DE TOUT POUVOIR SURNATUREL
Daifô le iivr^ précédent, nous avons traité de la destinée de rhomme , et déterminé les conditions principales nécessaires à T accomplissement de sa haute mission comme être intelligent et social. Nous avons également exposé qu'il possède, dans la puissance de Tart, tel que nous l'avons déflni , le moyen qui doit le (induire à sa perfection finale. Au point de vue où nous sommes arrivé, nous avons maintenant une importante question à résoudre. C'est celle du droit qui appartient à l'homitie comme être intelligent et libre, de se donner à lui-même des lois , et de créer et d'organiser, par un acte de sa raison et de sa volonté, l'ordre arlifidel de là société.
Avant d'entrer dans l'exameu de celte quej^
oogle
tion , il est un fait capital que nous devons d'àbord reconnaître et expliquer pour établir d'une manière logique le premier de tous les droits de rhomme , celui qui sert de garantie à tous les autres, le droit de faire la loi sociale à la-, quelle il obéit. Ce fait, c'est celui de la sou- Tcraincté de Thomme, dans le monde où il existe , et de son indépendance de tout pouvoir surnaturel.
La reconnaissance de ce fait et son explication rationnelle sont, on le conçoit facilement, le point de départ logique de toute théorie qui remet entre les mains de l'homme le pouvoir de se donner à lui-même des lois, car il est évident que si l'homme n'était pas souverain et indépendant, en d'autres termes, s'il avait un maître surnaturel, ce ne serait pas à lui qu'il appartiendrait de se donner des lois , il devrait en recevoir de son maître.
Ainsi , la question première qu'il faut résoudre avant l'établissement de la loi sociale , c'est la question de la souveraineté et de l'indépendance de l'homme, comprise dans ce sens que ce roi de la création n'est le sujet ni le vassal d'aucun être supérieur à lui. Après l'avoir résolue, noiis consacrerons les autres chapitres de ee livre aux questions qui se rattachent à la
solution complète de ce grand problème de Tinslitntion des lois sociales, sous le rapport de leur nécessité, et sous le point de vue de la liberté.
La souveraineté de V homme sur la terre , comme son indépendance de tout pouvoir surnaturel, est un fait dont la démonstration ne nous offrira pas de grandes difficultés. Elle résulte, en effet, des vérités que nous avons précédemment exposées et prouvées sur la constitution, les lois de la cause universelle , snr la nature de rhommc, sur sa destinée, sur la place qu'il occupe au sommet de l'échelle hiérarchique des êtres.
Ces prémisses étant données, attendu qu'il n'y a point d'inégalité radicale dans les éléments de la cause universelle et que Thomme est leur incarnation suprême dans le monde où il existe, il est, de droit logique et de tait, un être indépendant et souverain. Les titres sur lesquels repose son droit existent en lui*méme dans la substance de son être ; il ne reçoit son droit de personne, il le possède, il lui est inhérent, il est une propriété inaliénable de sa personne. La condition de rexistence du principe de son droit en lui-même , condition qui est à la fois «rationnelle et nécessaire ]>our que son droit
soit uûe propriété de sa personne, est réalisée par la présence en lui des éléments de la cause universelle et souveraine. Sans cette condition , Thomme n'aurait point de droits. Un droit, dans la rigoureuse acception de ce mot, n'est point une propriété donn^ , octroyée , car alors il ne serait pas en réalité une propriété, mais le don d'une chose étrangère à la personne et qui , ne lui appartenant pas originairement et ne faisant point partie indivisible de son être, pourrait passer de mains en mains , être donnée , reprise et rendue. Or, il est évident pour la raison que si le droit était une chose de cette nature , une chose donnée et reçue, Thomme n aurait point de droit. 1] y a plus, s'il avait reçu son droit de quelqu'un et que ce droit ne fût pas une propriété inhérente à sa personne, une attribution spécifi-* que de son être, qu'on ne pourrait en séparer sans changer sa nature, l'homme aurait cessé d'être un homme, un être ayant des droits, il deviendrait une chose que l'on pourrait donner et reprendre comme les choses impersonnelles qui , par leur nature passive et leur destination spéciale, sont à sa disposition. Ce n'est pas tout, s'il en était ainsi et que l'homme ne tint pas son droit de lui-môme, il ne pourrait pas justifier, aux yeux de sa propre *raison , le fait par
lequel il dispose à sod gré des choses impersëa* nelles, et considérer le pouvoir d'eu user comme rexercice d'un droit* Car il faut, logiqueoient, que le droit naisse dans le droit, ç est- à-dire qu'il y ait un droit primitif, nécessaire, sans l^uel tou^ les autres droits secondaires n'ont point de source légitime. Or, ce droit primitif, dans lequel naissent les autres droits et qui les consacre aux yeux de la raison « ne peut prendre lui-même sa source que dans le sein de la cause universelle , en qui réside , avec le suprême pouvoir, la loi souveraine, le droit absolu.
