ENCORE QUELQUES FAITS, ETC
très motifs de joie : ses enfants s'étaient naturellement ressentis des heureuses influences des sentiments dont elle était pénétrée. Ils sont aujourd'hui encore animés de cette bien- Yeillance qui attire, de ce noble dévouement à l'infortune qui a fait pendant de longues années le bonheur de leur mère. M. de C. leur a laissé enfin son immense fortune, sans avoir pu leur communiquer son avarice et son révoltant égoïsme.
C'est là le triomphe des influences maternelles, car rien ne peut déraciner les sentiments puisés dans leur source première.
Les impressions antérieures à la naissance ne pourraient - elles aussi, lorsqu'elles sont d'une nature pénible, expliquer certains cas de folie et cette déplorable manie du suicide qui s'étend de plus en plus parmi les peuples civilisés, c'est-à-dire parmi ceux dont l'imagination est très-excitée ?
On sait que la physiologie ainsi que la médecine sont impuissantes à donner des
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explications satisfaisantes sur ce sujet ; il serait donc injuste de m'accuser d'entrer témérairement dans le domaine réservé à la savante faculté, puisque, dans cette partie du moins, elle n'a rien de concluant à nous dire. Si donc, à l'aide de quelques observations, je parvenais à remonter aux causes probables de cette malheureuse tendance à la folie, de cette manie du suicide, qui semblent vouloir prendre des proportions effrayantes, qui pourrait me blâmer d'en montrer l'origine dans les impressions antérieures ?
Je dois prévenir d'abord que je n'entends nullement parler de la folie héréditaire, ni de celle qui se manifeste dans certaines circonstances extraordinaires et tout à fait exceptionnelles, telles que les maladies , les violentes douleurs, etc. 11 en est de même à l'égard du suicide qui a pour cause directe un de ces malheurs qui brisent le cœur de l'homme et lui enlèvent le courage de supporter une vie par trop pénible. ,
Ce n'est donc pas pour ces cas exceptionnels
DKS IMPRESSIONS PKNIBLES. 217
qu'il faut chercher une solution dans certaines impressions antérieures. Mais il en est d'autres en grand nombre qui sont inexplicables, car rien de sérieux n'a donné lieu à leur explosion.
Il n'est pas de jour, en effet, où l'on ne trouve dans les feuilles publiques des citations de suicides ou tentatives de suicides que rien ne peut justifier.
Un simple dégoût de la vie, une légère contrariété , la crainte vague d'un dénûment prochain, et quelquefois même la seule envie de mettre fin à une existence trop paisible.
On trouve aussi des gens ayant une simple tendances la folie, d'autres chez qui elle éclate sans cause appréciable, etc.
Un anatomiste dira, en voyant une certaine désorganisation dans la masse cérébrale, un ramollissement partiel, que la cause est là et qu'il est inutile de la chercher ailleurs ; en cela il aura parfaitement raison ; mais la question serait de savoir si la désorganisation a occa-
sionné le dérangement de l'esprit, ou si c'est le contraire qui a lieu.
Lorsqu'une folie s'est manifestée sans qu'aucun ébranlement ait pu produire une lésion quelconque, dans un état de parfaite santé, ne peut-on l'attribuer à une cause d'une nature plus élevée, doit-on toujours tout rapporter à un dérangement matériel ? D'ailleurs, n'avons-nous pas vu que la mère pouvait aussi bien exercer une fâcheuse influence sur le moral que sur le physique de son enfant ? Cela dit, cherchons quelques exemples à l'appui de cette opinion.
' Si l'on veut arriver à la découverte des causes les plus ordinaires de la folie comme h celles' de la manie du suicide, il faut pénétrer dans les familles d'où sortent les pauvres malades ; interroger les parents, les amis, les domestiques mêmes sur le genre de vie du père et de la mère, à l'époque où les impressions maternelles ont pu développer le germe de fâcheuses influences sur l'enfant en voie de tbroialioii,
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11 faut s'enquérir de leurs habitudes, et, si alors on découvre que la mère a dû éprouver de fâcheuses émotions; si des circonstances pénibles, des craintes perpétuelles, des traitements cruels , ont agité son âme pendant la grossesse et lui ont parfois inspiré une terreur capable d'ébranler le système nerveux, d'affecter sa raison au point de désirer la mort comme seul terme à ses ennuis, à ses souffrances; si l'enfant né sous de semblables auspices a laissé apercevoir une imagination troublée, un certain dérangement dans ses facultés intellectuelles; s'il montre un mépris de la vie peu ordinaire et s'occupe de préférence de pensées de mort , ne peut-on, sans être trop téméraire, en inférer que ces fâcheuses dispositions viennent des causes premières qui ont frappé l'imagination de la mère ?
Sur un sujet aussi délicat, je dois m'abstenir de toute citation, mais il n'est pas un de mes lecteurs qui ne puisse en faire l'application, car bien malheureusement les cas de folie et le
lâche désir du suicide sont des insanies mentales très-fréquentes aujourd'hui.
Maintenant, si la science confirmait mes observations sur un sujet aussi important, si une fois la cause d'une partie des malheurs qui frappent les familles était connue, ne serait-il pas bien plus aisé de la prévenir à son berceau que de la combattre lorsqu'elle est pour ainsi dire sans remède?
