DE LA DÉCADENCE DES FAMILLES
dans un avenir prochain, des efforls de l'a-
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mour maternel, aujourd'hui qu'elles doivent comprendre toute la portée des impressions qu'elles ont le pouvoir de transmettre à leurs enfants !...^Mais aussi quelle terrible responsabilité pèsera sur celles qui abuseront de ce pouvoir, ou qui, oubliant leurs devoirs de mères, se laisseront égarer par l'entrahiement des passions !...
Je crois avoir suffisamment démontré que la vraie cause de la décadence des peuples, dont l'histoire nous a tracé le triste et douloureux récit, se trouvait dans l'absence de tout sentiment assez fort pour résister aux passions . qui entraînent , l'homme dans sa chute et par conséquent la société à sa dissolution.
La philosophie était bien, il est vrai, en honneur parmi les peuples déchus; elle enseignait quelques-uns des préceptes fortifiants que le Christ est venu imposer au monde ; • mais la philosophie, toujours vacillante dans ses maximes, ne pouvait avoir une grande autorité ; elle n'était d'ailleurs connue que d'un
petit nombre d'adeptes , et les femmes en furent toujours exclues.
Quelle force auraient-elles donc pu puiser dans les religions énervantes et toutes sensuelles répandues alors dans le m.onde?... A Rome, par exemple, les immenses richesses acquises avec tant de facilité devaient pousser le peuple, désarmé contre les séductions de tous genres qu'elles amenaient à leur suite, vers tous les débordements et exciter ses passions au plus haut degré. Que pouvait donc l'instinct maternel au milieu de ce tourbillon irrésistible ?. . . Entraînées elles - mêmes , les mères durent perdre jusqu'au sentiment de leur propre dignité, et, au lieu de transmettre à leurs enfants quelques-unes de ces impres-
, sions qui parfois ont régénéré les individus les plus corrompus, elles n'ont pu leur communiquer que celle de leur propre dégrada-
. tion ! Est-il besoin de chercher d'autres causes à la chute des empires? ne devaient-ils pas disparaître l'un après l'autre sans laisser d'autres traces de leur passage que des ruines?...
Jusqu'à présent il n'a été question que de la transmission des impressions physiques et morales, se manifestant par des signes extérieurs ou intérieurs, ou bien affectant le caractère de l'enfant. Les premières n'ont d'empire que sur la matière, les autres sur le moral et ce que l'on nomme vulgairement les qualités du cœur. Cependant elles se combinent quelquefois et se prêtent un appui mu-
tuel; il en résulte certaines bizarreries dont l'explication ne se trouve que dans le système des influences maternelles.
Les impressions morales peuvent déterminer quelques aptitudes dans le genre de celles qui agissent sur l'intelligence des ani-maux.
Je crois avoir établi suffisamment la réalité des impressions physiques et morales : il me reste à développer mes idées sur la transmission des facultés intellectuelles. Mais, avant de m'engager dans cette explication, je dois répondre aux critiques dont mes idées sur cette partie de l'éducation antérieure ont été particulièrement l'objet.
Je n'ai jamais dit ni prétendu dire que la femme pouvait à son gré créer des facultés; l'influence de la mère ne saurait s'étendre si loin. De même qu'elle ne saurait altérer en rien, par la seule puissance de sa volonté, ni les formes de l'enfant à naître ni son teint, ni produire le plus léger signe sur son corps ; que ces effets sont tout à fait indépendants de
son pouvoir; elle ne saurait non plus créer un caractère selon son bon plaisir. D'après cela, comment aurais-je pu imaginer que la mère avait un pouvoir illimité sur 1 ame de son enfant, jusqu'à lui donner telles facultés qu'elle jugerait à propos?... En me prêtant de pareilles absurdités, on a tout simplement abusé du droit de critique et manqué de loyauté.
Non , ces attributions créatrices appartiennent à Dieu seul, et la femme a été, heureusement pour le sort de l'humanité , privée d'un pouvoir si exorbitant.
