‹ Influences maternelles pendant la gestation sur les prédispositions morales et intellectuelles des enfantsChapitre 3 sur 20 · AVTRES APPRECIATIONS · texte numérisé non relu

AVTRES APPRECIATIONS

M. Louis Énault a publié dans le Constitutionnel un article très-bienveillant. Après avoir donné une analyse courte, mais juste, de la théorie de l'éducation antérieure, ce critique ne rejette nullement les influences maternelles; cependant, il n'ose se prononcer ouvertement ; on voit qu'il craint de se compromettre. Il dit :

« Nous croyons qu'il y a du vrai dans les ob- « servatioûi^e M. de Frarière ; le tort peut-être, c( c'est de les formuler en théories. L'erreur de « M. de Frarière, c'est de substituer l'analyse à « l'induction. »

Mais ces restrictions, imposées à M. Louis Énault par la crainte de s'aliéner les sociétés savantes qui déjà s'étaient prononcées contre la théorie de l'éducation antérieure, ne

sauraient diminuer la valeur de l'exposé qu'il en a donné en ces termes :

« Ce n'est pas impunément que nous vivons « neuf mois de cette vie mystérieuse, impénétra- « ble, antérieure à la naissance, dans le sein de (( nos mères. Nous sommes les fils de leur âme « comme de leur amour, et les meilleurs d'entre « nous reconnaissent et proclament très-haut les (( influences maternelles. Voilà ce que M. de Fra- « rière a voulu établir, voilà ce qu'il a développé « avec une grande abondance de raisonnements « et en s'appuyant même sur quelques faits.

« Je désire que son livre soit vra^car, à mes « yeux, tout ce qui tend à grandir et ennoblir le « rôle des femmes et des mères tend par cela « même au bonheur et à la dignité de l'espèce (( humaine. Selon M. de Frarière, la première « éducation d'un enfant se fait lorsqu'il est encore « sujet à toutes les impressions que la mère peut « éprouver avant de lui donner le jour : si la « mère se livre à des occupations uniformes ex- « cluant toute pensée prédominante, l'enfant

JUGÉE PAR LA PRESSE FRANÇAISE. il

« n'aura que des capacités très-ordinaires ; si la « mère est dominée par des pensées exclusives, « si elle se livre à des occupations qui exercent « ses idées et font vibrer jusqu'à l'exaltation la « plus ardente les ressorts de son âme, l'enfant (( aura des facultés extraordinaires, et d'autant (( plus étonnantes que le père, souvent, ne les « possède point, et que la mère ne les a possédées (( que momentanément; mais le moment a été (( bien choisi. »

Cependant, afin de ne pas donner une trop grande valeur à ses paroles, M. Louis Énault termine son article par ces mots :

« Quoi qu'il en soit, le livre est écrit avec les « intentions les plus élevées, les plus honnêtes et « les plus pures ; et comme les conclusions ten- « dent à faire placer la femme dans la sphère oîi « se développeront librement tous les trésors de « son intelligence et de sa sensibilité, nous nous « faisons un vrai plaisir d'en conseiller la lec- « ture aux maris, »

Très- bien, monsieur Louis Énault; en finissant par une plaisanterie, vous espérez échapper à toute solidarité avec l'auteur de ce livre « écrit avec les intentions les plus « élevées, les plus honnêtes et les plus « pures. »

Vous en recommandez la lecture aux maris, et vous avez raison ; mais quels livres vous semblent mieux appropriés aux femmes? sont-ce les romans-feuilletons si justement stigmatisés par M. le ministre de l'intérieur dans sa circulaire du 2 juillet 1860?

Pensez-vous que :

« Cette littérature facile, ne cherchant le « succès que dans le cynisme de ses tableaux, « l'immortalité de ses intrigues, les étranges « perversités de ses héros soit une lecture « préférable?... »

Voilà pourtant l'induction qu'on serait en droit de tirer, en lisant ces paroles plus que légères au sujet d'un ouvrage sérieux.

