Lettre du 45 juin 4821, à M. Gilibert
œnsent que je ne m'occupe à présent que de notre tablmu, que j'aille moi-même l'apporter au Salon et que je ne mette la main à ses commandes qu'à mon retour. ••
Je compte beaucoup sur notre grande page pour laqueUe je yeux déployer tout le luxe de la grande peinture. J'espère» ou du moins j'en ai le violent désir, acquérir par elle le contre-pied de ce qu'a pu dire ce médiocre aboyeur de Landon. Qu'on soit bien persuadé qu'il en a menti par sa bouche, qu'il est le plus grand calomniateur et le plus ignorant. Je conçois que ses morsures t'aient paru cruelles pour moi ; mais c'est s'occuper trop de luû Je ne refuse pas la voix de la vérité, venant surtout de toi, mon meilleur ami, appuyé de nos compatriotes, mais il n'est pas temps encore. Mes ouvrages finis et vus vengeront, non-seulement moi, mais nous de la manière la plus éclatante. Pour cela, il faut frapper sûr, juste et fort, et je suis à forger des armes ^•. »
Plein de volonté, d'une volonté que soutenait l'orgueil et que la contradiction roidissait, Ingres était malgré tout si impressionnable, si accessible aux influences de l'amitié, qu'il se détournait aisément de son chemin pour vaquer à des bagatelles, quand il s'agissait d'être agréable à ceux qui l'aimaient ou qui l'admiraient. En parcourant cette correspondance intime oii il se montre à la fois si semblable à lui-même et si divers, si opiniâtre et si mobile, on le voit à chaque instant interrompre son grand travail pour perdre son temps à de petites besognes.
Il fait, par exemple, à M. de Forbin pour la misérable somme de six cents francs une variante de la Chapelle Sixtine. Il adresse par son ami Gilibert, à un M. de Graves, à Montauban, un petit tableau qui paraît être le Don Pedro de Tolède peint à Rome, en 1820. — Le sujet en est tiré de Péréfixe. Don Pedro de Tolède,