Il est certain que la plus grande partie des cas de folie a sa source dans les tristes scènes qui se passent dans l'intérieur des ménages. L'amour effréné des plaisirs donne lieu à des accès de jalousie , des querelles sans fin , des scènes de violence , de regrets propres à ébranler la raison de ceux qui s'y livrent et à impressionner l'invisible témoin d'une manière funeste pour son avenir. Après viennent les embarras, les privations qui inspirent, ainsi que l'abandon, des idées de mort, non moins affreuses par leurs conséquences que les premières.
Outre ces cas de folie qui conduisent au
suicide, ne peut-on aussi signaler celte dégradation de tout sentiment d'humanité qui porte de très-jeunes enfants au meurtre, souvent pour le seul plaisir de voir souffrir la victime de leur précoce et inconcevable méchanceté?
D'après ce que j'ai dit précédemment , on conçoit que l'idée de la vengeance puisse prendre naissance dans ces jeunes imaginations à la suite des impressions antérieures; mais ce qui est difficile à comprendre, c'est cet instinct inné de cruauté qui semble s'emparer de plus en plus des nouvelles générations.
A quelle cause attribuer cette dégénérescence? Ne serait-ce pas d'abord aux lectures détestables qu'on répand à profusion dans toutes les classes de la société? L'histoire, dont l'esprit de parti se sert pour corrompre le peuple au lieu de l'éclairer, en lui décrivant tous les vices de ceux qui nous ont précédés plutôt que de nous montrer leurs vertus; en illustrant leurs crimes, si l'on peut
'm CONSÉQUENCES FACHEUSES
s'exprimer ainsi, au lieu de faire ressortir leurs qualités; en exagérant le mal à dessein, tandis qu'on se tait sur le bien, tout cela est de nature à pousser les nouvelles générations dans des voies dont personne ne saurait prévoir les conséquences. •
Le roman, cette prétendue histoire de la vie de famille, sauf de rares exceptions, est certainement une des causes les plus puissantes de la démoralisation, car c'est la principale lecture des femmes de toutes les classes.
Plus l'auteur a su entasser les meurtres, les assassinats, les vols, les crimes de toute espèce, plus son livre a de succès. Créer des situations saisissantes, voilà son but , et pour y parvenir il ne recule devant aucune invraisemblance. Les parjures, les infidélités conjugales, les simples duels sont trop froids maintenant ; il faut aux femmes adonnées à ce genre de lecture, des viols, des incestes, des empoisonnements, des coups de poignard, et tout ce que l'imagination peut enfanter de plus horrible.
Quant aux femmes du bas peuple, elles vont se repaître du spectacle de la guillotine. La vue de ces têtes ensanglantées que le bourreau montre toutes grimaçantes les ravissent d'aise.
En faut-il davantage pour initier le petit eire qu'une femme porte dans ses entrailles à ces funestes pensées qui plus tard deviendront d'effrayantes réalités?
Ah! si ce tableau, qui n'a rien de chargé, pouvait prévenir une partie des maux que j'ai signalés, la connaissance des impressions antérieures serait déjà un bienfait inappréciable.
L'idée seule d'avoir contribué à la répandre ne serait-elle pas un encouragement suffisant à la publication de cet ouvrage?
Qu'importent, après tout, quelques critiques plus inconséquentes encore que malveillantes, lorsqu'on est animé du désir d'être utile et qu'on a espoir d'y parvenir?
En appelant l'attention du public sur un sujet qui, par sa nouveauté même, devait paraître étrange et presque fantastique, je ne me suis pas dissimulé que j'allais attirer sur moi plus d'une fade plaisanterie. Persuadé néanmoins que mes idées étaient justes, conformes à la raison, qui n'admet pas d'effet sans cause, j'ai poursuivi ma tâche avec courage, et maintenant qu'elle touche à sa fin, je crois devoir protester d'avance contre toute interprétation
AUX MÈllUS DK FAMILLE. 225
qui s'écarterait de la pensée qui m'a inspiré cet ouvrage.
On a dit, et on répétera probablement encore, qu'en assignant aux femmes un rôle social plus prépondérant, pour ainsi dire, que celui de l'homme lui-même, c'était me rallier à ces systèmes monstrueux dont on trouve quelques ridicules exemples de l'autre côté de l'Atlantique et même en Angleterre , ce pays des excentricités ! . . .
Dois-je essayer de réfuter une pareille accusation? Cela serait, je pense, très-inutile; car, après avoir parcouru cet ouvrage, on ne saurait sans injustice me prêter de telles intentions.
Ayant eu sous les yeux les exemples les plus admirables des nobles et généreux sentiments qui animent les femmes, lorsqu'elles ont conservé leur âme dans sa pureté primitive, personne n'apprécie mieux que moi la grandeur et la dignité du rôle qu'elles sont appelées à remplir. On se tromperait donc étrangement si l'on m'attribuait sur leurs
droits une de ces folles idées qui naissent parfois au delà des mers. Mais, ne pouvant nier une influence dont les effels se font sentir avec tant de puissance, ne valait-il pas mieux examiner consciencieusement par quels moyens on pourrait la faire tourner au plus grand avantage de la civilisation , plutôt que de lui laisser suivre son cours inutile et souvent nuisible aux progrès de l'humanité vers son but suprême, le bonheur dans la perfection ! . . .
