‹ Initiation à la philosophie de la libertéChapitre 5 sur 27 · CONTINUATION DU MÊME SUJET · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU MÊME SUJET

Nous dvoDs exposé, dans le chapitre précédent, les rapports généraux qui existent entre les actions instinctives , les actions mécaniques et les actions volontaires. Il nous reste encore, pour atteindre le but que nous nous sommes proposé, à examiner, sous un point de vue plus particulier, les rapports des phénomènes intellectuels avec les mouvements des divers organes de l'homme et surtout avec ceux du cerveau.

Si nous n'avions pas d'avance pris le soin de réduire au néant la distinction arbitraire qu'une fausse philosophie a établie entre la matière et l'esprit, ces deux substances hypothétiques que ne peuvent comparer ceux-là mêmes qui les supposent exister, puisqu'elles sont pour eux inobservables et inconnues dans leur essence, nous pourrions craindre d'être accusé de matérialisme en exposant , sur la nature de l'homme et sur la dépendance où ses facultés morales se trouvent de l'exercice de ses fonctions physiques,

— listes vérités rationnelles que nous allons dégager de Tobseryation des faits.

Mais , nous le répétons ici , nous n'acceptons aucune dénomination de secte , nous ne sommes ni matérialiste, ni spiritualiste , nous cherchons la vérité sans nous ranger sous aucun drapeau. Nous la cherchons sans passion, sans préjugé, sans autre intérêt que celui de la trouver là où les faits , d'accord avec le raisonnement , nous démontrent qu'elle existe.

Ainsi , comme nous l'avons toujours fait, nous allons exprimer notre pensée sur la question qui nous occupe, sans hésitation et sans détours.

L'homme , dans sa réalité positive et en tant qu'il est un corps organisé, est une véritable machine vivante. Cette machine, qu'un célèbre chimiste (*) comparait naguère , sous un rapport, à la machine à vapeur, création artificielle du génie humain , a besoin pour vivre et se mouvoir d'un moteur physique : ce moteur, c'est l'air. La combustion de l'air atmosphérique dans les poumons est le phénomèmo qu'il faut reconnaître comme la cause principale , la cause directe et évidente du mouvement et de la continuité de la

(*) M. Dumas. Leçon sur la statique chimique des êtres organisés ^ pages 43 et 44*

vie dans Thomme organique. C'est à cette cause toute physique , c'est à cette âme positive et substantielle qu'il faut attribuer la somme de mouvement qui anime Thomme et se distribue dans tous ses organes , pour l'exercice de leurs fonctions particulières , depuis la plus humble jusqu'à la plus élevée.

Il n'est pas nécessaire de donner la preuve de cette vérité ; tout le monde le sait , lorsque l'homme est privé d'air , le mouvement du cœur s'arrête , le cerveau se paralyse , et aussitôt que les phénomènes dépendants de la circulation du sang sont interrompus , les phénomènes intellectuels cessent de se produire : il n'y a plus de sensations , il n'y a plus de génération d'idées, plus de souvenirs , plus de raisonnement , il n'y a plus de jugement, plus de conscience de la vie , la volonté disparaît et tout mouvement volontaire ou involontaire devient impossible. En signalant ce rapport entre les actions intellectuelles et le principal phénomène de la vie physique, celui qn'il faut considérer à juste titre comme la cause générale des mouvements organiques pendant toute la durée de la vie de l'homme, dès qu'une fois il est sorti du sein de sa mère, nous ne prétendons pas en conclure que les phénomènes de l'intelligence soient un effet direct et

immédiat de la combustion de Toxigène de l'air dans les poumons ; une pareille prétention serait absurde et ridicule. Nous signalons seulement dans ce fait la preuve d'une relation nécessaire entre les divers organes constitutifs de Thomme, et leurs fondions respectives.

Ce rapport général entre les phénomènes physiques de la vie et les phénomènes intellectuels étant reconnu, nous avons maintenant à examiner plus particulièrement les relations qui existent entre ces mêmes phénomènes et les mouvements imprimés au cerveau , soit par sa propre action , soit par celle des autres organes.

