‹ Influences maternelles pendant la gestation sur les prédispositions morales et intellectuelles des enfantsChapitre 5 sur 20 · DE LA PUISSANCE DES IMPRESSIONS, ETC · texte numérisé non relu

DE LA PUISSANCE DES IMPRESSIONS, ETC

tout ce qui a été dit et écrit contre la théorie de l'éducation antérieure.

Heureusement ces railleries n'ont servi qu'à donner plus d'éclat aux faits déjà si nombreux qui viennent à l'appui de cette théorie, et si l'on publiait àveC autant de franchise les observations de tous genres qui ont été recueillies depuis la publication de cet ouvrage, il ne serait plus possible de mettre en doute la puissance des impressions antérieures.

Jiioraraoo J'J oonouDni otioo ob oiui iao-138 cno;)a'j ao'tJun'b J9 aiioUaa"!'

La mère exerce-t-elle réellement, à son insu ou volontairement, une intluence quelconque sur l'enfant qu'elle porte dans son sein * ?

Les impressions diverses qu'elle reçoit pendant sa grossesse peuvent - elles laisser des

1 Quelle est la nature de cette iulluence et comment s'cxerce-t-elle? Ces questions et d'autres encore seront traitées dans le cours de cet ouvrage, je ne fais que les poser ici.

82 considérations' Gén^'éra'les.

traces visibles*-, indélébiles, au moral comme au physique , sur le petit être en voie de formation, dont l'intelligence n'a même donné, à nos yeux du moins, aucun signe de vie?

Les physiologistes qui nient l'âme immatérielle et immortelle de Thomme ne sauraient, à plus forte raison, en admettre l'existence dans le fœtus ; ce n'est donc pas à eux que l'on peut adresser ces questions.

Mais il est d'autres personnes qui, tout en admettant que l'homme est dirigé par une intelligence d'essence immortelle ou divine, prétendent néanmoins que cette âme ne prend possession du corps qu'elle doit animer que peu de temps avant sa sortie du sëih maternel, ou même au moment de la naissàricé. '

Les uns s'imaginent que cette âme naît ou est créée à cet instant même ; tandis que d'autres croient que l'âme existant déjà n'est cependant jointe au corps qu'au moment où le petit être est à peu près formé et prêt à faire partie de la grande famille à laquelle il appartient. Selon eux, un enfant mort-né n'a jamais

CONSIDIÎUATIOINS GÉNÉUALES. 83

possédé ce souffle immortel qui anime noire corps li-» 'ni'.. l.'f HJ '.i ri.< , •)i.M.i<i/(i..| i,/.-

Il serait superfli^ |dé s'^rrêj^r à toutep^, ces hypothèse^, soit pour les combattre, soit pour lesappuyerw Cependant, j^e dirai que, si. l'on

: mmmh iX ,Br:9W, i.w,. 4^ ?, ; , ifnp;e?sions

.,4:]ip«,,i|atv^a,lft^te particdf^r^^^et^ressenties ,,par la mère dans les premiers temps de^ sa grossesse, impressions morales et qui n'apuraient pas été répétées plus tard, avaient néa^imoins laissé 'des traces indélébiles dans

..l'intelligence l'enfant, il faudrait en 'con-

-nf /Mrr.or. 'jiiMi io;nii!i ''c.fop^i,.-) d^q-HP,-,,, jfi)t

Inclure que l'âme n'attend point l'entière for- ^ mation du corps qu'elle doit gouverner pour j.^u prendre possession. Ne pourrait-on même en, inférer ,que celui-ci se développe sous l'in- , fluence immédiate et toute particuliè.re de , l'âme.?., Ce . serait ^ alors l'âme elle-même qui . .nipdèlerait le , corps qu'elle doit habiter et le

.créerait pour,, ainsi dire à son image et à sa

' ui>i;p <iiu:^) ijij ijjinoi mabudii.

..rjessemblance. -, , ., . ' . '

Dans, cette hypothesp, ,ce ne serait qu lùdii^^^ectement que |a mère exercerait son influence

84^ CO N S 1 p^IUprj OJS^^ G^J^^f. A. L E& >

matérielle et spirituelle; et en effet, c'est par une cause tout indépendante de sa volonté que son enfant reproduit quelquefois l'image de ses ascendants paternels ou maternels^) iê'i c'est aussi par. une cause dont elle ne. saurait 'se p^idrp^^ppmpte qu'elle éprouve pendant sa gestation ces désirs irrésistibles, souvent contraires à sa propre volonté. Demandez-iui ce qui l'oblige à agir de telle ou telle manière, parfois entièrement opposée à ses goûts, à ses précédentes notions de justice, de bienséance, et à sa raison même.. Elle vous dira qu'elle se sent dominée par un sentiment plus fort que sa volonté, plus impérieux q,ueitous ceux qu'elle a ressentis jusqu'à ce moment et d'une • • nature indéfinissable. • rtrtuf nrnj'i.

