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II. — L'État-Major d'une Maison d'Édition

Nous allons indiquer ici, sommairement, les principaux collaborateurs de l'Éditeur moderne. Les auteurs ont tout intérêt à les connaître, car ils sont appelés à entrer en contact, plus ou moins, avec chacun d'eux.

1° Personnel administratif {SecTétSLireGénéïdlt secrétaire particulier, etc.). — Ce personnel, dont l'effectif varie suivant l'importance de l'entreprise, seconde le Directeur dans la Gestion et le Contrôle. C'est lui qui, par délégation, peut traiter avec les auteurs et c'est à lui que ces derniers s'adresseront pour leurs règlements de comptes et pour tout ce qui intéresse la vie commerciale du livre. C'est ce personnel qui entretient et développe les relations avec fournisseurs et clients, et qui, par délégation, représente la firme en justice et dans toutes les manifestations de la vie publique et corporative.

2^ Direction littéraire et Lecteurs. Directions Annexes. — Les « Lecteurs » sont, d'ordinaire, des écrivains spécialisés, d'une compétence et d'une impartialité éprouvées, qui examinent les c manuscrits », les œuvres à « reproduire »

OU à ({ traduire », et qui fournissent à la Direction des « rapports » destinés à la renseigner :

i^ Sur la situation de l'auteur dans le mouvement littéraire national ou étranger ;

2^ Sur la valeur intrinsèque de l'œuvre proposée ;

3° Sur la valeur extrinsèque de cette œuvre, ou, si l'on préfère, sur tout ce qui constitue la valeur commerciale d'un manuscrit;

4° Sur les ouvrages, anciennement ou récemment parus, qui peuvent présenter une analogie plus ou moins accusée avec l'œuvre examinée et, selon les circonstances, peuvent favoriser son succès ou lui nuire.

Dans une Maison d'Édition de quelque importance, les « lecteurs » sont conseillés et contrôlés par un Directeur Littéraire, ou Scientifique, ou Artistique, etc., dont la personnalité et l'œuvre font autorité.

Enfin, la plupart des Maisons d'Édition possèdent des Directeurs de Collection, solidaires de la Direction Littéraire ou n'ayant de rapports qu'avec la Direction Générale (autrement dit : avec l'Éditeur), et qui ont pour mission de sélectionner ou de recruter des auteurs et des œuvres qui, de façon générale, relèvent d'un même ordre de connaissances.

3° Le Chef de Fabrication. — C'est toujours un technicien qui connaît à fond les matières premières entrant dans la composition du livre, et qui en suit les cours ; qui sait tous les procédés de fabrication et en suit les progrès ; qui se tient au courant des variations du taux de la main-d'œuvre, et possède le goût qui préside à la bonne présentation des livres. Sur ce dernier chapitre, il est parfois conseillé par un Directeur artistique, surtout dans les maisons qui pratiquent le livre illustré et l'Édition d'art.

Le Chef de fabrication reçoit de la Direction les manuscrits acceptés. Si tel ouvrage n'est pas astreint au format Standard d'une « collection », il propose tel type d'édition conforme à son caractère. Il évalue ensuite la « composition », c'est-à-dire le nombre de caractères et de signes typographiques nécessaires à l'impression, désigne le papier pour le texte et pour la couverture. Bref, il analyse tous les états de la transformation d'un manuscrit en livre imprimé, et établit le frix de revient. Cette donnée permettra à la Direction, en tenant compte des « droits d'auteur », des « frais de lancement » du pourcentage des « frais généraux », du taux des « remises » aux intermédiaires — libraires ou autres, — d'établir à son tour le frix de vente

qui couvre les risques commerciaux et, théoriquement, garantit à l'entreprise un bénéfice légitime (nous disons : théoriquement, car la réalisation de ce bénéfice est soumise, dans Pindu strie du livre, à un nombre considérable de facteurs). Les évaluations achevées, le Chef de fabrication préside à toute la fabrication du livre, dont il sera traité plus loin.

Dans une Maison d'Édition de quelque importance, c'est le Chef de fabrication qui reçoit les courtiers en matières premières et les entrepreneurs de main-d'œuvre, et qui discute avec eux, en premier, les marchés qui seront passés par la Direction.

4*^ Le Chef du Service de Presse. — Ce collaborateur est et ne peut être qu'un littérateur parfaitement au courant de la production du livre en France et à l'Étranger et de l'activité des publications quotidiennes et périodiques françaises et étrangères qui s'intéressent à la vie des livres. Il serait bon qu'il fût polyglotte. — Nous en connaissons qui, pratiquement, le sont. — De sa compétence, de son dévouement, de son entregent dépend, pour beaucoup, le succès des ouvrages de la Maison.

Nous aurons l'occasion de reparler de lui, à propos du service de 'presse, qui est essentielle-

ment l'envoi à la critique des livres nouveaux parus.

Mais sa tâche est complexe. Chaque jour, il explore quotidiens et périodiques. Il détache, ou fait détacher et coUer sur des cahiers qui constituent les archives de presse, les articles concernant les livres de sa Maison. Au passage, il relève et note sur ses fiches les nouveaux critiques spécialisés dans tel ou tel ordre de connaissances, et les chroniqueurs aussi qui peuvent, pour des raisons d'actualité ou de convenance personnelle, s'intéresser à quelque ouvrage du fonds, ouvrage qu'il doit opportunément offrir à l'intéressé sans en attendre la requête. Il est donc toujours en mesure de signaler à tel auteur les personnalités auxquelles il lui convient d'envoyer son œuvre.

