j'ai faite d’abord chez les plantes aquatiques à tissus secondaires, chez les plantes des bords des eaux, des marais, des lieux inondés l'hiver, et des endroits humides, en tenant compte de leurs modes de passage à l’état de vie ralentie et de la durée de leur existence, en même temps que des variations dans leur régime de l’eau sous l’influence des changements climatologiques et des saisons

LOPLANTES AQUATIQUES PARC PANRACINENET AÉRIENNES PAR UNE PARTIE VARIABLE DE LA TIGE.

Considérons les plantes nettement aquatiques et submergées en grande pawtie comme les Nymphœacées, l’Aippuris vulgaris, le Myriophyllum spicatum, le Villarsia nymphoides, l’'Hottonia palustris, etc. qui vivent au milieu des eaux et dont l'appareil aérien est annuel.

Les Nymphœacées de notre pays ont des rhizomes qui se comportent d’une façon différente suivant les genres. Dans le Nymphæœa alba, le rhizome a des ramifications qui deviennent libres au bout de la première année. Chez le Nuphar luteum, les ramifications du rhizome ne se séparent pas aussi vite et peuvent ainsi vivre plusieurs années. Dans un cas comme dans l’autre le rhizome ne donne pas de formations secondaires. Il en était du moins ainsi dans les échantillons assez nombreux que J'ai examinés.

Le rhizome de l’Æippuris vulgaris est épais, très ranufñé et sympodique. Les tiges aériennes se détruisent annuellement, mais le rhizome persiste deux ans au moins. Le cylindre central, très réduit par rapport à l’écorce, ne semble pas donner de productions secondaires, quel que soit son âge.

La durée du rhizome du Ayriophyllum est plus longue et l’âge se reconnait assez facilement par les protubérances de sa surface qui correspondent chacune à une année. La couronne ligneuse y paraît réduite au seul bois primaire. Mais, comme dans l’Aippuris, l’'endoderme est bien net et possède ses plissements caractéristiques ; le tissu lacuneux de l’écorce est bien développé; la moelle est petite et sans lacunes; il n’y a pas de phellogène ou assise génératrice subéro-phellodermique, quel que soit l’âge, chez ces deux plantes.

L’AMottonia palustris est une Primulacée bien connue dont les tiges vivent deux ans ou plus. La coupe transversale de celles-ci rappelle beaucoup celle de l’Aippuris avec sa moelle peu développée, sa couronne de bois primaire et les grandes lacunes de son écorce, caractéristiques de l’aquatisme.

Le rhizome du V/larsia nvmphoides est drageonnant et

sympodique. Dans cet organe, à la seconde année, il se produit des tissus secondaires bien développés, formés de faisceaux nombreux, séparés par des rayons médullaires, mais à éléments ligneux vasculaires assez umiformes. Ce qu’il y a de plus intéressant chez cette plante, dont je n’ai pu me procurer que les rhizomes venus en baquets, au jardin botanique de Rennes, c’est qu’elle possède un phellogène très actif, situé profondément dans l'écorce, qui donne du liège en dehors et, en dedans, un abondant phelloderme non lacuneux, de telle sorte que l’exfohation fait disparaitre tout l’aérenchyme cortical, c’est-à-dire un des principaux caractères des plantes aquatiques. Toutefois l’endoderme persiste avec ses plissements caractéristiques.

Page 1