Ne serait -il- pas aussi raisonnable d'admettre que les influences de toute nature qui réagissent sur le corps de l'enfant, qui laissent des ..marques indélébiles de leur passage,.! ] même sur ses facultés intellectuelles, de ma-j ' nière à troubler parfois son existence entière,

Cette àme, recevant ainsi 'toutes les impressions qui frappent les sens de la mère, en subirait le contre-coup... ; et alors s'expliqueraient ces mystérieuses analogies, cette exisimce double j cet état de plénitude que ressent la femme dès les premiers instants de la gestation, ces tristesses involontaires, souvent sans cause , et ces accès de joie souvent sans motifs. On comprendrait aussi le profond sentiment de bonheur qu'elle éprouve dans certains moments, si l'on admet la communion de deux êtres ayant une vie particulière et indépendante.

Que pourrait -on alléguer de raisonnable contre cette idée de la Communion intime d'une nouvelle intelligence, distincte et capable de recevoir des impressions personnelles, avec l'àme de la mère ?

On objectera -fe^^- 'dcmtël 'qii'âyânf Avancé que les animaux étaient égalenient susceptibles de transmettre certaines impressions à leurs petits, quoique dans des limites trèsrestreintes, l'idée d'une transmission directe

86 CO'NS I [) K-R ATI OKS G/li.N KiRAl/KB.

impliquerait la reconnaissance d'une âme chez les animaux, question bien ardue et que je tranchais trop légèrement.

Avant de répondre à cette objection , il est nécessaire d'établir clairement en quoi consistent les influences maternelles et quelles ;en sont les bornes probables ; car, lorsqu'on traite un sujet si nouveau, si étrange même aux yeux de bien des personnes, et qu'on ne peut s'appuyer que sur un nombre limité d'observations, on doit éviter toute conjecture hasardée

: et ■ n'avancer qu'avec lenteur dans ce champ encore inexploré.

D'autres profiteront des données que je puis

•Mleur fournir, et, aidés de mes observations, ils pourront s'aventurer avec plus de sûreté

■îiivers le vaste horizon qui s'ouvre devant nous. Les impressions qu'une mère peut communiquer à son fruit sont de trois sortes ,:, physi-

-ques, morales et intellectuelles. .^fj gr, . L'influence physique , niée par les physiologistes, a été néanmoins acceptée et reconnue 'icomme une vérité irréfutable par la généra-

COÏSSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 87

lilé des femmes de tous les temps et de toutes les nations.

Les preuves de cette influence sont si nombreuses, si bien établies, qu'en vérité toute discussion sur ce sujet serait parfaitement inutile, si elle ne se rattachait à la question bien autrement importante qui est le but de cet ouvrage.

Les résultats de l'influence physique sont naturellement tout matériels ; ses traces sont visibles, soit que l'enfant porte sur son corps l'empreinte d'un objet quelconque qui aura frappé les sens de la mère, excité ses désirs ou ses répulsions ; soit qu'ayant été affectée d'une manière plus vague, l'impression de nature à agir sur la sensibilité de la mère, à exciter sa frayeur, sa colère, n'ait produit sur son fruit que des désordres dans l'organisation intérieure ou extérieure de l'enfant. Dans ces derniers cas, il arrive souvent que le mo^ ral même du petit être en soit également affecté.

Cependant, j'ai connu des faits où le dé-

sordre organique de l'enfant n'avait en rien altéré ses facultés morales ou intellectuelles.

■>r r. rj'i

IMFI.VEXCES ITIORAIiES.

On a par contre plus d'un exemple où , à la suite d'une frayeur, d'un profond chagrin, d'une sombre mélancolie, d'une passion violente ressentie pendant une certaine période de la gestation, une mère a donné le jour à un enfant parfaitement conformé, mais dont le caractère se ressentait fortement des agitations maternelles. Ces cas sont heureusement moins fréquents que les premiers, par une raison bien simple : comme ce ne sont guère que les femmes d'une classe aisée qui trouvent dans les loisirs d'une existence désœuvrée, que le peuple envie à tort, ces excitations dan-

CONSIDKUATIONS GÉNËH ALES. 89

^e^-euses ,çi^^fajjal^, ^).|eur bonfieur,,;Ce, i)!est aussi que parmi les, classes privilégiées que l'on rencontre ces enfants au caractère si fortement impressionnable, quelquefois violent, cruel, emporté, opiniâtre, enclin à tous les excès. Ces imaginations maladives, sombres, portées vers les choses étranges; ces petits prodiges dont l'ayenir est compromis d'avance par des défauts qui font le désespoir de leurs parents, sont les tristes victimes des imprudences de leur mère; c'est elle, et surtout celui ou ceux qui ont mis ses passions en jeu, qui feront un jour responsables des fautes et dç^ e?-ç^ès ,^pnt se rendent coupables ces pauv^eg §tres entraînés au mal par une organisai\(}n viciée. :,,ç,tti'ji .^Que l'on scrute la vie de la mère pendant] cette période que nos voisins qualifient d'm-. ' téressante position^ et l'on trouvera l'explica- . tion de la plupart de ces étrangetés de caractère si contraires aux exemples que l'enfant; reçoit tardivement dans le cercle intime de sa famille ;,, 3i^aj5, Je. 1^ répète, la mère ne sera^

pas seule responsable ; souvent elle n'est ellemême qu'une victime ! . . .