C'est donc de la cau^e universelle que Thomine tient son droit, et, comme nous venons de le dire, il le tient d'elle d'une manière directe , de la seule manière qui puisse rendre ce droit inhérent à sa personne, inaliénable,^ imprescriptible^ Il tient son droit de la cause universelle , par ce fait que les éléments mêmes de cette cause souveraine et absolue sont Jncarnés en lui et sont Thomme, sous cette forme supérieure, qui est la suprême et dernière manifestation de leur puissance sur la terre.
La cause universelle et souveraine, consid^ée dans son existence absolue, étant nécessairement indépendante de tout pouvoir étranger à ellemême, l'homme, en tant qu'il est formé de sa
)ogIe
substance , est , dans les mêmes coodi lions , un être indépendant : ce qui ne veut pas dire cependant qu*il existe sans lois nécessaires. Une telle conséquence, si on prétendait la tirer du principe que nous avançons, serait absurde, puisque la cause éternelle elle-même, ainsi que nous l'avons exposé dans le chapitre III du livre deuxième, n'existe pas sans lois , et que son indépendance consiste dans sa propriété caractéristique de cause première , qui est d'avoir en soi ses lois nécessaires, qui sont contemporaines de son éternité et font partie de ses attributs.
Lors donc que nous parlons de l'indépendance de l'homme , il est évident qu'il ne peut pas ne pas être soumis aux lois de la cause universelle, puisqu'il est formé de ses éléments, et que de ce fait il résulte invinciblement que s'il participe, par la substance de son être, de l'indépendance de la cause souveraine, il participe également de ses lois nécessaires. L'indépendance de l'homme n'est donc pas pour nous l'absence de toute loi, mais seulement l'absence de toute domination étrangère, de toute sujétion à l'égard d'un principe surnaturel autre que celui dont il est formé lui-même.
Ce premier point reconnu, et le fait de l'indépendance de l'homme, sous la réserve que nous
venons de poser et dont nous déduirons plus tard les conséquences, étant pour nous le corollaire direct de l'immanence en lui d'une partie des éléments du souverain universel ; si nous quittons l'ordre des causes premières et que nous rentrions dans Tordre des faits contingents^ pour y considérer Thomme non plus dans l'essence de son être égale et identique à celle de la cause souveraine, mais comme la créature suprême, sous la forme de laquelle une partie des éléments de cette cause sont appelés à régner temporairement sur la création terrestre, le fait de sa souveraineté dans le monde contingent ne sera pas moins évident que celui de son indépendance de tout être surnaturel dans l'ordre des vérités métaphysiques. Ce fait, nous l'avons déjà reconnu dans le rôle réservé à l'homme, dans la supériorité de ses facultés et dans la domination qu'il exerce sur toute la natur(3 au moyen de l'art. Il serait surabondant d'insister davantage sur ce point qu'on ne nous contestera pas sans doute. Nous rappellerons toutefois, car c'est là une des conséquences principales de la réserve que nous avons faite il n'y a qu'un instant par rapport à son indépendance , que la souveraineté exercée par l'homme dans le monde où il existe, n'est point une souveraineté despotique,
saoâ lois , sans limites et sans frein. Pour nous servir d'une expression empruntée à l'ordre social lui-môme, comme roi de la création, l'homme ne peut régner que conformément aux lois constitulionnelles de l'univers, lois qu'aucune volonté n'a faites, qu'aucune volonté ne peut détruire et {{ui , par leur nécessité même, qui les soustrait à tout caprice, sont ce qu'il y a de plus opposé au despotisme , et forment, par conséquent, les limites et en même temps la sau« ve-garde de sa liberté.
