LA PERSE
sance » du xvie siècle. C'est de ce temps et de ce pays que proviennent ces céramiques, ces miniatures et ces tapis qui sont sans doute parmi les œuvres où l'art humain a poussé le plus loin \» volupté de la pure couleur.
Miniatures, o Ces miniatures, petites gouaches à consistance d'émail, représentent des chasses, des batailles, des scènes d'intérieurs, des portraits. Elles font revivre une civilisation brillante et chevaleresque. Mais le réalisme, comme dans tout art asiatique, en est limité par le souci décoratif. Les figures humaines se réduisent souvent à de petites formes peu expressives et ne montrent que des faces poupines ; mais ces artistes, comme leurs lointains ancêtres d'Assyrie, sont d'admirables animaliers et ils ne sont jamais plus vifs que lorsqu'ils font galoper leurs petits chevaux à croupes rondes et à pattes fines. Paysage, architecture et figures, toutes les formes ne sont ici que des éléments décoratifs, des prétextes pour faire jouer des taches nettes de tons rares ef éclatants, le bleu et l'or, le rouge corail et le vert tendre.
Céramique, o II est impossible de décrire en quelques mots la richesse de la céramique persane. Cet art de la terre cuite émaillée est certainement fort ancien et déjà les palais achéménides en tiraient leur décoration ; il n'a fait que se perfectionner au cours des siècles et les plaques émaillées, qui subsistent seules des villes détruites, apportent dans nos galeries modernes un peu de l'antique splendeur de Rhagès et de Bagdad. Ces vases, ces bouteilles, et jusqu'aux plus humbles tessons qui nous sont parvenus de ces pays lointains témoignent que
l'induustrie la terr e et du feu atteignit en Perse son degré suprême. Ce que l'Orient nous a laissé de plus rare, c'est, peut-être, quelques morceaux de faïence, un peu de terre muée par le feu en une matière précieuse ; ils ont dormi durant des siècles dans ce sol où, si l'on en croit les Mille et une Nuits, on trouve, en creusant des trésors ; ce sont les déb' is des sociétés ensevelies.
Tapis, o Les tissus de laine et de soie aux tons éclatants furent aussi aimés des anciens Perses ; il y en avait déjà dans les palais de Babylone ; Esther en a vu dans le palais d'Assuérus ; Khosroès possédait une tenture qui était tout un printemps. Les grossiers tapis de ces anciens nomades sont devenus des tableaux de laines aux couleurs éclatantes. Ils ont traversé le désert avec les caravanes, la Méditerranée avec les croisés et les pèlerins, et propagé dans tout l'Occident les fantaisies ornementales et la voluptueuse polychromie de l'Orient.
Tisser la laine, tourner la terre et la cuire, ce sont les premiers métiers de l'homme, et le dernier mot de l'industrie humaine est peut-être un vase de Rhagès ou un tapis d'Ispahan.