Au reste, qui n'a entendu cette douloureuse exclamation arrachée par le spectacle d'une dépravation précoce : Mon Dieu ! on dirait que cet enfant a été changé en nourrice, il n'a rien du caractère de son père ni de sa mère !...

Non, il n'a rien du caractère habituel de ses parents, mais il lui est resté une impression presque indélébile des emportements, des terreurs et de cent autres excès dont il a été l'invisible témoin. Que les parents ne se plaignent donc pas lorsque des passions dont ils auront déposé le germe surgissent et éclatent tout à coup ; et si parfois ils oublient que Dieu est présent partout, que la jeune mère se souvienne du moins qu'elle est responsable de l'innocent petit être qu'elle porte dans son sein, et que lui n'oubliera rien !

On a vu que l'influence purement physique ou matérielle, quoique fort contestée par les physiologistes, n'en était pas moins reconnue

par tous les peuples , et que cette croyance , aussi vieille que le monde, était appuyée par des milliers de preuves incontestables. Au reste, cette influence, ne s'attaquant qu'à la partie matérielle de l'être, ne peut exercer aucun trouble fâcheux dans la société : ses effets sont tout personnels ; ils se bornent à des bizarreries, véritable jeu de la nature. Les cas de monstruosités sont très-rares.

Mais il n'en est pas de même de l'influence morale ; celle- ci , ainsi que je l'ai dit plus haut, touche directement aux intérêts de la famille, peut compromettre son bonheur et porter le désordre dans la société. On connaît depuis longtemps ce genre d'influence, et c'est à tort qu'on n'y a point attaché d'importance.

Je ne dirai qu'un mot ici de l'influence intellectuelle, dont on a jusqu'à ce jour à peine soupçonné l'existence, et qui pourtant joue un rôle si considérable, qu'elle pourrait, conjointement avec l'influence morale, changer entièrement l'avenir de la société. Ce genre d'influence étant étranger au sujet de ce cha-

pitre, entièrement consacré à éclaircir un point tjcps-important de la physiologie animale, j'y reviendrai après avoir démontré que les bêtes, elles-mêmes , du nioins celles que nous avons admises auprès de nous pour nous servir ou nous récréer^ sont également soumises aux deu}c, influences dont je viens de tracer le rapide exposé. . , > ,1

Je comprends toute la porte'e des idées que je viens de formuler; je ne me fais aucune illusion sur l'accueil réservé à une semblable proposition; on m'accusera de nouveau d'émettre des énormités indignes du plus léger examen ; mais je suis heureusement peu sensible aux attaques passionnées et irréfléchies. Ne m'avançant qu'armé d'observations posi-;, tives et consciencieuses, je laisse au temps, qui fait toujours justice de toute idée nouvelle, le soin de prouver la réalité de mes affirmations,; ■ la grandeur et l'utilité de mes vues.

En disant que la mère ne pouvait communiquer à ses petits que les deux genres d'im-:; pressions dont j'ai parlé; qu'elle ne pouvait

influencer que leur physique et leur moral, je n'ai néanmoins point entendu me prononcer sur la grave question si souvent agitée parmi les philosophes, celle de savoir si les animaux ont une âme. Salomon a dit il y a tantôt trois mille ans :

a L'homme n'a rien de plus que la bête; « tout est soumis à la vanité. Les hommes « meurent comme les bêtes, et leur sort est « égal. Ils ont tous été tirés de la terre, et ils « retourneront tous à la terre. Qui sait si « Tâme des enfants des hommes monte en « haut et si l'âme des bêtes descend en « bas?... »

Le Christ non plus ne s'est point prononcé sur ce sujet. Il a dit seulement que Dieu avait soin des petits des oiseaux ; il a proclamé aussi, dans une de ses divines instructions, que, même en un jour de sabbat, le plus rigide observateur de la loi de Moïse sur le travail , loi' d'une rigueur extrême, ne laissait point son âne dans un fossé, c'est-à-dire qu'on devait avoir pitié des bêtes. Et pourquoi en avoir

pitié, si la bête n'est que matière organisée, «ainsi que l'enseignent certains professeurs?...

La plupart des philosophes, des législateurs des temps anciens ont accordé aux anii.maux cette prérogative dont l'homme est si fier ; quelques-uns sont même allés plus loin, ils^ ont publié que l'âme de la bête et celle de l'homme étaient de tout point semblables. La métempsycose, doctrine de Pythagore, est née de cette croyance.

Il était réservé à nos modernes philosophes d'établir une doctrine absolument contraire. Doutant de l'existence même de Dieu, reniant leur âme ou admettant tout au plus cette prétendue âme universelle qui est tout, renferme tout, mais n'a rien de commun avec le Créateur tel que le vulgaire le conçoit et l'adore, ces philosophes enseignent à la jeunesse des collèges, non-seulement que l'animal n'a pas d'âme, qu'il n'est que matière plus ou moins organisée, mais encore que cette matière organisée est privée de sensibilité, qu'elle ne souffre pas ; que sa terreur de la mort, ses

cris douloureux lorsqu'on la blesse, tout cela, en un mot, n'est que pure illusion ! . . . J'ignore si ces enseignements sont partout les mêmes ; ce que j'affirme, c'est que j'ai dû combattre vingt fois les opinions bien arrêtées sur ce sujet de jeunes gens qui les avaient puisées dans les collèges et les tenaient de la bouche de leurs professeurs de philosophie.

