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LA PEINTURE FLAMANDE, LES VAN EYCK

L'évolution du style gothique, o Le xme siècle, le siècle de saint Louis, est celui des cathédrales. Mais l'art gothique a régné dans le Nord de l'Europe jusqu'au commencement du xvie siècle. Il n'a plus élevé d'édifices aussi grandioses ; pourtant il reste bien vivant et la première preuve en est qu'il se transforme. La tendance vers la maigreur qu'il tient de son origine va s'accen tuant. Chaque pays joue avec sa fantaisie particulière de ce réseau de nervures qu'est un édifice gothique. L'Angleterre a aimé le « style perpendiculaire » qui multiplie les filets de pierre verticaux et les épanouit sous la voûte en éventail. L'Espagne a connu une étrange combinaison de motifs arabes dans son architecture gothique, c'est le style mudejar. La France a inventé le « style rayonnant » aux larges fenêtres garnies de roses et le « style flamboyant » qui ramène, toutes les lignes aux sinuosités montantes de la flamme. Dans le détail décoratif, les formes deviennent plus aiguës et la plénitude du bourgeon ou de l'arum fait place au chardon ou à la chicorée sauvage. Au

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xme siècle, les voûtes s'élevaient sur les hautes futaies de piliers robustes ; au XVe siècle, des chapelles sont comme des buissons aux troncs tordus et rabougris. L'élan est arrêté.

Les châteaux forts, o L'âme de la société n'est plus tout entière dans l'œuvre de la cathédrale. Un art laïque se dresse en face de l'art religieux. La fin du Moyen Age a vu construire une multitude de châteaux qu'habitait la féodalité. Dans les pays où la monarchie a dompté cette féodalité, comme la France, ces châteaux ont presque tous été détruits ; mais leurs ruines — • à Coucy, à Pierrefonds î— > témoignent de leur ancienne splendeur. Ces forteresses rudes contenaient des palais luxueux. Les châteaux français enfermaient un donjon dans leur enceinte de remparts et de tours; les châteaux italiens sont de robustes maçonneries quadrangulaires à cour intérieure carrée, surmontées d'un campanile hardi. Ces demeures médiévales n'attendent que des temps meilleurs pour dépouiller leur carapace de forteresse, comme les chevaliers déposeront leur armure pour des costumes de cour.

Les villes, o Les villes aussi se défendaient derrière des remparts qui ont presque partout disparu, débordés par la ville qu'ils étouffaient. Quelquesuns de ces remparts ont subsisté pourtant, ceux de Carcassonne et d'Aigues-Mortes ; ceux de Chester en Angleterre, de Tolède et d'Avila en Espagne, de Sienne et de San Gimignano en Italie, d'époques bien différentes, sont parmi les monuments les plus évocateurs qui nous restent du Moyen Age. A l'abri de ces murs, les gens des communes, devenus de

riches bourgeois, habitaient des maisons confortables, puissantes maçonneries dans le Midi, légères demeures à ossature de charpentes visibles dans les régions du Nord. Les grands féodaux possédaient de beaux hôtels dont la décoration égalait et rappelait celle des dernières chapelles gothiques. Les riches cités où se développa une forte civilisation municipale étaient fières de leurs hôtels de ville ; en Flandre, les beffrois orgueilleux de Bruges et de Gand; en Italie, les hardis campaniles de Florence et de Sienne et les façades altières du palais des Doges. En France et en Espagne, la monarchie est déjà trop forte pour ne pas absorber les forces vives du royaume. Les villes ont été arrêtées dans leur croissance et les plus grands efforts de l'architecture civile seront pour les châteaux du roi.

La sculpture naturaliste, o La sculpture, dans la fin des temps gothiques, suivant le rythme normal de toute école, va vers le naturalisme et le pathétique. Les images des saints qui se multiplient tendent à composer un monde céleste à l'imitation de la société humaine. La sculpture de pierre et de bois en France, en Allemagne, en Espagne, n'ajpas peu contribué à « naturaliser » les figures de l'Evangile et de la légende dorée, et à créer presque des iconographies régionales. Au XVe siècle, les vierges et les saintes de Flandre, de Champagne, de Bourgogne, de Touraine se présentent avec des types provinciaux parfaitement reconnaissables. Mais c'est surtout dans la sculpture funéraire que ce naturalisme trouve à se manifester.

Les tombeaux. <?• Les rois et les grands seigneurs (80)

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se faisaient construire des sarcophages monumentaux sur lesquels reposait leur effigie. A Saint-Denis les rois de France, à Souvigny les Bourbons, àMiraflores la famille d'Isabelle la Catholique, les rois d'Angleterre à Westminster ; dans toutes les églises d'Europe, des gisants dorment ainsi à l'ombre des chapelles ; parmi les plus belles de ces tombes, il faut citer celles de Dijon ; c'est là que l'école de Claus Sluter a exécuté les mausolées des ducs de Bourgogne. C'est aussi Claus Sluter qui, pour la même abbaye, a taillé les formidables prophètes du « puits de Moïse ». La sculpture gothique avait quitté la sérénité pour la violence.

