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THÉÂTRES DE MUSIQUE

Les décors, les machines, les costumes, les feux a incendier le théâtre, enfin les diverses curiosités de ce qu'on appelle la mise en scène , tout cela est fort beau sans doute, mais tout cela tient trop de place. Les intentions du compositeur sont écrasées sous ce luxe; son génie ou son talent, la première chose à montrer pourtant , disparait presque sous l'éclat de ces effets tout matériels , si bien que le spectateur entend pour ainsi dire sans écouter et sent bien moins qu'il ne regarde.

Rien n'est à désirer pour les orchestres, excellents en général , si ce n'est cependant qu'on pourrait leur demander de modérer un peu le bruit des instruments de cuivre; mais c'est aux chanteurs en revanche qu'il faudrait recommander de ne point tant crier et de soigner davantage la prononciation.

Le malheur n'est pas seulement qu'on exécute trop rarement les immortels chefs-d'œuvre sur nos scènes lyriques : c'en est un aussi , et un bien grand , qu'on se permette de les altérer, de les mutiler, soit au gré d'un chanteur ou d'une chanteuse , soit pour approprier la partition au goût actuel ou pour abréger la durée du spectacle. Oberon, par exemple , on ne le reconnaît plus ; il en est de même des opéras de Grétry dont nos prétendus connaisseurs trouvaient l'orchestration insuffisante, et qu'on a enrichie en y introduisant des instruments de cuivre et des timbales. Oser toucher à la glo-

rieuse propriété du génie, déformer ce qu'il a créé! mais c'est un attentat, un vrai sacrilège, c'est par-dessus tout une bêtise. Pourquoi pas aussi mettre Molière à la mode du jour et le traduire en français moderne?

Je voudrais que les chefs-d'œuvre , exécutés le plus souvent possible et exactement tels qu'ils ont été écrits, fussent des occasions de triomphe non pour ceux qui les interprètent, mais pour les grands hommes qui nous les ont légués ; je voudrais que le jour de la représentation de chacun de ces chefs-d'œuvre le buste de l'auteur, placé de côté, auprès de l'avant-scène, s'offrît à la vue du public pour entretenir ses souvenirs, pour stimuler sa reconnaissance , et pour venger , au moins par les hommages de quelques-uns, une mémoire bien autrement glorieuse que la virtuosité d'un chanteur ou d'un récitant. À chacun sa part sans doute; mais la première appartient incontestablement à l'inventeur de la musique , et c'est assez faire pour les chanteurs que d'accorder, s'il y a lieu, une estime secondaire à leur talent.

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