‹ Initiation à la vie du livreChapitre 3 sur 29 · I. — L'Éditeur · texte numérisé non relu

I. — L'Éditeur

U'Êditeur fabrique et vend le livre écrit par Vauteur qui reçoit des droits convenus par traité.

UÊditeur peut être Imprimeur et Libraire. Il l'a été longtemps. Il ne l'est plus nécessairement à notre époque. Mais il se pourrait qu'il fût appelé à redevenir l'un et l'autre pour des raisons d'économie générale dont nous aurons à reparler.

En attendant, le rôle de l'Éditeur moderne consiste, surtout, à administrer la production du livre, c'est-à-dire :

i*^ Absorber, dans la plus large mesure, les œuvres des travailleurs de l'esprit ;

2^ Les convertir en livres imprimés ;

3° Porter la publication de ces livres à la connaissance des lecteurs qu'ils peuvent atteindre ;

4° Acheminer ces livres vers ces lecteurs, soit directement, soit par l'entremise du libraire.

En tenant compte des besoins intellectuels et de la capacité d'achat du public.

D'autre part, comme toutes les industries de

lui-même en étroit contact avec les libraires et autres intermédiaires, et qu'il soit toujours en mesure, sans le concours d'autrui, d'évaluer les besoins et les simples désirs du public. Enfin, sans exagérer le « mécénat », qui peut être dangereux pour une entreprise, il est indispensable qu'il sache, spontanément, apprécier tel artiste et telle œuvre qui méritent qu'on fasse pour eux, — c'est-à-dire pour la cause de l'intelligence et du progrès, — ces sacrifices d'argent qui honorent une profession.

Mais sa qualité primordiale doit être d'incarner le Chef qui sait s'entourer de collaborateurs compétents et dévoués, dont il stimulera les efforts et contrôlera l'action, et auxquels, pour user d'un mot mis en circulation par la guerre, il dictera les « directives » qui correspondent aux moyens financiers dont il dispose.

Nous savons combien cette conception industrielle et commerciale de l'édition encourt le risque de heurter la sensibilité des artistes. Elle correspond aux nécessités inéluctables de la vie moderne. De plus en plus, l'artiste, quel qu'il soit, revendique ses droits à vivre honorablement de son art. Ces droits ne seront sauvegardés que si l'œuvre est bien administrée. L'éditeur qui exagérerait l'esprit d'aventure, qui jouerait

sur une carte et perdrait, entraînerait dans sa défaite les écrivains et les œuvres qu'il a pris en charge. Il ne tiendrait qu'à nous de citer, au cours du siècle dernier, de nombreux exemples de ces naufrages où écrivains et livres ont suivi par le fond l'éditeur trop aventureux. On commence à peine d'exhumer de purs chefsd'œuvre qui furent victimes de ces accidents.

Notons encore combien il est nécessaire que ce Directeur de Maison d'Édition soit homme à connaître « les hommes ». C'est toujours avec lui que les auteurs traitent. Il doit toujours pouvoir, et d'emblée, apprécier la valeur non seulement intellectuelle mais morale de ceux qui auronr partie liée avec lui, et, réciproquement, se montrer toujours suffisamment net et loyal pour leur inspirer confiance. Car il est peu de professions où, autant que dans celle du livre, l'honnêteté totale joue un grand rôle, et où, pour peu qu'elle fléchisse chez l'un ou l'autre des contractants, les traités ont vite fait de devenir des « chiffons de papier ».

lui-même en étroit contact avec les libraires et autres intermédiaires, et qu'il soit toujours en mesure, sans le concours d'autrui, d'évaluer les besoins et les simples désirs du public. Enfin, sans exagérer le « mécénat », qui peut être dangereux pour une entreprise, il est indispensable qu'il sache, spontanément, apprécier tel artiste et telle œuvre qui méritent qu'on fasse pour eux, — c'est-à-dire pour la cause de l'intelligence et du progrès, — ces sacrifices d'argent qui honorent une profession.

Mais sa qualité primordiale doit être d'incarner le Chef qui sait s'entourer de collaborateurs compétents et dévoués, dont il stimulera les efforts et contrôlera l'action, et auxquels, pour user d'un mot mis en circulation par la guerre, il dictera les « directives » qui correspondent aux moyens financiers dont il dispose.

Nous savons combien cette conception industrielle et commerciale de l'édition encourt le risque de heurter la sensibilité des artistes. Elle correspond aux nécessités inéluctables de la vie moderne. De plus en plus, l'artiste, quel qu'il soit, revendique ses droits à vivre honorablement de son art. Ces droits ne seront sauvegardés que si l'œuvre est bien administrée. L'éditeur qui exagérerait l'esprit d'aventure, qui jouerait

sur une carte et perdrait, entraînerait dans sa défaite les écrivains et les œuvres qu'il a pris en charge. Il ne tiendrait qu'à nous de citer, au cours du siècle dernier, de nombreux exemples de ces naufrages où écrivains et livres ont suivi par le fond l'éditeur trop aventureux. On commence à peine d'exhumer de purs chefsd'œuvre qui furent victimes de ces accidents.

Notons encore combien il est nécessaire que ce Directeur de Maison d'Édition soit homme à connaître « les hommes ». C'est toujours avec lui que les auteurs traitent. Il doit toujours pouvoir, et d'emblée, apprécier la valeur non seulement intellectuelle mais morale de ceux qui auron: partie liée avec lui, et, réciproquement, se montrer toujours suffisamment net et loyal pour leur inspirer confiance. Car il est peu de professions où, autant que dans celle du livre, l'honnêteté totale joue un grand rôle, et où, pour peu qu'elle fléchisse chez l'un ou l'autre des contractants, les traités ont vite fait de devenir des « chiffons de papier ».

Page 1