Mais il lui reste une des plus sublimes prérogatives que Dieu ait accordées aux hommes, prérogative qui l'élève pour ainsi dire au-dessus de l'homme lui-même, et dont celui-ci aurait lieu d'être jaloux, s'il ne lui avait été donné de diriger la femme et de la dominer par la force de son génie.
Malheureusement il est rare que l'homme sache user de ce genre de persuasion ; il croit y suppléer par la force brutale; alors, par
son ineptie, il perd à la fois son droit et son pouvoir.
Quant à la femme, on pourrait presque supposer quelle a hérité d'une portion du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal ; car, si elle ne peut créer des facultés lorsqu'elles n'existent pas , elle peut certainement développer et diriger celles de l'enfant en voie de formation qu'elle porte dans son sein, de manière à leur donner une supériorité qu elles n'auraient pas sans cela. Au reste, je me suis servi en toute occasion des mots influences, impressions, qui, par leur signification même, excluent toute idée de création ; et le titre de mon ouvrage : Éducation antérieure, indique suffisamment ma pensée et mon but.
Examinons maintenant dans quelles circonstances la mère peut contribuer au développement des facultés intellectuelles de l'en-, faut.
On a des milliers d'exemples qui prouvent que l'esprit est tout à fait indépendant du
corps, et que, quelque faible et rnal constitué que soit celui-ci, il n'en a pas moins paru tout à fait propre, en maintes occasions, à servir de demeure , demeure de très-humble apparence, à l'un de ces génies qui parfois surpren- , nent le monde par l'étendue de leurs connaissances et la profondeur de leur esprit. A ces . exemples on peut opposer, il est vrai, de nombreuses exceptions ; souvent l'àme est comme affaissée sous le poids des infirmités du corps, et les gens de chétive constitution se ressentent plus ou moins des disgrâces de leur nature corporelle ; leur esprit semble subir le joug de cette matière mal organisée, et la prison de boue gouverne l'immortel prisonnier.
Or quelle influence la mère pourrait-elle,, exercer sur un fruit si défectueux?... Sa puissance ne saurait s'étendre jusqu'à reformer l'œuvre de la nature I...
Il y a mille nuances intermédiaires entre ces deux exemples que je viens de citer ; on peut donc juger d'avance combien il serait
téméraire d'affirmer qu'une mère a tout pouvoir sur son fruit. Non : de même qu'il est des corps débiles, il est des intelligences qui en subissent forcément les conséquences ; et si, par une de ces causes que la science est impuissante à découvrir, mais dont on peut, à l'aide de ma théorie, démontrer l'origine probable, l'enfant devait naître crétin , il est sûr que l'influence maternelle serait impuissante devant un tel obstacle. Et sans aller jusqu'au crétinisme, ne naît-il pas tous les jours des enfants plus ou moins énervés et rachitiques, épuisés dès les entrailles de leur mère et condamnés à rester faibles de corps et d'esprit?...
Lorsqu'à la suite d'une vie désordonnée, les parents mettent de tels enfants au monde, ils ne doivent pas s'attendre à voir le misérable fruit de leurs amours bien sensible aux impressions que la mère la plus dévouée voudrait lui communiquer. Il y aura donc de nombreuses exceptions à la règle générale, et l'influence maternelle ne sera vraiment toute-
puissante que sur les organisations qu'aucune cause n'a flétries d'avance.
L'influence n:iaternelle a encore des conséquences bien autrement graves que toutes celles dont il a été question jusqu'à présent ; je veux parler du sentiment religieux qui est peutêtre son expression la plus vive et la plus profonde. C'est que chez les âmes d'élite ce sentiment domine tous les autres, surtout chez les jeunes femmes à l'époque de leur première grossesse. Il se fait sentir avec une force renaissante lorsque la même cause se représente.
Est-ce la crainte vague d'un danger qu'il faut conjurer ? est-ce par épuisement, faiblesse, que les femmes éprouvent alors un redoublement de piété?... J'aime mieux croire au profond sentiment de reconnaissance que la maternité doit leur inspirer, au vif désir d'attirer sur le nouvel objet de leur affection un regard de la Divinité, ou à toute autre cause également noble et désintéressée.