On a vu par quels moyens mystérieux, car tout est mystère dans les opérations de la nature ou de la Divinité, la femme se trouve en communication avec l'enfant, longtemps avant l'époque où elle pourra employer un langage différent, moins prompt, moins puissant, mais plus doux à son cœur. C'est pendant cette époque, où chacune des impressions de la mère est aussitôt transmise à son enfant, qu'elle doit éviter tout ce qui serait de nature à fausser son intelligence.
Un exemple expliquera ma pensée.
11 est des mères qui ont toujours peur d'ê-
AUX MÈRKS DK FAMILLE. 227
tre grondées, et, pour prévenir les propos et même les regards des maris irrités, elles combinent mille plans divers, espérant échapper par des subterfuges aux ennuis d'un sermon , aux reproches amers , à cette odieuse tyrannie, enfin, qui pèse sur leur existence comme un cauchemar perpétuel.
(^et état de fausseté habituelle doit certainement exercer une fâcheuse influence sur le caractère de l'être impressionnable', invisible témoin de ces scènes fatigantes. Si vous avez le moindre penchant à l'observation, vous aurez dû remarquer maintes fois chez de tout petits enfants un singulier jeu de physionomie. En suivant le regard inquiet de l'un, vous vous serez dit : Quelle cause peut ainsi troubler la sérénité de son âme? Mais vous ne l'aurez pas devinée. Un autre plissera ses paupières, comme pour se dérober à vos regards pénétrants. 11 en est qui froncent leurs sourcils d'un petit air menaçant : on croirait qu'ils ont une injure à. venger. D'autres portent sur les traits une apparence de résignation tou-
chante , et on dirait qu'ils souffrent un mal profond ; tandis que quelques-uns ont le visage ardent, le regard impérieux, et crient d'un ton colère.
Les physiologistes reconnaissent qu'une grande force centrale peut donner au jeu de la physionomie cette puissance d'action dont les membres sont encore privés; car pour exprimer de si vives passions, il faut les ressentir, et comment d'aussi faibles créatures, tout à fait incapables d'agir, pourraient-elles donner essor à des sentiments parfois très-violents, si l'âme n'avait déjà puisé une certaine force pendant son état de communion intime avec celle de la mère?
Il est vrai que toutes ces impressions pâlissent avec le temps, et lorsque les enfants commencent à comprendre la parole de leur mère, qu'un doux sourire vient embellir leurs traits mignons, ceux qui les ont vus naguère exprimer, dans un muet langage, des passions incompatibles avec leur âge, ne croiraient jamais que ces petits êtres sont les mêmes.
Mais, hélas! vient une époque où les impressions à demi effacées se raniment, où les traits se contractent et prennent l'expression qui nous avait frappés; alors les passions qui viennent se peindre sur la physionomie du jeune homme rappellent l'air rechigné des petits enfants.
Comment expliquer cet enchaînement de circonstances , ces passions à l'état latent qui prennent leur essor dès que l'âge de se déployer est arrivé? Cependant, si, en recherchant de quel genre étaient les agitations qui ont accompagné la grossesse, on vient à découvrir certain rapport mystérieux entre les pensées fixes de la mère et l'état apparent de l'enfant, puis celui plus réel du jeune homme, ne sera-t-on pas forcé de convenir que les défauts, les inclinations vicieuses de ce dernier, ont pris leur source dans le sein maternel?...
Par contre, quelle différence de ce tableau avec celui que nous offrent ces charmantes petites créatures, dont les yeux, encore voilés
légèrement, se fixent avec tant d'amour sur leur mère enivrée de bonheur î... Pour ceuxlà, un avenir plein de charmes s'ouvre devant eux, et leurs parents n'ont rien à redouter du développement de leurs facultés. Chaque jour voit poindre une vertu, une qualité nouvelle, et lorsque l'âge des passions vient pour exercer son empire, un corps sain, un esprit juste, une âme noble et généreuse, ne permettent pas les excès dégradants dont on ne rencontre que trop l'affligeant spectacle.
En voyant les heureux résultats de son sublime dévouement , la mère qui n'aura pas épargné les soins prévoyants , ni redouté les sacrifices que l'amour maternel exigeait, ne recevra-t-elle pas déjà sur cette terre la plus douce récompense qu'une femme puisse ambitionner?... Regrettera-t-elle encore les distractions, quelquefois coupables par leurs conséquences fâcheuses, dont elle s'est volontairement privée?... Je ne saurais le croire!...
Mais quel sera donc le rôle de l'homme? demandera-t-on probablement. Restera- t-il
spectateur impassible des mystérieuses influences de la mère et dont elle seule aurait la direction?... Devra-t-il user de son autorité souveraine en ménage, pour déterminer luimême quel genre d'impressions elle devra communiquer à son enfant? fera-t-il bien, comme le donnaient à entendre certains esprits malins, de céder à tous les caprices de sa compagne, de peur d'exciter de trop vifs regrets et de perdre le fruit d'une influence salutaire ; ou bien lui faudra-t-il résister à ses désirs par trop indiscrets?
On a dit aussi que mon système d'éducation antérieure attentait à la dignité de l'homme et du père ; qu'il exaltait les prérogatives de la femme aux dépens de celles inhérentes au mari ; que, d'après ce système, le rôle de celui-ci se bornait à être le mari de la reine, et de quelle reine encore ! s'écriait certain mari trop ambitieux...
