SUR
Personne n'a jamais songé à rechercher les vraies causes qui peuvent imprimer à chaque peuple ce caractère indélébile qui est le cachet des nationalités.
Les philosopha ?, toujours mus par des idées purement matérialistes, et quelques historiens égarés par de fausses considérations de même nature, ont bien essayé de formuler divers systèmes plus ou moins erronés. C'est ainsi
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que les uns ont attribué la douceur de certains, peuples de l'Inde à leur régime tout vé- ( gétal , et le caractère guerrier des peuplades yoisines à l'usage de la viande. C'est aux brouillards dont l'Angleterre est enveloppée comme d'un voile funèbre que nos voisins seraient redevables de l'humeur sombre, du 2:énie grave, uniquement porté vers les choses positives et plutôt matérielles que spirituellés, qui les distingue des autres nations. ' ■ ' Les Français, par contre, habitant sous un , ciel variable, chargé dé riuagés toujours en ^ évolution, un climat qui passe sans cesse du , chaud au froid, de l'humidité au sisô; devaient être aussi légers, d'une humeur auSsi variable que leur ciel et leur climat. -^^
Cette manière d'expliquer le caractère' d'une nation manque à la fois d'exactitudé' ët' de profondeur.
On ne saurait , il"^ est vrai , contester les effets que produisent la diversité du climat et j le genre de nourriture; mais ces èfîêts ne modifient proprement que le corps, ils n'ont
qu'une influence très-indirecte sur l'âme, et, en toute équité, on ne doit leur attribuer que des résultats très - secondaires. D'ailleurs, parmi les peuples dont le cachet national est si prononcé, on rencontre des groupes, quelquefois des portions considérables de ces peuples, sujets par conséquent aux mêmes intempéries, partageant la même nourriture, dont le caractère est entièrement dissemblable.
L'Irlandais, par exemple, n'est-il pas gai et insouciant malgré les brouillards? Le musulman , sobre comme Voltaire et comme lui grand buveur de café, habitant sous un ciel magnifique, est-il aussi vif, aussi spirituel que le Normand qui ne vit guère que de pain et de laitage et ne boit que du cidre ?
l,I^e,,^uiçse enfin, qui habite un pays charmant, aussi varié et accidenté que celui de la Hollande est monotone, qui s'abreuve d'un vin généreux, a-t-il moins de lourdeur dans sa démarche, plus de vivacité dans son élocution que l'inventeur de la bière?
Ne voit-on pas dans ces belles îles de l'O-
céanie, situées toutes sous un ciel admirable, produisant avec abondance les fruits les plus délicieux, ici une population douce, sociable, ayant horreur de l'anthropophagie, et tout auprès, c'est-à-dire sous les mêmes conditions atmosphériques, des peuplades farouches, chez lesquelles la civilisation n'a pu encore déraciner entièrement cet affreux penchant ?
On ne saurait donc raisonnablement attribuer au climat, ni même au genre de nourriture, les différences caractéristiques qui existent entre les divers peuples dont l'origine n'est pas la même.
Les Anglais qui habitent depuis des générations les Indes, et y vivent suivant les traditions de la famille, ont conservé intactes leur morgue britannique, leurs mœurs et leur physionomie. Il en est de même des Français du Canada : le caractère national s'est maintenu parmi eux, en dépit du climat et de toutes les autres causes qui auraient dû l'altérer et même le détruire entièrement.
Cette perpétuation du caractère national a
également été attribuée à l'habitude, à l'exemple. On a dit aussi qu'il pouvait se transmettre par le sang, de père en fils.
Examinons ces deux manières d'envisager la question, il se trouvera peut-être qu'elles ne sont guère mieux fondées que la première. Cependant elles laissent un certain vague qui permet des interprétations se rapprochant beaucoup de la vérité.
Pour admettre que le caractère national se perpétue par le seul fait de l'exemple, il faudrait prouver que l'enfant élevé loin du toit paternel, dans des circonstances de mœurs et de caractère tout à fait contraires, ait perdu entièrement le cachet de son origine et adopté complètement celui du peuple où il a été transplanté.
Or l'expérience des siècles prouve que cela n'est pas.