N'oublions pas cependant ce qu'il doit y

avoir de faible et de vague dans des appréciations formulées sans l'assentiment des corps savants ; surtout lorsqu'on sait d'avance combien ils sont hostiles à toute idée qui s'écarte de la vieille ornière qu'ils suivent péniblement. C'est déjà un grand point d'avoir raison aux yeux du critique lui-même, bien qu'il n'accorde son suffrage qu'à travers mille réticences ingénieuses.

Dans un article publié par l'Indépendance belge, M. Jules Lecomte a d'abord employé les mêmes moyens , et certes il n'a pas épargné les plaisanteries au sujet de la théorie de l'éducation antérieure.

Comme j'ai donné le texte de son article dans la première édition de mon ouvrage, je me bornerai maintenant à une seule citation, celle du paragraphe où il est question de madame Borghi-Mamo; cette espèce de défi jeté à la puissance de l'éducation antérieure ayant été suivi beaucoup plus tôt qu'on ne pouvait l'espérer d'une réponse péremptoire.

« El, tenez, l'autre soir, madame Borglii-Mamo « chantait aux Italiens, la veille môme du jour où « l'on put faire imprimer que la mère et l'en- « faut se portaient bien ! Quel musicien que ce « petit ou cette petite Borglii-Mamo ! Tout cela « est drôîe, mais absurde!.... »

Absurde? c'est là un jugement bien téméraire; au reste, M. Jules Lecomte est un noble cœur, car il ne craint pas d'avouer qu'il s'est trompé, lorsque cela lui arrive ; et qui donc n'est pas sujet à erreur?

Voici ce qu'il écrivait peu de mois après , et longtemps avant d'avoir acquis la preuve que l'éducation antérieure n'est pas tout à fait une chimère.

« J'ai signalé, jadis, cette théorie osée de M. de « Frarière. Je ne connaissais que des extraits « de son œuvre. Aujourd'hui, mieux édifié, je « pense que sa théorie relève bien plus des som- « mités de la science que de nos futiles apprôcia- « lions. L'ingénieux auteur accumule les faits et

« les exemples pour prouver l'aclion, l'inHuence u de la conduite, de la pensée, de la préoccu- « pation maternelle sur l'être qu'elle porte dans « son sein, et il est impossible, à cette lecture « nourrie de faits et de raisonnements, de no « pas s'arrêter, non plus pour sourire , mais (( pour réfléchir. »

M. Jules Lecomte termine en désirant que l'ouvrage soit soumis à l'examen de l'Académie des sciences. Vœu inutile et sans résultat possible, car l'Académie des sciences a repoussé et repoussera toujours une théorie qui blesse ses sentiments les plus intimes.

Les autres grands journaux tels que la Patrie, V Assemblée nationale, le Nord, et aussi diverses revues, V Illustration, \3l Revue des Deux Mondes, etc., ne se sont fait remarquer par aucuneappréciation digne d'être mentionnée.

Ce fut plutôt de leur part une espèce de concurrence faite au Charivari qu'une véritable critique.

Il faut avouer que c'est bien mal comprendre la mission de la presse, qui est d'éclairer, d'instruire le lecteur et non de le faire rire, souvent aux dépens de ses plus chers intérêts.

Le Siècle aussi a voulu dire son mot par la plume de M. Edmond Texier son chroniqueur ; mais il n'a pas été plus heureux que ses confrères de la petite presse.

Cependant M. Hippolyte Lucas s'est montré, dans le même journal, beaucoup plus juste et plus bienveillant. Son article est même un des plus sympathiques à la théorie de l'éducation antérieure. Il ne cherche point à voiler son adhésion par de ces phrases à double entente qui laissent le lecteur indécis sur la véritable pensée de leur auteur. Enfin, il termine son appréciation en émettant le vœu que cet ouvrage fasse désormais partie de ceux qu'on offre aux jeunes mariées.

Quant à M. Edmond Texier, ayant cru devoir lui rendre visite à l'occasion de son

singulier article, il voulut bien m'assurer que, loin d'être contraire à la théorie de l'éducation antérieure, il la croyait vraie en général. Il me cita plusieurs faits à l'appui, entre autres, il me répéta ce que j'avais du reste entendu raconter à des personnes dignes de foi, que Victor Hugo attribuait son génie poétique, si précoce et si richement développé plus tard, aux impressions que sa mère avait ressenties pendant un long voyage, dans des lieux extrêmement pittoresques ; voyage qu'elle fit précisément alors qu'elle le portait dans son sein.

