‹ Ingres, sa vie et ses ouvragesChapitre 7 sur 34 · Lettre da 4*' novembre 4824, à M. Gilibert · texte numérisé non relu

Lettre da 4*' novembre 4824, à M. Gilibert

incorrection qui ajoute à l'énergie de la phrase, ou qu'il n'oserait pas telle négligence qui est un certificat de sincérité et une révélation plus rapide du sentiment? Jamais je n'ai mieux compris qu'en lisant les lettres d'Ingres, que l'art d'écrire est presque entier dans la faculté de sentir; que l'éloquence ne s'apprend point et qu'elle vient uniquement de cette force intérieure à laquelle, bon gré, mal gré, les mots obéissent.

(I II est naturel, dit-il, de voir ses amis en beau, excepté cependant lorsqu'ils tomberaient dans le faux. Alors il est de la vraie amitié, de la charité (car celle-ci n'est pas seulement de donner dans la main) d'assister, de redresser et fortifier l'âme et le cœur par des conseils éclairés et sincères pour la conduite de la vie, et sur tout ce qui est bon, beau et profitable. La louange d'un fat ou d'un ignorant doit plutôt vous donner l'éveil de quelque faute. •• Si la nature m'a doué de quelque intelligence, je m'efforce de pénétrer plus avant par toutes sortes d'études, et si je sens que je fais parfois quelques pas de plus, c'est précisément par cela même que je vois que je ne sais rien. Oui, et c'est depuis que, plus touché du grand et de sa perfection, je me tronye admis au désespérant avantage d'en mesurer toute l'étendue, je détruis plus que je ne fais et je suis trop loog à combiner les beaux résultats ; amant surtout du vrai, ne voyant le beau que dans le vrai, ce vrai qui a fait les beautés d'Homère et de Raphaël.

« Avec cela, les sottises et l'ignorance du public, en voilà assez pour occuper mes plus petits moments et me faire passer de mauvaises nuits. Â la vérité, tout ce mal et cette peine ressemblent au mal délicieux des amoureux, ou mieux aux souffrances courageuses et tendres de la maternité. Un succès, un peu de gloire, et surtout une conscience à peu près contentée, tout est compensé et l'on reprend ses chères douleurs ^^•• »

Il me semble qu'il y a là des traits dignes d'un maftre écrivain.

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