I. — Le Manuscrit
A première. vue, il semble vain de donner des conseils pour la présentation du manuscrit. Les ouvrages d'histoire littéraire et les monographies des écrivains célèbres fournissent des exemples (fac-similé) de graphies extraordinaires, à peine lisibles, encombrées de ratures, de surcharges et de rejets, véritable puzzle qui semble avoir été embrouillé à plaisir pour exercer la virtuosité des chartistes. Il se trouve des gens qui déplorent le règne actuel de la machine à écrire qui ôte à l'œuvre originale toute sa personnalité pittoresque et nous interdit de connaître la façon de travailler des artistes. Laissons les chasseurs d'autographes libres de rechercher les manuscrits de premier jet. Lorsque l'éditeur ne disposa que de ceux-ci, ils eurent déjà, dans le passé, l'inconvénient grave d'exposer les œuvres aux interpréta-
tions hasardeuses des copistes. Et l'on sait des textes sur la teneur exacte desquels on ne s'est pas encore mis unanimement d'accord. Mais, tout compte fait, l'œuvre souffrait de ce désordre beaucoup plus que l'Éditeur.
Il n'en est pas de même au xx^ siècle et. Surtout, depuis la guerre de 1914-1918. Le prix de revient du livre imprimé a augmenté dans des proportions considérables. Si l'on a enregistré quelque baisse du coût des matières premières, — baisse soumise elle-même à des fluctuations incessantes, — on a assisté et on assiste à une ascension continue du taux de la maind'œuvre. Par suite, tout ce qui peut grever de frais inutiles la fabrication du livre doit être éliminé. Il est donc indispensable que le manuscrit, soit, désormais, impeccable.
La copie dactylographiée doit être préférée à toute autre. Elle obvie, par avance, à l'excès des corrections d'auteur qui sont le cauchemar des Chefs de fabrication et des imprimeurs euxmêmes condamnés à un travail de mosaïstes. Il est incontestable qu'un auteur découvre souvent dans son texte, lorsqu'il est imprimé,
— en « épreuves », — des scories qui passaient inaperçues tant qu'il demeurait en contemplation devant sa propre écriture. Les caractères typographiques impersonnalisent en quelque sorte notre œuvre, la détachent de nous, nous placent devant elle un peu comme devant une œuvre étrangère, et, par conséquent, libèrent notre esprit critique. Le texte « tapé » à la machine à écrire rend les mêmes services ou, tout au moins, favorise un premier contrôle à peu près définitif.
Pour le « lecteur » de la Maison d'Édition, cette dactylographie non seulement diminue la fatigue, mais facilite l'appréciation critique. Et ce n'est pas à dédaigner. Pour le « Chef de fabrication », elle rend plus expéditive la morne besogne d' « évaluation », c'est-à-dire le décompte des signes nécessaires à l'impression du volume, opération qui permet non seulement de chiffrer le coût de l'impression, mais encore de décider quels caractères pourront être utilisés et combien de lignes devront figurer par page. Toutes questions dont l'auteur ne saurait se désintéresser, car elles conditionnent la physionomie de son livre. Enfin, on ne saurait trop dire combien ces questions de bonne présentation du texte influent sur l'économie
générale du livre, et que l'éditeur est mal placé pour discuter avec l'imprimeur quand celui-ci lui prouve, chiffres en main, que du fait de l'imperfection du manuscrit toutes ses prévisions ont été faussées et qu'il se trouve donc dans l'obligation de forcer sa note. Que l'auteur soit bien convaincu que ces plus-values lui seront funestes. En effet, par traité, des « droits » lui ont été alloués. Si les frais de fabrication dépassent les prévisions, l'excédent viendra en déduction de la somme réservée par l'éditeur pour la publicité, somme qui, sauf exception, n'est point considérable. Et le lancement de l'ouvrage sera compromis.
Les auteurs ignorent, d'ordinaire, tous ces à-côté, et c'est cette ignorance qui provoque bien des malentendus de la dernière heure !
