Moitessier (Madame), née de Foucault
Dans ce premier portrait, le modèle, vu jusqu'aux genoux, est représenté debout et vêtu d'une robe de velours noir. La toile est signée : I. A. D. Ingres Pxc AN0 J 851 : elle a été exposée en 1855.
« M. Ingres, a écrit M. Marcotte en marge d'une des lettres du maître, avait d'abord refusé de faire le portrait de madame Moitessier. Il la vit ensuite chez moi un soir, et, frappé de sa beauté, il désira la peindre. » Mais l'œuvre une fois entreprise en 1844, Ingres ne put la mener à fin tout d'un trait. D'autres travaux survinrent qui le forcé-
rent de l'interrompre. A peine lui fut-il possible d'y consacrer quelques heures de loin en loin, si bien qu'au bout de plusieurs années le portrait n'était pas encore terminé. Aussi Ingres, en juin 1851, écrivait-il à M. Marcotte : « Notre belle, avec toute sa bonté, n'a pu s'empêcher de me rappeler qu'il y a sept ans qu'elle est commencée. O portraits! portraits! que vous ai-je fait?» Et quelques jours plus tard : « Malgré les brillantes expressions dont s'est servie notre belle et bonne madame Moitessier, il n'en est pas moins vrai que la partie n'est pas gagnée encore, ce qui va se décider cependant par une séance de cette terrible et belle tête. A deux heures, madame Moitessier arrive de Villiers tout exprès, et je prie Dieu qu'une saignée ordinaire par le saigneur Magendie n'ait rien altéré à ces beaux yeux, à ce divin visage. » Enfin, quand le moment est venu où cet interminable travail va se trouver à peu près achevé, Ingres écrit de nouveau à son ami (16 octobre 1851) : « Savez-vous à qui je ressemble? A quelqu'un qu'oppresse un cauchemar qu'il veut fuir, sans trouver de jambes. Oui, voilà où me mettent les malheureux portraits ! J'ai enfin une dernière séance de notre belle et bonne; mais à présent j'ai encore à lui faire sa collerette, ses bagues, le bracelet de sa main droite, sa fourrure sur la chaise, avec ses gants et son mouchoir. Puis il faudra reprendre par les derniers glacis et les dernières touches ce portrait, qui, depuis sept ans, occupe péniblement ma vie. »