En même temps que toutes les parties organiques qui constituent r être social que nous appelons Fhomme , vivent d'une vie commune et agisseat en vertu d'un mouvement général qui prend sa source dans un organe principal , véritable foyer de la vie , et que le mouvement se distribue et se communique d'organes en organes dans toutes les parties de ce mécanisme si compliqué, chaque organe , indépendamment de la part qu'il reçoit dans le fonds commun, jouit d'une puissance d'action individuelle et spontanée.

En vertu de cette puissance qui lui est propre» il produit en lui-même les mouvements mécaniques nécessaires à l'accomplissement de se$

fimclioDS, en d'aulres termes; chaque organe est à lui-même son moteur, et, jusqu'à certain point, il est indépendant des autres organes.

Ainsi, par exemple, le cerveau , qui est Forgane spécial des phénomènes de la pensée , possède, abstraction faite des autres fonctions physiologiques qu'il remplit, le pouvoir de se mettre en action lui-même, pour la Gn qui lui est propre. Cette spontanéité d'action , il la doit à la puissance virtuelle des éléments dont il est formé; elle se manifeste en lui, d'abord par le désir instinctif de la science, ensuite par la volonté qui , ainsi que nous l'avons démontré , est un mode auxiliaire d'activité qui a la propriété de s'identifier avec le désir et de se confondre avec lui , lorsque , sous les auspices de la raison , ils tendent d'un commun accord vers le même but. Le cerveau, considéré dans l'exercice de ses fonctions particulières, comme organe de l'intelligence, jouit donc du pouvoir de se mettre en mouvement lui-même , par sa propre énergie. Sous ce rapport, il est dans les conditions communes à tout ce qui existe, à tout ce qui est formé de la substance des causes , il a une force, un mode d'activité instinctif proportionnel à sa forme, à sa destination.

C'est sous l'influence de ce désir instinctif que

natt, dans cet organe , le mouvement qui se propage dans tous ses replis et produit les phénomènes de la pensée. Lorsque, sous l'impulsion de ce désir qui est la manifestation spéciale de la puissance spontanée des causes associées sous cette forme , le cerveau de Thomme se met en mouvement , lorsqu'il se livre , par exemple , au travail de la méditation philosophique , on peut dire que , dans le moment où il est absorbé tout entier par Texercice de sa plus haute fonction , il est indépendant des autres organes. Mais cette situation , dans laquelle le cerveau s'isole et concentre en lui-même son activité, n'est que momentanée. Comme il n'est point à lui seul tout l'homme et que son existence est solidaire de celle de l'être entier, il est rappelé à ses fonctions sociales par les sensations , par les besoins des autres organes. Ceux-ci ont également par leurs instiacts, par leurs désirs, la puissance de produire en eux-mêmes des mouvements spontanés qui se communiquent au cerveau par le moyen des nerfs ; alors cet organe , foyer de l'unité humaine et que la fonction éminemment sociale qu'il remplit oblige à s'identifier avec tous les autres organes, avec leurs besoins , avec leurs désirs qui deviennent nécessairement les siens , entre en fonction par ce mouvement com-

muniqué. Quoique dans ces circonstances , il n'ait point rinitiative de son action , il ne perd pas pour cela le droit et le pouvoir qu'il a d'agir de lui-même et de réagir sur les organes qui l'ont d'abord excité , et il en use librement lorsqu'il est dans son état normal.

Nous croyons inutile de donner ici des exemples de l'action des divers organes sur le cerveau et de faire un cours de physiologie. Nous ne parlerons donc pas de l'influence de l'estomac, ni de l'influence de l'organe de la génération sur le cerveau , ni de leurs actions , ni de leurs réactions réciproques. Ces faits nous conduiraient trop loin ; ils sont d'ailleurs généralement connus, nous préférons nous arrêter sur d'iautres points qui prouvent d'une manière phis évidente l'action mécanique du cerveau dans la production des phénomènes intellectuels- Les preuves de ce fait ne nous manquent pas et nous en trouverons une moisson nombreuse à recueillir dans les irrégularités que présentent les phénomènes intellectuels, soit dans la veille, soit dans le sommeil , soit dans l'état de santé, soit dans l'état de maladie. Ainsi , par exemple , dans l'état de veille , il arrive souvent, qu'après un travail intellectuel , librement commencé sous les auspices du désir et de la volonté , il ne dépend plus

