CHAPITRE Il
Bien souvent on a dit que les remèdes employés étaient d’autant plus nombreux que leur action était moins spécifique. Nous ne saurions appliquer cet adage médical à la thérapeutique de la kérato-conjonctivite hyperplasiqne printanière. Presque tous les auteurs reconnaissent dès l’abord l'impuissance des traitements. Le principal conseil des auteursest d'éviter les irritants. de donner un peu de calomel à l'extérieur etde prendre de l'arséniate de soude. Meyer, St Germain et Valude nous semblent aussi peu convaincus de l'utilité d’une intervention quelconque. Sœæmisch a conseillé les cautérisations au nitrate d'argent. Fuchs adopte les instüillations d’eau boriquée à 3 0/0 et une pommade au précipité blanc à 1 ou 2 0/0. On a en vain essayé la teinture d'iode localement. Dans un cas M. le docteur Couëtoux pratiqua sans succès l’excision du bourrelet perikératique. Le docteur Burnett conseille des instillations au collyre de sulfate de zine, des applications d'une pommade au précipité blane, à l’intérieur l’arsenic administré sous forme de liqueur de Fowler.
Dans les annales de 1891 M. ie docteur Couëtoux attira lattention sur quelques cas de kérato-conjonctivites hyperplasiques traités par les moyens antiseptiques appliqués à la région rhinopharyngienne. Depuis, ce système a été scrupuleusement suivi eUl nous reste à donner des observations à l'appui du traitement hino-pharyngien une fois que nous aurons sur des bases solides établi ce traitement,
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C'est en nous appuyant sur les rapports anatomiques et physiologiques qui existent entre les fosses nasales et l'orbite que nous proposons ce traitement, non pas comme spécifique (notre prétention ne saurait aller jusque là) mais comme pouvant être d’un appoint utile dans certaines formes de kérato conjonctivites et en particulier dans la conjonctivite printanière.
Sans chercher à nous étendre longuement sur l’anatomie d’une région qui à été aussi fouillée nous nous contenterons de citer brièvement les relations vasculaires et nerveuses.
Les artères ethmoïdales antérieures et postérieures se distribuent après leur naissance de l’ophtalmique, d’une part à l'orbite, de l’autre aux parties supérieures des fosses nasales à leur sortie des trous orbitaires internes antérieur et postérieur. Elles apportent ainsi pour une part les éléments de nutrition à la muqueuse rhino-pharyngienne supérieure. De cette muqueuse naissent les veines ethmoïdales qui suiventle mêmetrajet queles artères et vont se rendre à la veine ophtalmique ramenant des fosses nasales les produits des combustions organiques. Les Iymphatiques des deux régions, d’après M. le Professeur Sappey, n'auraient pas de communication bien apparente entre eux, mais, suivant certains auteurs allemands Recklingausen, Krause, les veines seraient entourées d’un fin réseau lymphatique et nous aurions ainsi une voie, relativement facile pour expliquer comment des germes peuvent d’un foyer infectieux nasal se transporter à la conjonctive et à l'œil. Les nerfs sont plus apparents et les phénomènes réflexes dépendant de l'excitation de leurs terminaisons sont nombreux. De la branche ophtalmique de Willis nait le nerf nasal qui, au niveau du trou orbitaire interne antérieur se divise en nasal externe et en nasal interne. Déjà avant sa bifurcation ce nerf fournit plusieurs filets très déliés se rendant au
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ganglion ophtalmique pour former sa racine sensitive, à la sclérotique et aux muscles de l'œil. Le nerf nasal externe ou rameau sous trochléaire se partage en filets descendants et superliciels qui s’épuisent dans la portion interne de la paupière inférieure, en filets descendants et profonds qui se distribuent au sac lacrymal,canalnasal,caronculelacrymale,conduitslacrymaux. enfin divers allant vers la racine du nez etla région sourcillière.
Le nerf nasal interne ou rameau ethmoïdale de Chaussier bien décrit par Sœmmering, s'engage dans le trou orbitaire interne antérieur, se porte vers la fosse ethmoïdale, et descend dans la fosse nasale correspondante où il se divise en rameau interne et externe : celui-là se distribuant à la muqueuse qui revet la cloison du nez ou il se divise en deux ou trois ramuscules qui se dirigent en arrière, celui-ci donnant un filet postérieur d’où se détachent de fines ramifications destinées à la muqueuse des cornets et des méats ou elles s’anastomosent avec les filets des nerfs sphéno-palatins.