Le jeune Italien né ou transporté à Paris dès sa première enfance sera d'un caractère aussi jaloux et dissimulé que s'il eût été élevé dans la péninsule italique, et quelque brillant
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^^gue soi|, le vernis dont il co)iyrir,î|,,soii penchant à la dissimulation et à la jalousie, rhon:ime le moins clairvoyant reconnaîtra son origine étrangère; le jeune Corse n'oubliera ^iP^oint, iÇt \^,.veiidella sera toujours vivace dans spn cœur ; l'Anglais sera froid et plein, dp morgue, et l'Espagnol de hauteur, qu'il soit né ^|i,ildago ou simple laboureur.
Quant à la troisième hypothèse, elle n'est pas plus admissible que les autres.
^ , Si la transmission par le sang des qualités ainsi que des défauts physiques , est irrécusable, il ne saurait en être de même des qualités et des défauts de l'àme. Celle-ci est tout à fait indépendante du corps ; elle peut le dominer, résister à ses entraînements,, le, for- Qer dans ses i^^bellions, l'obhger à ,yainçre,ja faim, la soif, à supporter les plus affreiix.tjourments; par sa volonté seule elle le contraint à se laisser mutiler, détruire, et quelquefois même, usurpant les droits du Créateur, elle lui ordonne de procéder lui-même à sa propre destruction. , , , , , m
Et après avoir donné des preuves aussi puissantes de sa haute origine, pourrait-on croire encore que notre esprit, ainsi que bien des personnes se l'imaginent, soit d'une nature tellement faible et impressionnable qu'un ciel plus ou moins gris ou la qualité des aliments puisse modifier sa nature souveraine? Non, en vérité, cela ne saurait être, et cette séule supposition est réellement aussi ridicule que dégradante pour l'âme, dont la nature impérissable ne peut être soumise aux viles influences qui feraient douter de la divinité de son origine. Les philosophes et les panthéistes eux-mêmes la nomment une portion de l'âme de la nature.
Les saintes Écritures nous enseignent que l'âme est immortelle, et la nomment un souffle de Dieu. Or un souffle de Dieu, esprit de lumière, peut -il être soumis à une influence toute matérielle? ne doit -il pas au contraire dominer la matière?
La seule explication raisonnable de la perpétuation du caractère national se trouve dans
cette éducation antérieure dont on voudrait en vain nier la réalité.
Peut-on dire qu'il en soit ainsi à l'égard du caractère physique de la race? Non; celui-ci, imprimé par le Créateur lui - même , qui a voulu que chacune de ses créatures eût la physionomie particulière de la famille dont elle était issue, ne peut être détruit; il ne peut qu'être modifié par les alliances de races diverses. C'est pourquoi l'on trouve à Paris, par exemple, les types de tous les peuples de la terre : la plupart sont profondément altérés, il est vrai, mais très-reconnaissables encore.
Et cependant, ces physionomies si diversement caractérisées, où l'on retrouve des traces de races antipathiques au caractère national, au génie français, n'en sont pas moins vives, gaies, insouciantes, spirituelles, exprimant, en un mot, de cent manières diverses les qualités et les défauts du vrai Parisien.
Examinons maintenant par quel moyen le caractère national d'un peuple peut traverser
les siècles presque sans altération, au milieu même des circonstances les plus défavorables, telles, par exemple, que la captivité des Juifs en Egypte et en Syrie ; la domination de la Grèce par les Turcs, de l'Italie par l'Autriche, de la Corse par la France, de Malte et autres lieux par l'Angleterre, etc., sans que néanmoins ces peuples, entièrement soumis aux lois des vainqueurs et à leurs usages, mêlés pendant de longues années, des siècles même avec ceux qui les leur imposaient, aient perdu le caractère distinctif de leur nationalité étouffée.
