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DE LA NATURE

Parmi toutes les formules qui ont servi à exprimer l'idée de la cause universelle considérée non-seulement dans son entité abstraite , mais dans sa puissance effective , il en est une qui mérite d'arrêter notre attention, c'est le mot nature. Il n'est point, en effet, de formule dont la signification soit plus large , plus universelle et qui se prête à un plus grand nombre d'applications particulières ou générales. Ce mot nature a été employé par les philosophes spiritualistes comme par les philosophes matérialistes , et il a servi de formule neutre pour exprimer non-seulement la cause universelle, mais tout ce qu'elle a produit. Les deux écoles l'ont également employé lorsqu'il a fallu discuter sur l'essence des causes premières et sur l'essence des êtres créés. Cette expression , dans sa généralité , convenait parfaitement bien à l'un et à l'autre système; elle offrait aux spiritualistes, par son peu de précision , assez de ténèbres pour y loger leur

Dieu abstrait et négatif et Vy laisser caché et comme sous-entendu ; pour les matérialistes , elle était une formule assez vague pour qu'ils n'eussent pas besoin de s'expliquer plus catégoriquement sur la personnalité de Dieu dans un temps où il eût été dangereux de le faire.

Sous cette formule , espèce de symbole poétique et philosophique qui s'applique à la cause comme à ses effets, les philosophes scholastiques avaient aperçu et distingué deux idées universelles : celle de la cause et celle de l'effet. L'idée de la cause qui était appelée par eux natura naturansy la nature qui produit ; celle de l'effet qui était appelée natura naturata, la nature produite. Cette double acception nous paraît parfaitement correspondre à la réalité des choses , et à la théorie que nous avons exposée sur la loi de création de la cause universelle qui, dans le développement de sa puissance, s'augmente de ses effets et agit en eux sous la forme de causes secondes.

Nous consacrerons donc quelques lignes à fixer le sens de ce mot nature et à retracer les objets réels qui ont fourni à l'imagination de l'homme les idées générales et universelles avec lesquelles il a créé , en les personnifiant , cette espèce de divinité poétique et philosophique appelée la Nature, dont le culte n'entraîne aucune supersti-

tion et qui est la plus universelle de toutes, puis* qu'elle convient à tous les systèmes.

L'étymologie du mot nature vient du mot latin natura, dérivé lui-même du mot nasd nat-^ tre , au participe passé natus, au participe futur nasciturus. Il signifie tout ce qui est né « tout ce qui est à naître; il renferme ^ comme beaucoup de mots que l'antiquité nous a transmis , un sens profond et vrai , car ce qui est à nattre viendra nécessairement de ce qui est né* Ge mot nature, dans son acception générale, embrasse non-seulement tous les êtres qui existent, toutes leurs propriétés, leurs fonctions « mais les causes mêmes par lesquelles ils existent et leurs lois éternelles et fatales; il est plus grand, plus universel que le mot Dieu, puisqu'il embrasse Dieu et qu'il renferme une idée de nécessité qui s'applique à lui comme étant sa loi. En effet, lorsque l'on dit la nature de Dieu, c'est comme si l'on disait la loi de Dieu , la loi qui existe en Dieu. Après avoir compris le mot nature dans la première de ses acceptions universelles et comme exprimant la cause de tous les êtres, celte formule s'applique encore à tous les êtres pris individuellement, à leurs lois particulières, à leurs fonctions , et à toutes les conditions phénoménales de leur existence ; elle s'applique aussi bien aux

éléments simples qu'aux êtres composés, aux êtres éternels qu'aux êtres contingents* Dans certains cas, ce mot est un synonyme de la cause première abstraite de l'univers; dans d'autres, il est le synonyme de l'univers lui-même considéré comme cause seconde; car l'univers, bien qu'effet dans sa forme matérielle , n'est point un effet mort , mais la collection des êtres vivants ou des causes secondes qui contiennent la substance et manifestent, en l'exerçant, la toute-puissance des causes éternelles.