Il est clair que ce livre ne s'adresse point
au couple égoïste, présentant le dégradant spectacle d'une combinaison matrimoniale v ' qui, pour conserver à la fois les avantages de comfort et la considération du monde, s'abrite sous la protection de M. le maire, tandis que, d'un autre côté, il s'ingénie à prévenir les suites d'une population exubérante.
C'est là tout simplement une espèce dè prostitution légale.
Que deviennent plus tard ces femmes qui n'ont pas le courage d'être mères ?. . . Ces tristes épouses passent leurs plus belles années à la recherche d'un bonheur illusoire, semblables en cela aux vierges folles de l'Évangile. Mais surviennent les ennuis de l'âge mûr ; les cheveux blanchissent un à un, les traits se plissent désagréablement ; la physionomie prend de jour en jour la plus triste expression du désir agonisant et du regret honteux de luimême, et tandis que les mères, environnées de leur nombreuse et souriante famille, rendent grâce au ciel du bonheur de la maternité, les premières, pareilles à ces graminées dont la
tige jaunie est veuve de grains, élèvent néann^ moins orgueilleusement leur front desséché. Mais le faucheur est là ; il jette au loin cette paille inutile.
Quelle différence avec ces nobles femmes des temps anciens, qui regardaient la fécoa-;. dité comme une bénédiction du ciel, et gémissaient lorsqu'elles ne donnaient pas de fils à leur époux! Et que j'admire cette Sarah, se réjouissant à quatre-vingt-dix ans de voir enfin cesser son affligeante stérilité!...
Ce livre serait, je pense, tout aussi déplacé entre les mains de ces contempteurs du septième commandement, le plus essentiel pourtant à la force et à la beauté de la race humaine ; celui dont la violation entraîne les plus funestes conséquences pour l'avenir des familles et des peuples ! . . .
1 Mais revenons au sentiment religieux dont ces réflexions nous ont éloigné un instant.
Qui pourrait douter de la puissance des influences maternelles sur les dispositions reli^ gieuses des individus qui en ont reçu l'heu-
relise impression?... Des milliers d'exemples pris dans toutes les classes de la société prouvent de la manière la plus positive que la plupart des hommes qui ont manifesté la force et la constance de leurs opinions religieuses, ont eu pour mères de ces femmes dont la foi vive et ardente devait se transmettre à leurs enfants.
On me dira que c'est plutôt un effet de l'éducation et que rien ne démontre qu'il faille en rechercher l'origine plus loin. L'éducation contribue certainement à développer le sentiment religieux; mais sous cette seule intluence il n'acquiert que rarement cette vivacité, cette profondeur, ce caractère durable dont il se revêt lorsqu'il a pris naissance par suite des impressions de la mère.
11 n'est pas un chrétien qui, lors de sa première communion, n'ait paru vivement touché et n'ait ressenti cette exaltation que les gens dévots désignent sous le nom de grâce. Et pourtant le nombre de ceux chez qui cette manifestation pieuse s'est effacée pour ne plus
renaître, hélas! est incomparablement plus grand que celui des hommes qui ont persévéré dans les mêmes sentiments. Ces derniers ont pu les délaisser par faiblesse, par entraînement ou par toute autre cause ; mais, si ces sentiments ont une origine antérieure aux instructions qui n'ont fait pour ainsi dire que les mettre en lumière, ils renaissent plus vivaces que jamais, lorsqu'une heureuse occasion rappelle d'anciens souvenirs.
Lorsque, au commencement du siècle, nos soldais, déployant l'impétuosité et le courage naturels aux Français , envahirent les contrées étrangères, ils se firent remarquer par leur absence totale de tout sentiment religieux. On peut même dire que, sous ce rapport, ils portèrent l'effroi dans tous les cœurs, et que leur légèreté, pour me servir d'une expression fort douce, scandalisa même les musulmans. Et cependant ces hommes avaient tous reçu les instructions qui précèdent la première com- • munion ; tous avaient donc éprouvé les impressions qu'elles laissent dans notre âme.