La miniature, o Cette même civilisation féodale et bourgeoise a recueilli la peinture qui était presque expulsée de la cathédrale. Les grands seigneurs lui ont demandé des cartons de tapisserie pour revêtir la pierre de leurs grand'salles. Ils ont demandé aux enlumineurs d'illustrer leurs livres d'heures de fines miniatures. Au temps de saint Louis, les pages de ces livres brillaient d'or, d'azur et de feu, comme les vitraux de la Sainte-Chapelle ; mais au temps de Charles VI, les livres d'heures du duc de Berry montrent que les enlumineurs aussi ont ouvert les yeux sur le monde et ce sont les hommes de leur temps qu'ils représentent maintenant et qu'ils placent en des paysages vrais. La peinture a retrouvé sa voie, perdue depuis si longtemps ; elle est deveune de nouveau un art d'imitation.

La France du temps de Jeanne d'Arc et de Louis XI revit pour nous dans les miniatures de Jean Fouquet.

La peinture en Flandre, o Mais l'enluminure

reste limitée en des moyens étroits ; c'est dans la peinture de panneaux que ce naturalisme va développer toutes ses conséquences. Les industrieuses et opulentes cités de Flandre, Gand, Bruges, Tournai, Bruxelles, Anvers, ont été les centres les plus actifs de cet art ; on attribue aux frères Hubert et Jean Van Eyck l'invention de la peinture à l'huile. Il est, en tout cas, certain que dans le prodigieux triptyque de l'Agneau mystique de la cathédrale de Gand, achevé dans le premier tiers du xve siècle, ils ont désigné pour longtemps son but à la peinture septentrionale : donner un portrait condensé et éclatant du monde ; fixer les petites images qui brillent sur un miroir convexe. Jean Van Eyck a enfermé de la vie sous un émail indestructible. Autour de ce ioyer, une école féconde a multiplié de précieux chefs-d'œuvre. Il n'est pas toujours facile de déterminer la part de chaque école et de chaque peintre. Mais on peut, semble-t-il, reconnaître la personnalité de Roger de la Pasture, dit Roger van der Weyden, l'auteur de compositions pathétiques ; celle de Thierry Bouts, un exécutant admirable, d'expression un peu morne ; celle de Memling, le peintre de la grâce féminine, l'historiographe de sainte Ursule, et son continuateur Gérard David. Au cours du siècle, la dure précision des van Eyck et de Thierry Bouts tend à se fondre dans une manière plus tendre.

Dans la peinture de Gérard David et de Quentin Matsys, qui travaillent au commencement du xvie siècle, on pressent déjà la largeur du style moderne ; le timbre des primitifs perd son acuité en des sonorités plus moelleuses.

Cette première école néerlandaise a laissé une série incomparable de panneaux que nous admirons

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d'autant plus que nulle école n'a possédé comme elle le secret de la peinture indestructible. Ces qualités de précision et d'éclat, cette exactitude et cette intensité se retrouveront chez les descendants hollandais du xvne siècle.

Les écoles rhénanes. *£> Le naturalisme de ces Flamands a débordé des villes néerlandaises ; tout du long du Rhin, il y avait des écoles qui ont accepté l'influence des maîtres de Bruges. Stephan Lochner à Cologne, Martin Schoengauer à Colmar doivent beaucoup à ce brillant naturalisme, et cette influence s'est propagée jusque dans les centres artistiques de Souabe et de Franconie. Les maîtres flamands voyageaient au loin ; on les appelait en Italie, au Portugal, en Espagne, où ils ont laissé bien des traces de leur passage, des œuvres et des élèves ; Louis Dalmau à Barcelone, Nuno Gonçalvès à Lisbonne.

Les primitifs français, o En France, les principaux foyers étaient la Bourgogne, la Provence et la Touraine. Les désastres politiques, au commencement du xve siècle, avaient, pour un temps, enlevé à Paris son hégémonie spirituelle. A Dijon, les ducs de Bourgogne attirèrent les maîtres flamands dont ils étaient suzerains. A Avignon, Enguerrand Charonton, à Aix Nicolas Froment d'Uzès ont peint quelques panneaux qui ont subsisté. Dans la vallée de la Loire, auprès du roi de Bourges, refoulé par l'invasion anglaise, les enlumineurs continuaient de colorer des fines images de la Touraine ; Fouquet a portrait de petites paysannes tourangelles, et non loin de là un délicieux maître que nous

appelons le « Maître de Moulins » a peint des Vierges d'une exquise distinction. Ce sont là jolies fleurs, mais frêles et bien dispersées. A la veille de la Renaissance, l'art, dans nos climats, paraît souffrir de l'anémie.

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