Considéré tout- à -la -fois comme cause et comme effet, sous le nom de nature, l'univers est tout ce qui agit, tout ce qui a vie et puissance. La nature est le nombre inûni des corps célestes, les systèmes de mondes, elle est l'air, la lumière, le calorique, l'électricité, le magnétisme , les mers , les continents , les lies , toutes ces choses et les éléments qui les composent, tels qu'ils peuvent se combiner en nombre, en quantités infinies, les minéraux, les végétaux, les animaux; elle est non-seulement toutes ces choses , mais encore toutes leurs actions , tous leurs rapports, toutes leurs lois, les phénomènes qu'elles produisent et qui se génèrent les uns les autres, les affinités chimiques des corps, les propriétés physiologiques des êtres organisés ,

les instincts des animaux « leurs passions, leurs facultés de toute espèce, leurs transformations , leurs progrès , leur vie , leur génération et leur mort.

Sous ce point de vue , la nature c'est la cause éternelle et cachée apparaissant dans tous les êtres matériels qui composent le spectacle magique de l'univers et qui sont la manifestation active de sa toute-puissance. Poétiquement parlant, la nature est la divinité qui se révèle sous une forme visible et palpable et qui, sous cette forme nécessaire à l'exercice de sa puissance, enfante incessamment tous les êtres et les détruit pour en reproduire d'autres avec leurs débris, sans fin, sans repos, avec une inépuisable fécondité. Elle est la divinité réelle partout présente et que les inventeurs d'un Dieu négatif n'ont point voulu voir ni connaître, parce qu'elle était ici, là, partout sous leurs yeux : divinité immense, infinie, variée, aussi merveilleuse dans son ensemble que dans ses détails, dont la contemplation offre à l'artiste ses modèles, aux savants l'objet de la science analytique la plus profonde, aux philosophes la synthèse la plus complète, celle qui renferme la diversité dans l'unité. Elle est une divinité unique et universelle, mais dont la constitution est en tout point

différente de celle de Têtre idéal et abstrait qu'on a mis à sa place et qu'on lui a donné pour auteur, en dépit des lois de la raison et de l'évidence des faits. Cette divinité n'est point solitaire, indivisible, immatérielle, invisible, inétendue, mais elle est, dans sa constitution complexe et sociale, la multitude infinie des éléments , et tous les êtres variés et contingents formés de sa substance éternelle. La loi de sa puissance est dans le nombre et non dans une unité simple, symbole, non d'un pouvoir absolu , mais de l'impuissance. Elle n'est point inobservable et cachée dans une région inaccessible de l'espace, mais elle est partout révélée là où il existe un être qui tombe sous les sens ; elle est enfin une divinité familière avec laquelle nous vivons, qui est en nous, qui est nous. Elle est, celte divinité, pour chaque être intelligent et sensible, tout ce qu'il voit, tout ce qui l'intéresse, tout ce qu'il désire, tout ce qu'il craint, tout ce qu'il aime. Pour l'homme, en qui elle existe comme en toutes choses et qui veut la contempler hors de lui, elle se déploie sur sa tête en un ciel bleu , où brille tour à tour l'éclatant soleil ou la pâle lune avec son cortège d'étoiles ; elle est la forêt profonde aux dômes de verdure, palais d'une multitude d'êtres animés

qui accomplissent leurs destinées sous ses voûtes; elle est 1* immense savane qui déroule à l'horizon ses solitudes sauvages , elle est l'océan qui lui sert de limites, le fleuve qui serpente dans son étendue. Partout elle est variée, gracieuse ou terrible. Tantôt elle est la fleur dont le calice s'épanouit au lever du jour et, tout humide de rosée, répand autour d'elle ses parfums ; ici elle apparaît sous la forme voluptueuse d'une jeune vierge dont le sein se gonfle de soupirs et qui cède , en résistant , aux baisers de celui qu'elle aime ; là elle est une tendre mère qui présente la mamelle à son enfant qui lui sourit. Tout-à-coup, elle change d'aspect et de caractère, et cette divinité, qui paraissait si douce et si bienfaisante, obéissant à l'une de ses lois fatales, n'est plus qu'une terrible marâtre détruisant dans ses fureurs tout ce qu'elle avait créé, tout ce qu'elle semblait conserver avec tant d'amour. Alors elle est inexorable, sans pitié. Par une efifroyable et soudaine convulsion , elle bouleverse un monde entier dont elle abaisse les continents et soulève les mers. En un instant, elle engloutit sous des masses d'eau des millions d'êtres qu'elle pétrifie; puis, elle repeuple leâ abîmes comblés de nouveaux habitants dont les races s'éteindront un jour