de celle-ci de suspendre et d'arrêter à son gré Faction du cerveau. Il continue à agir et à penser involontairement, fatalement, en vertu du mouvement qui lui a été imprimé et selon les lois qui régissent les actions des corps mis en mouvement. Dans le délire occasioné par la fièvre, par r usage des narcotiques ou des boissons fermentées , le cerveau, surexcité par sympathie, agit mécaniquement, en vertu d'une impulsion initiale qui n'est pas la sienne et qui lui est communiquée, et il se produit en lui mille combinaisons irrégulières d'idées. Evidemment, pendant la durée de cette tempête intellectuelle qu'excite dans le cerveau l'agitation des autres organes , il est impossible de ne pas reconnaître, dans les désordres de la pensée , des effets purement mécaniques. Le raisonnement et le jugement sont alors troublés et dominés par l'action tumultueuse des organes, et bien que ces facultés donnent encore des signes de leur existence, dans cet état anormal, leur action n'étant plus spontanée, et la volonté elle-même subissant l'influence d'un mouvement extrordinaire qui ne vient point d'elle , leur action commune ne peut maîtriser ce mouvement , rétablir l'ordre et le calme nécessaires à l'exercice do leurs fonctions modératrices. Alors l'homme perd momentanément, sous cette in-

fliience fatale dun mouvemenl désordonné imprimé à son cerveau , la c[ualité d*êlre raisonnable et libre ; il n'est plus qu'une force brutale dont les effets se traduisent au dehors par des actions violentes. Lorsque cet état de trouble et de surexcitation est occasioné par une cause permanente, par une maladie qui a son siège dans le cerveau lui-même ou dans d'autres organes qui réagissent sur lui , l'homme est fou.

Si les causes qui produisent l'ivresse , le dé-, lire ou la folie cessent d'agir , et que l'ordre se rétablisse dans les mouvements du cerveau, l'action normale de la raison reprend son empire. Evidemment, par l'agitation aussi bien que par le calme, par l'ordre aussi bien que par le désordre , il est également démontré qu'il n'y a point da phénomènes intellectuels sans mouvements organiques.

Si ces preuves ne nous suffisent pas et que nous voulions en chercher d'autres dans le sommeil , qui est l'état de repos général de tous les organes destinés à remplir les fonctions extérieures de la vie, nous y observerons des faits curieux qui nous démontreront encore la grande part qui est donnée aux actions mécaniques dans les phénomènes intellectuels.

Lorsque l'homme est endormi d'un sommeil

profond , les organes de ses sens et de son cerveau dorment, mais il est rare que cet état de repos soit complet pour le cerveau surtout. Quelquefois il continue d'agir pendant le sommeil de tous les autres organes, et alors il raisonne, il juge avec autant d'exactitude qu'il le fait dans l'état de veille. Mais la plupart du temps, il arrive qu'une partie du cerveau dort pendant que l'autre agit; ainsi, par exemple, les organes de l'imagination et de la mémoire sont dans un état d'excitation fébrile, tandis que ceux du raisonnement et du jugement sommeillent. Cette double circonstance explique l'existence et l'incohérence des rêves par le défaut de concours de toutes les facultés intellectuelles. Quelquefois les images que reproduisent les rêves laissent la volonté indifférente, elle ne prend point part au drame confus qui se passe dans le cerveau. Parfois aussi elle s'éveille et se manifeste sans que les organes de la locomotion qui , d'ordinaire lui obéissent, sortent de leur repos et répondent à son appel. C'est à ce refus de leur part qu'il faut attribuer le sentiment pénible que produit, pendant ce sommeil partiel, le contraste d'une action impéralive de la volonté et d'une immobilité fatale de ses agents habituels. De ces différents phénomènes et surtout de cet

état incomplet de veille et de sommeil où se trouvent individuellement les facultés intellectuelles elles-mêmes ; ne faut-il pas d'abord tirer cette induction logique que ces facultés appartiennent à des organes spéciaux qui , bien qu'ils fassent partie de Forgane intégral du cerveau, ont comme lui, et comme tous les autres d'ailleurs, le pouvoir d'agir spontanément, et dans certains cas d'une manière indépendante et isolée! N'en conclurons-nous pas encore qu'ils ont tout à la fois une puissance active et une force d'inertie qui leur est propre, deux conditions qui , rapprochées des autres phénomènes que nous avons signalés dans l'état de veille, nous donnent le droit d'affirmer que : dans la production des phénomènes intellectuels, le cerveau n'est pas seulement l'agent mécanique mais le générateur direct de ces mêmes phénomènes, puisqu'ils se produisent en lui tantôt spontanément, tantôt par communication, tantôt solidairement et unitairement, tantôt individuellement et séparément, suivant l'état d'activité ou d'inertie des différentes parties de cet organe.

