‹ Influences Françaises dans l'œuvre D'Edgar PoeChapitre 5 sur 44 · CRAN · texte numérisé non relu

CRAN

Ravageurs. Il s’agit pour la veuve Martial et son fils Nicolas de décider le fils aîné Martial à quitter l’île. La veuve propose de lui chercher querelle, afin de le dégoûter et de le décider à s’en aller. C'est alors que se placent les répliques visées par Poe:

C'est un gueux fini. mais une batterie ne lui fait pas peur, dit Nicolas. — Une... oui, dit la veuve, mais tous les jours, c’est l’enfer.. il cédera.

On pourrait donc, semble-t-il, en partant de là, concevoir une haute idée des connaissances de Poe : ne se montre-t-il pas ici supérieur à un traducteur attitré; bien mieux, capable de rectifier les fautes de celui-ci sans avoir vu le texte français.

Mais cette admiration résiste-t-elle à la réflexion? Laissons de côté d’abord l'hypothèse qui consisterait à admettre que Poe, contrairement à ce qu'il dit, s’est reporté au texte français avant de rédiger sa critique. Sans doute, si injurieuse qu’elle puisse paraître pour la mémoire de notre auteur, cette hypothèse n’est pas a priori inadmissible. Poe avait à son actif bien d’autres traits de charlatanisme; et il pouvait d’autant plus facilement avoir un texte français des Mystères de Paris à sa disposition que l’on avait imprimé ce texte ‘à New York même, dès 1844, pour satisfaire aux demandes des lecteurs américains qui savaient le français.

Mais cette hypothèse semble démentie par le fait que la reconstruction de Poe est inexacte et incorrecte. Poe fait des fautes — des fautes légères —, mais que la lecture du texte original lui aurait permis d’éviter.

Il est un gueux fini et un assaut ne l’intimidera pas.

Le mot assaut, légèrement impropre ici, est un anglicisme évident. L'emploi de 11 est pour c’est est une faute que font tous les commençants. :

Fautes légères encore une fois, mais qui, tout en authentiquant la reconstruction de Poe, marquent en même temps les limites de son savoir. Ce savoir pouvait être assez grand pour lui permettre de relever quelques fautes d’un traducteur sans être encore bien grand. Tous ceux qui ont l’habitude de ces sortes de choses savent fort bien que certains traducteurs sont souvent étrangement choisis, et que leur savoir présente fort souvent d’étranges lacunes.

La critique de Poe est subtile, mais la comparaison des deux textes

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