‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 161 sur 166 · MUSÉES · texte numérisé non relu

MUSÉES

Les directeurs des Musées sont responsables de toute atteinte au culte sacré de l'art, de tout abaissement du goût, de toute méprise de l'opinion. Aussi doivent-ils bien réfléchir au choix des objets qu'ils mettent sous les yeux du public. Le public, lui, ne choisit pas; il accepte ce qu'on lui donne, il est innocent des mauvaises impressions qu'il reçoit. Malheur donc à qui le tromperait, en lui montrant autre chose que ce qui exprime absolument le beau!

Je voudrais que les tableaux du Musée , au lieu de se succéder à perte de vue et d'être accrochés comme des tapisseries sur les murs d'une immense galerie , occupassent des salles dans lesquelles on établirait des compartiments pour les maîtres de chaque école , en commençant par les plus vieux. Plus de pêle-mêle, comme dans une boutique ou dans un bazar. On verrait d'abord dans un Salon les simples et naïves peintures des prédécesseurs des grands maîtres : puis viendraient les écoles romaine, florentine, vénitienne, lombarde, et ainsi de suite. La Galerie de Rubens serait transportée au Luxembourg, qu'elle décorait à l'origine, et l'on répartirait les tableaux français du dix-septième siècle dans les églises de Paris pour lesquelles ils avaient été faits.

L'un des deux grands salons porterait le nom de

David, du grand maître régénérateur de l'école française. Ce salon ne devrait, par conséquent, contenir que ses seuls ouvrages, les Horaces , les Sabines, son Portrait peint par lui-même, Madame Récamier, le jeune Barra, etc. On n'y verrait plus figurer ce tableau, le Naufrage de la Méduse, ni d'autres œuvres de ces artistes de passage dignes seulement d'occuper un moment le public ignorant ou peu instruit, le public des mélodrames.

Au Musée, il y a trop de tableaux et il n'y en a point assez. Il y a trop de ceux qu'ont produits des artistes secondaires, tandis qu'on n'a rien ou qu'on a peu de ce qu'ont laissé des talents bien autrement importants. Les florentins manquent presque absolument : Andréa del Sarto, fra Bartolommeo. Vélasquez n'est pas représenté. Il faut combler ces lacunes. Je sais bien ce qu'on me dira et ce que j'ai déjà souvent entendu dire pour expliquer des refus : « Il n'y a pas d'argent. » C'est possible; mais alors qu'on prenne les mesures nécessaires pour en avoir.

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