En dernière analyse, l'homme n'est donc pas seulement une machine vivante mais une machine pensante.

Cette conclusion légitimement tirée de l'exa-

men des faits qui se passent en lui » lorsqu'on le considère isolément /devient bien plus incontestable lorsqu'on envisage ses rapports avec le monde dans le sein duquel il vit et de la vie duquel il emprunte en partie la sienne, car l'homme n'existe pas de lui-même , ni au physique, ni au moral, il reçoit cette double vie, qui cependant au fond n'est qu'une seule et même vie , il la reçoit du monde dont il est une partie intégrante, nous dirons plus, dont il est un organe nécessaire.

Ce n'est donc pas dans l'homme envisagé isolément, ni dans le mécanisme de ses organes, ni dans ses instincts, ni dans «on activité propre, qu'il faut chercher et reconnaître la raison absolue de ses actions diverses, il ne vit, il ne désire, il ne sent, il n'a des idées , il ne raisonne, il ne juge , il ne veut, il ne se meut volontairement ou instinctivement qu'en vertu de ses rapports avec le monde qui l'environne, qui l'étreint de toutes parts. Sous ce point de vue , l'homme est un instrument admirablement organisé que le monde entier anime et met en mouvement pour exécuter un^ sublime concert. Mais cet instrument n'est pas seulement passif; en même qu'il résonne comme une lyre vivante au contact du monde qui en fait vibrer toutes les cordes et

que mille désirs « mille seass^oas, mille idées naissent dans ce qti'il appelle poétiquement son OûBur et son intelligmce, l'action immense, mul* tiple que le monde exerce sur l'homme ne lui ravit pas sa spontanéité personnelle, car il est formé des mêmes éléments que ce monde vivant; il est comme lui Une manifestation de la toutepuissance de la cause suprême , composé comme lui par l'association des éléments de cette cause, il est égal à lui par sa nature intime , il possède comme lui une activité spontanée, qui a sa source dans les attributs de la substioice éternelle, gé* nératrice de tous les êtres. G^est en raison de Ja puissance virtuelle et infinie qui appartient aux éléments de cette cause manifestée sous toutes les formes dans l'univers, et incarnée dans rhômme, que, sous sa forme présente, il réfléchit le monde, il le voit, il le sent, il l'admire, il le comprend.

Il ne faut pas s'y tromper, l'immense action du monde sur l'homme, cette action multiple qui le Mt vivre physiquement, moralement, intellectuellement, qui le fait désirer, sentir, aimer, qui le fait connaître et vouloir, ne lui ête pas sa liberté; au contraire, c'est elle qui, com* binée avec sa propre activité, qu'elle ne peut anéantir, puisque cette activité de Thomme est

puisée à la m^e sowce éternelle ^ lui doane sa liberté. Comme la vie^ comme le mouvement, comme le désir, comme le sentiment, comme l'idée, comme le raisonnement « comme la volonté n'existent que par les rapports de l'homme avec le monde extérieur, la liberté elle-même n'existe que parées mêmes rapports. Â vrai dire, la liberté n'est point en ellenfuéme une faculté spéciale, maià une résultante, une expression de toutes les autres facultés physiques, intellectuelles et morales* Son existence implique une mxiltitude de rapports divers avec des êtres extérieurs,^ elle implique des actions et des réactions de leur part sur l'être libre, aubsi bien que des actions et des réactions de l'être libre sur eux. Dans la solitude,, la liberté ne peut exister ; pour l'ex^cice de cette faculté , qui est elle-même la résultante 4u nombre et d'une véritable constitution sociale dans la personne libre, il faut encore , extérieurement à l'être libre, l'existence du nombre. Dans la question de la liberté, la grande loi de la puissance , celle du nombre et de l'association se retrouvent donc comme dans tous les autres problêmes.