Mais là ne se borne point son office. Le fait seul de compulser, chaque jour, toute la matière journalistique, lui confère une connaissance appréciable de toutes les questions qui préoccupent l'opinion publique. A lui donc d'en instruire la Direction, de suggérer la nécessité de hâter la publication d'un ouvrage accepté, voire d'engager la Direction littéraire à se mettre d'urgence en quête d'un auteur compétent capable de fournir rapidement l'ouvrage

Utile sur la question à l'ordre du jour. A lui encore, de surveiller la vie des livres étrangers à sa maison, d'en enregistrer le succès ou l'insuccès, d'en démêler au mieux les causes, pour fournir à la Direction des points de repère. A lui, toujours, de surveiller l'accélération ou le ralenti des campagnes de publicité, d'évaluer leur efficacité en se reportant aux tirages accusés par les éditeurs, et, par suite, de perfectionner sa propre stratégie quand il collaj bore avec le Chef de Publicité pour stimuler I Pessor des publications de sa maison. Cet artisan de la gloire et de la fortune des autres est, à la fois, un témoin, une vigie et un guide. C'est, par excellence, l'allié de l'Éditeur et de ses auteurs, des journalistes aussi dont il est toujours prompt à faciliter la tâche.

5° Z^ Chef de publicité. — Un technicien, qui ne doit rien ignorer des formules de publicité qui « portent », qui doit étudier, par des moyens 1 souvent empiriques, l'efficacité de la publicité ' onéreuse faite en faveur du livre, et contrôler la valeur actuelle des organes de la presse et de tous autres véhicules de réclame. Ce doit être un inventeur, à l'imagination toujours en éveil, qui se tient en liaison étroite avec le Chef du Service de Presse.

Mis en possession de ces trois données : « le prix de revient », « le prix de vente », et « le chiffre de tirage » d'un livre (c'est-à-dire : le nombre d'exemplaires à disperser), il évalue la somme dont il peut disposer comme « budget de publicité », et dresse un « devis » qu'il soumet à la Direction qui, règle générale, le fait approuver par l'auteur. Ce devis utilise au mieux les fonds disponibles, selon le caractère de l'ouvrage et la qualité du public qu'il peut atteindre.

Le devis approuvé, le Chef de Publicité s'entend avec le Service de Presse pour la rédaction des « médaillons », « échos », « clichés » « tracts », « affiches », etc., etc., et il ordonne et contrôle la publication.

Nous parlerons, plus loin, de la publicité en elle-même.

6^ Le Chef de Comptabilité, dirige tous les services comptables, et contrôle 1' « Office » aux libraires et les « réassortiments » dont nous traiterons plus loin.

Sa tâche est lourde, car l'industrie du livre compte des agents particulièrement nombreux et donc régis par des us et coutumes différents (auteurs, papetiers, imprimeurs, brocheurs, illustrateurs, libraires nationaux particuliers, asso-

ciés, OU à monopole, libraires étrangers, organes de publicité, etc., etc.). Sa tâche est délicate aussi, car, de nos jours, le livre est rarement vendu à compte ferme, et, la vente du livre étant régie par des influences aussi imprévisibles que multiples, les règlements des comptes de dépôt exigent un doigté parfait. Toute rigueur excessive peut provoquer, de la part du libraire, le retour prématuré des ouvrages et arrêter net leur vie.

Le Chef de Comptabilité dispose d'un Service de Contentieux.

7° Placiers. Voyageurs. — Toute Maison d'Édition de quelque importance possède, aujourd'hui, une équipe de placiers et de voyageurs qui visitent continuellement les libraires. Institution indispensable, à une époque comme la nôtre où, la librairie n'ayant pas évolué à l'unisson de l'édition et d'accord avec Id production de plus en plus intense de l'industrie du livre, le libraire est surmené et a besoin d'être utilement renseigné et relancé.

8° Le Chef de Magasin. — Les auteurs n'ont aucun contact à avoir avec cet employé, tous les renseignements qu'il pourrait leur fournir étant quotidiennement fournis au Personne Administratif.

tNITIAtlON A LA VIE DU LIVRE

Le Chef de Magasin, qui règne sur un effectif imposant de manutentionnaires, préside à la réception et à l'expédition des volumes. Il importe qu'il soit vigilant et signale sans retard, au Personnel Administratif, les ouvrages sur le point d'être « épuisés », afin de provoquer les « réimpressions ». C'est lui qui reçoit les retours d'invendus, et, selon les nécessités de la demande, dirige spontanément sur le brocheur les volumes fatigués par l'étalage ou les transports, pour en obtenir la mise à neuf et la « recouvrure ».

Arrêtons ici cette anatomie sommaire de la Maison d'Édition. Comme bien on le suppose, chacun des services mentionnés comporte un nombreux personnel subalterne dont on exige des qualités supérieures à la moyenne de celles qui sont requises du personnel analogue dans les autres industries.

Mais, il est un personnage qu'on ne saurait passer sous silence et auquel, quelque désintéressés qu'ils soient, les hôtes d'une Maison d'Edition rendent toujours visite avec une satisfaction secrète : le Caissier.

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