Il sera traité, plus loin, de la « correction des épreuves ». On y verra mieux apparaître l'importance d'un manuscrit parfait.
Établissons donc, comme règle générale, que le manuscrit remis à l'Éditeur doit être considéré comme un texte définitif, « ne varietur ». Qu'il doit indiquer très exactement les divisions par chapitres, paragraphes et alinéas, et, en cas d'illustration, mentionner les endroits ou celle-ci (iconographie ou cartographie) doit
prendre place. C'est souvent par milliers"^ de francs que se chiffrent les remaniements inutiles qui proviennent de la remise d'un manu scrit chaotique.
Il va sans dire qu'exception peut être faite en faveur des ouvrages d'actualité immédiate, dont la matière elle-même, en cours de composition, peut être modifiée par les événements.
la Jrolitique du «Livre
Le Traité.
y Nous avons dit, au début de cet ouvrage quelles considérations doivent présider au choix d'un Éditeur. Nous eussions pu en ajouter une autre : le souci d'obtenir la juste récompense de l'œuvre achevée, souci qui pousse à la recherche de l'Éditeur le plus offrant.
Il existe, dans la corporation, des éditeurs par trop dépourvus de moyens financiers, éditeurs à la petite semaine, qui pratiquent encore le compte d'auteur, c'est-à-dire qui font payer aux écrivains les frais de fabrication de leur livre. Ces éditeurs n'offrent pas. Ils demandent. Quant aux Maisons d'Édition robustes et sérieuses, il coule de source qu'elles n'ont pas à faire de surenchère au bénéfice du débutant, à moins que cet auteur ne se soit signalé par un coup d'éclat dans quelque journal ou revue, fait encore assez rare mais qu'on peut
présager plus fréquent dans l'avenir, sans qu'il cesse sans doute de constituer l'exception.
Disons donc que, règle générale, les droits d'auteur à attribuer au débutant sont établis dans la mesure qu^autorise le -prix de revient du livre imprimé, frais de lancement compris.
C'est d'une injustice flagrante ? Nul ne le conteste. L'auteur est le premier artisan du livre. Sa disparition entraînerait celle des autres. En parfaite équité, toute la genèse du livre devrait être subordonnée à ses droits. Mais il faudrait que le public consentît à payer la nourriture de l'esprit à un taux égal à celui de la nourriture du corps. Il n'en est rien. Dès que le prix du livre a des velléités de modeler son augmentation sur celle des autres produits de l'activité humaine, le public s'insurge et fait grève. A cette habitude, les plus malins n'ont encore apporté aucun remède. En conséquence, les droits de l'auteur sont subordonnés à ceux des autres tenants de l'industrie et du commerce du livre qui sont corporativement armés comme, de longtemps, ne pourront l'être les intellectuels.
Et c'est pour que nul n'en ignore qu'avant d'aborder l'étude du Traité nous avons fourni toutes les données loyales de la fabrication du
livre. Reprenons-en quelques éléments qui vont nous éclairer sur les stipulations fondamentales du Traité entre Auteur et Éditeur.
Depuis la crise des matières premières et de la main-d'œuvre industrielle et commerciale, consécutive à la guerre, la nécessité s'est imposée de forcer les tirages initiaux, afin de répartir sur un plus grand nombre d'exemplaires les frais de premier établissement du livre.
Le roman d'un débutant, jadis tiré à i ooo ou I 500 exemplaires, est aujourd'hui imprimé à 3 000 ou 5 000. Il est peu d'exemples qu'un premier tirage de nouveau venu ait franchi ces limites. Et, si l'on consent à un léger effort de mémoire et d'analyse, on reconnaîtra même que ces rares exemples ne sont pas probants.
Quelque clairvoyante que soit la Direction Littéraire à l'égard de la valeur absolue de l'œuvre, quelque optimiste que soit la Direction Commerciale à l'égard de sa valeur marchande, il est difficile à une Maison d'Édition de pronostiquer quel sera le succès, quand l'auteur n'est jamais entré en contact avec la critique et le public.