Examinons aussi comment il se fait que Paris, cette grande ville que la province envahit chaque jour, où elle s'établit comme par droit de conquête ; où les étrangers viennent en foule , se plaisent et finissent le plus souvent par se fixer tout à fait; Paris enfin qui, sur une population de quinze cent mille âmes, ne compte peut-être pas cent mille descendants des Parisiens de la fin du siècle dernier; comment se fait-il, dis-je, que les enfants de
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la .grande cité aient néanmoins conservé ce cachet particulier qui de tout temps a caractérisé le Parisien?... Et à quelle cause, enfiq^ attribuer un fait tout contraire, celui de gen^ qui habitent Paris et autres grands^ ceiitr^^ tiçi population depuis de longues , années, qui y sont nés, ainsi que leurs pères et leurs mères^ et.isont néanmoins restés entièrement étra% gers aux mœurs et à la physionomie de la cap pitale ou des lieux qu'ils habitent, exacteme^ij comme s'ils n'avaient jamais qui,t|é,.,Çl?i^(ia^|sonne ou Gênes, ,;V,ienqe, .ou la brumeuse ^1-
bioi^'^-" ' 89b f>flu gt in/î 9fif.f
La même réponse expliquera cette étrange
anomalie, et comme je pense que quelque^
exemples, donneront une idée plus., clair e-^,d.ç
ce phénomène que les raisonnement^ ,lÊj§ ^pj^
logiques ne pourraient le faire, j'aurai encqrç
recours à ce genre de démonstration, qui offrp
d'ailleurs le plus d'attraits, sans être pour cela
moins instructif. . rnrrtoî^ f rr^nyfoo
Mistriss D... était venue fort jeune en France, où sa famille; s'était établie. Elle s!y
SUR LÈ CAfiACTÈRR DES PEUPLES. 129
maria, et, devenue veuve, elle éleva sa fille comme elle l'avait été elle-même, ne fréquentant guère que des gens de sa nation. Celle-ci, mariée fort jeune à un négociant français, eut deux filles et un fils.
Pénétrée des idées de sa mère, elle vivait fort retirée, surtout pendant l'époque de ses grossesses. Son mari, M. S..., ne voulant pas la contrarier, lui permit d'élever elle-même ses filles; quant au garçon, à l'âge voulu, on le mit en pension.
Cependant les jeunes filles passèrent aussi une année dans une des meilleures institutions de Paris. Aujourd'hui madame S... a pris sur elle de les produire dans le monde, elles jouissent même d'une liberté très-grande. Mais qui le croirait? k les voir, on reconnaît en elles des filles de la Grande-Bretagne, non à leur accent, qui est assez pur, ni à leur manière de se mettre, car elles s'habillent fort convenablement ; c'est à un certain je ne sais quoi (expression de madame de Sévigné) qui trahit en toutes circonstances l'origine mater-
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nelle. Le jeune homme lui-même a les goûts et
--4e genre britanniques. , ;q fsi i.
Après la bataille de Marengo, M; X..j,,:employé aux subsistances de l'armée française, vint s'établir à Milan avec sa jeune femme. Il ■ y eut plusieurs enfants, qui s'y fixèrent tout à fait. Ceux-ci, bien qu'ils aient italianisé leur nom, leurs enfants et les enfants de leurs enfants n'ont absolument rien perdu du carac-
. i tère distinctif qui trahit leur origine française. Même légèreté, même enthousiasme. Toujours prêts à faire des barricades au moindre signal d'insurrection ; d'une vivacité étourdissante et point jaloux, enfin ! . . .
Cependant, comme pour marquer la différence qui existe entre l'influence féminine
^ H française et italienne, l'un des fils, alhé à l'une des anciennes familles du pays, a eu, lui aussi, plusieurs enfants, élevés avec leurs cousins, partageant la même affection. Eh
oii bien, malgré cela, rien n'est plus dissemblable • -que le caractère, la tournure et les aptitudes des membres de cette nombreuse famille ; on
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découvre aussitôt que les uns appartiennent à la nation la plus insouciante du monde, et les autres à cette race dont l'égoïsme est plus fort que l'esprit de liberté.
Ces exemples pris entre mille prouvent jusqu'où peut s'étendre l'influence de la mère, quand elle a toute liberté pour se faire sentir. Il n'est d'ailleurs pas un de mes lecteurs qui n'ait eu occasion de faire la même observation. Le changement de climat et de genre de vie est pour fort peu de chose dans l'altération du caractère national.
