‹ Influence du traitement rhino-pharyngien dans la conjonctivite printanière et dans certaines formes de kérato-conjonctivites se rapprochant de cette affectionChapitre 5 sur 17 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

C'est à Arlt (1846) que nous devons la première description de la conjonctivite printanière. Toutefois on peut dire qu’il ne la connut pas dans ses caractères principaux puisqu'il la rattache à la diathèse lymphatique, étiologie contre laquelle semblent se réunir presque {ous les auteurs qui suivent.

Plus tard Desmarres accepta la description incomplète de Arlt, remarqua particulièrement la saillie périkératique et l’appela affection hypertrophique périkératique.

Von Græfe la nomma épaississement gélatiniforme du limbe, Hirschberg phlyctæna pallida.

Puis Sœmischle premier fit remarquer les exacerbations caractéristiques de l'affection pendant la saison chaude, d’où il lui donna le nom de catarrhe printanier qui est celui sous lequel on la désigne habituellement aujourd’hui: mot impropre, les secrétions morbides étant, comme le fait remarquer M.de Wecker, fort rares dans cette maladie.

Horner découvrit l’état particulier de la conjonctive du tarse et acheva ainsi la description de l'affection.

Fuchs, à qui nous devons ce succint historique, attache une importance préponderante à l’état de la conjonctivedu tarse.

Nous allons voir que non seulement les auteurs diffèrent touchant les caractères de la conjonctivite printanière, mais qu'ils sont même loin d'admettre tous son existence. Beaucoup ne la

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signalent pas: c’est ainsi que Sichel et Abadie ne prononcent pas son nom, que Galezoswki n'en fait pas mention.

Si nous nous reportons aux auteurs qui décrivent cette affection nous les voyons tellement différer les uns des autres dans l'importance qu'ils donnent aux divers caractères qu’ils signalent, que nous croyons devoir donner nous-même la description de ce que nous entendons par conjonctivite printanière. Nous sommes - d'autant plus tenus de suivre cette marche que nous étudions l'affection non point dans le but d'enrichir la symptomatologie des affections kérato-conjonctivales, mais d'apporter notre appoint à l'étude de leur traitement.

Pour Meyer l'affection est caractérisée par des éruptions phlycténulaires sur le limbe conjonctival. Saint-Germain et Valude font de l’étiologie la différence capitale entre l'affection kérato conjonctivale phlycténulaire et la conjonctivite printanière : celleci survenant chezles enfants bien portants, tandis que les affections phlycténulaires atteignent les scrofuleux. Aucune statistique n’accompagne celte dernière assertion, ce qui du reste se trouve être la règle des auteurs en ce qui touche la recherche des causes des conjonctivites et des kératites.

Pour M. de Wecker la conjoncetivite printanière est une variété de conjonctivite phlycténulaire miliaire. Son caractère différentiel est la récidivité annuelle. C’est à la description de de Wecker que nous rattachons les affections printanières que nous avons observées. Il s’agit, suivantnous, de kérato-conjonctivites avec hyperplasie et périodicité des rechutes, et nous n’allons citer la description de Fuchis que pour établir combien nos observations en diffèrent. |

Pour Fuchs, comme pour M. de Weker, l'affection printanière est chronique, trainante pendant des années, et produisant des

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altéralions caractéristiques dans la conjontive du bulbe; mais Fuchs ajoute, et dans la conjoncüive du tarse. Nous n'avons point vu ces lésions tarsiennes, nous avons simplement constaté l’état hyperémié de toute la muqueuse bulbaire et palpébrale. Cette Injection est uniformément répartie, dit de Weker, sur la parie supérieure du globe de lœil. Il est d'autant plus important de noter ces différences que pour Fuchs les lésions de la conjonctive tarsienne, « état papillaire imitant un pavement grossier et irrégulier, pouvant aller jusqu’à revêtir l'aspect cartilagineux », sont plus constantes que l’hyperplasie perikératique. « Sur le tout, ajoute le professeur de Vienne, s’étend un « voile délicat de teinte blanc bleuâtre, comme si l’on avait « versé une mince couche de lait sur la surface de la conjonce- « tive. » Voilà encore une constatation que nous n'avons pu faire : Nous reconnaissons bien que lhyperplasie perikératique prend parfois une couleur particulière que nous appellerions rose violette ou rouge opaline, mais en somme nous n'avons jamais rencontré ce revêtement laiteux dont on vient de parler. Tout au plus avons-nous vu ce que signale M. de Weker, des débris graisseux ou épithéliaux, sans doute l’un et l’autre, formant de petites plaques blanches sur l’hyperplasie. Du limbe cornéen, continue Fuchs, on voit s'élever aux bords internes et externes de la cornée, des végétations en forme de nodosités brunâtres, bosselées et dures, d'apparence gélatiniforme. Ces nodosités empiètent d’un côté un peu sur la cornée, de l’autre plus loin encore sur la conjonctive, et les vaisseaux qui se trouvent dans le voisinage de ces nodosités sont sensiblement dilatés. A la différence des efflorescences de la conjonctivite lymphatique qui s’altèrent promptement, ces nodosités ne s’ulcèrent jamais ; elles sont au contraire très persistantes, au point qu'elles

