‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 12 sur 44 · AE LE · texte numérisé non relu

AE LE

tique qu'on ne lui en accorde généralement, s’est souvent borné à concentrer les effets, à augmenter la vraisemblance par l’adjonction de petits détails vrais; il a travaillé, en un mot, en artiste et en habile homme, mais il a très souvent conservé les thèmes que tout le monde traitait autour de lui, et il n’y a parfois qu’une différence de degré artistique entre telle de ses magiques histoires et quelque obscur récit enseveli dans la poussière d’un magazine oublié.

L'homme qui sut assurer un si éclatant succès au Southern Literary Messenger savait, d’ailleurs, parfaitement ce qu'il faisait, et, dans ses moments de sincérité, il a clairement défini ses buts et limité son rôle. Dans une lettre à Anthon (datée June 1844, reproduite par Woodberry, Life of Poe, t. Il, pp. 72 sqq.), il se donne essentiellement comme un « magazinist »:

I perceived that the country, from its very constitution, could not fail of affording in a few years a larger proportionate amount of readers than any upon the earth. I perceived that the whole, energetic, busy spirit of the age tended wholly to Magazine Literature — to the curt, the terse, the well timed, and the really diffused, in preference to the old forms of the verbose and ponderous and the inaccessible... Thus I have written no books and have been so far essentially a magazinist.

Editeur et fournisseur de magazines, Poe en était aussi grand lecteur. Parmi les quelques livres qui garnissaient les rayons, sur les murs de son petit cottage à Fordham, il y avait à côté des « presentation copies » mentionnées par Mrs Gove (2) quelques tomes reliés du Southern Literary Messenger, de ceux peut-être qui donnèrent lieu à une correspondance acrimonieuse entre le poète et Duane (3).

- S'y trouvait-il aussi quelques numéros des revues françaises alors dans tout l'éclat de leur nouveauté, la Revue de Paris, la Revue des Deux-Mondés? Si rien ne permet de l’affirmer positivement, certains indices tendraient à le faire supposer. L’échange des revues devait se

- (@) «.… four chairs, a light stand, and a hanging bookshelf completed its furniture. There were pretty presentation copies of books on the little shelves, and the Brownings had posts of honor on the stand. » Mrs Grove, Sixpenny Magazine, February 1863. La « bibliothèque » de Poe, d’après ce texte, l'un des plus précis que nous possédions, ne semble donc pas avoir été très riche.

(3) Reproduite en appendice par Woodberry, Life of Poe Il 365 sqq. Poe avait vendu ou laissé vendre par inadvertance un tome relié du S.L.M. à lui prêté par Duane. L’incident nous révèle que Poe était parfois obligé de vendre une partie de ses livres dans les jours de misère, et en même temps qu'une partie de ces livres consistait en collections de magazines.

Page 1