‹ Initiation à la philosophie de la libertéChapitre 26 sur 27 · LIVRE CINQUIÈME, CHAPITRE II, PAGE · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME, CHAPITRE II, PAGE

Le principe de Tunité de la substance-cause qui réunit dans une synthèse absolue le spiritualisme et le matérialisme, atteint le but que se propose Féclectisme. Toutefois , il n'a rien de commun avec le système bâtard auquel on donne ce nom et qui, restant dans les régions inférieures de la philosophie , sans avoir la puissance de s'élever à la conception et à la démonstration de Tunité de la substance, admet, pour causes de l'univers , deux êtres , deux substances contraires , dont l'union, nécessaire cependant pour l'explication des phénomènes de la création, présente à la raison un problême radicalement insoluble.

Le vice radical de ce système étant l'absence d'unité dans la cause, ce vice.se fait sentir dans toutes ses applications , il se révèle aussi bien dans la théorie que dans la pratique. Les philosophes, dont l'esprit timide et méticuleux cherche dans cette alliance des doctrines contraires une solution et un lieu de repos pour l'esprit, ont beau vouloir marier ensemble la liberté philosophique avec la foi religieuse, la raison avec le dogme, théoriquement cette union a été , est et sera toujours impossible.

Dans son application à la société et à la conduite

de la vie, ce système hybride produit les plus déplorables résultats; il confond, il mêle toutes les idées, il fait un amalgame du vrai et du faux , il donne naissance à des constitutions politiques monstrueuses , il associe la république avec la monarchie. Gomme il porte avec ses deux principes contraires une double face, il se distingue par la souplesse de ses allures, et, sans sortir de sa théorie , cette espèce de Janus trouve toujours le moyen d*accomoder ses principes à la circonstance et de justifier tous les faits , en les considérant sous celle de ses faces qu'il lui convient de mettre en rapport avec eux. Aussi » ce système sans unité, sans principe de conduite arrêté, sans conviction, toujours flottant et indécis dans sa marche, ne peut- il rien engendrer de grand ni de noble , car il ne peut rien envisager de haut et n'a point d'avenir. Sa seule ressource est de suivre la pente des intérêts qui le dominent et il se résume moralement et politiquement dans le scepticisme, l'égoïsme, l'impuissance et la stérilité: et comme ce sont en général les idées philosophiques qui gouvernent le monde et servent de moule â la société, soit que ces idées revêtent la forme religieuse ou la forme rationnelle , si le règne d'une semblable doctrine pouvait durer, il détruirait toute vertu, fausserait tous les caractères, et il conduirait les peuples à ce dernier degré de corruption qui rend leur destruction inévitable.

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