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Il est prudent, donc, que le tirage initial soit exclusivement basé sur les exigences de la fabrication. Si l'on tire à 3 ou 5 000, ce n'est point parce que l'on est sûr d'écouler ce nombre d'exemplaires, mais bien parce que, industriellement, le prix du livre tiré à un nombre moindre serait prohibitif, et d'autant plus prohibitif que l'auteur ne possède pas encore le petit noyau de lecteurs qui « assure » en partie le
nsque.
L'usage courant fixe les droits d'auteur, pour le premier tirage de 3 000 ou 5 000, à 10 p. 100 du prix fort, c'est-à-dire du prix de vente du volume tel qu'il est inscrit sur la couverture. Soit : o f r. 60 pour un volume vendu au public 6 francs. La modicité de ce pourcentage, nous le rappelons, s'explique par ce fait que le prix de revient du premier tirage comprend les frais de fabrication bruts et la quotité disponible pour la publicité de lancement.
La question à examiner c'est de savoir si, ultérieurement, au cas où l'on serait forcé de procéder à un nouveau tirage, le taux des droits d'auteur doit rester fixé à 10 p. 100.
Une explication préalable s'impose, qui préviendra un malentendu constant entre Auteurs et Éditeurs.
Quand le premier tirage d'un volume est assez vite dispersé, l'Éditeur peut-il considérer l'ouvrage comme épuisé et réimprimer d'urgence ?
Il le peut. Mais il serait abusif d'affirmer qu'il le doit.
En effet, — et nous y reviendrons quand nous parlerons de la vente du livre, — la dispersion de la première impression d'un ouvrage ne prouve pas nécessairement sa vente. D'office» le livre est mis en dépôt chez les libraires^ Il peut très bien y demeurer inerte, et, après un temps plus ou moins long, faire retour à l'Éditeur.
Sur quoi donc cet Éditeur se basera-t-il pour savoir s'il doit ou ne doit pas réimprimer?
C'est sur une donnée positive : les demandes de réassortiment des libraires qui, en présence d'un livre qui se vend réellement, s'empressent de renouveler leur dépôt d'office au fur et à mesure qu'il s'épuise.
Les auteurs ignorent, trop souvent, ce contrôle constant de la vie des livres qui s'opère dans les Maisons d'Édition. Us se persuadent, ainsi, que Je seul caprice de l'Éditeur décide de la réimpression d'un ouvrage virtuellement épuisé. Or, c'est d'après la statistique des demandes de réassortiment que l'Éditeur sait s'il pourra écouler dans le public un nouveau tirage d'un ou plusieurs milliers d'exemplaires, nouveau tirage dont le prix de revient a été indiqué au chapitre de la Fabrication.
En fait, c''est le public qui décide de la réimfression. *
Mais spécifions bien qiùen droit cette réimpression doit être envisagée comme possible.
Et nous sommes amenés à nous demander si, lors de la réimpression, les droits d'auteur fixés pour le premier tirage à lo p. loo du prix fort doivent être maintenus au même taux.
L'édition moderne ne l'exige plus. Et ce n'est que logique.
Quand vous avez assisté à la fabrication du livre, vous avez vu que, sitôt après le premier tirage, la composition typographique était clichée par des procédés spéciaux. L'impression nouvelle sera donc moins onéreuse que la
INITIATION A LA VIE DU LIVRE •a '
première. D'où, bénéfice sensible à partir de la seconde réimpression (la première réimpression étant grevée des frais de clichage).
Par ailleurs, le fait même de la réimpression prouve que le livre est vivant, bien accueilli par le public. Il peut être utile de lui consacrer une nouvelle tranche de publicité. Mais ce n'est pas indispensable, et on peut le laisser bénéficier de sa vitesse acquise. D'où, disparition d'une portion intéressante des frais qui grevaient la première édition.
Il est donc légitime que l'auteur participe à ces bénéfices cumulés.