Que l'on juge donc s'il serait prudent de hasarder une conjecture au milieu de ce dédale d'opinions diverses... Je m'en tiendrai donc au seul système en harmonie avec les circonstances où je me trouve ; c'est-à-dire que, sans me prononcer entre des affirmations et des négations absolues, je n'avancerai dans ma tâche qu'appuyé d'observations exactes et consciencieuses...

Sans refuser l'hypothèse de l'âme chez les animaux, on peut hardiment leur contester certaines qualités inhérentes à la nature de notre âme. On ne saurait admettre chez eux aucun des attributs de l'esprit; on pourrait même croire qu'ils sont privés d'imagination.

96 considérations' (GÏi'ts £ à.

Or, comme c'est principalement cette (jtiàlité qui règne en souveraine dans les organisations d'élite, et qui est la cause la plus ordinaire des influences naturelles de la femme sur son fruit, on comprendra pourquoi cette influence se fait si rarement sentir chez les animaux.

Cependant, il suffit de démontrer qu'elle a lieu quelquefois, pour qu'on l'admette en principe.

Parmi les exemples que je pourrais cife^' je dois prévenir qu'il ne s'en rencontre pas' dans la classe des ovipares, et en effet cela ne pouvait être ; le germe se développant en dehors des influences de la mère. Cette exception même confirme la règle générale que les impressions maternelles se font sentir pendant la gestation, c'est-à-dire lors du développement du fœtus : or, ce développement n'ayant lieu chez les ovipares qu'après sa séparation définitive de la mère, pouvant s'opérer sans son secours et loin d'elle,' 'lin * comprend que celle-ci ne peut communiquer

toutes ses impressions à des germes qui se développent en dehors de son influence. .li

Mais si l'influence maternelle semble nulle à certains égards, le germe qui doit à un moment donné se développer dans Fœuf n'en existe pas moins. Il a donc pu, avant d'être séparé de la mère, s'initier à son genre de vie et acquérir les facultés dites instinctives dont sont également douées les espèces ovipares.

Ce sujet sera développé plus tard ; en attendant je ferai remarquer qu'en Égypte, où l'on a l'habitude de faire éclore les poulets dans des fours et d'élever la volaille sans le secours de poules conductrices, les jeunes poules élevées de cette manière n'éprouvent aucune envie de couver, elles en perdent même ; totalement le désir. Or, on sait avec quelle passion nos poules s'acquittent de ce devoir.

J'ai dit que les animaux paraissent privés du plus bel attribut de l'homme, l'imagination; ils n'ont également aucune notion du beau et du laid, ne savent pas établir de comparaison entre le bien et le mal, et n'agissent, eu

98 CONSIDICRATIONS .G^F^jSjfjp.^ L|^,S.

un mot, que sous l'empire des passions que, par cette raison, nous nommons animales.

Cependant, comme cette définition me paraît vague et incomplète, je crois devoir Ja présenter sous son véritable caractère, afip d'éviter, tout malentendu dan§ ,une question aussi délicate. Je blesserai peut-être bien des susceptibilités, car il est impossible de froisser de vieux préjugés sans encourir le blâme et quelquefois la colère de ceux qui se croient atteints dans leurs sentiments les plus intimes. Pourtant il me semble que la vérité, quelque irritante qu'elle soit, doit être énoncée en toiitc liberté, surtout lorsqu'on traite un sujet si grave ; autrement on serait en droit de douter des convictions de celui qui , dans cette circonstance, dissimulerait sa^.pnsée par faiblesse ou par crainte.

Je pense donc que l'on donne très-faussement l'épithète de passion noble à l'ardeur qui pousse l'homme sur le champs de ba-

CONSIDKHATIONS GÉNÉRALES. 99

une position aux dépens de la vie de ses semblables ; amonceler ruines sur ruines; saccager, brûler, détruire les ressources d'un peuple ; répandre partout la désolation et la terreur : en vérité, je ne saurais reconnaître dans la passion qui portait jadis les hommes à de tels excès l'ombre même de la grandeur et de la noblesse ! . . . Par contre, qui pourrait réfuser ces titres à l'homme qui se dévoue pour la défense de sa famille, de sa' patrie, protège le faible et combat pour la justice et la vérité?... Ainsi, pour qu'une passion ait un caractère noble et grand, il faut absolument qu'elle soit inspirée par le dévouement et suivie d'une entière abnégation.

Quant à ces courses à travers les forêts, à la poursuite de leurs timides habitants, elles peuvent être très-amusantes, très-salutaires comme exercice ; mais, comme elles n'ont aucun caractère de générosité, que l'égoïsme en est le seul mobile, on ne saurait, en conscience, leur donner le nom de noble divertissement.