Notre grand poëte pensait avec raison que l'état de constante exaltation où sa mère se trouva durant le cours de ce voyage pouvait bien avoir eu pour conséquence de faire naître en lui ces brillantes qualités poétiques qui lui valurent le surnom d'enfant prodige !

M. Edmond Texier me donna sur ce sujet des détails intéressants , qu'il m'autorisa même à publier, ce que je n'ai point fait.

L'ÉDUCATION ANTÉIUEUUE

m'étant interdit toute citation de ce genre qui ne m'aurait pas été communiquée par les personnes qui en sont l'objet ^

Avant de me retirer, ayant témoigné à M, Edmond Texier toute ma surprise de voir son article en contradiction avec ce qu'il venait de me dire, ma naïveté le fit sourire, mais il voulut bien cependant me promettre de saisir et même de faire naître une occasion de réparer l'effet de son article, promesse qu'il n'a pas jugé à propos de réaliser ^.

* On ne se figure pas combien d'exemples semblables on a bien voulu me communiquer; j'aurais pu en remplir des volumes. Cependant, comme c'eût été diminuer la valeur de ceux que j'ai cités, en qualité de témoin, il m'était impossible d'en faire mention sans avoir entre les mains les preuves les plus positives de leur authenticité.

[Note de V auteur.)

2 Je dois dire, à mon grand regret, que M. Ed. Texier, non-seulement n'a point tenu sa promesse, mais qu'il a publié dans un autre journal trôs-répandu un nouvel article, reproduisant à peu près le premier. Il y dépeint l'auteur de VÉducation antérieure sous les traits les plus

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Une revue protestante qui se publie à Genève chez Cherbuliez, revue qui ne se fait pas remarquer par son impartialité, a voulu aussi rendre compte de mon ouvrage.

Voici ses conclusions :

c( A travers le tissu un peu embrouillé d'as- « sériions, de faits, de dissertations, pour ne pas « dire de divagations dont se compose ce petit « volume, on reconnaît toujours l'accent d'un « homme convaincu

« Nous ne pouvons non plus nous empêcher « d'admirer la candeur avec laquelle M, de Fra- « rière reproduit, à la fin de son livre, deux « critiques fort spirituelles, mais aussi fort rail- « leuses, qui en ont été faites par MM. Edmond « Texier et Jules Lecomte dans le Siècle el dans a V Indépendance belge. »

ridicules. Cet article, d'un goiit très-contestable, n'élait peut-être pas une preuve de bonne et généreuse confraternité, et c'est sans doute ce qui a engagé sun auteur à le mettre sous la protection d'une signature de circonstance.

L'auteur anonyme de cette aimable et spirituelle critique sera, je l'espère, doublement satisfait de ma candeur en voyant que je reproduis ici sa loyale et lumineuse appréciation.

Mais c'est assez parler de la presse, le lecteur doit être maintenant édifié sur la manière dont se pratique, en général, l'examen critique des livres destine's à son instruction ou à son amusement. Et pourtant je n'ai cité que les articles les plus remarquables, ceux dont les auteurs jouissent d'une considération méritée, dont le talent ne saurait être contesté.

Quant à la presse provinciale, elle a été, comme toujours, l'écho de celle de Paris.

Cependant, si l'Académie s'est abstenue de parler de l'Éducation antérieure, si elle n'a pas même daigné m'accuser réception des deux exemplaires dont je lui ai fait hommage, sur l'invitation d'un de ses membres, afin de n'avoir point à prononcer le titre môme de

mon ouvrage dans ses rapports mensuels ; si la presse s'est montrée, en général, hostile à cette théorie, il me reste la pleine et entière approbation de plusieurs de nos plus grands écrivains, de ceux surtout auxquels l'autorité d'un grand nom et une haute position dans les lettres donnent le droit de casser l'arrêt prononcé par le journalisme, et de réhabiliter une théorie déjà ensevelie toute vivante dans les cartons de l'Académie, par ceux-là mêmes dont la mission était de lui prêter le concours de leur renom de science.

