‹ Ingres, sa vie, ses travaux, sa doctrineChapitre 33 sur 166 · Apothéose de Napoléon Ier · texte numérisé non relu

Apothéose de Napoléon Ier

Tableau peint en 1853 pour le plafond du Salon de Napoléon, à l'Hôtel de ville de Paris. Exposé en 1855. Une gravure d'après cet ouvrage, commandée à M. Salmon par l'administration municipale, est aujourd'hui en cours d'exécution, ainsi qu'une reproduction en camée commandée par l'administration des Beaux-Arts à M. David.

Nous trouvons dans les notes du maître la description suivante de ce tableau :

« Napoléon est représenté s'élevant dans les airs sur un char d'or et quittant l'île Sainte-Hélène qu'on aperçoit à l'horizon. Il est orné de la chlamyde, du long sceptre, de l'épée, d'une couronne de lauriers, et tient dans sa main gauche la boule du monde.

« Il est nu, ainsi qu'on représentait dans l'antiquité les héros déifiés; il est debout sur le char de triomphe. La

Renommée est auprès de lui et pose la couronne civique sur la tête du he'ros.

« Quatre chevaux pareils à ceux qui l'ont conduit au sacre, sont dirigés par la Victoire vers le temple de l'Immortalité, que l'on voit au fond du tableau. L'aigle triomphal plane dans les cieux; l'étoile brille au-dessus du héros, et le signe du Zodiaque marque sa route.

« Au bas, le trône reste vacant, gardé par l'aigle triste et fidèle. La France en deuil suit Napoléon du regard, mais elle cesse de le pleurer et espère en sa race. Némésis poursuit et terrasse l'Emeute et l'Anarchie, qui rentrent dans l'abîme. Sur les marches du trône on lit : « In nepote redivivus. »

Aidé par les frères Balze, Ingres exécuta ce tableau dans l'atelier que lui avait prêté son ami M. Gatteaux , rue de Lille, n° 41, et ce fut là que, au commencement de février 1854, il reçut la visite de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice. Depuis quelques jours déjà la foule des admirateurs se renouvelait sans relâche devant la récente œuvre du maître; la visite impériale acheva d'en consacrer le succès, et pendant les semaines qui suivirent, Ingres vit se succéder plusieurs milliers de gens d'autant plus empressés qu'il s'agissait pour les uns d'un devoir de convenance à remplir, pour les autres d'une dette à acquitter envers la mode. Jamais peut-être un tableau de sa main ne fut dès le début aussi généralement recherché ni aussi brillamment accueilli ; de là ces lignes qu'il adressait à M. Marcotte, au plus fort de son succès : « Mon tableau fini, j'ai ouvert ma porte, et vraiment je ne saurais vous dire, sans embarrasser ma modestie, tout l'effet qu'il a produit sur les spectateurs et celui qu'il produit encore : car les files de voitures sont à ma porte, et je suis dépassé dans les demandes qu'on me fait pour le voir. C'est un feu grégeois qui a gagné tout le monde parisien. Enfin grands et petits sont tous occupés, étonnés, charmés al di sopra il mio merito; mais il faut, pour être sage, jouir modeste-

ment de sa bonne fortune, comme il faut savoir supporter la mauvaise. »

Plusieurs belles études dessinées par Ingres, tant pour V Apothéose elle-même que pour les figures des Villes conquises , peintes dans les voussures du Salon de Napoléon, se trouvent au Musée de Montauban et dans la collection de M. Gatteaux.

(Voyez le même sujet aux Compositions dessinées.)

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