Roger et Angélique
Ce tableau, peint à Rome en 1819, a été exposé à Paris au Salon de la même année, bien qu'on n'en trouve pas la mention dans le livret publié à cette époque, et a reparu à l'Exposition universelle de 1855. Sudre l'a reproduit en lithographie dans une grande pièce dont le cadre, au lieu d'être en largeur comme celui de la toile originale, rétrécit l'espace autour des deux figures et donne à l'ensemble de la scène une forme en hauteur : Sudre a de plus lithographie à part, et dans de petites dimensions, la figure d'Angélique. L'ouvrage publié par M. Magimel contient aussi une reproduction du tableau d'Ingres : reproduction modifiée d'ailleurs, quant aux formes du cadre, comme la lithographie que nous venons de mentionner.
(Musée du Luxembourg.)
Nous trouvons dans les manuscrits d'Ingres la note suivante sur la scène que représente ce tableau, et qui, comme on sait, est tirée de PArioste {Roland Furieux, chant x) : «Vers les côtes de la petite Bretagne, et en passant, il (Roger) aperçut Angélique attachée à un rocher dans Fîle des Pleurs. C'est le nom de l'île d'Ebude, dont les habitants barbares couraient les mers, enlevant toutes les belles femmes qu'ils pouvaient rencontrer, afin de les exposer ensuite à un monstre. Angélique avait été liée au rocher le matin même, pour y être la proie de ce monstre, qui se repaissait de la chair des infortunées qu'on lui livrait. Les Ebudiens l'ayant trouvée endormie auprès du vieux magicien, l'avaient ainsi exposée, après l'avoir entièrement dépouillée de ses habits. Roger l'aurait prise pour une statue d'albàîre, s'il n'avait vu couler des pleurs sur ses joues incarnates et sur son beau sein, et si ses cheveux n'eussent été agités par un vent léger. Il se sentit ému d'amour et de compassion. Il suspendit le vol de son coursier, et, s'approchant d'Angélique, il lui dit... Mais un grand bruit se fit entendre fort près du rivage : c'était le monstre qui s'avançait avec impétuosité vers sa proie. Sa tête, masse informe, ne laissait voir que des yeux et d'énormes dents comme celles d'un sanglier. Roger, la lance à la main, fondit sur lui et le frappa entre les deux yeux. Le monstre se débat et fait monter l'eau... »
Les esquisses et les études préparatoires pour ce tableau qu'Ingres a laissées sont nombreuses. Une réduction de Roger et Angélique est conservée au Musée de Montauban, et une autre petite toile signée Ingres, première pensée de la composition, fait partie de la collection Hauguet. M. le comte Henri de Mortemart possède une reproduction réduite et modifiée de l'ensemble de la scène, signée : Ingres p", et M. Gosset une petite étude peinte pour la figure d'Angélique, signée Ingres. Une assez grande étude peinte d'après nature pour la même figure a passé de la collection de Sudre dans celle de M. Ilulot. Une autre char-
mante étude peinte également d'après nature, mais dans de plus petites dimensions et dans une attitude un peu différente, avait été donnée par Ingres à Paul Delaroche en 1831 : elle appartient aujourd'hui à M. Horace Delaroche.
M. Haro possède une Angélique attachée au rocher, variante ou plutôt fragment du tableau conservé au Musée du Luxembourg, puisqu'ici Angélique apparaît seule et que, au lieu du héros lui-même, on n'aperçoit à côté d'elle que le bouclier de Roger d'où jaillissent des éclairs. Cette figure, peinte à peu près dans les mêmes dimensions que la figure du tahleau, est signée : J. Ingres 1859. Elle a été gravée par M. Flameng pour la Gazette des Beaux- Arts, t. XIV.
Enfin une petite étude à la mine de plomh, esquissée autrefois par Ingres, a été retouchée par lui et signée bien peu de jours avant celui qui devait être le dernier de sa vie : ce croquis, appartenant à M. Philippe Burty, porte, à côté du nom du maître, la date du 5 janvier 1867.