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question tout à l’heure, était un auteur bien fait pour intéresser un homme comme Poe. Fougueux iconoclaste, il fut un de ceux dont l'esprit s'élançait vers l’avenir avec le plus d’ardeur, au point que Voltaire fait figure de réactionnaire à côté de lui. Il ne lui a manqué peut-être que des encouragements, un autre public, une époque plus mûre, pour être le Wells de son temps. En tout cas, il a contribué à frayer la route aux Wells de l’avenir et, même aujourd’hui, on cite encore au moins le titre de son fameux ouvrage: L’An deux mille quatre cent quarante.
Poe le cite aussi, dans une note, au début de Meizengerstein :
Mercier in L'an deux mille quatre cent quarante seriously maintains the doctrines of the Metempsychosis, and J. D'Israeli says that « no system is so simple and so little repugnant to the understanding.
Mais, comme d'habitude, cela ne prouve rien, et il est facile de voir, ici, que Poe cite de seconde main, car il a ici indiqué sa source : c’est Disraeli — Disraeli le père, et non Lord Beaconsfield. Dans les Curiosilies of Literature, du savant bibliophile (article Metempsychosis, t. 1, p. 192, de l'édition Warne) on trouve exactement la même allusion à Mercier et à son livre.
Mais aussi, si cette citation ne prouve pas que Poe ait lu Mercier, elle ne prouve pas non plus qu’il ne l’ait pas lu. Au contraire, si les allusions puisées dans Disraeli remontent tout à fait aux débuts de Poe (4), celle-ci a pu inspirer à l’auteur américain le désir de faire plus ample connaissance avec son confrère français. Si jamais L’An deux mille quatre cent quarante est tombé dans les mains de Poe, il y a cent à parier qu'il l’a feuilleté avec intérêt.
Dans cette espèce d'anticipation, il est vrai, la fantaisie scientifique ne fournit guère à l’auteur qu’un cadre pour la satire sociale. Cependant, l’argument du livre concorde singulièrement, dans l’ensemble, avec celui d’une fantaisie de Poe, Mellonta Tauta, publiée vers le même temps qu'Eurèka. Dans les deux récits, bien que celui de Poe soit considérablement plus bref, nous voyons les hommes de l’avenir porter les jugements les plus erronés sur l’époque ancienne (la nôtre, c’est-à-dire celle de l’auteur), s'étonner des absurdités qu'ils ren-
(4) Cf. édition Woodberry, t. IV, p. 290, ce que celui-ci dit du « commonplace book » compilé par Poe « early in his career ». Ù