dans un semblable cataclysme. Souvent , comme un^ amie perfide, qui cache la mort et le poison sous les fleurs , lorsqu'elle promet le bonheur et parait sourire aux êtres qu'elle a produits , c est la peste qu'elle leur envoie, c'est un volcan qui s'entr'ouvre sous leurs pieds , les brûle ou les ensevelit sous des monceaux de cendres* Tantôt, après un beau jour, la foudre se forme dans les nuages , éclate et tombe sur le temple où de crédules adorateurs viennent offrir leurs prières à des idoles qui ne les entendent pas.

Sous quelque face qu'on l'envisage, la nature se montre toujours dans l'exercice de son triple pouvoir : sans cesse , elle crée , transforme et détruit» pour créer, transformer et détruire encore. Elle manifeste son omnipotence par les combinaisons en apparence les plus capricieuses et sans s'écarter cependant de ses lois. Quelquefois, elle se platt à faire des monstres qu'elle détruit sans leur donner le pouvoir de se régénérer. Qu'on l'observe dans son ensemble ou dans ses détails « ses actions sont toujours spontanées et d'une sauvage et brutale indépendance. Nous ne dirons pas ses sujets , car elle n'en a point et partout elle est r^ine , mais les diverses parties d'elle-même agissent spontanément avec leurs propriétés spéciales, avec leurs forces indivi-

(luelles , aussi loin que leur action peut s'étendre, sans tenir compte de rien autre chose que des forces qui leur résistent, les neutralisent ou se combinent avec elles. Chaque fois qu'un être agit, fût-ce un atome ou un soleil, il agit fatalement et avec toute sa force. Cette puissance individuelle, initiale, spontanée, est dans chaque chose selon sa nature; elle en est inséparable et nous Vj trouvons, non comme une invention, une hypothèse faite à plaisir, mais comme une réalité fatale dont l'observation nous a rendus les maîtres et qui, le pouvoir de la nature étant ainsi devenu le nôtre par la science réfléchie, se transforme poiir nous en un élément de puissance et de liberté. Lorsqu'on remonte à la source de tous les pouvoirs de la nature et qu'on veut en faire la synthèse ou l'analyse , on y parvient facilement; chacun des atomes ayant son pouvoir individuel, leur réunion est la somme de la toute -puissance universelle. Pris individuellement et abstraction faite des hiérarchies d'êtres contingents qu'ils forment par leurs combinaisons , tous les atomes , dans leur indestructible entité, sont des rois éternels, il n'y a point chez eux de dominateur suprême, ni d'esclave, ils sont toujours dans l'exercice de leur éternelle puissance. S'ils n'agissent point

d'une manière, ils agissent (Vune autre, ils parcourent indifféremment toute Téchelle des êtres, depuis la plus simple jusqu'à la plus haute fonction; ils ne sont ni nobles , ni vils ; à Tégard les uns des autres, ils sont tous puissants et rois. C'est dans ce peuple innombrable d'entités éternelles qu'il faut chercher les principes et la raison de tous les pouvoirs. C'est dans leur nombre où sont les termes de tous les rapports possibles, qu'il faut chercher le principe de l'éternelle égalité qu'on ne pourrait trouver dans un être simple et solitaire, où sa raison n'est pas. La nature, dans ses éléments universels, est une reine démocratique qui tire de son vaste sein , qui les renferme tous de toute éternité, les pouvoirs temporaires qu'elle donne à chacun des êtres qui viennent , sous une forme palpable, représenter momentanément sa puissance. Dans cette république de l'univers, où tous les éléments commandent et obéissent en même temps , le pouvoir des êtres créés est relatif et contingent comme eux ; il se détruit sous le niveau de la mort, tandis que la destruction des êtres qu'ils ont formés est , pour les atomes eux-mêmes , une rénovation de leur puissance. Aussi les mondes et tous leurs parasites que ces rois de l'éternité génèrent par leur action