D'où vient que ces germes s'étaient éteints ; i dans le cœur de nos braves soldats, qui ne conservèrent pas même l'apparence des souvenirs qu'on croyait ineffaçables ? '-srri» C'est que le sentiment religieux n'existait ' plus parmi les mères ; et longtemps avant cette ^ époque, par suite de causes étrangères à cet ouvrage, on ne le retrouvait plus que chez les femmes du peuple, et encore parmi celles qui n'avaient eu aucun contact direct avec les beaux esprits de toutes les classes dont la France d'alors était la pépinière universelle. Comme c'était surtout chez les femmes des classes moyennes que cette influence irréligieuse avait produit le plus de ravages et que la plupart des officiers en ressortaient eux-mêmes, il n'est pas surprenant que les pauvres et ignorants soldats, qui, eux, avaient dans le fond du cœur l'instinct religieux, aient aussi suivi le torrent, conduits par leurs chefs de file ! . . . Ils auraient . eu mauvaise grâce de montrer des sentiments r dont leurs officiers se moquaient avec tant d'esprit; aussi les refoulèrent-ils si bien, que
la mort seule avait le pouvoir de les mettre en évidence.
Cependant il se trouvait parmi les officiers quelques esprits d'élite, qui avaient eu le bonheur de naître sous des influences moins pernicieuses; et si, par suite de l'esprit qui dominait alors, ils se voyaient également obligés de cacher leur sentiment sous une indifférence apparente, ils n'en frémissaient pas moins de honte et de colère lorsqu'ils se trouvaient forcés de participer à des actes qu'ils réprouvaient. Voilant donc leur croyance, déguisant leurs sentiments, ils attendaient avec impatience une occasion de leur donner essor.
Cette occasion ne se fit pas attendre longtemps. Le fils de madame Létizia, le général Bonaparte, dédaignant de feindre des idées qu'il ne partageait pas, mais n'affectant point une indifférence coupable, était l'homme chargé de cette grande mission. Cependant des vues politiques qui absorbaient alors toutes ses pensées l'obligèrent à suspendre l'expression des sentiments que, sans aucun doute, il avait
ICO TRANSMISSION
puisés dans le sein maternel, car son éducation religieuse n'offrit aucune circonstance particulière propre à justifier la conduite qu'il tint plus tard. Il est inutile de rappeler ici les faits glorieux de la vie du grand homme qui se rattachent à mon sujet ; mais il n'est pas inutile de faire observer que ses sentiments à cet égard ne procédaient point d'une instruction religieuse plus forte que celle de tout autre homme de cette époque, si féconde en grands événements, mais si contraire au sentiment religieux.
Le christianisme du grand homme était si peu fondé sur l'éducation et sur les études particulières, qu'il ignorait tout ce qui dépassait les simples instructions qu'on donnait alors à la jeunesse. Ce christianisme tout instinctif n'aurait pu déployer une vigueur si extraordinaire, s'il n'eût eu sa source dans des impressions plus fortes et plus vivaces que celles que l'on puise dans les collèges.
Le sentiment d'une impression antérieure toujours subsistante et la preuve de son igno-
rance en religion ressortent clairement aux yeux de tous ceux qui ont lu le Mémorial de Sainte-Hélène. Les pensées qui l'animaient à ce moment redoutable, où le passé, le présent et l'avenir viennent se confondre et démontrer la vanité des choses de ce monde ; ces pensées qui se montrent sans déguisement, nous font connaître la faiblesse de son instruction sur ce sujet et la force des impressions antérieures.
C'est que la mère de l'Empereur était une de ces femmes rares qu'aucun sophisme ne saurait égarer : or les impressions que peut transmettre une telle femme sont de leur nature ineffaçables.
Que de choses je pourrais ajouter sur un sujet aussi intéressant, et combien de preuves irrécusables je trouverais à l'appui de ma théorie parmi ces chefs de nations dont tout le monde à peu près connaît les antécédents ! La discrétion, la prudence peut-être, doivent retenir de nouvelles applications également convaincantes. D'ailleurs, ne faut-il pas laisser à mes lecteurs le plaisir de découvrir les causes
secrètes des événements prodigieux dont notre époque est remplie'?
