‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 18 sur 44 · UT. A · texte numérisé non relu

UT. A

Morella’s erudition was profound. As I hope to live, her talents were of no common order — her powers of mind were gigantic. I felt this, and, in many matters, became her pupil. (4).

Sans doute, pourrait-on objecter ici que Poe prête tout simplement à Morella et à Ligeia précisément l’espèce d’érudition qu’il prétendait posséder lui-même. Si Ligeia connaît « tous les dialectes de l’Europe », Poe se vantait de déchiffrer un cryptogramme rédigé dans n'importe quel dialecte français, espagnol, allemand, italien ou grec. Et il s’efforçait par tous les moyens de faire croire à ses lecteurs qu'il avait entièrement parcouru le champ des sciences morales, physiques, et mathématiques. Il projette dans ses créations éthérées son idéal — un peu naïf — de savoir encyclopédique et universel.

Mais ceci doit nous être une occasion de remarquer que cet idéal était très voisin de celui de Balzac. Balzac, lui aussi, croyait à la possibilité d’un savoir intégral maîtrisé très tôt et très vite par la seule force de l'intelligence, et il a incarné cet idéal non seulement dans Seraphita, mais encore et surtout dans un personnage qui pouvait offrir plus d’un sujet de méditation à Edgar Poe : Louis Lambert.

Parmi lies nombreux ouvrages sortis de sa plume, Louis Lambert est certainement un de ceux auxquels Balzac attribuait le plus d’importance. Il le composa avec amour et le remania au moins trois fois. Publié d’abord en 1832, sous le titre: Notice biographique sur Louis Lambert, réédité, avec des additions, en 1833, sous le titre: Histoire intellectuelle de Louis Lambert, le livre parut enfin sous sa forme actuelle, en 1835.

Quelques années plus tard, en octobre 1839, Edgar Poe publiait, dans le Gentleman’s Magazine, un de ses récits les plus impressionnants: William Wilson.

(4) Morella parut dans le Southern Literary Messenger en avril 1835, Ligeia dans The American Musaeum en septembre 1838. Une partie importante de Séraphita, contenant le passage cité ci-dessus, avait paru dans la Revue de Paris dès la fin de 1834. Il faut noter cependant que Poe gardait quelquefois ses manuscrits assez longtemps en portefeuille et prévoir le cas où l’on découvrirait quelque version antérieure de MorezzaA ou de Laicera dans un magazine oublié. Mais, dans l’état actuel de nos connaissances, on doit considérer comme parfaitement possible que Poe ait eu entre les mains, dans l'hiver 1834-35, les livraisons de la Revue de Paris contenant le roman de Balzac, qui avait suscité, en France et à l'étranger, une vive curiosité.

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Ce récit est également un de ceux qui ont le plus fréquemment exercé la perspicacité des chercheurs de sources. On a rapproché William Wilson de récits analogues dûs à la plume de Calderon, d'Hoffmann, de Fouqué, de Novalis (5). Il est évident, d’autre part, que les souvenirs d'enfance de Poe y occupent une place importante. On a reconnu dans les premières pages une description très exacte de l'école de Stoke Newington, où l’auteur séjourna plusieurs années. On a remarqué enfin, en tâchant de s'inspirer des plus récents progrès des sciences médicales, que Poe avait bien pu transposer en les dramatisant des impressions personnelles. Arvède Baïine (dans les Névrosés) et M. Lauvrière, ont tous deux souligné ce fait que les alcooliques ont souvent des hallucinations, et qu’ils croient se voir eux-mêmes, par un dédoublement de la personnalité, dans les moments d’exaltation. Musset ne rencontrait-il pas partout, dans les moments de dépression:

Un jeune homme vêtu de noir Qui lui ressemblait comme un frère. (6).

(La nuit de décembre).

Faut-il encore allonger la liste de ces rapprochements? A la vérité, s’il ne s'agissait que du sujet lui-même, du thème, ce serait bien facile. Le thème du Doppelgänger, du double, est un des plus anciens qui aient jamais hanté les imaginations humaines. Il se retrouve dans les plus anciennes mythologies, dans les légendes bre- tonnes et dans celles des Scandinaves, et dans une foule de récits et de livres qu'Edgar Poe n'avait probablement jamais lus. Si nous ne trouvons pas autre chose que cette ressemblance très générale de thème, non seulement le rapprochement n’est pas probant, mais il cesse même d'être intéressant à force d’être vague.

La théorie du double est indiquée dans Louis Lambert.

Il y aurait en nous deux créatures distinctes. Selon Swedenborg, l’ange serait l'individu chez lequel l'être intérieur réussit à triompher de l'être ex-

(5) Cf. Palmer Cobb, op. cit. ch. IV. | (6) On pourrait dire aussi que Poe s’est. inspiré de Musset, puisque la Nuit de Décembre est de 1835.

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