‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 19 sur 44 · LIVRET · texte numérisé non relu

LIVRET

térieur. Un homme veut-il obéir à sa vocation d’ange, dès que la pensée lui démontre sa double existence, il doit tendre à nourrir l’exquise nature de l’ange qui est en lui. Si, faute d’avoir une vue translucide de sa destinée, il fait prédominer l’action corporelle au lieu de corroborer sa vie intellectuelle, toutes ses forces passent dans le jeu de ses sens extérieurs et l’ange périt lentement par cette matérialisation des deux natures.

Il est indéniable que c’est bien là le sujet même de William Wilson. Non seulement la théorie du double, mais même la morale de l’histoire se trouve formulée dans ces quelques lignes : William Wilson fait « prédominer l’action corporelle »; il est physiquement plus fort que son double, et, au lieu de nourrir sa nature d’ange, il s’abandonne de plus en plus aux jouissances matérielles, de sorte que, non seulement l’ange dépérit lentement, mais que Wilson finit par le tuer d’un geste symbolique.

On voit combien il serait facile de s’abandonner à l’imagination et de reconstituer le travail d’esprit hypothétique par lequel Poe aurait pu tirer William Wilson de cette page de Balzac. Mais on voit aussi tout ce qu’une pareille reconstitution aurait de fragile. Le début même de Balzac doit suffire à nous mettre en garde: « Selon Swedenborg..… » Ce ne sont pas des idées originales que Balzac expose ici, et Swedenborg lui-même avait bâti son système de pièces et de morceaux pris un peu partout. L'auteur américain a pu recevoir ces idées, en somme fort banales, par mille intermédiaires autres que Balzac. Avant même de suggérer la possibilité d’une imitation, il nous faut trouver entre les deux œuvres des rapports plus nombreux et plus précis.

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