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marquises qui prétendaient savoir les mathématiques et l’astronomie (tout comme Poe) et s’intéressaient aux recherches de laboratoire.
C’est que les deux attitudes, celle de l’amateur d’illuminisme et -de l’amateur de science, correspondent toutes deux, comme on l’a vu, aux mêmes besoins fondamentaux de l’esprit humain. Dans les deux cas, c’est la curiosité, le besoin de savoir, qui pousse à la recherche du nouveau, de l’inattendu. Les contes de fées et les découvertes de la science satisfont, par des moyens différents, le même instinct, qui est fort ancien. En littérature, il a provoqué presque à toutes les époques, des floraisons plus ou moins épanouies et surtout plus ou moins remarquées, mais dont il n’est pas impossible d'établir la continuité. Aux débuts du romantisme, les points de jonction sont partout visibles. Tel roman des premières années de Balzac, La dernière Fée, pourrait prendre place sans trop de disparate à côté des productions analogues de M*° du Roumier, écrites près d’un siècle auparavant.
Edgar Poe a écrit à la fois des contes de fées et des histoires pseudo-scientifiques, et, par là, il était peut-être beaucoup plus voisin qu’on ne pense de ce xvur° siècle où les Cabinets des fées et les Bibliothèques bleues étaient édités ou réédités en même temps que des ouvrages de vulgarisation ou des romans scientifiques.
Mais il ne suffit pas d’établir que Poe pouvait être en communion d'idées avec les auteurs du xvr° siècle. Il faut encore se demander s’il pouvait matériellement, s’il devait vraisemblablement, lire des auteurs qui sont bien obscurs aujourd’hui.
On peut faire observer d’abord que, comme on l’a vu, les lectures de Poe étaient souvent assez hétéroclites. N'ayant pas le temps ni les moyens d’être érudit, on le voit chercher à faire figure d’érudit, et pour cela toujours en quête de citations pittoresques et de détails bizarres. Il cherche aussi des sujets, et des sujets sortant de l’ordinaire. Cela étant, faudrait-il s'étonner qu’il eut été chercher des aliments à son imagination chez des auteurs obscurs, secondaires et étrangers, lui qui tenait essentiellement à passer pour un esprit créateur et qui était d'autant plus chatouilleux sur la question d’originalité qu'il jetait plus facilement l'accusation de plagiat à la face des autres.
D'un autre côté, il est vrai, Poe n’a jamais eu de véritable bibliothèque à sa disposition, ni le moyen de se procurer des livres rares.
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Mais beaucoup d'auteurs secondaires du xvin° siècle, aujourd’hui totalement ignorés du public, l'étaient beaucoup moins il y a un siècle, au temps de la jeunesse de Poe. Leurs livres, souvent même aujourd'hui plus dédaignés que rares, étaient très loin d'être des curiosités bibliographiques, vers 1827 ou 1830. Au contraire, comme tous les livres démodés sans être encore anciens, ils devaient se vendre beaucoup moins cher que les nouveautés, et s’il était une catégorie d'ouvrages à la portée de la bourse du toujours impécunieux Poe, c'était bien celle-là.
Sébastien Mercier, par exemple, nous fait aujourd’hui l’effet d’un ncêtre, parce que beaucoup de ses écrits se rapportent aux mœurs de l’ancien régime, au règne de Louis XV; mais sa production se prolongea jusque sous le Premier Empire, et vraisemblablement on le lisait encore à cette époque, et même sous la Restauration. Toutes proportions gardées, il n’était pas, dans cette période qui correspond à l'enfance et à l'adolescence de Poe, plus ancien que ne l’est aujourd'hui Jules Verne, qui est si peu oublié qu’on le cite automatiquement presque toutes les fois qu’on fait allusion à la vogue du roman d'aventures. À l'heure où j'écris, le premier roman de Jules Verne, Cinq semaines en Ballon, remonte à plus de soixante-dix ans, et c’est pourtant un livre que tous les hommes faits et beaucoup de jeunes gens ont lu, et, en librairie, ce n’est certes ni une curiosité ni une ‘rareté. Mais qui nous dit que ce n’en sera pas une dans soixante-dix autres années?
D'autre part, il importe de se rappeler ici que le poète du Corbeau ressemble à ces plantes cultivées dans les forceries qui ont une maturité précoce et une décrépitude prématurée. Non seulement il est mort jeune, mais, à l’époque où il est mort, son activité créatrice était déjà considérablement ralentie; peut-être même la véritable activité créatrice était-elle éteinte.
On sait que rien n’est plus difficile à déterminer que la première date de publication des compositions de notre auteur. Les dates données par les derniers éditeurs, Woodberry, Harrison, sont celles des plus anciens textes qu’on ait pu retrouver dans les périodiques du temps, Southern Literary Messenger, Graham’s Magazine, etc. Mais l'examen des collections de périodiques de ce genre, quand elles existent (et elles sont généralement rarissimes) révèle immédiatement l’incertitude des dates généralement acceptées. Le M. S. Found