Disons que : V auteur est fondé à réclamer de VÉditeur, par contrat, que ses droits subissent, en cas de réimpression, une augmentation de taux proportionnée à la décroissance du taux des frais de fabrication et de lancement.
C'est le principe équitable du traité progressif qui prévoit une courbe ascensionnelle des droits proportionnée à la courbe ascensionnelle du tirage.
Qu'on ne nous demande pas quelle peut être l'échelle du chargement des droits de 3.000 à 100.000 exemplaires. Il est impraticable de fournir un barème type. Si nous offrons aux auteurs, dans ce livre, la clé des menus mys-
tères de la fabrication et de la vente, c'est pour les mettre en mesure de discuter cette progression en toute connaissance de cause.
Ce qu'il convenait d'exposer, c'était la raison économique et la légitimité des droits progressifs, car c'est sur ce principe que repose la fortune que nous souhaitons à tout écrivain de talent.
Les autres stipulations du contrat sont des clauses de sécurité réciproque et de détail. Nous allons les énumérer simplement, en n'éclairant que celles qui comportent quelques précisions.
Tout traité doit énoncer les prénoms, noms, et au besoin pseudonyme, et adresses des parties contractantes ;
Mention du transfert à l'Éditeur de la propriété entière et exclusive du droit d'édition et de publication sous toutes ses formes, — • ou sous une forme limitée, — de l'ouvrage ou suite d'ouvrages qui donnent lieu au traité ;
Indication du format du volume, et de la faculté pour l'éditeur de varier le prix de vente au gré des circonstances, ce qui ne peut atteindre en rien les intérêts de l'auteur, puisque, quel que soit le prix, c'est toujours en pour cent du prix de vente que ses droits sont définis ;
Fixation du pour-cent ou droits d'auteur afférents au premier tirage de o à X exemplaires, et de la progression des droits consécutive à la progression des tirages ;
Fixation de la garantie minima, qui consiste, d'ordinaire, au versement des droits afférents au premier tirage, — et indication du mode de versement de ces droits (soit tant à la remise du manuscrit, tant au bon à tirer définitif et tant à la mise en vente, ou, simplement, à la mise en vente, versement total des droits afférents au premier tirage) ;
Si besoin est, fixation de la date de la remise du manuscrit ;
Acceptation pleine et entière de la responsabilité des documents par l'auteur, si le livre peut prêter à contestation ;
Mention des exemplaires dits de main de passe, qui ne comportent point de droits pour l'auteur (! exprimée en pour-cent du tirage) ;
Convention relative au partage des droits de
traduction en langues étrangères, et, si l'ouvrage le comporte, convention relative aux adaptations théâtrale ou cinématographique ;
Indication de la faculté accordée à l'auteur dans un délai de (un an, d'après l'usage courant), de disposer de la reproduction ou traduction de son œuvre par parties séparées, sans que l'Éditeur prélève rien sur les droits d'auteurs obtenus de ce chef ;
Mention de la date ou des dates auxquelles seront arrêtés les comptes de vente de l'ouvrage dont le relevé doit être fourni à l'auteur ;
Indication que le Service de Presse sera fait par l'Éditeur qui prélèvera les volumes utiles sur les exemplaires de main de passe ;
Fixation du nombre d'exemplaires remis gracieusement à l'auteur (Service Personnel) et indication que l'auteur bénéficiera de la « remise » faite au libraire pour tout exemplaire dont il pourra avoir besoin par la suite ;
Indication sommaire des usages et textes égislatifs régissant le traité et de la juridiction compétente en cas de contestation entre les parties ;
Mention de l'obligation incombant à celle des parties qui contreviendra aux stipulations
du traité de verser les droits d'enregistrement dudit.