Ce caractère se perpétue souvent en dépit de tous les obstacles.
Il y a à Paris, et dans un grand nombre d'autres villes, des colonies d'Anglais où l'on retrouve intact le caractère distinctif de cette nation. On voit de même en Angleterre, en Italie et un peu partout enfin , des familles françaises qui ont conservé religieusement le cachet national ; leurs enfants et les enfants de leurs enfants sont Français de cœur et d'âme, et souvent, malgré les alliances étrangères, on
reconnaît les iils dei* rançaises au premier coi^ip^ d'œil.
IffO ujp
' Il n'en est pas de même des hommes : rin-^ fluence paternelle, très-sensible au physique,, , est à peu près nulle au moral : lorsqu'elle se fait sentir, cela n'a lieu qu'au moyen <Je fa.^ seconde éducation, par la vue, les leçons et l'exemple du père. Elle n'est donc pas innée.^-^ Celle de la mère peut être comprimée, mais elle se fait jour à la première occasion, tandis que celle du père, ne prenant naissance" (jue. dans certaines circonstances, peut ne jama^is ^ ^ exister. , ,
Après avoir démontré que le caractère national se maintient particulièrement par les femmes, il est presque inutile d'ajouter qu'il se perd de la même manière.
On comprendra facilement' que 1 innuenc&^^^^ ne peut se perpétuer que par la volonté. ^ ^^.^ ^^^|^^
Or, lorsque, par une cause quelconque, cette volonté cesse d'agir, le champ reste entièrement libre à toutes les impressions qui , se feront sentir plus tard. Ce sont les cas leSf
plus ordinaires, car le nombre des femmes qui ont une volonté bien arrêtée, capable de surnionter les obstacles qui s'opposent à saii manifestation, est très-limité. : laa
La jeune Allemande, par exemple, quist vient en France et s v marie, est ordinaire-i< meîit Ifrâppée de la tournure désinvolte de&'l Français et de l'amabilité qui règne dans la.) conversation, surtout quand elle la comparé » au flegme allemand et à l'état d'abandon où'p nos voisins d'outre-Rhin laissent leurs femmes,s;b tanclîs qu'ils vont jouer et boire ensemble. 11 ^-b est tout naturel qu'elle se passionne pour un genre de vie plus attrayant et plus digne'.>iî de la nature à la fois noble et délicate de la '1 femme. Aussi n'y a-t-il rien de surprenant à ce qu'elle communique le profond sentiment qui l'anime à ses enfants, qui seront alors 'Mi plus Français, pour ainsi dire, que les Fran-r çais mêmes. i i-
Voilà pourquoi Paris est peuplé degensvcT. ), nus de tous les coins du monde, qui néanmoins se donnent avec fierté le titre de Parisiens.
134 DR L'INFLUKNCIÎ MATEKNKI.I.E
On a déjà remarqué que les Français laissaient dans toutes les contrées où le sort des armes les conduisait des traces toujours suJ3sistantes de leur présence. Partout où ils ont passé, ils ont profondément modifié les mœurs et les usages des peuples avec lesquels ils se sont trouvés en communication. En un mot, leur influence civilisatrice est plus forte que celle d'aucun autre peuple.
Et pourquoi cela? N'y a-t-il pas d'aussi beaux hommes dans les autres contrées ? demandera-t-on justement. Certainement, et de plus beaux encore ; mais leur influence sur les femmes est loin d'égaler oelle des Français en général ; il y a chez ceux-ci plus qu'une beauté physique, il y a un désir de plaire, d'être utile, qu'on ne trouve pas au même degré chez les autres peuples ; il y a de plus un attrait tout-puissant sur elles : c'est le respectueux dévouement qu'ils leur témoignent et le vif désir de les arracher à la condition abjecte où on les tient dans plus d'une contrée.
Relever la dignité méconnue de la femme
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e^t le moyen le plus sûr d'augmenter la juste influence qu'elle^ exerce dans la famille : or cette influence bien dirigée peut seule amener pi'ogressivement la civilisation et par conséquent l'humanité à son plus haut point de splendeur.
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fin «ifl/f