Que ces messieurs se rassurent : loin d'attenter à leurs droits et à leur dignité, le système de l'éducation antérieure tend à leur don-
îier plus d'extension, de force et de grandeur. Leur rôle sera passif, il est vrai ; mais il n'en acquerra que [plus de prépondérance , si , comme je l'ai dit ailleurs, ils apprennent à dominer par la seule puissance du génie et de la raison.
N'est-ce pas un assez beau rôle que celui de guider un être intelligent vers le but qu'on se propose d'atteindre? Mais est-il besoin pour cela de recourir à des moyens violents, c'està-dire qui s'écartent de la douce persuasion, seul frein propre à diriger un être doué d'autant de sensibilité et d'intelligence que la femme? D'ailleurs celle-ci est toujours prête à suivre les conseils dictés par une saine raison ; elle aime croire à la supériorité de l'homme, et ce n'est qu'en voyant la pauvreté de ses moyens, la faiblesse de ses raisonnements et de ses lumières, qu'elle pense à lui résister. C'est donc toujours par sa faute qu'il perd un pouvoir qu'on se plaît à lui reconnaître lorsqu'il s'en montre digne.
En général, les femmes sentent si bien le
besoin d'appui que réclame leur faible nature, qu'elles ne songent nullement à usurper une prépondérance dont elles ne savent que faire ; mais, lorsqu'enfin elles se trouvent réduites à la triste alternative de la perte de leur dignité ou de la révolte, elles n'hésitent pas et se montrent alors habiles à la défense. Elles imaginent mille ruses pour combattre une volonté impérieuse et ont recours souvent à d'indignes subterfuges qui finissent par fausser leur caractère.
Pourquoi donc exciter, par un stupide entêtement, cette résistance qui ne plie hypocritement que pour se relever plus vive et plus tenace à la première occasion ?
Or, si l'homme se montre parfois si peu intelligent dans l'intérieur de son ménage, comment pourra-t-il faire accepter une supériorité qui n'aurait plus alors qu'un vieux dicton (du côté de la barbe est la toute-puissance) pour auxihaire?
Ces hommes-là feront sagement de s'abslenir de toute direction dans les impressions
qu'une tendre mère voudrait transmettre à son fruit.
11 en est qui se réjouissent de pouvoir à volonté provoquer les larmes de leurs compagnes, s'imaginant donner par là une preuve de prépondérance. Que je plains les pauvres martyres que le sort a placées sous une aussi stupide domination ! D'autres, moins cruels en apparence, font de l'intérieur du ménage un vrai purgatoire ; leur regard inquisiteur et mécontent cause une inquiétude, une lassitude de tous les instants ; on les craint, ils gênent ; dès qu'ils arrivent, on se sent malheureux, et cependant il n'est pas de bonheur sans eux !
Que ces maris et tous ceux qui leur ressemblent de près ou de loin évitent soigneusement toute immixtion dans les impressions maternelles ; leurs manières agaçantes pourraient influencer désagréablement le caractère si impressionnable de l'enfant. J'ai connu plus d'une excellente famille dont tous les membres étaient atteints de celte fâcheuse maladie; et,
en vérité, malgré leur obligeance bien connue, car tous les membres, grands et petits, appartenaient à cette classe de gens qu'on tient pour bons, on eût préféré être en société avec des hérissons.
Grâce au ciel, le nombre des maris à esprit mal conformé est très-restreint, et l'humanité n'aura pas trop à souffrir des empêchements qu'ils pourraient apporter au perfectionnement de la race que Dieu a établie pour régner sur la création. La grande majorité des pères et des mères se fera un devoir de frayer une route nouvelle au progrès ; quant à ceux qui, par incapacité ou mauvaise volonté, se montreraient incapables decontribuer à celte grande œuvre, ils céderont un jour leur place à de plus dignes.
11 est donc permis d'espérer qu'avant qu'il soit longtemps on comprendra la valeur de l'éducation antérieure, et qu'il sera donné à plusieurs de la génération actuelle d'en contempler les résultats éclatants.
On a vu, d'après tout ce que j'ai dit jusqu'à
présent, combien il est nécessaire que la mère soit environnée de circonstances favorables, de pures et douces sensations, d'idées riantes, si l'on veut développer chez l'enfant un bon caractère et de nobles penchants.
Or, comment cela pourrait-il se faire dans les pays où la femme est attachée depuis l'aube jusqu'à la nuit à de rudes travaux.
Gomment ne songe-t-on pas qu'en retenant les femmes dans ces monstrueux établissements qu'on appelle des fabriques, où leurs jours s'écoulent dans des occupations abrutissantes, leur fruit s'en ressentirait cruellement.
Tant que l'on s'est contenté d'employer des hommes , la race pouvait encore se maintenir sans déchoir trop rapidement ; mais , du moment que les mères ont partagé ces odieux travaux , les malheureuses populations qui hantent les fabriques sont descendues rapidement au dernier degré de la corruption.
Espérons un avenir meilleur pour ces intéressantes populations que l'appât du gain en-
lève journellement aux travaux des champs ; espérons que de sages mesures sauront concilier les intérêts présents de l'industrie et ceux de l'humanité. C'est l'outrager indignement que d'abandonner ainsi de pauvres jeunes filles aux horreurs d'une dépravation dont rien ne peut donner une idée ; c'est préparer l'anéantissement des facultés morales et intellectuelles d'une partie de la population, car ces filles devenant mères ne peuvent transmettre à leurs enfants que les tristes impressions d'une misère sans nom et des scènes abjectes dont elles ont continuellement l'odieux spectacle sous les yeux.