Le principe de Tindépendanco et de la souveraineté de l'homme étant ainsi fondé, la spontanéité de ses actions, qui est un des éléments nécessaires de la solution du problème si com* plexe de la liberté, trouve également sa raison dans la théorie que nous avons développée sur la nature de la cause de l'univers, sur l'identité des attributs de ses éléments , sur leur égalité radicale, sur leur incarnation suprême dans l'être humain. S'il existait des puissances surnaturelles ; si la cause universelle et infinie n'était point une et identique à elle-même; si les êtres mythologiques que l'imagination a enfantés existaient réellement; si, au lieu d'être une substance impersonnelle composée d'une mulûlude infinie délémenls tons égaux par leurs
attributsi virtuels ; si , au lieu d'être constiUiée démoçaratiqueBient, la cause de TuBivers était uii être personnel, un monarque absolu 's^[>aré du Hioidô,. possédant à lui seul la toute-puis-^ sance infinie, et qu'il réglât tous les événements de Tmiivers, en vertu d'une volonté absolue, tous tes êtres, sans exception , seraient 4es instruments et les jouets des volontés capricieuse de ce maître. Dans le système de cette fiction, il n'y aurait pas de place pour la liberté de rhomme, caur il serait impossible de tmuver le prineipe et la raison de son action spontanée.
Cette fictioa, nous l'avons démontré ailleurs, en faisant , de Dieu , un être libre et personnel à l'image de l'homme, ou, si l'on veut, de rhomme, un être libre à l'image de J)mx, établit entre ces deux êtres, une rivalité nécessaire « un antagonisme de volontés, dont la solution finale est ime étemelle anarchie couronnée par le despotisme.
Sans doute îL existe, dans les autres sphères qui peuplent l'espace, des- êtres qui sont petit-* être supérieurs à l'homme, en raison de la snpé* riorité des mondes où ils existât, mais ils n'ont pas plus de pouvoir sur lui qu'il n'en a sur em« En les supf^sant souverains , libres et indépendants de ces royaumes célestes, il est ccmime
lOogle
eux Hbr« et indépendant dans sa sphère. La tyrannie ne descend pas plus du ciel que la liberté. Celle-ci existe au même titre pour les êtres qui en jouissent dans les mondes divers où ils existent; ils la tiennent, à titre égal, ainsi que tous leurs pouvoirs et tous leurs droits, de la substance de la cause souveraine et indépendante dont ils sont formés.
En résumé, le fait de Tindépendance et de la souveraineté de l'homme étant le corollaire direct de rimpersonnalité et de la constitution de la cause universelle , le droit personnel et direct de l'homme, comme être libre, est incontestable; il n'est le sujet ni le vassal d'aucune puissance surnaturelle ei supérieure à lui. Il n'a pas de mattre, ni sur la terre, ni dans les régions de l'espace qu'on appelle mystiquement le ciel. En tant qu'il est, par l'essence même de son être, l'égal de tous les éléments de la cause souveraine, il fait partie intégrante du souverain.
 cet égard et méiaphysiquement parlant , il est dans l'univers comme le citoyen d'un état démocratique tout à la fois souverain et sujet ; et il n'est le sujet de la loi que parce que ses jNTopres éléments, en tant qu'ils font partie de la substance souveraine , sont eux-mêmes , par leurs rapports nécessaires avec leurs contem-
{K)raiDs éternels, les principes coefScienfs de la loi à laquelle ils obéissent.
Disons toutefois qu'il y a celte différence entre Tordre universel et nécessaire et Tordre artificiel de la société humaine, que les lois de la cause universelle et souveraine ne sont point Tefiét d'une volonté capricieuse qui peut les changer ou les violer, qu'elle sont nécessaires , éternelles, immuables, tandis que les lois hu* maines, qui sont une imitation plus ou HKnns par£adie du modèle éternel, sont volontaires, conditionnelles, contingentes et peuvent être violées par ceux-là mêmes qui les font, et enfin que, dans le système des lois universelles , il ne peut jamais y avoir place pour le despotisme, comme cela arrive dans le système des lois huoiaînes.
Les titres primitifs de Thomme à la souveraineté, à Tindépendance, à la liberté, et le principe de ses droits ayant été reconnus comme conséquences directes de ce fait» qu'il est formé de la substance même de la cause souveraine; et de plus» Thoïnme étant, par son organisation, par ses instincts , par ses facultés , par sa destinée , Têtee suprême dans le monde qu'il teibite « celui qui, n'ayant point de maître, est son mattre à lui-même, qui, supérieur à tott^ les autres êtr^es , ne trouve d'égal que dans son sem-
|zed by
klable , il ne peut jamais déchoir de son rang el de sa dignité. Dans l'ignorance primitive et fatale de ses droits, il a beau se donner dés maitres surnaturels , ces maîtres qu'il ne se donne que parce qu'il ignore la nature de la cause souveraine, des éléments de laquelle il est formé luimême, ces maîtres* disons-nous, ne sont jamais que les enfants de ses réyes. S'il les craint, s'il les adore, s'il se prosterne devant eux^, s'il abdique son indépendance et sa liberté au pied de ses idoles, s'il met sur leur tête sa couronne et son sceptre , il ne fait en cela qu'un acte de ser-* vitude volontaire, il n'est en réalité l'esclave que de ses propres erreurs, et il ne dépend que de lui de reprendre ses droits^ quand il le veut.