Après avoir donné un aperçu des articles de la presse parisienne, il est juste que je fasse mention des témoignages de sympathie

que quelques personnes éminenles par leur haute position dans les sciences et les lettres ont bien voulu m'adresser.

Mon idée n'est donc pas tombée sur un sol tout à fait stérile, comme le craignait M. Édouard Thierry, car de grandes intelligences en ont compris la valeur.

Bien que je me sois interdit de publier les lettres que j'ai reçues à l'occasion de mon ouvrage, je crois néanmoins devoir mettre sous les yeux de mes lecteurs quelques lignes signées des noms les plus honorables dans la littérature. L'importance du sujet que j'ai traité ne me permet pas d'hésiter entre une modestie mal placée et le succès d'une œuvre que je crois utile.

C'est d'abord M. Proudhon, ce logicien implacable, ce démolisseur de systèmes, auquel rien ne résiste. C'est l'homme qui a renversé le phalanstère, ce vaste édifice si bien défendu par les vaillants élèves des écoles polytechnique, normale et des arts et métiers

de Châlons ; mais si bien renversé qu'il ne s'en relèvera plus ; puis l'Icarie et autres rêveries enfantées par le socialisme ! la théorie de l'éducation antérieure n'avait-elle pas tout à craindre de ce terrible athlète que rien n'effraye ; qui fait carnage et destruction des idées nouvelles, même les plus attrayantes pour une société qui recherche avant tout la satisfaction de ses passions sensuelles?

Eh bien, non. M. Proudhon, qui parfois s'est laissé entraîner à d'injustes rancunes, s'est toujours montré profondément moral. On ne peut pas citer de lui une ligne qui soit de nature à l'entacher d'immoralité.

Or, l'éducation antérieure qui est le résultat d'une pensée morale devait trouver grâce à ses yeux.

Voici donc quelques passages de la lettre que M. Proudhon a bien voulu m'adresser. On verra que s'il blâme la manière dont j'ai traité mon sujet, il approuve sans restriction la théorie de l'éducation antérieure.

« A monsieur de Frarière, ■

« L'état de ma santé ne me permet pas en ce « moment de lire, avec tout le soin que je vou- « drais y apporter, votre intéressante brochure, « et bien moins encore de vous en écrire au « long.

« J'ai parcouru vos pages, et de cette première « inspection il est résulté pour moi ceci : que « vous tenez certainement un phénomène im- « portant de physiologie et de psychologie com- « binées ; mais que vous ne l'avez pas suffisam- « ment étudié, analysé, généralisé, formulé, en « un mot DÉMONTRÉ , comme il convient de le « faire quand oh aspire à servir la science et « l'humanité

« Reprenez donc votre pensée, travaillez-la, « suivez-la dans ses antécédents, ses conséquences, « ses aboutissants ; posez-en la déduction , la

« série, la synthèse Sinon, j'ose vous en

« prévenir, un plus judicieux s'emparera du sujet « et... vous enlèvera votre découverte.

c( Je vous remercie, monsieur, d'avoir cru que

« je m'intéresserais à votre travail. Tel que je l'ai

« vu, il me semble que mes propres idées vont

« fort au delà ; c'est vous dire combien je sym-

« pathise avec votre manière de voir,» etc., etc.

P.-J. Proudhon.

Quant à M, Émile Deschamps, futur académicien et, en attendant, l'un des plus aimables poètes de notre époque, il a voulu étudier mon livre dans toutes ses parties avant de me faire part de ses réflexions.

« Vous avez traité une question immense, dit « l'éminent écrivain, et vous l'avez traitée avec « un talent aussi grand que votre conviction, qui « passe facilement dans l'esprit de vos lecteurs. « Lorsqu'on vous lit attentivement, il est impos- « sible de ne pas se rendre à votre système, gui « n'a rien d'absolu

« Oui, monsieur, il existe une éducation

« antérieure; oui, la mère, pendant la gestation, « peut influencer physiquement, moralement et

« intellectuellement son enfant! Et vous rendez

« un service signalé à notre pauvre humanité par

« votre découverte et vos leçons.