J'ai dit que l'éducalion religieuse ne pouvait avoir de bases réellement durables, si elle n'avait été préparée par des impressions auxquelles on n'a, bien à tort pourtant, attaché aucune importance jusqu'à présent.
Que l'on examine les hommes d'aujourd'hui; il n'en est pas un qui ait su résister à ce vieil esprit qu'on a mis à tort ou à raison sous le patronage de Voltaire, si, pour contre-balancer ses efforts incessants, la mystérieuse influence dont j'ai parlé ne s'est point fait sentir.
On peut même dire que la plupart des hommes qui se sont fait remarquer par leur ; impiété avaient néanmoins reçu une éduca- < tion très-religieuse; mais en est-il un seul dont la mère ait été citée comme un modèle de piété? a
Voici encore un exemple de la puissance des. impressions maternelles.
Deux peuples se sont chargés de montrer à la postérité ce qu'elles peuvent produire sur le
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caractère national. J'ai parlé de l'irréligion dont les armées de la République et de l'Empire avaient pour ainsi dire fait parade dans les diverses contrées où le dieu des batailles, qui inspire aussi bien les républiques que les empires , s'était plu à les diriger. J'ai dit que partout cet esprit d'impiété avait causé un douloureux étonnement et contribué à l'éloignement des peuples pour la civilisation française.
Mais, en même temps, les nobles qualités du cœur, dont nos soldats ont de tout temps donné des preuves irrécusables, devaient naturellement frapper les peuples et surtout les femmes, plus promptes à saisir le côté chevaleresque et le caractère généreux de l'homme.
Deux contrées, où l'occupation française s'est prolongée pendant bien des années, devaient ressentir plus que toutes les autres cette puissante influence.
C'est aussi précisément ce qui est advenu en Espagne et en Italie, dans ce dernier pays surtout. Cependant cette influence ne pouvait
s'exercer sur une génération prévenue et qui avait même en horreur les Français ; il fallait donc qu'elle arrivât par la femme, et alors ses conséquences devaient être de longues années à l'état latent et ne se manifester qu'à la génération suivante.
Or, qui pourrait nier que les Italiens de notre époque ne soient les serviles imitateurs des Français du commencement de ce siècle?
Quand on suit attentivement ce qui se passe au delà des Alpes, on reste frappé de la similitude qui existe entre les errements de ces peuples et la conduite de nos pères. Même politique étroite, tracassière, antireligieuse ; même croyance présomptueuse en une supériorité illusoire ; car l'Italien s'imagine aujourd'hui être supérieur à tous les autres peuples, sans en excepter les Français, dont il prend les sentiments religieux en pitié ! . . .
Qu'il y a loin de ce vieux voltairianisme. (expression consacrée dont je demande pardon aux admirateurs du seigneur de Ferney) au noble esprit qui anime nos braves armées.
depuis le général en chef jusqu'au dernier soldat! Pieux sans affectation et tolérants sans indifférence, grâce à leur généreux dévouement, à l'intérêt chevaleresque que les soldats de la France prennent au bonheur des populations chez lesquelles le sort de la guerre les a transportés, l'influence de la nation très-chrétienne ne laissera cette fois aucun reflet qu'elle ne soit glorieuse d'avouer.
Avant d'abandonner ce sujet, qu'il me soit permis d'ajouter quelques réflexions sur l'influence française en Algérie.
Cette influence est-elle aussi forte qu'une occupation de trente ans pourrait le faire supposer?
Non certainement, et il est bien à craindre qu'elle ne soit jamais plus forte qu'aujourd'hui, tant qu'on ne fera pas cesser les causes qui y apportent d'invincibles obstacles.
La religion des Arabes s'oppose à toute communication intime ; les femmes, ces indispensables missionnaires de la civilisation, vivent loin de tout contact avec les conquérants, et il
en sera toujours ainsi, l'occupation duràt-elle cent ans.