Si , maintenant , quelques-uns de ces philosophes , qui en sont encore à disputer sur l'existence et les propriétés de la matière et de l'es--

prit ,xe» deux substoiH^es opposées par leur nature dont ils forment le monde etThomme, vieil* nent se récrier contre la formule que nous avons donnée de l'homme, en le présentant oooime une machine vivante et pensMte , nous demanderons la permission de leur iaire encore une courte réponse, et cela par un simple commentaire, sur une définition de ¥kme , donnée par uft philosophe spiritualiste de Tanticpiité qui attribuait à cet être hypothétique la fonction dt mouvoir et d'animer les ôorps.

Le lecteur , qui a compris et reconnu avec nous l'unité de la substance cause de l'univers, et qui n'a pas besoin d'une nouvelle démonstration de cette vérité » vaudra bien nous pardcmner cette surabondance de preuves^ Nous ne l'adressons, d'ailleurs, qu'aux spiritualistes fanatiques, poiir qui l'âme est une idole à laquelleils immo* lent toute raison et toute vérité. La définition dont nous avons parlé est de Pythagore; la voici : Lame est un nombre qui se meut de lui-^méme.

En proclamant que l'âme est un nembre, le philosophe célèbre , qui enseignait la transmigratien des âmes, avait donc reo(MUiU qu'un être simple ne peut se mouvoir, et il avait eu raison, car un être simple ne peut avoir en lui , lorsqu'on l'isole et qu'on le laisse abandonnée lui-môme.

aucune raison , aucun pouvoir d'agir en aucune manière.

Si , de celte loi du nombre que Pythagore avait appliquée à Tâme elle-même, comme condition abstraitement conçue par lui de sa mobilité , ce philosophe avait rapproché cette autre vérité de raison et d'expérience : que le mouvement étant le déplacement d'un: corps d'un lieu de l'espace dans un autre , un être qui n'a pas d'étendue ne peut srmouvoir, il aurait compris que , pour se mouvoir d'elle-même, il ne suffisait pas à l'âme d'être nombre, mais qu'il lui fallait encore la propriété de l'étendue. De ces deux vérités réunies : que l'âme est un nombre et que les unités de ce nombre sont étendues , en raisonnant conséquemment, il serait arrivé à concevoir et à reconnaître l'unité de la substance universelle , et tous ses attributs nécessaires. Il aurait reconnu que l'âme , en tant que substance , avec les deux conditions du nombre et de l'étendue, toutes deux nécessaires à son déplacement, devait encore, rien que pour se mouvoir, être organisée, avoir en elle des ressorts, des leviers, des résistances, et hors d'elle-même un point d'appui ; il aurait ensuite conclu , toujours en raisonnant d'après ces prémisses , que si l'âme, pour se mouvoir , avait besoin d'être organisée , pour sentir , pour

avoir des idées , pour raisoimer, poar jttger, pour vouloir et exécuter ses volontés , elle avait également besoin d'une organisation, d'autant plus complexe que ces modes d'activité étaient plus multipliés; il aurait enfin découvert que cette &me qui, dans sa formule abstraite, était à ses yeux un nombre qui se mouvait de lui-même, devait être en réalité un corps organisé, précisément comme est organisé le corps de l'homme , et avoir comme lui dés pieds, des mains, des muscles , des nerfs , des os , du sang , des yeux , des oreilles, un cœur, un cerveau, et de plus être placée comme lui , pour pouvoir vivre, sentir, savoir et agir, ainsi qu'il le fait, dans un monde en rapport avec son organisation. Il aurait pu comprendre enfin que l'âme de l'homme n'est qu'une abstraction , qu'une formule idéale de l'homme , représentative de tous ses modes d'activité : que la véritable âme substantielle de l'homme, c'est l'homme organique lui-même, c'est l'admirable mécanisme de son cofps vivant et formé de la substance éternelle de l'univers qui, elle, n'est, dans son entité essentielle, ni âme, ni corps, mais une substance unique, étendue, active, toute-puissante, infiniment savante, qui, selon les diverses associations de ses éléments, apparaît sous toutes sortes de formes or-

ganiques ou iaorganiques , avec des modQS d'activité différents , proportionnels à ees fermes divises, mais qui, sous chacune de ces formes, conservent toujours le caractère de l'unité, comme signe de leur source cinnmune.

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