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PORTRAIT DU PEINTRE GRANET

(Musée d’Aix.)

Cliché Heirieis.

alors, las de souffrir, comprenant que le ciel de Rome ne lui était plus favorable, il résolut d’aller se fixer à Florence, auprès de son vieil ami Bartolini, espérant rétablir, dans un milieu nouveau, sa situation si compromise. La misère était d’ailleurs plus lourde qu’au début, car il n’était plus seul à en supporter les atteintes : oublieux de cette exquise demoiselle Forestier, qui, elle, ne l’oublia jamais, il s’était uni, en 1813, à Magdeleine Chapelle, une jolie inconnue venue de Guéret à Rome tout exprès pour l’épouser et qui semble lui avoir apporté le bonheur.

Les six années passées au couvent des Capucines constituent la période de gestation du talent d’Ingres. On a vu comment il avait, pendant ce temps, consciencieusement exploré toutes les routes nouvelles qui s’ouvraient devant lui, et comment, s’appropriant tant de programmes divers, il les avait brassés et refondus dans une formule générale portant sa seule marque personnelle.

C’est à Rome que ce grand œuvre porte ses fruits, que la doctrine du jeune maître se manifeste enfin par des peintures qui sont des chefs-d’œuvre et font pousser des cris d’effroi aux théoriciens caducs de l’art officiel. D’abord, c’est Œdipe expliquant T énigme du Sphinx , hautaine révélation d’une esthétique nouvelle qui part du réalisme pour évoquer l’antiquité, défi frémissant jeté dans l’arène artistique aux disciples édulcorés de Louis David et aux routines blafardes et veules sorties de son école. Le sujet est classique; classique encore le calme apparent qui règne sur la scène, reléguant dans l’ombre,

une ombre tragique, le drame, la passion et l’horreur. Et ce ne sont pas là des concessions au goût du jour: c’est l’exacte restitution de l’antique légende telle qu’eût pu l’exécuter un peintre athénien, telle que l’avait peutêtre rêvée Sophocle lui-même ; de concessions, il n’y en a d’ailleurs pas dans cette œuvre de combat : pas de cothurnes et de cnémides, pas de casques à triple aigrette, pas de boucliers sculptés; tout le bric-à-brac archéologique se réduit aux deux javelots à tête de bronze que tient le héros et au léger chapeau de voyageur qui tombe sur ses épaules. Rupture complète avec la terne palette que David avait empruntée à Poussin et aux Carrache. Ingres est allé demander conseil aux maîtres italiens de la Renaissance, de même qu’Albert Dürer lui révèle les perspectives lointaines et la tragique grandeur des rochers dénudés dont Ingres est le premier peintre français qui ait fait des études sincères dont aucune réminiscence de Poussin ou des paysagistes italianisants des Pays-Ras ne vient gâter le réalisme épique. Enfin, quoique dégagé de ses accidents trop réalistes, le corps d’OEdipe n’a rien de commun avec une statue antique ; il est très individuel et consciencieusement étudié d’après un modèle, alors célèbre dans les ateliers de Rome ; sa tête, dont le prognatisme très accusé dut faire hurler les admirateurs du Romulus muscadin de David et de l’Endymion efféminé de Girodet, semble un portrait idéalisé dont la lèvre boudeuse, le front couvert et étroit, les pommettes saillantes, l’œil profond et fulgurant sous un épais sourcil

Cliché Yignais

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