Au reste, le sort à venir des peuples est dans les mains de Dieu, et toujours il s'est plu à seconder les efforts généreux des personnes dévouées aux vrais intérêts de l'humanité, comme il sait déjouer les tentatives orgueilleuses de l'homme. On peut avancer hardiment que, si le nombre des égoïstes est plus grand que jamais, jamais non plus il ne s'est rencontré un plus grand nombre d'hommes
dévoués au triomphe de la vérité et au bonheur de leurs semblables. On peut donc espérer qu'ils domineront prochainement toutes les influences contraires au bien-être des populations.
Après cela, qui pourrait douter de la perfectibilité de l'espèce humaine, au physique comme au moral ; qui pourrait douter qu'elle ne puisse un jour s'élever au point où elle était en sortant des mains du Créateur? Ne voit-on pas des races privilégiées qui, par la pureté des mœurs et des alliances judicieuses, ont su conserver ou ressaisir la beauté du corps, la juste proportion et l'élégance des membres, la noblesse des traits et du regard, tous ces avantages enfin qu'il faut des siècles pour établir et que de honteux excès, ou de fréquentes alliances avec des races dégénérées altèrent toujours et peuvent même détruire entièrement?
Ne voit-on pas de même des familles oii se perpétuent les traditions de l'honneur, pris dans sa vraie acception , de la bienveillance,
du désintéressement et de cent autres qualités qui ne s'acquièrent point par l'instruction et que l'éducation ne peut que modifier, les fortifier et aussi les dénaturer ?
Eh bien ! il en est de même des facultés intellectuelles dont la puissance peut s'accroître, je ne dirai pas indéfiniment, mais jusqu'à un point dont nous ne saurions nous former une idée.
Qu'elle est donc grande et noble la mission de la femme , puisqu'il lui a été donné de rétablir l'humanité dans sa beauté et sa forme primitive ! Je sais bien que ce travail ne peut être l'œuvre d'une génération, il faut que toute chose ait son cours naturel ; mais rien n'arrêtera la marche progressive de son influence, si, après en avoir compris la dignité et l'importance, elle s'applique dès à présent à remplir le rôle que le Créateur lui a assigné.
Jusqu'à ce jour, on peut dire que la femme n'était que la mère de ses enfants.
Rien ne l'élevait, sous ce rapport du moins, au-dessus des animaux, puisque, chez eux,
l'instinct de la maternité est pour le moins aussi vif que chez la femme. Les exemples d'affection et de dévouement maternel sont même plus marqués et plus universels, car l'abandon des petits est très-rare et l'infanticide est à l'état d'exception.
Élevons donc le rôle de la femme à la hauteur de l'importante mission qu'elle est appelée à remplir. Que l'homme cesse de la regarder comme un simple instrument de reproduction; car, en la ravalant à ce degré d'infériorité, il avilit dans son germe l'avenir de la famille, et compromet le bonheur de ses enfants. Qu'il comprenne aussi qu'en opprimant sa compagne il affaiblit le sentiment de dignité qu'il aimerait transmettre à son fils et même à sa fille, la dignité étant le bouclier de la vertu, et qu'il les prépare à cette dégradation morale qui perd les familles et les États. Enfin, s'il est pénétré du noble désir de contribuer par ses enfants au progrès de la civilisation, au développement des lettres, des sciences, des arts et de l'industrie, qui font la
splendeur des nations, il favorisera de tout son pouvoir le déploiement de leur intelligence par les moyens que j'ai indiqués. Dans ce but, il se rendra digne d'être le conseiller de celle que le Créateur lui a donnée pour compagne ; il la guidera et ne la contraindra pas; il emploiera pour la convaincre la force du raisonnement et non la force brutale ; car, si la nature l'a doué de force et de puissance, c'est pour régner sur la matière et sur les animaux, et non pour tyranniser l'intelligente créature que Dieu s'est plu à orner de ses dons les plus précieux, qu'il a comblée de ses faveurs les plus signalées.
En assignant aux femmes un rôle humble et soumis, en apparence du moins; en les condamnant à cette existence modeste et paisible qui révolte tant d'esprits vaniteux, Dieu voulait les préparer dans le silence et la retraite aux devoirs mystérieux et importants de la maternité , car il savait qu'une carrière agitée de combats aventureux et de pénibles labeurs, qu'il est dans la destinée de l'homme
242 CONSKILS
d'accomplir, n'était propre qu'à troubler l'organisation des enfants.
Or, le Créateur a, dans toutes ses œuvres, sacrifié les individus à la conservation de la race dans sa pureté primitive. Les femmes qui ont dérogé à cette loi primordiale en ont toujours été punies dans leurs enfants, tandis, que celles qui l'ont observée religieusement ont. éprouvé toutes les jouissances réservées aux bonnes mères de famille.
Heureuses les mères qui ne repousseront pas les conseils qu'une longue suite d'observations et de recherches me permet de leur donner ! Je le répète encore une fois : j'ai pu me tromper dans mes appréciations, tirer de quelques faits des conséquences trop absolues; j'ai cependant l'intime conviction que mes idées sont justes et vraies, et peuvent avoir d'immenses résultats sur le sort de l'humanité.