Lorsque l'Éditeur a affaire à un débutant, il est d'usage courant qu'il réclame de celui-ci l'option sur un nombre plus ou moins important d'ouvrages ultérieurs. Dans ce cas mention de l'option est faite dans le traité. Cet usage n'a rien d'arbitraire. L'Éditeur, en effet, fait bénéficier le débutant de l'autorité de sa firme, de son organisation, de ses relations. Il est le premier artisan du lancement de celui-ci, lancement qui entraîne des frais qu'il est fort exposé à ne point récupérer. Il n'est que juste qu'il obtienne de l'auteur d'administrer, pour un temps plus ou moins long, l'œuvre auquel il a, le premier, conféré une valeur marchande.
Parfois encore, lorsqu'il a pleine et entière confiance dans le talent de l'auteur, l'Éditeur lui demande la propriété littéraire de toute sa production, pour un temps plus ou moins long. Dans ce cas, il est d'usage courant que l'Éditeur prévoie le maximum d'ouvrages qu'il s'engage à prendre en charge chaque année, et de quels genres littéraires pourront relever ces ouvrages. Toutes stipulations qui devrojit figurer au traité.
Parfois, enfin, l'Éditeur fait figurer une clause
relative à la publicité de lancemem de l'ouvrage. Nous considérons cette clause comme superflue, l'Éditeur n'éditant pas un livre pour le garder dans ses casiers et étant le premier intéressé à en développer la vente. Nous l'estimons imprudente, par surcroît, et grosse de contestations. Car nul ne peut prévoir un chiffre de publicité invariable à notre époque où les taux des matières premières et de la maind'œuvre sont soumis à des revisions incessantes du fait de l'insécurité des conditions économiques nationales et internationales.
On entend, à tout propos, réclamer des Éditeurs des garanties spéciales qui impliquent une manie de suspicion qui put avoit sa raison d'être dans le passé, mais qui n'est que bien inutilement discourtoise aujourd'hui. Il faut en finir avec la légende de l'Éditeur escamoteur né, entraîné dès la fleur de l'âge à faire disparaître dans sa manche des éditions entières et à pratiquer le noble jeu des tirages clandestins.
La Maison d'Édition moderne est une maison de verre, où rien ne peut être caché. C'est plus encore qu'une maison de verre. C'est une sorte
d'organisme tentaculaire qui a pour ramifications d'autres maisons où n'importe qui, à l'improviste, peut exercer le plus rigoureux contrôle. Imprimeurs, brocheurs, libraires, papetiers eux-mêmes, permettent des recoupements qui ne laissent point de marge à la déloyauté commerciale. Il faudrait admettre un système de complicité qui dépasse toute imagination, car, à part quelques maisons qui possèdent encore leur imprimerie propre (qui, d'ailleurs, suffit rarement à assurer leur production livresque), tous les Éditeurs font appel à la collaboration de presque tous les tenants de l'industrie du livre. Pour un oui, pour un non, les experts peuvent être appelés à éplucher non seulement la comptabilité de la Maison d'Édition, mais celle de toutes les maisons avec lesquelles elle est en relations tant pour la fabrication que pour la vente du livre. Il est matériellement impossible que la dissimulation résiste à cette inquisition « innombrable ».
On demande le numérotage à la presse des volumes, et, de l'hésitation que manifestent les Éditeurs à adopter cette mesure de garantie que l'on prétend absolue, on conclut qu'ils ont intérêt à la différer. Quel intérêt ? Celui de ne pas créer à la légère une nouvelle source de
contestations et de procès. Nous avons vu des erreurs de numérotage imputées à des Éditeurs comme autant de fraudes volontaires, reconnues par autorité de justice imputables à des accidents de machine ou autres à-coups de fabrication dans lesquels la responsabilité de l'imprimeur seul était engagée, responsabilité pratiquement nulle puisque l'erreur ne pouvait être profitable à son auteur. On a même vu des procès intentés par des auteurs pour des erreurs d'impression des « éditions » ou des « mille » sur les couvertures de leurs livres, erreurs provenant tantôt d'une distraction d'un phénicien, tantôt du fait que la composition d'un livre avait été transférée d'une maison dans une autre, et que le nouvel imprimeur, au moment de «rouler», avait simplement omis de changer un chiffre, erreurs qui se trouvaient, au fond, automatiquement redressées par trois comptabilités différentes, puisque trois maisons se trouvaient ainsi mises en cause.
