‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 36 sur 44 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

surtout est décrite tout au long avec une intensité et une minutie dans le détail de l'horreur qui font le plus grand honneur au Rochefortais Viaud, s’il n’a fait appel qu’à son imagination. Qu'il nous suffise de dire, pour le momént, qu'au bout de quelques jours, Viaud et M”° Lacouture, rendus féroces par la privation de toute nourriture, décident de sacrifier le nègre, qui ne leur a pourtant rendu que des services. Bien qu'ils aient à peine la force de se traîner, ils réunissent toutes leurs énergies pour se précipiter sur le malheureux noir au moment où il s’y attend le moins. M*° Lacouture se charge de le faire tomber à terre et le déchire à belles dents avant même qu'il ne soit mort, tandis que Viaud est en train de l’assommer. Scène atroce, sans doute, mais, jusqu'ici, rien de bien original : les naufragés qui s’entre-dévorent se trouvent dans maint récit d'aventures. Seulement, une fois qu'ils ont tué le nègre et apaisé leur première faim, Viaud et M°° Lacouture ne veulent pas avoir fait en vain un sacrifice qui à énormément coûté à leurs âmes sensibles et ils se mettent à dépecer le nègre pour en faire des conserves. Ensuite, ils se mettent en chemin et se nourrissent de conserves de nègre pendant une bonne partie du trajet.

Ici, comment ne pas se rappeler que Pym et ses compagnons font quelque chose d’analogue. Eux aussi ont faim, eux aussi décident de sacrifier l’un des leurs et, après qu'ils ont tiré à la courte paille et sacrifié la victime, ils en dévorent les morceaux. Il est vrai qu'ils n’en font pas des conserves, mais ils en font un peu plus loin avec la chair d’une tortue dont ils réussissent à s'emparer et dont ils mettent les morceaux dans du vinaigre, comme de vulgaires cornichons. Dans toutes ces scènes, il y a un paroxysme de souffrance animale et de désespoir brutal semblable à ce qu’on trouve dans la

relation du capitaine Viaud. Mais ce ne sont encore là que des concordances discutables.

Voici qui est un peu plus précis. Au moment où leur navire échoue, Viaud et ses compagnons se trouvent harcelés par la famine, non pas parce qu'ils ont épuisé leurs provisions, mais parce que le navire est dans une situation telle qu’ils n’ont plus accès à l’intérieur:

Depuis que notre navire était sur le côté, nous n'avions pas pu pénétrer dans l’intérieur, nous n'avions pas osé y faire des ouvertures, dans la crainte d'ouvrir de nouveaux passages à l’eau qui, en le remplissant, l’aurait eu bientôt brisé, et nous auroit privé du seul asyle où nous puissions nous repo-

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