Quelle noblesse peut-il y avoir à forcer un

100 CONSlDËRATIONSGÉNlîHALIv-S».":;

pauvre cerf, et quel courage peut-on trouver à le faire déchirer tout vivant par^tinfe' rrieule! enragée et ensuite à plonger Un 'couteau dans' le poitrail du noble animal irfaiuj -oiipciiijci

Je ne parlerai pas de la châsse au menu gibier, où chacun fait parade de son adresse et ^ du merveilleux instinct de son chien ; c'est un amusement qui a beaucoup d'attrait, une petite guerre sans danger, qui accoutume la jeunesse à répandre le sang et conduit l'homme tout doucement vers cette ardeur guerrière dont j'ai parlé plus haut. ' s-jobi aoni

La chasse ne saurait donc, en aucune manière, être une noble passion. J'excepte de cet anathème la chasse au lion, et en généràil' celle que l'on fait aux animaux dangereux 'ou nuisibles ; chasse peu recherchée, du resté,-' mais où l'homme peut déployer utilement t'otif son courage et faire preuve d'un dévouement sublime. , i-iauos

L'animal possède donc aussi bien 'flftTè l'homme l'instinct de la destruction î^ iln eàt incontestablement guerrier et chasseur ; il a

autant de courage et les ruses ne lui font pas défaut. Pourquoi donc la mère ne pourraitelle pas transmettre ses qualités à ses petits, puisque, aussi bien que la femme, elle est soumise aux diverses impressions qui frappent celle-ci pendant sa grossesse et aux passions qui peuvent produire les influences morales, c'est-à-dire celles qui agissent sur le caractère et les facultés de second ordre ?

Mais cette question est déjà résolue, et ceux qui en général se montrent le plus contraires à mes idées sur l'éducation antérieure se sont chargés de la résoudre victorieusement. En voici un exemple entre mille que je pourrais citer.

Je me trouvais un jour à un rendez-vous de chasse, où, par parenthèse, je faisais assez triste figure, ayant par deux fois laissé partir un pauvre lièvre qui s'était pour air^si^jre mis SOUS ma protection, noble confiance que Je me serais fait un véritable scrupule de trahir lâchement. Mais une chienne qui pouvait à peine suivre la chasse, ^t^d 9i>t tQ\i| Je n^on^^

102 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALKS.

1,(11 1.1/ M >i /.:■!.) ''/'«'i ! ; ]\i^]r<r>^> admirait la sagacité profonde, avait probablement compris, avec ce merveilleux instinct qu on lui reconnaissait, qu en se tei^ant près du chasseur le plus inojfensif^ de chances de rencontrer du gibier qu m suivant les traces des autres chasseurs. Elle eut en effet le plaisir et la doire de saisir le lièvre au passage, celui-ci poussa un cri aigu, se débattit un moment; puis, la chienne l'ayant „ saisi par le milieu du corps, elle se dirigea vers son maître en faisant entendre des petits jappements victorieux et se hvrant, ià la pantomime la plus expressive, r.'jl'rilna

, On voulait me faire honneur de cette prise ! honneur que ie récusai, racontant ce qui s'était passé. M. .de .G. dit alors que ce n étai,t pas la première fois que Yolande (c'était le nom de la chienne) se livrait à de pareils exploits. Il nous raconta une multitude de faits très-glorieux pour l'animal qui en était le héros, et termina son récit en nous disant que sa chienne tenait ses nobles .qualités, de sa mère, qui ,les; avait possédées à un degré très-éminent:.! Mais,

c W si iCri 0 N s g &è u a l e s. 103

àjouta-t-il, ne croyez pas que toutes ses portées m'ont donné de bons chiens de chasse, car ce n'est pas uniquement la race qui transmet cet instinct si recherché des chasseurs, il y a encore autre chose.

Cette explication n'ayant fait qu'ajouter à la curiosité ordinaire aux chasseurs, qui écoutent avec une attention extrême tout ce qui se rattache aux exploits de leurs chiens, M. de G. poursuivit son intéressante communication. 11 nous affirma que le moyen le plus sûr d'obtenir de bons chiens de chasse consistait à entretenir la chienne dont on veut garder les petits dans un état d'activité continuel pendant l'août le temps de sa gestation. Ne la fatiguez »'^pas trop, ménagez-la même autant que possi- J^'ble, mais ayez soin de la' promener chaque ' jour dans les terres giboyeuses, de lui faire suivre la piste, d'exciter et de maintenir son 'ardeur, et vous serez à peu près sûr que sa ''■portée, une partie du moins, manifestera en ' son temps une rare intelligence dans la poursuite du gibier.

104 CONSIDÉRATIONS GÉV^kALES.'' '

Le vieux garde -chasse confirma de tout' point les assertions de son maître, disant qtie' ' ' c'était un fait bien connu parmi les cHasseufs' de profession.