Répétons que le contrat d'édition, plus que tout autre, implique la bonne foi et la confiance réciproques des parties. Si l'on est de caractère inquiet et « persécuté », il faut être son propre imprimeur et son propre libraire.
Ajoutons qu'une procédure s'impose, dès
que surgit une contestation entre auteur et éditeurs. La solidarité professionnelle des artistes a créé des organismes corporatifs (Société des Gens de Lettres, Syndicat des Gens de Lettres, Confédération des Travailleurs Intellectuels, Compagnons de l'Intelligence, etc., etc.) qui sont tout désignés pour un arbitrage, arbitrage d'autant plus indiqué que, si le différend est reconnu valable, l'auteur qui en est victime se trouve immédiatement défendu par les conseils judiciaires de ces groupements et par le concours unanime de ses confrères et, par suite, bien placé pour faire valoir ses droits devant la juridiction compétente. L'écrivain qui procède par d'autres voies s'exclut de la grande famille des lettres. Et la suspicion implicite qu'il témoigne à l'unanimité de ses confrères fait songer d'un monomane de la persécution et, ce qui pis est, invite à douter de sa bonne foi.
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Dernièrement, un homme que Moréas trouvait triste, et qui n'a du journaliste et du littérateur que l'état, se plaignait des efforts que faisait une Maison d'Édition pour que l'on parlât de ses livres. Il disait, entre autres choses fort déraisonnables, que l'éditeur doit se borner à ouvrir toutes grandes les écluses de la publicité et qu'en cherchant à provoquer des articles bénévoles il outre-passe ses droits s'il ne cherche pas en secret à esquiver ses devoirs. Cet homme se montrait, ainsi, aussi mal informé des besoins de la presse que des plus respectables aspirations des auteurs et des exigences de la vie des livres. Il n'y a pas de cloison étanche entre le journal ec le livre. Et de perpétuels échanges s'opèrent entre eux, parce que l'un et l'autre sont la manifestation d'une même activité : celle de l'intelligence.
Il est donc urgent de distinguer le service de -presse de la -publicité. Ils ne s'excluent pas mutuellement, mais il se peut que le caractère
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du premier nous éclaire sur les disciplines qui doivent régir la seconde.
Le Service de Presse, par définition, c'est l'envoi aux journaux d'un livre qui vient de paraître. Dans la pratique, cette offrande, qui n'est certes pas désintéressée, absorbe les exemplaires dits de « main de passe », du premier tirage d'un volume et qui sont d'environ lop. loo dont il est parlé au chapitre de la fabrication.
Qu'en fait, un ouvrage en recueille une publicité « bénévole » des plus appréciables, nul n'y saurait contredire. Mais, théoriquement, il s'agit là bel et bien d'une épreuve qui peut être funeste à un livre tout autant qu'elle peut lui être profitable. Et quiconque s'intéresse au mouvement littéraire a présent à l'esprit l'exemple d'ouvrages lancés à grand renfort de «publicité anticipée », dont l'essor a été brisé net par la critique qui ne se laisse pas aussi influencer que les plaisantins le prétendent par le système de la poudre aux yeux.
Un Service de Presse bien compris est une opération à plusieurs échelons, dont le mécanisme même suffirait à prouver à l'homme morne de tantôt l'étroite solidarité du journal et du livre.
Nous avons déjà dit combien s'est heureusement développée, depuis quelques années, V information littéraire.
A côté de la Critique, qui juge les œuvres, a été institué le Courrier Littéraire, qui les a?inonce, sans qu'il faille exagérer le caractère passif de ce rôle car, bien souvent, le Critique en pied se décharge sur le courriériste de l'excédent de sa besogne propre. Et cette institution a pris une telle importance que les Courriéristes Littéraires ont tôt fait d'être un petit état dans la République des Lettres et se sont constitués en Association.