incessante, subissent-ils sans jamais pouvoir s'y soustraire, les lois fatales et logiques de la créa* tion, du progrès et de la mort. Cependant les plus petits êtres, comme les éléments eux-mêmes dont ils sont forméç, jouissent, dans leur existence éphémère» du pouvoir fatal de créer et de détruire; partie intégrante de la nature, ils participent de tous ses droits et de tous ses pouvoirs. A voir agir les êtres de toute espèce et particulièrement les créatures vivantes qui peuplent le globe terrestre , leurs actions sont toutes conformes aux lois qui régissent la puis* sance des causes elles-mêmes et ne sont qu'une application fatale de ces lois. Chaque être a, dans son instinct et dans son pouvoir, sa providence individuelle, bienveillante pour lui-même et pour les siens , cruelle et terrible pour ceux qui lui nuisent ou qui doivent subvenir à ses besoins ; obligé de détruire pour se conserver et se régénérer, il le fait sans scrupule, sans remords et sans pitié. Il est vraiment étonnait que^ par opposition aux lois de la nature, on ait imaginé qu il existe en dehors d'elle un être compatissant et sensible et que cet être, dont on a fait le père de toutes les créatures vivantes , soit celui qui , dans le système de cette fiction , ait fait le tigre et la gazelle , Taigle et la

colombe, et peuplé le monde, œuvre de son caprice, de créatures destinées à servir de pâture les unes aux autres. Pour se réveiller de ce rêve, il suffit d'ouvrir les yeux et de voir le carnage incessant qui est la condition nécessaire de l'existence des êtres organises vivants et sensibles , et que le raisonnement démontre être une des lois fatales de la toute-puissance des causes et de la durée de la création. C'est en vain que l^s hommes voudraient échapper à cette loi universelle et substituer on rêve à la réalité, ^i imaginant un monde idéal et à venir qui serait l'opposé du monde actuel ; les lois éternelles de l'univers sont dans le présent ce qu'elles ont toujours été, ce qu'elles seront toujours; les lois de la puissance éternelle ne changent pas. Sous ce rapport, l'éternité n'a qu'un seul terme, c'est un présent qui se renouvelle sans cesse. Les êtres contingents peuvent varier de formes, et des séries infinies de créations peuvent être conçues comme exécutées pendant l'éternité par los éléments qui produisent ces transformations de toute espèce; mais les lois universelles, en vertu desquelles ces créations et ces métamorphoses s'accomplissent, sont immuables, et c'est ainsi que la diversité se combine avec l'unité, l'éternité avec le temps. Supposer des êtres

vivants et sensibles qui ne souffrent pas, ne meurent pas , un monde où il n'y aurait pas de destruction , ni de changement, c'est, ainsi que nous l'avons démontré plus haut, rêver un monde non pas immortel, mais un monde mort, un monde où la puissance éternelle des causes serait anéantie tout entière , dès l'instant qu'elle serait privée de l'exercice de l'un de ses modes nécessaires, la destruction.

Ce n'est point sagesse et philosophie que de fuir devant l'évidence et de vouloir mentir en présence de la réalité; l'erreur et la fiction ne conduisent à aucune fin utile , il faut que l'homme ait le courage et le sang-froid d'envisager en face la vérité. C'est par la connaissance des lois fatales auxquelles son existence est soumise, c'est en face de la nécessité même et en étudiant tous les rapports qui naissent pour lui de cette nécessité, qui, elle, ne le trompe pas, car elle est le type de la vérité et de la raison éternelle, qu'il peut connaître les lois de son existence, sa véritable destinée, et que, par l'acquisition de la science qui lui livre les secrets de la nature, par l'application artificielle qu'il en fait , il peut devenir le plus puissant et le plus heureux de tous les êtres créés. C'est avec ces ressources que ce roi de la création, en étudiant toutes les causes