Qu'il me soit permis, en terminant ce chapitre consacré particulièrement aux femmes, de reporter d'avance sur ma mère et sur ma sœur, dont le souvenir a toujours été présent
AUX MÈRES DK FAMILLK. 243
à ma pensée, tout le bien qui pourra résulter de mes études sur l'éducation antérieure, et d'ajouter que je serai heureux et fier de contribuer à accroître le tribut de respect et d'amour si bien dù à celles qui leur ressemblent.
La philosophie n'a jamais pu nous donner une explication raisonnable des lois qui ont présidé à l'apparition des êtres vivants sur la terre. Il lui aurait été tout aussi difficile de nous dire de quelle manière le fœtus prenait naissance dans le sein de la mère ; comment à une époque fixée par la nature, l'existence, la vie venait organiser la matière , la former d'après certaines lois, et enfin par quelle force
24C DE L'IÎDUCATION ANTÉRIEU RI-:.
intclligcnle lo petit être se développe avec un si admirable ensemble.
La science a-t-elle quelque chose de plus certain à nous offrir? Grâce au microscope, elle est bien parvenue à remonter jusqu'au point de départ de l'œuf humain ; elle l'a suivi dans son mystérieux voyage; elle a découvert quels sont les moyens d'existence du fœtus ; elle a pu surveiller pour ainsi dire jour par jour son accroissement successif, son développement progressif jusqu'au terme où il doit paraître à la lumière, et voilà tout. C'est beaucoup sans doute, mais ce n'est pas assez pour satisfaire notre désir. Nous voudrions savoir d'où lui vient cette animation, cette vie que plus tard nous reconnaissons devoir être attribuée à la présence d'une âme. A cet égard, la science n'est pas plus avancée que la philosophie ; elle ne saurait se prononcer, car elle ne peut admettre l'intervention d'une âme, se préparant avec une intelhgence presque divine la demeure qu'elle doit habiter ; formant le corps qui doit lui servir pendant
DE I.'ÊDUCATION ANTÈRIKUnE. 2'n
son séjour sur la terre, et le modelant en quelque sorte sur elle-même.
Non, la science ne saurait admettre cela, car elle n a jamais pu et ne pourra jamais saisir la moindre trace de Tàme avec son scalpel, ni la voir à travers ses verres grossissants; ni même connaître l'endroit précis où elle est censée présider aux opérations de l'esprit et du corps.
La théologie nous donne-t-elle une solution plus claire, plus satisfaisante? Elle semble y voir plutôt l'intervention continue delà puissance créatrice que celle de l'âme dans le fœtus, tout en admettant la présence de cette âme dès les premiers instants de la conception.
Et par une de ces contradictions dont l'Écriture sainte nous offre plus d'un exemple ; contradiction que la théologie explique , ou plutôt voile du nom de mystère , l'âme de l'enfant serait à la fois jeune comme le corps, et pourtant aussi ancienne que celle qui anima le premier homme.
248 DK L'iiDUCATlON AKTÉUIEURE.
Et en effet, ne nous enseigne-t-on pas qu'elle a participé au péché originel?
Or ce péché fut commis dans des temps si reculés que la race humaine n'existait pas encore ; car à cette époque l'existence d'Adam et d'Êve n'était pas semblable à celle qui fut le partage malheureux de leur descendance.
Le bannissement de nos premiers pères du paradis dut être pour eux comme une seconde naissance, puisque dès lors ils furent assujettis à des souffrances terrestres qui leur étaient inconnues précédemment, condamnés aux plus rudes travaux et soumis à la mort.
La reconnaissance du péché originel implique donc de toute nécessité celle d'une vie antérieure personnifiée dans Adam et Ève.
Telle est la conséquence rigoureuse qu'il est permis de tirer de l'histoire du péché originel. Or le péché originel est le fondement même du christianisme, et d'après ce dogme l'âme de l'enfant est tout aussi ancienne que celle de sa mère; par conséquent tout aussi
propre à comprendre ce qui frappe les sens de celle-ci, puisqu'elle vit en elle et de sa vie même.
Quelle raison pourrait donc invoquer la théologie contre la théorie de l'éducation antérieure? Ne reconnaît-elle pas la haute influence de la pureté maternelle sur les prédispositions de son fruit? L'ancienne loi la reconnaissait aussi , puisqu'elle défendait la cohabitation des époux pendant la gestation.
En ce qui concerne les facultés que possède l'âme de l'enfant de se réjouir de la joie de sa mère, de souffrir de ses peines; de voir; d'entendre et de sentir ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ce qu'elle ressent, tout cela peut se déduire de plusieurs passages des Écritures, entre autres le récit de la touchante entrevue de Marie avec sa cousine Élisabeth.
