LA SOURCE
(Musée du Louvre.)
nuit, à la suite d’une imprudence juvénile, il contracta une fluxion de poitrine, contre laquelle sa robuste organisation résista cinq jours. Il s’éteignit le 14 janvier 1867, en pleine possession de ses facultés, sans faiblesse, mais avec l’orgueil légitime d’une vie bien remplie et d’une tâche virilement accomplie.
Théophile Silvestre avait écrit, bien des années auparavant : « Les fanatiques qui préparent l’apothéose de M. Ingres lui feront manquer son enterrement ». Jamais prophétie ne fut plus complètement démentie par l’événement. Les funérailles du maître eurent un caractère d’apothéose ; son cortège funèbre fut un cortège triomphal, auquel manqua seul l’esclave insulteur. Tous ceux qui l'avaient combattu de son vivant lui rendirent un solennel et spontané hommage ; personne ne vint protester contre l’éloge enthousiaste qui s’éleva de toutes parts et dont Théophile Gautier condensa l’expression dans quelques-unes de ses plus belles pages....
Alors les biographes commencèrent leur œuvre, qui se ressentit à la fois de l’enthousiasme universel et des mesquines rivalités d’écoles dont les plus libres esprits euxmêmes subirent l’influence fatale. Charles Blanc, doctrinal toujours, ne sut guère s’élever au-dessus de l’anecdote, malgré ses prétentions peu justifiées aux larges généralisations. Henri Chesneau et Olivier Merson profitèrent de l’occasion pour continuer les vieilles polémiques de classiques à romantiques, sans se douter que les œuvres de celui dont ils voulaient faire leur complice réduisaient
à néant les théories rivales pour lesquelles si rageusement ils croisaient le fer. Seul, le vicomte Delaborde s’attacha sérieusementàla partie documentaire de sa tâche, donnant, avec un excellent catalogue de l’œuvre du maître, de copieux extraits de sa correspondance et de ses cahiers, de manière à former un corps de doctrine qu’il commenta avec une hauteur de vues et une ampleur de pensée qui font de son livre un véritable monument. 11 serait injuste de ne pas mentionner, à côté de ces œuvres de longue haleine, quelques études de moindre étendue, dont une au moins, la Caisse à bois de Théodore de Banville, contient quelques pages dignes du maître, et portent l’empreinte d’une divination géniale qu’on chercherait en vain chez les critiques d’art.
Cependant le testament du maître recevait son exécution, qui léguait au musée de Montauban l’ensemble de ses portefeuilles avec les dessins et les esquisses, quelquesunes peintes, restés dans les ateliers du quai Voltaire et de l’Institut, quelques tableaux, avec la plupart des œuvres d’art, tableaux anciens et modernes, marbres, bronzes, antiques divers, moulages de sculptures et de médailles de la Renaissance, majoliques, plaquettes, médailles modernes que le maître s’était complu à réunir avec toute la passion d’un archéologue, et dont la valeur parut assez considérable à Louis Courajod pour qu’il consacrât une étude particulière à cette collection. Un élève du maître dont il serait injuste ue ne pas évoquer ici la mémoire, M. Armand Cambon, s’attacha passionnément à la
Cliché Neurdein.