(( Il me sera doux de saisir toutes les occasions

« de vous témoigner la haute estime que j'éprouve

« pour l'auteur d'un ouvrage qui est une preuve

(( éclatante de science philosophique et physio-

« logique, comme d'un heau talent littéraire... »

Emile Deschamps.

Voici quelques lignes de G. Sand qui prouvent que l'illustre écrivain considère aussi l'éducation antérieure comme une idée vraie et par conséquent réalisable.

c{ J'aime beaucoup votre exposition et votre « pensée sur l'âme servant de moule au corps. « C'est absolument mon opinion, et vous la dé- « duisez fort bien. J'aime moins les faits que « vous donnez pour exemples ; ils ne sont pas « assez concluants ni d'un intérêt assez particu- (( lier, ils n'étaient peut-être pas nécessaires d'ail-

« leurs. Enfin, il y en a trop ou pas assez, voilà (( ma critique.

« Du reste, l'ouvrage me plaît beaucoup, et, (( comme je le crois fondé sur une idée vraie, je (( le regarde comme utile et moral . »

George Sand.

Après avoir exposé l'opinion de nos plus grands penseurs, de ceux surtout dont les sentiments religieux ne sont pas considérés, à tort peut-être, comme très-éminents, le lecteur sera bien aise de savoir si mon système est contraire aux enseignements de la religion, ou s'il peut être approuvé par elle.

A cet égard, je ne puis mieux faire que de transcrire ici quelques extraits d'un article qui a paru dernièrement dans un journal de province , sous la signature de M. l'abbé Lebrun dont l'orthodoxie est parfaitement connue.

« J'ai lu et relu avec un vif intérêt, et lou-

« jours avec celle curiosilé du lecteur qui sent « qu'une œuvre puissante vient de passer sous « ses yeux, le livre si remarquable de M. de « Frarière.

« En effet, de cette œuvre si simple doivent « jaillir des étincelles comme des ouvrages de c( nos plus grands philosophes.

« Ce livre est riche d'observations et je

« pense qu'il y a peu de mères de famille qui « ne puissent confirmer cette doctrine par leur c( propre expérience...

« Quelques personnes prétendent que l'âme « n'est jointe au corps que quand l'enfant est à (( peu près à terme.

« D'autres, que l'âme n'est créée qu'au mo- « ment de la naissance... en sorte qu'un enfant « mort-né n'aurait jamais possédé le souffle im- « mortel qui anime notre corps.

c( N'est-ce pas raisonner contre l'évidence? « n'est-il pas certain que, dès le quatrième mois « de sa grossesse, et même avant cette époque, « la mère ressent desmouvements qui n'appartienc( nent qu'à l'enfant qu'elle porte dans son sein?

« On doit donc conclure en bonne logique, que « l'enfant est animé du souffle puissant qui agit c( sur la matière.

« D'ailleurs personne n'ignore que l'Église « catliolique accorde le baptême à l'enfant et « même à l'embryon, à quelques époques que ce « soit de la grossesse, pourvu qu'il donne quelque c( signe d'animation. Mais qu'est-ce que l'Église « catholique pour nos modernes psychologistes?

« Il est à regretter que le savant auteur de cette « théorie n'ait pas décidé cette question si grave « de psychologie, ainsi que d'autres propositions « du même ordre dans son œuvre aussi profonde « que remarquable.

« Nous pensons que l'étude de ces proposi- « tiens d'un ordre supérieur eût éclairé les « points encore obscurs de cette grande question, « et l'aurait porté à modifier quelques proposi- « tions et quelques conséquences un peu hasar- « dées qu'il tire de ses observations générales.

« En effet, partant de ce principe que l'âme de c( l'enfant est présente à son corps dès l'instant de « la conception, on doit comprendre qu'elle a sur

co L'ÉDUCATION ANTÉRIEURE

(( lui une influence immédiate et toute particu- « lière, et que la mère ne possède que dans cer- (( taines limites la puissance de former

« Nous ne saurions trop nous appesantir sur c( un sujet si digne des investigations de la « science.... »

Ici M. l'abbé donne ensuite un récit abrégé de circonstances qui lui sont particulières et qui viennent à l'appui de l'éducation antérieure , puis il reprend en ces termes :

« Comme il appartient à l'avenir de consacrer « définitivement la belle théorie de M. de Frarière, « nous adjurons les savants de toutes les nations « d'étudier cette découverte destinée à améliorer « l'espèce humaine et peut-être à la régénérer.