Persuadé de la parfaite exactitude de ces observations, que dans bien des circonstances analogues j'avais eu occasion de faire moimême, M. de G. et son garde 'n''euren*t j^^^^^ peine à me convaincre de leur sincérité; 'je' croyais cependant qu'il n'en serait pas de même des autres auditeurs ; car parmi eux se trouvaient M. N. et M. de B., qui s'étaient*^ constamment montrés les adversaires les plus ardents de mes idées sur l'éducation antérieure. Ma surprise fut donc des plus vives lorsque je les vis non-seulement approuver de tout point cette méthode anticipée d'éducation canine, mais l'appuyer d'un grand nombre d'exemples connus de tous les ariiateurs 'dîi' sport cynégétique. "''^^■^'^'^

est vrai que ces messieurs ne considéraient point ces faits comme ayant quelque rapport avec l'éducation antérieure, telle que je l'ai

fait connaître; leurs idées sur ce sujet étaient toutes matérielles : ne. pouvant nier les effets .

".11"» l'Air^U) /îlliO!!! lfVi> f^!l()ll'îO'-.l: r:;>T )l!10a

ils repoussaient la cause, attribuant l'influence de la mère dans cette circonstance à une sim- / pie modification du sang et des humeurs!.^. Ils allaient même, jusqu'à faire intervenir certains esprit^ animaux, et lorsque, forcés dans ce pauvre retranchement, je les priais de vouloir bien m'expliquer ce qu'ils entendaient par esprits animaux, ils se bornaient à répondre que cette expression se comprenait, mais ne s'analysait pas.

Pourtant, un des chasseurs, qui avait étudié les mœurs du cheval chez les Arabes, et rx)ii sait que chez eux le cheval fait pour ainsi dire , partie de ,1a famille, nous raconta bien d,es,|traits de la rare intelligence de ce noble cçmpagnon de l'Arabe, et il finit par avouer ' q|ie ces hommes croient fermement à l'influence du caractère de la cavale sur le poulain. Ils prennent grand soin de la maintenir cjans de bonnes dispositions pendant toute la durée de la gestation, et sont persuadés que la

lOG CONSIDÉRATIONS GËNÉRALKS.

race seule ne suffit pas pour avoir un poulain doué des qualités qu'ils recherchent pardessus tout. Il y a chez les peuples nomades quelque chose de plus que les simples précautions ordinaires ; je crois même, en Véritéi njouta-t-il , qu'ils admettent les impressions dont monsieur vient de nous entretenir ! . :1 ^^J'^

Ces paroles, prononcées avec la franchisé d'un soldat, me causèrent un véritable plaisir,' et mirent fin à notre discussion.

Dans une autre circonstance, un amateur de la race féline me dit avoir remarqué uri fait qui lui paraissait étrange. Ayant pris les petits d'une chatte extrêmement farouche, il' les donna, dès le premier jour de leur nais-' sance, à une chatte privée, à laquelle il avait à dessein enlevé les siens peu de temps auparavant. Celle-ci les avait adoptés et en eut tous les soins possibles ; mais, à sa grande surprise, les petits se montrèrent farouches, et devinrent voleurs, comme s'ils eussent été élevés loin de toute habitation.

Cet amateur ajouta qu'il avait répété bien

des fois de semblables expériences, et qu'il s'était assuré que ce n'était qu'à grand'peine qu'on pouvait corriger les défauts de caractère chez les animaux qui les tenaient de leurs parents. Les chats sont tous voleurs plus ou moins; les petits d'une mère très-encline au vol seront même incorrigibles, tandis qu'on pourra moditier l'instinct de ceux qui sont nés d'une chatte tant soit peu fidèle ou plutôt discrète.

Enfin cet amateur, qui était en même temps un très-bon observateur, affirmait que le meilleur moyen d'obtenir des chiens et des chais d'un caractère doux consistait à éviter d'irriter la mère pendant la gestation ; qu'il fallait au contraire la tenir de bonne humeur, et qu'il croyait même avoir acquis la certitude qu'en excitant son intelligence on «préparait merveilleusement les petits à pratiquer ces tours gracieux, ces gentillesses qui rendent ces animaux si amusants.

On voit d'après cela que ces observateurs admettent, sans s'en douter, les principes

mômes de 1 educalion antérieure. Au reste, le nombre des personnes qui reconnaissent ces • principes est beaucoup plus considérable qu'on ne; se l'imagine; seulement les unes n'observent qu'un seul côté de la question-, d'autres attribuent à une tout autre cause l'influence maternelle, poussant l'absurdité jusqu'à parler d'esprits animaux ! jùi ij'iui

Avant de terminer ce qui a rapport à l'in^ fluence maternelle chez les anim.aux,: je dois parler de .quelques faits qui se sont passés sous mes yeux. i

Mon père ayant eu occasion de rendre quelrques services au prieur du grand Saint-Bernard, celui-ci lui fit présent de deux jeunes chiens, qui furent élevés avec tous les soins imaginables. Ils devinrent énormes, et, quoi^, que d'une grande douceur, les villageois et les étrangers les craignaient et fuyaient à leur; approche. Comme ils étaient mâle et femelle, » au bout d'un an celle-ci mit bas, et on lui: permit d'élever deux petits. » n»

Jusqu'à ce moment on les avait laissés li- i

CONSlDF'iRATIONS GIÎNËRALRS. 109

bres; mais, avant la seconde portée, on dut les tenir à la chaîne pendant le jour : non qu'ils fussent devenus méchants, mais parce qu'en jouant ils avaient effrayé quelques voisins, et mon père s'était empressé de faire droit à leur plainte.

