‹ Influences maternelles pendant la gestation sur les prédispositions morales et intellectuelles des enfantsChapitre 14 sur 20 · PRÉVUS · texte numérisé non relu

PRÉVUS

PAR LES SCIENCES PSYCHOLOGIQUES ET PHySIOLOGIQUES.

N'est-ce pas une haute inconséquence de reconnaître la réalité des impressions antérieures à la naissance, et de repousser ensuite la théorie de l'éducation antérieure qui découle naturellement de ces mêmes impressions?

C'est pourtant ce que font quelques-unes des sommités de la science.

Ainsi, ayant dit que l'observation démon-

trait la possibilité de prédisposer l'enfant pour telle ou telle chose, la musique, par exemple , on a prétendu que cela était d'autant plus impossible que les organes, celui de l'ouïe entre autres, devaient être incapables d'éprouver la plus légère sensation ; que, d'ailleurs, aucune vibration ne pouvait se transmettre dans la cavité charnue où se développait le fœtus, surtout à travers la masse fluide dont celui-ci est comme environné, ou pour mieux dire, au milieu de laquelle il nage.

C'est en vain que j'ai répondu à cette argumentation trop absolue, que l'âme de l'enfant pouvait fort bien percevoir les sons par les organes mêmes de la mère ; on n'a pas voulu admettre que l'âme eût une telle faculté. Ceux-là mêmes qui ne refusent pas le concours d'une âme pour la formation du fœtus, s'imaginent qu'elle doit être emprisonnée quelque part dans le cerveau et ne peut entrer en communication avec celle de la mère.

Sans m'arrêter davantage à vouloir combattre des opinions préconçues, je dirai siui-

2Ci L'ÉDUCATION ANTÉUIEURK.

plement que parmi les physiologistes qui se sont, occupés d'élucider cette question, il en est de très-distingués qui admettent parfaitement la possibilité de la transmission directe des ■sons et leur perception par l'enfant malgré les obstacles qui semblent s'y opposer.

Voici sur ces importantes questions ce que dit l'un de nos plus grands physiologistes, Cabanis, et l'opinion de cet homme célèbre, qui fut à la fois un des membres les plus distingués de la Faculté de médecine, de l'Académie des sciences, et de ce que nous nommons aujourd'hui l'Académie française , mérite bien qu'on réfléchisse un peu avant de rejeter une théorie à laquelle il semble s'être rallié d'avance.

« Nous savons qu'avant de voir le jour, le « fœtus a déjà reçu, dans le ventre de sa mère, « beaucoup d'impressions diverses, d'où sont « résultées en lui de longues déterminations, « qu'il a déjà contracté des habitudes, qu'il « éprouve des appétits et qu'il a des pen- « chants.

« Au moment de la naissance, le centre cé- « rébral a donc reçu et combiné déjà beau- « coup d'impressions : il n'est donc point a table rase, si l'on donne au sens de ce mot « toute son étendue. Ces impressions sont, à « la vérité, presque toutes internes, et, sans « doute, il est table rase relativement à l'uni- « vers extérieur. . . .

« . . . . Mais il s'en faut de beaucoup que « les sensations, les déterminations et les juct gements qui n'ont lieu qu'après la nais- « sance soient étrangers à l'état antérieur du « fœtus.

« La direction des idées et

a même leur nature sont toujours, jusqu'à un « certain point, subordonnées aux penchants a antérieurs, et des classes nombreuses de ju- « gements dépendant uniquement des appé- « tits.

« L'analyse détaillée et complète

« de l'état idéologique de l'enfant, avant que « tous ses sens aient été mis simultanément

2G0 1/ÉDUCATION ANTh'linEURK.

"t en jeu par les objets extérieurs, n'est pas « un de ces sujets qu'on traite en passant : ce « serait celui d'un ouvrage qui manque. »

Un peu plus loin, l'illustre psychologue dit encore :

« Il demeure bien prouvé que les tendances « instinctives qui surviennent dans le cours de « la vie résultent, comme celles que l'animal « manifeste en naissant, d'impressions in- « ternes absolument indépendantes à leur ori- « gine de celles que reçoivent les organes des « sens proprement dits, quoique bientôt elles « se mêlent à toutes les sensations, et puissent « être modifiées, jusqu'à un certain point, par « le jugement et par la volonté. »

Je crois qu'il est impossible de formuler le système des impressions antérieures et d'ouvrir la voie aux idées de prédispositions d'une manière plus claire et plus catégorique.