Or quelle influence pourrait-on avoir sur une race dont on peut apprivoiser quelques individus, mais qui repoussera toujours les chrétiens? Aussi elle demeure étrangère à la race européenne et ne se mêlera jamais avec elle. Ce peuple rusé profite habilement de l'occupation française : mais, à un moment donné, si par malheur la France se trouvait affaiblie, on apprendrait tout à coup que les Arabes n'ont changé ni de mœurs ni de caractère. Dieu veuille que mes prévisions soient fausses et qu'un jour on n'ait pas à déplorer une catastrophe qu'il eût été si facile de prévenir.
Toutes les relations sur l'Algérie s'accordent sur ce point, que les Arabes conservent toujours l'espoir de reprendre possession du pays quand Allah l'aura décidé. Or, de deux choses ' l'uno : ou la race arabe doit s'éteindre, disparaître entièrement du sol de l'Algérie, ou la France perdra tôt ou tard sa conquête.
Le gouvernement de Louis-Philippe, plus
qu'indifférent en matière de religion, s'est aussi montré plus qu'imprévoyant à l'égard de l'Algérie. Loin de faciliter l'introduction du christianisme parmi les Arabes, seul moyen d'obtenir le mélange des races, il a blâmé le zèle du clergé et empêché de tout son pouvoir le prosélytisme.
Que seraient devenues nos possessions des îles, peuplées de nègres, si dès le principe on eût apporté les mêmes obstacles à leur con- ; version? On sait pourtant que la race arabe se . rapproche beaucoup plus de la race blanche que celle des nègres, qui s'est presque fondue cependant avec la nôtre.
Je conclus en répétant que les Arabes reste- . ront à perpétuité étrangers à la France, à sa religion, à sa civilisation, tant que leurs femmes exerceront une influence contraire à l'union des deux peuples ; et c'est par elles seules qu'on pourra un jour l'obtenir. J'ajouterai enfin que, si, dès les premières années de la conquête, on eût préparé les voies à cette influence, l'Algérie serait aujourd'hui indissolublement unie à la
France et les Arabes se glorifieraient du titre de Français.
Voici, au reste, une anecdote sur le fondateur de l'islamisme, qui démontre l'empire des impressions maternelles sur le génie et le caractère des mahométans.
Rien ne pouvait être comparé à la beauté du jeune homme qui fut père de Mahomet, disent les historiens arabes ; sa vue seule produisait une vive impression sur les femmes. Ce jeune homme ayant été désigné par le sort, en suite d'un vœu téméraire, pour être immolé par son père même à je ne sais quelle divinité, la tribu tout entière gémissait de cette affreuse nécessité. L'extrême beauté d'Abdallah et l'excellence de son caractère lui avaient attiré les plus vives sympathies de cette peuplade , l'une des plus puissantes et des plus riches de l'Arabie.
Cependant le jour du sacrifice approchait ; Abdallah et son père, ajoutent les historiens, imitant de tout point les exemples du patriarche des Hébreux et la soumission de son
fils Isaac, marchaient déjà vers le lieu désigné, suivis de leurs parents, de leurs amis et de la population en larmes, lorsqu'on imagina d aller consulter une femme qui passait pour avoir des révélations d'en haut.
La pythonisse ayant évoqué l'Esprit saint, déclara qu'il suffirait d'immoler cent chameaux pour apaiser la divinité qui avait reçu le vœu du père.
A cette nouvelle la joie du peuple se manifesta de la plus bruyante manière ; l'heureux père sacrifia lui-même les cent chameaux en présence de toute la tribu convoquée pour celte cérémonie.
Un événement aussi extraordinaire était bien de nature à impressionner un peuple porté vers les choses merveilleuses ; il vit dans cette préservation miraculeuse du jeune Abdallah l'intervention toute-puissante de la Divinité, et s'imagina dès lors que le jeune homme était destiné aux plus grandes choses. L'idée de sa grandeur future, sa beauté, relevée encore par l'expression du bonheur qui
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rayonnait sur son visage, le rendirent l'objet de l'admiration universelle; chez les femmes surtout, ce sentiment prit une extension qui devint bientôt une ardente passion ; car l'amour des distinctions fait naître chez elles, plus encore que chez les hommes, l'exaltation à son plus haut degré.
