LA VIERGE A L’HOSTIE
(Musée du Louvre.)
Cliché Neurdein.
dont on peut à peine dire qu’elle est du maître, tant il s’y est reposé sur le travail de ses élèves ; Molière à table avec Louis XIV (1858), la Naissance des Muses (même année), Anrj clique attachée au rocher (1859), Portrait de Jules César (1865), Eschyle , Sophocle et Euripide (1866), etc.
Mme Ingres, née Chapelle, était morte le 27 juillet 1849, laissant son mari découragé, désemparé, désarmé devant la solitude et les charges de la vie. Des amis obligeants intervinrent, s’enquirent d’une nouvelle compagne pour ce grand enfant, qui ne pouvait vivre dans l’isolement, et le firent marier en secondes noces, au début de l’année 1852, avec Mlle Delphine Ramel, âgée de quelque trente ans de moins que lui. Ingres retrouva auprès d’elle la paix intérieure et le bonheur paisible qui l’avaient fui un moment.
Cependant les honneurs venaient en foule au-devant du vieux lutteur. A l’Exposition universelle de 1855, dont il fut le triomphateur véritable, l’une des grandes médailles lui fut décernée à l’unanimité des suffrages, sur la proposition d’Horace Vernet, qui n’était pourtant pas de ses amis, et l’empereur le créa grand officier de la Légion d’honneur. Quelques années après (1862), les portes du Sénat s’ouvrirent devant lui, et telles étaient la droiture de sa vie, la hauteur de son exemple et la noblesse de son caractère, que ses adversaires les plus acharnés ne purent s’empêcher d’applaudir eux-mêmes, car ces distinctions s’adressaient à un de ces hommes si rares qui courbent tout devant eux dans le respect et qui, par sa probité, sa
saine raison, son horreur de toutes ces choses déprimantes et viles qui sont le mercantilisme, l’intrigue, l’absence de conscience, incarnait les plus nobles traditions de l’école française.
Delécluze a dit d’Ingres «qu’il avait été coulé d’un seul bloc, comme une statue de bronze ». Jamais homme, en effet, ne fut plus semblable à lui-même au cours d’une aussi longue vie. Ce qu’il avait été, au début, dans sa pauvre cellule du couvent des Capucines, il l’était encore au moment de sa mort, alors que, au faîte des honneurs, il reprenait un dessin ou une toile pour la centième fois peutêtre, avant de la livrer à l’acquéreur impatient et incapable de comprendre de pareilles hésitations chez un tel maître. Or, ces hésitations sont peut-être le meilleur de son être ; elles disent ce que fut sa conscience d’artiste.
Sa conscience d’homme ne fut pas moindre. Ni l’àge, ni les faveurs de la cour ne parvinrent à ployer son indépendance, ni à entamer ses convictions. Il le montra bien par l’ardeur avec laquelle il protesta contre le décret de réorganisation de l’Ecole des beaux-arts, en J 863.
En janvier 1867, toujours vaillant, toujours féru de ses belles passions artistiques, il commença une répétition réduite du groupe central de Jésus parmi les docteurs , et une série de copies d’après des estampes représentant les fresques de Giotto à l’Arena de Padoue. Toujours passionné pour la musique, il organisa une petite soirée intime où l’on exécuta ses morceaux préférés de Haydn, de Beethoven et de Mozart. C’était le 8 janvier. Dans la
Cliché Neurdein.