11 est fâcheux que je n'aie pas connu l'ouvrage de Cabanis lors de la publication de ma première édition, l'opinion de cet illustre savant aurait peut-êlre détruit bien des pré-

L'ÉDUCATION ANTRUIEURE. UGT

veillions et fermé la bouche à bien des critiques plus malveillants qu'éclairés.

Voici d'autres passages du même auteur qui répondent aux objections mentionnées plus haut, sur l'impossibilité que les sons puissent parvenir au fœtus à travers les membranes et les fluides au milieu desquels il se trouve :

0 Quant à l'organe de l'ouïe, tout le monde « sait qu'il peut être affecté de différentes es- « pèces de sons relatives à l'état du cerveau, « ou des nerfs en général, et notamment de a ceux des viscères du bas- ventre. 11 est aussi « reconnu que des frottements ou de simples « applications mécaniques sur l'oreille ex- « terne sont capables de faire entendre des a sons et des bruits plus ou moins distincts. « Enfin, beaucoup d'expériences, parmi lesa quelles je prends pour exemple celles faites « sous la cloche du plongeur, ont prouvé que '( les sons peuvent se transmettre à travers « les fluides aqueux; ce qui, pour le dire en « passant, paraît lever tous les doutes tou-

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« chant l'élasticité de ces fluides, longtemps « méconnue et formellement niée par les phy- « siciens. Or les humeurs séreuses, lympha- « tiques, gélatineuses, muqueuses, que les « membranes du fœtus renferment, qui bai- « gnent les cavités et parcourent les tégu- « ments du bas-ventre de la mère, jouissent « d'une élasticité bien plus grande à cause « des matières animalisées qu'elles tiennent « en dissolution ; sans même parler de la fa- « culté contractile directe, que plusieurs phy- « siologistes admettent dans ces humeurs. « Ainsi donc, le fœtus peut avoir reçu des « impressions du son ; il peut avoir du moins « entendu du bruit confus. Il paraît même « assez difficile de concevoir que ces impres- « sions ne se soient pas fréquemment renou- « velées pendant le temps de la gestation. « Nous n'en conclurons cependant point que « l'éducation de l'oreille soit alors fort avance cée; mais en affirmant qu'à la naissance « de l'enfant les bruits extérieurs lui font « éprouver des ébranlements entièrement

a nouveaux, on s'appuie de notions physiolo-

« giques inconnpiètes et l'on s'expose à mal

« commencer l'histoire analytique des sensa-

« tions, des idées et des penchants.

« Cet état est commun, en plusieurs points,

« à des classes entières d'animaux ; mais on

« sent qu'il ne peut manquer d'être modifié

« dans les espèces par les différences géné-

« raies de l'organisation, et dans les indivi-

« dus par certaines particularités dépendantes

« des dispositions du père et de la mère, et

« des impressio7is qui, de celle-ci, sont trans-

« mises incessamment au fœtus renfermé dans

« la matrice. Manière de sentir, jugements

a naissants j appétits, habitudes, tout enfin

« se rapporte alors, comme tout se rappor-

« tera dans la suite, aux lois de la combinai-

« son animale actuelle, au genre de fonctions

a qu'elle détermine, à la manière dont ces

« fonctions s'exécutent, ou dont tous les mou-

« vements, en prenant ce mot dans son sens

« le plus étendu, se coordonnent avec le ca-

« ractère et les opérations de la sensibilité. »

Et le célèbre physiologiste ajoute un peu plus bas :

« Les lois secrètes et primitives qui pro- « duisent ces tendances n'en seront pas moins « un sujet d'éternelle méditation pour le « sage. »

On sait que Cabanis avait une tendance marquée pour l'école matérialiste, ce qui donne plus de prix encore aux observations qu'il nous a laissées, et aux aveux qui en sont la conséquence obligée. S'il avait pu admettre l'intervention constante d'une intelligence dans le fœtus, s'il avait cru à l'âme humaine, en un mot,~ il aurait trouvé là l'explication naturelle du mystère dont il a cherché vainement la solution dans les nombreux écrits des philosophes de toutes les époques, et dans les données d'une science qui ne peut atteindre que les choses visibles ou palpables; qui comprend la valeur des mots : fin, mort; mais ne pourra jamais trouver l'explication de l'origine des choses, du principe de la vie et de tout ce qui se rapporte à la création des êtres.

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