Gomme on essaiera sans doute de combattre la théorie si simple, si rationnelle, si vraie, que nous venons d'exposer sur le principe radical et la raison première des droits de l'homme, en nods opposant les traditions en vertu desquelles l'humanité accepte pour mattrei des êtres surnaturels, nous pensons qu'il est indisponible de réfuter l'objection que l'on peut appuyer sur ce faiit, en nous servant de ce feit IniHoième, cfjmïÉke d'un arguknent en faveur de noire Ihéoriér
Sans entrer ici dans un 0Kamen approfaddi
des causes qui ont présidé à la création des êtres surnaturels pendant l'époque fatale de l'enfance de rhumanité, caractérisée par le règne de Vimagination, n est-il pas évidemment prouvé, par rhistoire sourdes croyances superstitieuses, que les maîtres surnaturels, à la domination desquels l'humanité s'est soumise successivement, n'ont jamais eu d'existence que dans l'imagination des peuples.
Certes, nous aurions trop à faire que d enumérer ici tous les Dieux qui ont régné passagèrement sur les sociétés humaines; le nombre des dynasties divines qui se sont succédé est luimême trop grand pour que nous les comptions. Elles ont été créées, elles ont vécu, elles sont mortes avec les peuples. Leur existence, comme fait intellectuel, comme phénomène moral, a toujours ^é subordonnée à celle des sociétés et des empires, et l'histoire particulière des Dieux, comme celle des nations qui les ont adorés, lîe forment qu'une série d'épisodes dans l'histoire de l'humanité.
Chficun des peuples qui se sont succédé sur la scène du monde à eu ses Dieux particuliers; ils ont été la personnification mythologique de ses idées, de ses passions; ils ont été comme les ombres de lui-même, le suivant dans ses
Il 20
loogle
migrations, combattant avec lui, succombant ou triomphant pour un temps arec lui.
La naissance des Dieux, leur vie, leur mort, leurs transformaticms , toutes les phases enfin du phénomène intellectuel de leur existence, ont été et sont encore soumises aux mêmes lois que l'existence des êtres réels. Formés par des associations et des combinaisons d'idées, qui sont les éléments dont l'imagination les compose, ils ont reçu des formes variées selon les temps , selon les lieux, selon le génie des peuples. Ils se sont détruits les uns les autres , ils se sont transformés , ils ont progressé et se sont élevés successivement à une plus haute puissance par la généralisation des idées. Le monde surnaturel et poétique a suivi les mêmes lois que le monde réel , il a subi les mêmes cataclysmes , et c'est aujourd'hui de cette histoire des créations de son imagination que, sur les débris de ses rêves poétiques, l'humanité, qui a survécu à tous les Dieux, peut reconnaître l'erreur de ses premières conceptions sur la cause de l'univers et sur l'existence de ses maîtres surnaturels. Ce n'est pas tout, de cette histoire du passé, de cette succession de dynasties divines mortes et remplacées par d'autres comme les générations d'hommes , il ressort encore un fait capital :
c'est que depuis que l'humanité, sous T inspiration de l'instinct de la science qui la précipite vers l'objet de sa destinée et ne lui permet pas de s'arrêter dans l'erreur, a cherché l'explication du grand problème de l'univers, en le résolvant d'abord avec la (iction des êtres surnaturels, elle n'a jamais cessé de les combattre. La lutte des Titans contre les Dieux dure toujours; cette lutte, que les poètes ont transportée dans le monde extérieur pour expliquer les phénomènes de la nature, mais qui n'a jamais eu d'autre théâtre que le cerveau de l'homme, n'est en réalité que la lutte de sa raison contre son imagination. Il n'en faut pas douter, la science réelle et positive doit enfin terminer ce combat, toujours renouvelé, par une victoire définitive de l'homme sur ses maîtres surnaturels.