résistent pendant des années sans grandes modifications.

Nous ne pouvons qu'accepter toute cette partie de la description, de même que nous avons observé la vérité de cette remarque. « Les malades sont très incommodés par la photophobie, « mais surtout par un prurit continuel des yeux. » Mais ce que nous avons surtout observé de conforme aux observations de Fuchs c’est que la différence de l’état objectif pendant les diverses saisons est bien moins sensible qu'on ne le soupçonnerait à voir le changement notable de l’état subjectif du malade. La différence consiste principalement en ce que pendant lhiver les yeux sont pâles, tandis qu'ils sont injectés pendant l'été ; d'autre part pendant l'hiver les végétations conjonctivales ne paraissent qu’un tant soit peu moins développées que pendant l'été, Si l’on rapproche de cette observation celle de la sécheresse de la conjonctive, on est forcé de reconnaîtrecombien l'expression catarrhe appliquée à l'affection printanière des yeux est défectueuse.

Les observations que nous voulons citer se rapprochent de ce que de M. de Wecker appelle la conjonctivite phlyeténulaire miliaire dont le caractère principal est la localisation sur les bords de la cornée avec injection de la conjonctive palpébrale et bulbaire. Quelquefois il se fait de petites ulcérations sur le bord cornéen : toutefois ceci est loin d’être constant et quelques unes de nos observations sont des cas bien typiques de la conjonctivite hyperplasique printanière de de Wecker.

Comme nous avons l'intention d'étudier l'effet du traitement rhino-pharyngien dans les cas que nous allons décrire, il était très important de bien préciser la nature des affections. C’est que la conjonctivite phlycténulaire miliaire est, en effet, l'affection généralement la plus bénigne; ce qui la caractérise au point de

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vue de la marche, c’est larapidité de transition entre un état très sérieux en apparence et une guérison suivie de rechutes plus ou moins complètes. Nous devons donc nous prémunir contre une trop grande facilité à attribuer au traitement rhino-pharyngien une guérison qui serait dûe à l’évolution normale de l'affection.

Nous devons nous prémunir avec d'autant plus de soins contre cette erreur en déductions hâtives, que nous regardons avec M. de Wecker la conjonctivite printanière seulement comme une variété de la conjonctivite phlycténulaire miliaire. (Nous parlons, bien entendu, de la conjonctivite printanière observée dans nos régions de l'Ouest de la France, car aucun de nos malades ne nous a donné une idée de la description des altérations de Horner et de Fuchs.) J

Aussi préférerions-nous donner aux affections que nous avons observées le nom de kérato-conjonctivite hyperplasique ou miliaire, en ajoutant le terme de périodique ou plutôt de remittent suivant le cas car nous ne voyons pas dans la nature même du mal de raisons bien sérieuses de la différencier de la kératoconjonctivite miliaire. Quant à sa périodicité, combien d’affections franchement phlycténulaires sont périodiques, combien ne se guérissent qu'à moitié, et présentent des exacerbations leur méritant aussi le nom de remittentes ; toutes les affections chroniques de la kérato-conjonctivite ne sont-elles pas périodiques : la kératite la plus superficielle présente une périodicité diurne des plus accentuée-et M. le professeur Panas insiste sur la variation de photophobie que subit le malade pendant la journée. La diminution de la gêne nous semble bien justement attribuée à la station debout qui décongestionne la région céphalique tandis que la photophobie matutinale reçoit une interprétation satisfaisante du décubitus nocturne.

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