Aussitôt après l'annonciation , l'ange Gabriel ayant dit à Marie :
a Sachez qu'Élisabeth , votre cousine , a « conçu aussi elle-même un fils dans sa vieil- « lesse, et que c'est ici le sixième mois de la
« grossesse de celle qui était appelée stérile, <r parce qu'il n'y a rien d'impossible à Dieu. »
Marie partit en ce même temps, et s'en alla vers les montagnes. Étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Élisabeth. Aussitôt qu'Élisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, son enfant iressaillii dans son sein, et Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit. Alors, élevant la voix, elle s'écria :
t( Vous êtes bénie entre toutes les femmes, « et le fruit de voire sang est béni! D'où me « vient ce bonheur, que la mère de mon Sei- « gncur vienne vers moi ? Car votre voix n'a « pas plutôt frappé mon oreille^ lorsque vous « m'avez saluée, que mon enfant a tressailli « de joie dans mon sein ! »
N'est-il pas évideni, d'après ce récil, que la voix de Marie, entemhic par Élisabeth, le fut également par le petit être qui vivait en elle depuis six mois; et la vive émotion que celuici éprouva en ce moment, ne remonte-t-elle pas jusqu'à Celui qui s'était incarné quelques jours auparavant dans le sein de Marie ?
DE L'ÉDUCATION ANTÉUIEURK. 251
La théologie ne saurait donc rien opposer de raisonnable à la théorie des impressions antérieures à la naissance.
La haute philosophie et la science ne peuvent la rejeter non plus; il ne me reste qu'à examiner les opinions des libres penseurs et des panthéistes.
On comprendra que je n'ai point à m'occuper sérieusement de ceux qui n'admettent que la matière, et qui s'imaginent avoir répondu victorieusement à toutes les objections, en disant que la pensée est le produit de certaines combinaisons de la matière, comme le mouvement, et ce que nous nommons la vie, sont le résultat de l'attraction et de la répulsion des molécules entre elles.
Ce sont là des suppositions qui n'expliquent absolument rien, ne reposent sur aucune base, et sont par conséquent d'une absurdité telle qu'il est inutile de s'y arrêter.
Le panthéisme non plus ne saurait être l'objet d'un sérieux examen. Mais comme il y a beaucoup de gens qui osent avouer leur pcn«
chant pour cette théorie, il est bon d'en dire deux mots en passant.
Refuge des savants sans croyance, le panthéisme est un dernier espoir à l'usage de ceux qui reculent de terreur à la pensée d'un anéantissement total.
Appartenir à l'âme universelle et y retourner; n'avoir d'individualité que passagèrement, pour se fondre ensuite dans le grand tout, c'est peut-être ne pas mourir tout à fait. C'est du moins se débarrasser commodément de toute responsabilité, s'affranchir de toute crainte, afin de pouvoir jouir en pleine quiétude des félicités terrestres que la fortune met à notre portée pendant notre séjour dans ce monde.
En définitive, le panthéisme n'est pas même une croyance, quoique ce soit la religion que pratiquent avec amour les voluptueux, les égoïstes, les âmes sèches et les cœurs endurcis.
Ainsi... n'en parlons plus!
J'ai dit que l'enfant croissait en toute liberté dans le sein de sa mère; que la volonté de celle-ci ne pouvait rien sur son organisation intérieure et extérieure, mais qu'il ressentait les impressions qui venaient la frapper.
Or, je défie qu'on puisse expliquer les phénomènes qui se produisent pendant la grossesse, dont les suites se font sentir malgré la
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séparation qui a lieu après la délivrance, et influent moralement, quelquefois pendant la vie entière de l'enfant, sur son caractère, ses tendances, ses passions, sans recourir à la théorie des impressions directes et antérieures à la naissance.
D'après cela, comment ne pas admettre que l'àme de l'enfant assiste comme celle de la mère à tout ce qui vient frapper les organes de celle-ci?
L'éducation antérieure est donc l'art de diriger ces impressions au plus grand avantage moral et intellectuel de l'enfant pendant son séjour dans les limbes maternelles.
Lorsqu'on laisse cette intelligence sans direction particulière, elle suit naturellement les penchants ordinaires de la mère, ceux dont elle est pour ainsi dire l'esclave volontaire, s'identifie avec ses goûts, ses passions, et presque ses pensées.
11 arrive aussi qu'elle adopte les manières d'être des personnes qui environnent la mère, particulièrement celles qu'elle aime ou qu'elle
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craint ; en un mot, celles qui exercent sur elle un empire quelconque.
J'ai vu des exemples très- remarquables de la puissance que certaines personnes étrangères à la famille exerçaient par contre-coup sur le caractère, les sentiments et les manières de quelques enfants. On peut juger par là de l'empire que peut exercer le père, s'il le veut, sur l'avenir de son enfant. Qu'on ne dise donc point que l'intervention du père n'est pour rien dans le svstème de l'éducation antérieure. Elle est au contraire très-grande, car il peut agir à la fois sur la mère et sur l'enfant. D'après cela, ne vaut-il pas mieux prédisposer l'enfant, de manière à lui inspirer de nobles penchants, des goûts utiles à l'avenir qu'on lui prépare, des facilités qui deviendront des talents remarquables, si on les cultive avec soin?
C'est au père par de bons conseils, c'est à la mère par devoir, sinon par amour, à préparer les voies qui conduisent à d'heureux résultats. En général, il ne dépend que d'eux de faire éclore ces précieuses facultés, ces ver-
tueux penchants, ces goûts nobles et utiles dont ils seront fiers un jour, et qui contribueront au bonheur du petit être qu'ils auront suscité à la vie.