îLe -supérieur du couvent avait cependant fortement recommandé à mon père d'éviter de les enchamer; ajoutant que, s'il ne pouvait s'en dispenser, il ne devait pas garder les petits qui naîtraient dans cette circonstance. Le bon prieur avait raison ; les petits de la première portée étaient doux comme des agn'eaux, mais ceux nés tandis que leur mère passait ses journées triste, sombre et souvent colère, essayant de briser sa chaîne pour se jeter sur les enfants du village qui la faisaient enrager à travers la grille de la cour, près de laquelle se trouvait sa niche où elle était enchaînée, ceux-là, on fut obligé de les faire tuer. Tout jeunes encore, ils montraient un caractère farouche qui contrastait avec celui de leur mèfe^ 'toujours douce lorsqu'elle

n'était pas à la chaîne et agacée par les enfants. Cette occasion ne fut pas la seule où mon père eut lieu d'observer que les recommandations du prieur étaient parfaitement fondées. Il eut lieu de l'appliquer à d'autres animaux domestiques et sans cependant attacher aucune importance à ses observations, il présageait presque à coup sûr ^ cjuel serait le

caractère des petits dont la mère était tenue sous telle ou telle influence pendant sa gestation. Gomme il n'est pas un éleveur qui n'ait eu cent fois occasion de faire les mêmes remarques ; que les fermiers, sans s'en rendre compte peut-être , prennent des précautions particulières pour éviter toute fâcheuse impression à leurs cavales et à leurs vaches pleines, je me dispenserai de mentionner certains faits qui ne seraient que des redites.

,.,,Yoici une observation qui prouve que cette influence peut au^si . préparer le, djBveloppement de l'intelligence chez les bêtes.

Un débitant de tabac, demeurant à Milan, près du pont de Porta. Tosa, possédait une ad-

d'oW^iÛiîRXTlONS GftNÉRALES. II!

mirable chièhrië de la race des barbets. Cette ' ï)êt'e faisàit preuve d'une rare sagacité; le dé-

" 'Maft 'vî'va;itikliT et n'avait personne pour le servir f if lenVBpï s^ chienne tantôt chez le

' fiijûcte' où" ï'é boulanger, tantôt porter son imge' a blanchir et faire d'autres commissions de ce genre f'^ "^^^ ^' '

" ^"Ëéf àHiriial •semblait comprendre tout ce

"que icM i-ûi^i% Mi' disait et se trompait rarement daHs l'exécu'tîôn de ses ordres. Son obéissance's'étendait plus loin encore, car, au lieu cle suivre lès impulsions de la nature et en certain tériïi^ë s'âbâîidonner au premier chien venu ,'181 pàllvr'é bête ne cédait que sur un

'il'

ordre positif de son maître.

Tant de qualités réunies faisaient la joie et l'orgueil du débitant de tabac, et les petits de sa chieriîïé^''éMéiiV 'fètèùTis longtemps à l'avarice!; '6{i' va' Voir ''tout à l'heure pourquoi. Cette chienne étkit née chez lui, il l'avait élevée avec uîi' soin tout particuher, et il attribuait en grande partie sa vive intelligence aux leçons (îu'îr'àvait d'dnnées à sa mère pendant

qu'elle était pleine. Il était persuadé qu'en cultivant les dispositions naturelles des petits on obtiendrait des résultats plus merveilleux encore. J'eus la curiosité d'en faire l'épreuve, et ayant obtenu, non sans peine, un des petits de cette chienne impayable, j'ai pu me convaincre que les assertions del signor B. n'avaient rien d'exagéré.

C'est, au reste, par un procédé qui n'est pas sans analogie avec celui de l'ingénieux débitant de tabac de Milan, que les Anglais sont parvenus à modifier (faut-il dire améliorer) les formes et les qualités physiques des animaux dont ils ont entrepris de régénérer la race. Tout Paris a pu constater les résultats vraiment extraordinaires qu'ils ont obtenus dans ce genre d'industrie.

Cette action de l'homme sur l'animal, dont il modifie à son gré la forme et les proportions, est une preuve de plus de la puissance que le Créateur lui a transmise sur la matière ; car ce que l'homme a tenté sur l'animal, il pourrait, sans aucun doute, le prati-

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qiier également sur lui-même ; il ne. faudrait pour cela qu'une volonté persévérante. Les mêmes causes qui ont dégradé physiquement certaines populations ouvrières, causes dont aucun gouvernement ne s'est jamais préoccupé, se sont fait sentir, dans d'autres contrées, aux animaux domestiques dont la race s'est abâtardie d'une manière fâcheuse, i l Mais, puisque nos voisins ont réussi dans leurs entreprises sur l'amélioration des races animales, ne pourrait-on, par d'habiles mesures, arrêter la décadence qui menace une partie de la population? serait-il impossible de rétabhr peu à peu les formes altérées par line suite de générations nées sous l'empire d'une- misère et d'une démoralisation profondes?...