En vain, l'ambition, l'égoisme, la politique ont exploité les erreurs de l'humanité et lui ont fait de ses rêves un épouvantable cauchemar, en lui présentant au-dessus d'elle et comme arbitres de sa destinée des Dieux toujours irrités , jaloux de leur pouvoir et imposant, pour prix de leurs feveurs , la soumission la plus passive , la croyance la plus aveugle, l'abnégation la plus complète et jusqu'à la mutilation de l'intelligence; toujours l'instinct de la science et celui
(le la liberté ont réagi contre cette doctrine dégradante. Le Promélhée humain sest soulevé de son rocher et a brisé ses chaînes , J*homme a mangé des fruits de Tarbre de la science, et ce n'est pas lui, mais ses Dieux qui en sont morts. La promesse du serpent de la Genèse : Eritis sicut Dix scienies, vous serez savants comme des Dieux, s'est déjà en partie réalisée ; Thomme est devenu semblable à un Dieu par la science. Il a pesé les mondes , sondé les profondeurs du ciel, reconnu l'infinité de l'univers, découvert ses grandes lois, et, à mesure qu'il s'est avancé dans le domaine de la science , les êtres surnaturels se sont réfugiés dans un lointain qui recule de plus en plus. Il est difficile aujourd'hui qu'ils reparaissent sur la terre et qu'ils y fassent des prodiges , la science en ferait autant et plus qu'eux > elle ferait des prodiges qui peuvent se renouveler tous les jours , et même elle apprendrait aux Dieux des traditions mythologiques beaucoup de choses qu'ils ne savaient pas à l'époque de leur première apparition. Il faut le reconnaître , il n'y a plus aujourd'hui de mythologie possible, les Dieux ne peuvent plus, comme par le passé, vivre à l'ombre de l'ignorance de l'homme , et la science moderne ne permet plus à de nouveaux Dieux de nattre. Déjà, depuis
long-temps , la poésie qu*on appelle la fille du ciel, mais qu'on devrait plutôt appeler la mère des Dieux, pleure des larmes prophétiques sur la mort de ses enfants. Elle a beau chercher à les ranimer de son souffle, elle fait de vains efforts, car, en les enfantant dans Terreur, elleles avait fait naître mortels.
Des esprits prévenus affectent de croire que l'existence de la poésie est liée à celle des êtres surnaturels et ils répètent que la poésie est morte avec les croyances superstitieuses; mais qu'ils se consolent, la poésie ne peut mourir, et, s'il y a une poésie destinée à périr, celle qui ne vil que de fictions, il y a une poésie qui ne mourra pas , celle de la science. Cette poésie, qui ravit Tintelligence par la découverte des plus sublimes vérités, surpasse en beauté et eu richesse tout ce que peut inventer la plus féconde imagination. Le véritable poète ne peut plus être aujourd'hui celui qui évociue de vains fantômes, qui renonce à sa raison et abdique, eii se prosternant devant eux, ses droits et sa liberté , mais celui qui comprend , qui connaît les merveilles de la création et raconte le grand poème du monde; c'est celui qui prend le rôle de prophète, dans cette épopée terrestre dont l'humanité est le héros et dont le but est la
lOOgle
— 8iO —
conquête de la science et de là liberté, le triomphe de l'homme sur la nature, sur son ignorance et sur toutes les erreurs de son imagination.
Cest dans la divination de cet avenir, qu'aujourd'hui le poète peut retrouver smi inspiration* et non dans des traditions mortes et auxquelles il ne croit plus. Aux poètes du passé qui manquent de foi dans l'avenir, nous dirons : Si vous voulez^ que la poésie revive, si vous voulez redevenir poètes et prophètes, ce n'est pas sur les tombeaux de vos Dieux morts et que vous avez si soutenl' frappés vous-mêmes de vos traits ironiques qu'il faut gémir et pleurer. L'avenir est encore plein de belles espérances. L'amour instinctif de la science et celui de la liberté ne sont pas éteints dans tous les cœurs. Ecoutez ces deux voix prophétiques qui ne cessent d'appeler l'humanité vers le but de sa destinée! Soutenus par ces deux guides, traversez le chaos de vos rêves et osez venir avec nous ravir au sein des causes éternelles les titres de l'homme à la liberté, et participer à la conquête, du nouveau monde in-^ tellectuel et moral promis à la science! Vous serez poètes alors , car vous xedeviendrez prophètes , non plus les prophètes de l'erreur, mais les prophètes de la vérité.
Pour terminer enfin ce que nous avons à dire
sur la dépendance volontaire et fictive de l'homme, à regard des êtres surnaturels , cette dépendance n'ayant jamais été en fait qu'une erreur de rimagination dont les objets ont été changeants et caducs comme le sont toutes les conceptions de cette mère de l'illusion , il est impossible de fonder sur ce fait un argument solide en faveur du système que nous combattons, et il y a pour Thomme un moyen facile et sans danger de remporter, quand il le voudra , une victoire définitive sur ses maitres surnaturels : c'est de ne plus y croire.
oogle