""Les femmes arabes n'avaient pas encore adopté l'usage de ne sortir qu'enveloppées comme des fantômes : c'est Mahomet qui l'introduisit afin de maintenir sur elles une domination perpétuelle, et un peu par jalousie aussi. Elles sortaient donc librement et se mêlaient ouvertement à toutes les assemblées du peuple. Abdallah reçut maintes propositions des plus belles et des plus riches filles ou veuves de sa tribu ; car sa vue seule eût suffi à exciter l'amour , et le prestige dont il était environné le portait jusqu'à la frénésie.
Abdallah aurait pu dès cet instant agir comme il l'eût voulu sur l'esprit de ses compatriotes; mais il n'avait pas reçu le don antérieur, qui seul peut disposer les hommes
aux grandes actions et aux choses extraordinaires. Ce qu'il ne lui était pas donné d'entreprendre, son fils Mahomet, né sous d'aussi puissantes influences, devait l'accomplir, si toutefois les circonstances ultérieures ne s'y opposaient pas. On sait combien elles lui furent favorables et avec quelle adresse il sut profiter du prestige qui avait environné son père.
Cependant, ce que celui-ci eût pu exécuter aisément par suite de ce prestige qui lui était personnel, Mahomet n'y parvint qu'après de longues années et des peines infinies. Chacune de ses actions nous le montre sous l'empire d'une idée fixe qu'il prend pour une inspiration d'en haut ; c'est en vain que, par des circonstances toutes providentielles, il se trouve en communication avec de pieux cénobites; qu'il reçoit les instructions si hautes et si pures des disciples du Christ, répandus alors par toute la Syrie; que Djerdjis, supérieur d'un couvent qui l'avait pris en affection, l'initie aux mystères de sa foi, s'ima-
ginant qu'il en ferait lapôtre de l'Arabie : Mahomet a puisé dans le sein maternel une ambition inextinguible. Il profitera habilement de son instruction ; mais il tournera tout ce qu'on lui avait enseigné à son propre avantage; et, ne pouvant se donner pour Dieu, il sera son prophète.
Quelle que soit l'opinion des hommes sur le fondateur de l'islamisme, on conviendra que sa naissance et sa vie, son imagination, frappée de la pensée d'une grandeur future , et une foule de circonstances particulières qu'on découvre en lisant l'histoire de l'établissement du mahométisme, démontrent clairement que cet homme s'est trouvé influencé en tout par des impressions puissantes et ineffaçables qu'on ne peut attribuer qu'à l'éducation antérieure. Aujourd'hui plus que jamais, l'influence des femmes se montre dans toute sa puissance parmi les musulmans.
Depuis les plus hautes régions jusqu'au dernier échelon de la société, ceux qui ont eu pour mère une femme chrétienne se voient
entraînés vers une doctrine toute d'amour, malgré les préjugés d'une religion fanatique et les châtiments qu'elle impose au moindre témoignage de sympathie, malgré la honte attachée au nom de Giaour. Aussi, grâce à l'intervention de nos armées , dont la noble conduite excite l'admiration des musulmans, on peut prédire à coup sûr que la génération qui s'élève sera favorable au christianisme.
N'est-il pas déplorable de penser que l'esprit de secte qui domine le peuple anglais vienne sans cesse entraver les efforts de nos missionnaires ; paralyser les bienveillantes dispositions du gouvernement français envers les Orientaux et retarder ainsi les progrès de la civilisation?
Espérons que bientôt, revenus à des sentiments moins étroits, plus généreux, nos alliés se joindront à nous pour achever l'œuvre si heureusement commencée.
illSPOsiTÏÔNS PARTICULIÈRES DES PEUPLES
lie génie poétique. — 1m littérature. — Les sciences et les arts.
On sait que chaque peuple est particulièrement doué de certaines dispositions plus ou moins prononcées pour les sciences, la littérature, les beaux-arts ; qu'il possède des aptitudes plus décidées pour tel art, telle science, que pour tels autres. Les Italiens, par exemple, dont la renommée est universelle, à cause de l'expansion que la poésie et les beaux-arts ont reçue chez eux, le cèdent cependant sur