Non seulement les Courriéristes Littéraires accueillent les informations qui leur sont communiquées touchant les œuvres de l'esprit, et, selon leur valeur, les portent à la connaissance du public, mais ils provoquent les confidences. Grâce à eux, les écrivains ne sont plus tout à fait les reclus des « tours d'ivoire ». La foule s'intéresse à eux et à leurs écrits. Ils font partie de la vie publique. Des curiosités neuves
s'amorcent. L'historien qui étudiera leur action montrera, demain, les services qu'ils ont déjà rendus et tous ceux que l'on peut attendre d'eux.
Par conséquent, la première opération du Service de Presse, c'est de les informer de l'apparition imminente du livre, qui leur sera, bien entendu, ultérieurement offert.
Notons, à ce propos, — ce qui précise les relations intimes du journal et du livre — que bon nombre de quotidiens demandent ou acceptent les bonnes feuilles d'un ouvrage à paraître, pour en publier des extraits plus ou moins abondants à la veille de sa mise en vente (les bonnes feuilles sont les dernières épreuves après mise en page).
Résumons. — Comme en avant-garde du Service de Presse, .communiqué aux membres de V Association des Courriéristes Littéraires, et envoi de « bonnes feuilles » aux journaux qui leur font bon accueil.
Quand le livre est prêt à être envoyé en librairie, on procède au Service de Presse proprement dit : c'est-à-dire l'envoi d'une part, aux Critiques qui le jugeront et à leurs auxi-
liaires zélés les Courriéristes ; d'autre part à toutes les personnalités non seulement de la Presse, mais du monde littéraire, qui peuvent, pour diverses raisons, s'intéresser à lui et attirer sur lui l'attention du public.
Rappelons ici qu'il est d'usage de joindre à chaque exemplaire d'hommage une petite feuille imprimée qui a reçu le nom de prière d'insérer.
A l'origine, ce papier était destiné à simplifier la tâche des directions de journaux qui ne possédaient ni critique ni courriériste actifs, et qui n'en désiraient pas moins servir l'essor des livres (ce qui se produit encore pour une quantité appréciable de journaux de province).
De cette destination originelle, le « prière d'insérer » a parfois conservé des allures que nous ne sommes pas éloignés de considérer comme des tares. Ses rédacteurs, en effet, étaient enclins à la concevoir à la façon d'une « réclame » et à boursouffler la louange, persuadés du tout puissant magnétisme de la chose imprimée. C'était une cataracte d'affirmations catégoriques et d'épithètes sonores, le premier cri du « bourrage de crânes » : intrigue passionnante, psychologie exceptionnelle, sensibilité suraiguë, style éblouissant, toute la lyre. Du sujet, rien.
De nos jours, il nous semble que cette pratique, qui prévient le verdict de la critique, est foncièrement irritante, et que, peut-être, le public lui-même ne se laisse pas prendre à ce jeu bonimenteur.
Les mœurs de la « Prière d'Insérer » doivent être revisées.
Et d'abord, à quoi peut-elle servir ?
A notre avis :
1° A permettre au critique de savoir immédiatement de quel genre se réclame l'œuvre ;
2° A définir les intentions de l'auteur ;
30 A rappeler les œuvres antérieures de cet auteur, et même, à fournir sur lui d'élémentaires renseignements biographiques.
Ainsi conçue la « Prière d'Insérer » aurait une utilité pratique ; loin d'anticiper sur l'office du critique, elle offrirait à celui-ci d'intéressantes indications, et elle s'affranchirait d'un ridicule ingénu.
Il serait même à souhaiter que le Syndicat des Éditeurs consentît à adopter un format et un formulaire Standard, qui convertiraient les Prières d' Insérer en Fiches Bibliographiques qui constitueraient, peu à peu, le Fichier idéal que tout le monde réclame et qui n'est pas réalisé et, qui serait même, un fichier analytique. Nous
Vie ni de paraître