' Je reviens à mon sujet, dont ces considérations m'ont éloigné.

Si je ne craignais de fatiguer mes lecteurs, je pourrais appuyer ma théorie de l'éducation antérieure d'un grand nombre de faits également intéressants; mais à quoi bon? n'ont-ils

pas journellement sous les yeux des exemples plus frappants encore que ceux que j'ai, déjà cités? . ,,,,„, , ,.

Il m'eût été facile de puiser des milliers d'anecdotes curieuses dans les nombreux recueils qu'on a publiés sur l'intelligence des animaux et d'y trouver bien des témoignages dont j'aurais pu m'emparer, bien des analogies dont, en toute justice , j'aurais pu tirer parti... Mon ouvrage y eût certainement gagné sous le rapport de l'attrait , car le merveilleux plaît toujours ; mais il n'aurait peutêtre pas présenté le même degré de certitude et inspiré autant de confiance. On me saura donc gré, je l'espère du moins, de n'avoir recherché mes preuves que parmi les faits dont je pourrais . certifier la parfaite exactitude. '

Quelques personnes ayant trouvé qu'il y avait de ma part autant de témérité que d'inconvenance à mettre en parallèle les impressions qui viennent frapper une chienne ou une cavale aussi bien que la noble compagne

de rhomme ; qu'il me soit permis de leur faire observer que cette comparaison , loin d'être avilissante pour la femme, tend au contraire à agrandir la sphère de son influence, puisqu'elle seule peut perfectionner l'œuvre de Dieu, l'animal ne pouvant ni comprendre ni diriger la portée des impressions qu'il perçoit et communique à son insu.

La femme seule a donc reçu du Créateur ce magnifique privilège , cette mission presque divine dont l'historien sacré entendait peutêtre parler en disant qu'elle briserait la tête du serpent, ce symbole des mauvaises passions que l'homme transmet de génération en génération à ses enfants. Elle aurait donc le pouvoir d'en détruire le germe ou du moins d'en prévenir le développement , si elle le voulait sérieusement.

Mais, pour obtenir de tels résultats, il faudrait d'abord que la femme connût sa puissance ; il faudrait aussi qu'elle se pénétrât bien de l'idée que, pour vaincre les obstacles que des siècles d'ignorance, des préjugés contraires,

llfi , Ç9;<,?IDp;iUT10NS GÉNÉUALDS.

un long assujettissement et, ce qui est pis encore, ses propres passions, opposeront k ses efforts, elle devra déployer, pendant de longues années, un courage et une persévérance inébranlables, un dévouement absolu et de tous les instants.

Pourquoi la femme ne mettrait-elle pas à l'accomplissement d'un dessein si généreux autant de persévérance qu'à obtenir ces frivoles avantages qu'un rien détruit et dont la pertp laisse toujours de pénibles souvenirs?.;. ' '

Je terminerai ce chapitre, consacré aux influences maternelles chez les animaux, en citant un passage de ce livre écrit, il y a tantôt quatre mille ans, par ce grand historien qu'on nomme Moïse. Le lecteur verra que dès ce temps-là on se faisait une idée assez juste des impressions reçues pendant une certaine époque.

.,. « Jacob dit à Laban son beau-père : Vous savez de quelle manière je vous ai servi et « combien votre bien s'est accru entre mes « mains..... Vous voilà devenu riche; Dieu

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;.« VOUS a béni aussitôt que je suis entré dans • ,o votre maison

jiniff'.Que vous donnerai-je? dit Laban

« Je ne veux rien; mais si vous faites ce « que je vais vous demander, je continuerai « à mener vos troupeaux et à les garder... ;« yisitez-les et mettez à part, pour vous pré- « sentement, toutes les brebis dont la laine « est de diverses couleurs ; et à l'avenir toiU . « ce qui naîtra d'un noir mêlé de blanc ou « tacheté de couleurs différentes, soit dans « les brebis ou dans les chèvres, sera ma ré- « compense.

« Laban lui répondit : Je trouve bien ce que ;«. vous me proposez

« Laban mit ensuite l'espace de trois jour- « nées de chemin entre lui et son gendre. « Jacob, prenant donc des branches vertes de « peupliers, d'amandiers et de platanes, en «. ôta une partie de l'écorce : les endroits d'où u l'écorce avait été ôtée parurent blancs, et « les autres qu'on avait laissés entiers demeu- « rèrent verts; ainsi ces branches devinrent

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« de diverses couleurs. 11 les mit ensuite dans « les canaux qu'on remplissait d'eau, afin que, « lorsque les troupeaux y viendraient boire, « ils eussent ces branches devant les yeux et « qu'ils conçussent en les regardant. Ainsi il « arriva que les brebis étant en chaleur et « ayant conçu, à la vue des branches eurent « des agneaux tachetés et de diverses couleurs.

« Jacob devint de cette sorte extrêmement « riche, et il eut de grands troupeaux, des « serviteurs et des servantes, des chameaux et « des ânes. »

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