‹ Ingres; biographie critiqueChapitre 4 sur 17 · THÉTIS IMPLORAIT JUPITER · texte numérisé non relu

THÉTIS IMPLORAIT JUPITER

(Musée d’Aix.)

lui avait accordé gratuitement dans le couvent désaffecté des Capucines, Ingres était réduit pour vivre au maigre produit de quelques rares portraits et à des travaux pour des libraires. Dans cette inaction forcée, il se préparait pour l’avenir, peignant d’après nature à l’atelier de Suisse, amassant des documents graphiques dans les bibliothèques, au Louvre et au musée des Petits-Augustins, où pourtant il fréquenta moins qu’on ne paraît le croire. En même temps, il commençait la rédaction de ces précieux petits cahiers que nous avons été assez heureux pour faire connaître le premier, et dont M. Lapauze a publié le texte à peu près intégral. Du dépouillement systématique de ces dix cahiers sortirait aisément la plus intéressante, la plus véridique autobiographie d’un artiste qui ne fut pas plus un littérateur qu’un illettré, comme l’a fait entendre un normalien fourvoyé dans la critique d’art : tout un gros volume dont, la prose d’Ingres fournirait la matière, la part de l’éditeur se réduisant à raccorder les fragments et à les faire valoir par un solide commentaire. Tout s’y trouve : grandes dates de la vie, joies et deuils, honneurs et haines, préceptes théoriques, réflexions dictées par l’expérience manuelle, projets menés à bonne fin et projets vite abandonnés, catalogue de l’œuvre, notes sur les sujets les plus divers, comptes de dépenses, brouillons de lettres, pensées, souvenirs de lectures, indications bibliographiques, etc. De plus, on trouve la preuve matérielle, dans ces petits cahiers verts, que le jeune homme s’astreignait à beaucoup de lectures,

à beaucoup d’extraits d’ouvrages classiques pour comblei les trop larges lacunes d’une éducation dont les seuls Maristcs de Montauban avaient si mal assis les fondements qu’il s’employa en vain toute sa vie à en consolider le chancelant édifice.

En ces années de solitude et de dénument s’élaborèrent quelques œuvres dans lesquelles on peut suivre les phases successives par lesquelles ce maître en formation s’élevait graduellement à la pleine possession de son altière personnalité. Un dessin ouvre la série : Philémon et Baucis , à peu près contemporain de X Achille et où s’amalgament de même les influences de David et celles de Flaxman. Ce dessin, trop peu connu, est au musée de la ville du Puy. Vénus blessée par Diomède vint ensuite (1803), où s’affirme hautement l’intention de remonter aux véritables œuvres antiques — les peintures des vases grecs — dont David ne paraît pas avoir compris l’importance. Ce tableau trop oublié est la première tentative sérieuse d’archaïsme pittoresque qui ait été tentée en France. Ingres, imbu des exemples de Flaxman dont il avait accueilli avec joie la haute approbation, y a poussé jusqu’à l’extrême la recherche de la couleur locale et du détail précis. Le char de la déesse est bien un char grec, et non un char antique revu et corrigé par Percier et Fontaine, ou simplement par l’ébéniste Jacob, comme ceux dont abusèrent les élèves de David; l’équipement de Diomède est celui d’un hoplite athénien, tel que Hope devait en faire figurer, une douzaine d’années plus tard, dans son Costume of

Cliché Neurdein.

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