Reconnaître la théorie de l'éducation antérieure, ce n'est pas élever la femme au-dessus de l'homme, ainsi qu'on s'est plu à me le faire dire; c'est tout simplement admettre que la mère doit être considérée comme l'égale du père ; c'est lui rendre le rang et la justice qui lui sont dus. Aussi les peuples chez qui elle est traitée en esclave et maintenue dans une infériorité humiliante, n'accepteront jamais une théorie qui lui rend ses droits et qui déclare qu'elle aussi a le pouvoir de former l'intelligence de l'homme et d'agrandir ses facultés.
Le musulman, qui regarde sa femme comme un être inférieur, qui la tient dans un esclavage perpétuel, ne lui permettant d'autre société que celle de femmes également esclaves, n'a jamais pu s'élever à un degré de civilisation supérieur à celui qui existait du temps du fondateur de l'islamisme.
Lorsque Mahomet II fit la conquête de Conslanlinople, cette reine de Tancienne civilisation grecque, il trouva la grande cité dans tout l'épanouissement des sciences et des arts cultivés à cette époque. Qu'a-t-il fait des trésors amassés depuis des siècles? Que sont devenues les richesses scientifiques et artistiques dont Byzance était si fière, dont Constantin et ses successeurs avaient si injustement dépouillé Rome et toutes les villes célèbres de la Grèce et de l'Italie? .
Les vainqueurs du dernier Constantin, les oppresseurs du malheureux empire grec sont encore aujourd'hui, après plus de quatre siècles de possession, tout aussi peu civilisés que leurs ancêtres qui s'emparèrent de ces belles contrées.
La religion de Mahomet est donc tout à fait contraire au principe même de la civilisation; l'histoire est là pour l'attester à chacune de ses pages.
C'est donc par suite d'une profonde ignorance de l'histoire ou par haine du christia-
nisme, que des écrivains prétendus populaires trahissent la civilisation au profit des mahométans.
Les discussions qui ont eu lieu dernièrement au sujet de l'Algérie, démontrent péremptoirement combien j'avais raison de dire qu'on ne parviendra jamais à civiliser les Arabes tant qu'on suivra le système adopté par le gouvernement de Louis-Philippe, système qui tendait à favoriser le mahométisme. Aux yeux des Arabes, c'est une inconséquence ; au point de vue chrétien, c'est avilir la religion du Christ que de la poser sur le même niveau que celle du faux prophète ; devant la froide raison, c'est une absurdité de mettre soi-même des obstacles sans cesse renaissants à la civilisation, et par conséquent à la grandeur et à la prospérité de notre colonie.
J'ai dit qu'aux yeux des Arabes cette indifférence absolue était une inconséquence ; ce fut plus que cela encore, ce fut une faute qui, sans la conduite honorable des officiers supérieurs, pouvait devenir fatale. Aussi, c'est ce que les
généraux qui ont commandé en Algérie ont parfaitement compris ; loin donc de témoigner ces froides et insultantes manières envers les ministres de la religion, qui ne perçaient que trop parmi la population européenne, et il faut le dire, dans la partie civile du gouvernement, les officiers supérieurs, et par suite l'armée entière, à peu d'exceptions près, s'est montrée profondément religieuse. Cela lui a-t-il nui aux yeux des Arabes? Bien au contraire, on peut affirmer hautement que cette conduite réellement grande et fière l'a prodigieusement relevée dans l'espr it des Algériens de toutes les tribus.
J'ajouterai que lors de la récente guerre d'Italie, les généreux sentiments de l'armée et de ses chefs ont vivement impressionné les populations de la Péninsule, qui s'attendaient à retrouver en elle les vieilles traditions de 93. Par contre, ceux qui sont plus habiles à répandre des flots d'encre au nom de la révolution, qu'une seule goutte de leur sang en faveur de la noble cause de la liberté, ceux-
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là, dis-je, en ont été fortement contrariés.
On a vu quelles ont été les suites de l'influence française sur le caractère du peuple italien, lors des guerres de la République et du premier Empire ; on peut prévoir à coup sûr que cette fois, l'influence de notre brillante et généreuse armée se fera sentir d'une manière tout à fait opposée pour le plus grand bonheur des habitants de la Péninsule, et cela, malc^ré les idées antireligieuses qui dominent parmi la jeunesse, idées propagées avec une rare habileté par les hommes qui ont intérêt à bouleverser l'Italie.
Mais si l'idée chrétienne, la seule qui soit favorable au développement de la civilisation, parce qu'elle est aussi la seule qui relève la dignité des femmes ; si cette idée semble à peu près éteinte dans le cœur de la jeunesse ita- Jienne, on peut être assuré qu'elle surgira de nouveau plus vive, plus pure, et que les pensées qui dominent la génération actuelle subiront de profondes, d'heureuses modifications. Et l'exemple admirable donné par l'armée fran-
çaise ne sera pas étranger à ce changement.
En attendant, l'Italie semble se réveiller d'un long sommeil, et, oublieuse comme Épiménide, elle se croit encore à la fin du siècle dernier. Ne voyant plus ses anciens dominateurs, elle s'imagine avoir conquis elle-même sa liberté, et, dans son orgueil, elle cherche à imiter l'impiété qui était de mode il y a soixante ans.
Pauvre Italie ! puisse-t-elle reconnaître bientôt que la civilisation chrétienne peut seule assurer le bonheur, la gloire et là prospérité des nations !