‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 3 sur 44 · ONE · texte numérisé non relu

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la plupart de ses camarades, mais peut-être sur quelques-uns de ses maîtres. Le futur général Magruder et plusieurs autres pouvaient être éblouis par les connaissances de leur condisciple, sans que cela prouve autre chose que leur ignorance relative.

Tout le monde sait enfin qu'au début du siècle dernier et un peu partout, le niveau des études était moins élevé et les examens moins difficiles qu'aujourd'hui (5). En ce qui concerne West Point, on trouve d'utiles précisions à ce sujet dans la thèse inédite du lieutenant C. V. Allan, à qui nous avions déjà emprunté les éléments d'une critique du témoignage de Pickering Jones. Les examens de West Point étaient, nous dit cet auteur, « hâtifs et peu difficiles ».

« Comme les instructeurs s'étaient rendu compte des mérites des candidats pendant la période d'instruction, les examens d'’entrée étaient, sauf dans les cas douteux, hâtifs et peu difficiles. Toutes les épreuves étaient orales, et l’on exigeait du candidat qu'il fit « montre de sa familiarité avec la grammaire anglaise, la géographie et les principes de l’arithmétique ». En sus de quoi il fallait être à même de lire convenablement à haute voix et d'écrire lisiblement. Chaque professeur interrogeait le candidat à son tour ; après quoi Île directeur ajoutait telles questions qu'il lui plaisait. La répartition des cadets dans les différentes sections au début des cours était faite d’après les examens d'entrée. Le fait que Poe avait un bon rang en français (6) semble indiquer qu'il fut classé dans la première section pour les cours de français ; il dut y rester jusqu’à son départ, car les changements de section en français étaient rares. » (Op. cit. p. 20).

Poe était donc un des meilleurs élèves de West Point en français, mais on peut supposer que, là comme peut-être à l’Université de Virginie, il vivait sur son acquis. Une partie des cadets, ses camarades, n'avait, sans doute, reçu qu’une culture générale assez médiocre, et quelques-uns, très certainement, ne manifestèrent, durant leur séjour, qu’un goût très modéré pour la culture en

(5) Selon Phillips (I, 242) le premier bibliothécaire de VUniversité de Virginie, W. Wertenbaker «wrote that Edgar was « tolerably regular » in his attendances at lectures and a successful student ; having obtained distinction (Faculty minutes read « excelled ») at the final examination in latin and French, and this was, at the time, the highest honor a student could obtain, » Mais la même source ajoute aus sitôt : «It is of college record that final examinations were oral, and sometimes held at 5. 30 À. M. in the Rotunde’s Elliptical room ». D’autres témoignages sur les us et coutumes des universités de cette époque tendent à établir, indirectement, que ces examens étaient souvent « perfunctory ».

(6) Il avait été classé le 3° dans une section qui comprenait plus de 80 cadets.

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général. Si notre poète avait dès cette époque la réputation d’un mauvais sujet, quelques-uns de ses condisciples étaient encore plus mauvais sujets que lui. L’un d’eux, George W. Featherstonlaugh, passa en conseil de guerre avec quatre-vingt-quinze chefs d’accusation, allant, nous dit C. V. Allan, du crime d'incendie à celui d’avoir joué de la guitare un dimanche. Un autre, T. W. Gibson, fut exclu pour avoir mis le feu à une annexe, après avoir pris la précaution de mettre hors d’usage toutes les pompes du voisinage (7).

On peut donc se représenter Poe à West Point — et c’est la dernière fois qu’il aura l’occasion de faire des études suivies — comme ayant une connaissance du français égale à celle que pourrait en avoir aujourd’hui un bon élève de high school à la fin de ses études secondaires, c’est-à-dire qu’il avait sans doute un vocabulaire passif assez étendu, lui permettant de lire ou de traduire couramment un texte de difficulté moyenne, mais sans doute aussi des lacunes et des incertitudes dans ses connaissances grammaticales, qui expliquent les bévues dont il se rendit coupable plus tard.

A West Point même, il put entretenir ces connaissances, mais non les augmenter beaucoup. D'abord, son séjour y fut assez bref. Ensuite, et comme il est naturel dans une école militaire, une partie du temps était consacrée aux exercices physiques et à la préparation technique. Pendant l’été, à Camp Eaton, Poe devait, comme tous les cadets, vivre presque constamment en plein air, porter le fourniment et s’atteler à la bricole pour tirer les canons des écoles à

(7) Au contraire, Poe parait s’être bien conduit pendant les premiers mois de son séjour : « If this routine (celle de Camp Eaton) was distasteful to Poe, he gave no evidence of his distaste by his actions. In the original copies of cadet orders for the summer of 1830, which publish almost every day the arrests of Poe’s classmates for infractions of even minor regulations, Poe’s name does not appear. If he was discontented, his discontent was not strong enough to make him openly violate the regulations, as he did some months later. If, as tradition asserts, he spent most of his time off-limits, at the tavern of the genial Benny Havens, he was very careful not to be caught ». Allan, p. 23. Cf. aussi p. 26 « The report of cadets confined in the Light Prison at West Point does not at any time contain Poe’s name. As drunkenness was a very serious offense against regulations, and as cadets were being court-martialled almost weekly troughout the fall of 1830 for merely having liquor in their possession, it is not at all likely that Poe ever appeared at West Point as « roaring drunk » as Mr Jones describes him, or that he ever attempted in a drunken passion, to throw his company tactical officer, Lieutenant Locke, over a cliff. » Gibson, un autre camarade de Poe, a d’ailleurs déclaré qu'il ne l'avait jamais vu ivre une seule fois à West Point.

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