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ENCOURAGEMENTS

Le gouvernement n'a le devoir d'encourager que le genre de la baute bistoire. Qu'il laisse aux simples particuliers, aux amateurs, le soin de ce qu'on appelle pro-

(1) M. Henriquel, membre de l'Institut, a bien voulu nous communiquer une note prise, en 1840, par un membre de sa famille, à la suite d'une conversation avec Ingres sur les Salons. Nous transcrivons ici cette note, parce qu'elle achève de préciser l'opinion exprimée par le maître dans le passage cpie l'on vient de lire et le radicalisme de ses vœux au sujet des expositions publiques :

* Monsieur, disait Ingres, le Salon est la perte de l'art : il faut fermer le Salon. Une foule de jeunes gens qui n'ont pas les premières notions de l'art cherchent à flatter le mauvais goût du public. Les journaux

déchirent les hommes de talent et les découragent Quand un artiste

a du talent, il faut prendre tout de lui, le bon, le médiocre, le mauvais. Soyez sûr qu'il aura assez de soin de sa réputation pour chercher à grandir toujours, mais il a besoin d'être lui : ne lui faites pas perdre la tète par vos injustices.

« On croit encourager la peinture avec le Salon : on lui ouvre une

prement le genre : tableaux de mœurs familières , scènes modernes , fruits et fleurs , nature morte , etc. Les choses se passaient ainsi au dernier siècle. Il y avait

lors à Paris des cabinets d'amateurs très-visités ; il

en avait aussi en province, particulièrement à Toulouse, surnommée avec justice « la savante » , où l'on trouvait non-seulement des tableaux des petits maîtres hollandais et flamands , mais encore d'agréables œuvres des peintres contemporains. Ces cabinets suffisaient pour faire la réputation des artistes et valaient bien notre confuse exposition appelée Salon. Que le gouvernement laisse donc faire les amateurs pour tout ce qui regarde les peintres de genre et leurs œuvres ; qu'il réserve pour les seuls peintres d'histoire dignes de ce nom ses commandes et ses encouragements, et qu'il se débarrasse des autres. Que ne gagnerait-il pas , pour son repos comme pour le progrès de l'art, à écarter ainsi une foule de solliciteurs !

Quant aux artistes qui , sans être supérieurs , méritent l'intérêt , il pourra les employer soit à multiplier

voie misérable. Cette quantité de portraits, ces tableaux sans pensée,

sans plan, sans but, ne sont là que pour faire du commerce Tout

cela est inutile, et il faut que la peinture serve. La justice, l'histoire, la religion : voilà des sujets, voilà les éléments de l'art comme on doit l'entendre. Regardez les tapisseries qui ornent ce salon (celui de l'Académie de France, à Rome) : ne sont-ce pas des œuvres de peinture monumentale, d'une peinture qui a un objet, qui sert? C'est à la décoration des églises, des palais publics, des temples de la justice, que l'ait doit se consacrer; c'est là son véritable, son unique but. Le Salon l'en détourne en fournissant à tant de barbouilleurs l'occasion d'exposer leurs pauvretés ou de fausser le goût public par le spectacle bête des trompe-l'œil. Oui, nour arrêter la décadence, pour régénérer l'art, il faut fermer le Salon »

les copies des chefs-d'œuvre (et on n'en aura jamais trop), soit à seconder les maîtres dans l'exécution de leurs grands travaux.

Ainsi , encourager la haute peinture d'histoire dans le présent, ou la reproduction de ses plus beaux monuments dans le passé, voilà seulement la tache de l'État : le reste ne le regarde pas.

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