« Qu'on me permette un dernier mot.

« A l'aide de l'influence maternelle, le savant

' C'est ce que j'ai dit en effet dans tout le cours de cet ouvrage, et ce que je me suis efforcé de démontrer particulièrement dans la seconde partie.

JUGÉE PAR LA PRESSE FRANÇAISE. Gl

K auteur nous a donné sur le caractère des peuce pies et sur les causes réelles qui amènent la dô- « cadence des familles, et par suite celle des na- (( tions, des considérations qui laissent bien loin « derrière elles les divers systèmes de nos phi- « losophes et de nos historiens les plus célèbres. »

En présence de semblables éloges, je me vois forcé de répéter que sans un vif désir de surmonter les obstacles de toute nature que la malveillance a mis au succès de mes idées sur l'éducation antérieure, je n'aurais jamais osé les répéter ici.

Je crois devoir citer encore les lignes suivantes de M. Eugène Sue. Écrites longtemps avant la publication de mon ouvrage, l'auteur des Mystères de Paris semble avoir eu le pressentiment des merveilleux effets des influences maternelles.

'r Jene connaissais pas Ma?7m, l'enfant trouvé', l'un des derniers romans de cet auteur; ce fut donc avec autant de surprise que de satis-

faction que je lus les questions que se pose le célèbre romancier , questions qui , par un heureux hasard, se trouvent résolues par la théorie de l'éducation antérieure.

« Quelques hommes, aussi singulièrement que (( merveilleusement doués par la nature , naisc( sent géomètres, astrologues, peintres, musi- « ciens, etc., etc. Par quelle loi mystérieuse, c( par quel phénomène ces organisations privi- « légiées atteignent-elles et dépassent-elles, souc( vent de prime saut et sans labeur, la limite de « certaines connaissances? Nul ne le sait... mais « c'est un fait aussi évident qu'inexplicable. »

[Martin, Venfant trouvé, p. 293.)

Eugène Sue.

Il est certain qu'on n'a jamais donné aucune explication plausible du fait qu'Eugène Sue a déclaré être aussi évident qu'inexplicable.

Je demanderai donc à ceux qui ont lu ce volume sans prévention et sans passion, si la théorie de l'éducation antérieure ne répond pas de la manière la plus simple, la plus naturelle à la question posée par l'auteur de Martin, l'enfant trouvé.

Au reste, ce n'est pas seulement dans cet ouvrage d'Eugène Sue que l'on découvre de semblables observations. Tous nos grands écrivains, presque tous du moins, ont cherché vainement à résoudre ce problème. On pourrait citer une foule de passages dans les romans de Balzac, de Frédéric Soulié et autres romanciers, qui n'écrivaient pas seulement pour amuser le public, mais pour l'instruire, le moraliser et l'accoutumer à penser en agitant les plus grandes questions sociales où l'auteur se demande comme Eugène Sue :

« D'où nous viennent ces germes de bien ou « de mal que nous apportons en naissant ? Pource quoi venons-nous au monde avec des pen-

« chants, des passions que l'éducation ordinaire « ne peut que modifier et non anéantir?

(( Par quelle cause sommes-nous doués de « certaines facultés extraordinaires, et qui peut « dire pourquoi l'éducation la plus recherchée « est impuissante à les créer, à les développer « quand on ne les apporte pas en naissant? »

C'est ainsi que de tout temps la philosophie a essayé de résoudre ces questions;qu'elle a voulu connaître la cause des prédispositions signalées par Eugène Sue, Balzac et tant d'autres avant eux ! . . . Mais ce phénomène est demeuré un mystère impénétrable pour les philosophes anciens et modernes comme pour les savants.

Malheureusement, la science rend l'homme orgueilleux, et on peut prévoir d'avance quels sont ceux qui mettront le plus d'obstacles à la connaissance d'une vérité si essentielle au bonheur de l'humanité comme à son perfectionnement.

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