et toutes les actions qui tuent, conservent ou vivifient, peut créer, au milieu du monde fatal où il vit , et sans déroger à ses lois , un second monde artificiel plus parfait que le premier, un monde dans lequel il se perfectionne lui-même et fait servir à ses besoins les forces de sa nature. Mais , pour prendre sa véritable place dans le monde et y exercer sa royauté, il faut qu'il chasse les fantômes surnaturels qui l'obsèdent et que son imagination ne soit plus troublée par de vains rêves et des terreurs superstitieuses ; il faut qu'il étudie la réalité des choses et que , cessant de tout personnifier dans des symboles abstraits , il ne prenne plus ni les idées généralisées, ni les mots eux-mêmes qui les expriment, pour des êtres réels, il faut qu'il brise enfin toutes ses idoles de mots et d'idées , comme il a brisé ses idoles de bois et de pierre. C'est à ce prix qu'il conquerfa la science, et avec elle la liberté intellectuelle et morale sans laquelle il ne peut s'élever au niveau de sa destinée, et remplir sa haute mission dans le monde où il existe.

C'est en nous arrêtant à ce point de vue et en précisant les idées que nous attachons au mot nature, que nous terminerons ce chapitre, auquel, entraîné par l'immensité du sujet, nous

avons donné peut-être une trop grande étendue.

Le mot nature renferme pour nous deux idées générales, que Ton confond presque toujours :

1® L'idée de la cause de Tunivers;

2<* L'idée de l'univers, effet de cette cause.

Si donc nous voulons donner un nom particulier et déjà consacré à la cause universelle, abstraite de l'univers, nous appellerons cette cause : Dieu.

Si nous donnons de même à l'effet un et complexe produit par cette cause , un seul nom , ce nom sera l'univers. Ainsi , Dieu ne sera point l'univers, et l'univers ne sera point Dieu. Il y aura toujours entre les objets des deux idées nommées par ces mots : Dieu, univers, la différence intelligible de la cause à l'effet. Le mot Dieu sera pour nous la formule expressive de la cause universelle , le chiffre unique représentant le nombre infini des principes élémentaires qui la constituent. Cette cause universelle considérée dans son existence abstraite et comme substance incréée, en puissance de générer, au moyen de ses attributs nécessaires, tous les êtres passagers et mortels, sera l'être éternel, immuable, omniscient, tout-puissant, indivisible. Toutefois, son unité et son indivisibilité ne consisteront pas dans la simplicité de sa

coûstitulioQ, mais dans ridentité de ses élé-r ments et dans Timpossibilité de détacher de lui un seul atome. Car Dieu ou la cause universelle étant conçu par la pensée comme un tout infini » détacher de lui un seul de ses éléments constitutifs, ce serait le détruire comme tout infini. L'univers de son côté , Teffet ou le produit de la cause universelle , qui n'est cause que par le nombre de ses éléments et par leur association , sera la collection infinie et variée des êtres visibles, changeants et mortels, sans qu'il y ait contradiction, incompatibilité logique entre la nature de la cause et celle de ses effets , puisque le moyen par lequel la cause éternelle produit les êtres mortels , et qui constitue le rapport intelligible et rationnel qui lie les effets à leur cause, étant l'association des éléments de cette cause multiple, ce moyen, qui crée la diversité dans l'unité et qui explique Texislence du phénomène de l'univers avec tous ses changements, laisse subsister, sans les altérer jamais, les causes éternelles avec leurs attributs virtuels, dans toutes leurs manifestations contingentes. Bien que , sous la forme des êtres finis et limités dans leurs pouvoirs, les causes n'exercent temporairement qu'une partie de leur puissance, cette limitation de leur puissance infinie dans le

temps et sous chacune des formes successives qu'elles revêtent, n'est point opposée à l'exercice de leur activité éternelle , elle en est au contraire le moyen, la condition.

Enfin, pour nous résumer, de ces trois formules : Dieu, l'univers, la nature, la première. Dieu, exprime la cause universelle avec tous ses attributs métaphysiques ; la seconde, l'univers, exprime tous les êtres physiques et changeants produits par les actions des éléments de la cause éternelle; la troisième, la nature, exprime la cause universelle, ou toutes les causes identifiées avec leurs effets et immanentes en eux , selon l'éternelle , la suprême loi de raison et de nécessité qui lie les causes aux effets , les effets aux causes, et qui ne permet pas à l'intelligence, qui réfléchit ce qui est, de concevoir dans la réalité absolue et selon la vérité, l'idée d'une cause éternelle, nécessaire, sans concevoir l'idée d'un effet éternel et nécessaire comme elle.

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