Le filet antérieur ou nasolobaire se rend aux cartilages et aux téguments du lobule du nez.
Une autre voie d'infection tour à tour admise et rejetée par les auteurs est le canal lacrymo-nasal, conduit destiné à entrainer les larmes dans la partie supérieure du cornet inférieur. Ce canal long de 26 à 30 millimètres part de l’angle interne de l'œil où il prend naissance sur le bord des paupières par deux points, dits points laerymaux, et débouche dans l'épaisseur de la paroi externe des fosses nasales au niveau du méat inférieur à l'union du quart antérieur de ce méat avec ses trois quarts postérieurs.
On comprend que des relations aussi étroites ne soient pas sans importance au point de vue pathologique et depuis long-
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temps déjà on s’est aperçu du retentissement de certaines excitations nasales sur l'appareil de la vision et vice-versa. M. M Laveran et Teissier constatent que la propagation de l’inflammation dans les diverses formes de coryza, au canal nasal et aux conjonctives, occasionne souvent le gonflement et la rougeur de la paupière avec larmoiement,de même, ajoutent-ils, que son extension à la trompe d’Eustache produit la surdité.
Ce retentissement des lésions nasales sur l'œil, serait dû, suivant M. Berger, surtout à une action réflexe dont la cause serait l'excitation des organes terminaux du nerf trijumeau. « La conjonctive, dit-il, est bien plus souvent menacée d’une « infection que la réciproque n’est vraie. » Enfin, dans un travail sur les rapports entre les maladies de l'œil et du nez il indique les troubles oculaires réflexes (douleurs, larmoiement, photophobie, rétrécissement de la fente palpébrale, injection périkératique, asthénopie, amblyopie etc) qui ont été observés à la suite du coryza aigu, de la rhinite chronique hypertrophique, des polypes du nez, de l’ozène, de limpétigo, des ulcères des fesses nasales et des sinus. Qui donc au reste, dans un ordre d'idées plus restreint, n’a pas maintes fois éprouvé sur lui-mème le larmoiement que provoque soit l'introduction dans le nez d’un corps étranger, soit le chatouillement dela muqueuse ; les accès d’éternûment que produit l'excitation de l’œil par une lumière trop vive.
Au congrès d’ophtalmologie de 1891, M. Terson à propos du traitement des affections des voies larcymales s’exprimait ainsi: « L'infection dans le catarrhe des voies lacrymales est démontrée par la nature des lésions anatomo-pathologiques de la muqueuse lacrymo-nasale et par la virulence des secrétions altérées du sac sur le tissu cornéen dépouillé de son épithelium. Cette
infection est due aux rapports de voisinage et de continuité de la muqueuse d'un côté avec la conjonctive de l’autre avec la muqueusedes fosses nasales qui en est la source la plus ordinaire.
Un pas de plus et la lésion conjonctivale d'origine nasale est démontrée. Sans chercher à savoir par laquelle des voies précitées se fait le travail pathologique, si la lésion oculaire est dûe seulement à des troubles trophiques ayant pour cause une irritation constante des filets terminaux du trijumeau dans le nez et mettant l'œil dans un état spécial éminemment propre à se laisser secondairement infecté : ou si elle est dûe au transport vers l'œil de germes infectieux venus directement des fosses nasales par les voies lymphatiques, sanguines ou du canal nasal, nous nous contenterons d'établir ce travail en citant les observations cliniques etles résultatsobtenus parle traitement rhinopharyngien. S'il nous était permis d'émettre une opinion nous croirions plus volontiers à des troubles trophiques initiaux vu le peu de contagiosité de cette affection relativement à l’entourage des malades : C'est au reste l'opinion à laquelle se rattache le Dr Berger dans son travail sur les maladies des yeux et du nez. Aucun microbe au dire de Fuchs n'ayant pu être découvert dans cette sorte de kérato conjonctivite.
CHAPITRRE IT